Évènement

Le cas Orelsan

Publié le : 15/07/2009 00:00:00
Catégories : Actualité

orelsan

Ce « petit-Blanc » les rend tous dingues. Dans cet Occident irrémédiablement en fin de parcours (Dieu soit loué!), où on invente des prétendues fraudes électorales en Iran pour se persuader que tous les peuples sont devenus comme nous (c'est-à-dire lâches, acceptant d'abandonner leur souveraineté et leur liberté, incapables de mourir pour leurs idées ou leur foi, en un mot « postmoderne », tragiquement « postmoderne » ou comme le dit Nabe, « mou-salaud), il n'est jamais convenable qu'un « petit-Blanc » (mot à prononcer avec tout le mépris dont sait faire preuve un plumitif navrant de Libé) de la classe moyenne paupérisée se présente sous des traits inacceptables aux yeux des nouvelles ligues de vertu.

Orelsan serait donc misogyne (pouah... ).

Tel est son crime.

En tout cas, pour les féministes de l'ECVF, Orelsan est coupable de cette impardonnable forfait, et il est donc irrécupérable. Allez dégage Orelsan, aux oubliettes, maudit sur sept générations !

Et oser prétendre qu'Orelsan a tenté de décrire le dépit amoureux, la violence des sentiments et la détresse de l'homme trompé ne peut être que le propos d'un esprit malade et rongé par la haine, cela va sans dire ma bonne dame...

La toujours impeccable Virginie Despentes et l'excellent Marc Cohen du site causeur.fr sont donc prévenus : l'asile les attend au coin de la phrase.

Ségolène Royal a déjà téléphoné à Sainte-Anne parait-il...

Mais allons plus loin, imaginons seulement... Peut-être que ce chanteur est homophobe (aïe...), raciste (gloups...), assez peu porté sur le philosémitisme (horreur...), bref toutes choses intolérables lorsqu'elles sont portées par un salaud de « petit-Blanc » (là encore bien articuler et afficher ostensiblement son dédain en crachant ce vocable fort amical n'en doutons pas...), mais qu'étrangement la "démocratie médiatico-parlementaire" ( Mehdi Belhaj Kacem ) trouve « border line mais fruit d'une incomparable réflexion et d'un indéniable génie artistique » lorsqu'il est le fait de n'importe quel névrosé identitaire ou aliéné social noir ou arabe de nos si sémillantes banlieues cosmopolites et multiculturelles (1).

Mais quand c'est un toubab : no way! L'épisode Eminem était à ce titre déjà fort éclairant.

A l'époque on pouvait presque entendre le cultureux de Libé (ou de MarianneComment ce white-trash working-class (voire "underdog") du Michigan a-t-il pu tenir des propos nauséabonds et offensants contre les fags, les niggers, les bitches .On a même pas pu lui  coller l'étiquette commode de néo-conservateur puisqu'il a interprété  White America qui pourfendait les WASP ... Ah damned! » c'est selon...) se poser cette question : «

Comment ? Tous les "petits-Blancs" (toujours lâcher avec condescendance  par un scribouillard pigiste épuisé de Libé...) n'auraient pas totalement intégré les nouvelles élégances morales de l'après-68 ? Il existerait donc quelques récalcitrants au nouvel ordre moral en vigueur, y compris chez les artistes! Insupportable... Vite Anastasie ramène tes ciseaux y a encore du boulot !

L'ennui - pour qui a pris le temps d'écouter l'album d'Orelsan - et a retiré ne serait-ce que cinq minutes ses oeillères idéologiques soixante-huitardes et ses boules Quies dogmatiques et néo-moralisatrices – c’est que l'auditeur est bien forcé de reconnaître que cet album est tout simplement bon, voire très bon, voire très, très bon. Et difficile de ne pas avouer qu'on est en face d'un des meilleurs artistes de rap français depuis longtemps, voire très longtemps, voire très, très longtemps.

Seul le très émouvant et inclassable Oxmo Puccino peut lui tenir la dragée haute. Le téléramesque Abd Al Malik peut très vite retourner à ses lectures d'Albert Camus et le slameur préféré de Thierry Ardisson, Grand Corps malade, peut s'empresser de prendre des cours de littérature avec Zemmour pour une nécessaire remise à niveau.

Dans ce monde dépourvu de sens, il semble que le Réel ne cesse de se venger de tous ceux qui souhaitent l'éradiquer, et ce, en empruntant des chemins pour le moins inattendus et pour tout dire tout à fait délicieux pour qui sait les apprécier à leur juste valeur. Orelsan constitue, à son corps défendant, la parfaite incarnation de cette revanche du Réel. Programmé pour être cette petite fiotte infecte qui pullule dans nos contrées occidentales et qui ravit tant lecteurs et écrivassiers de Libé, Orelsan, comme Marshall Mathers avant lui, est le virus (peu violent certes, mais tout de même ne gâchons pas notre plaisir...) qui n'a pas été inoculé volontairement par la Matrice (contrairement à la blatte nuisible Besancenot par exemple) et qui fait dérailler et dérègle (temporairement...) le Système pestilentiel dans lequel nous pataugeons. Au même titre que Dieudonné, qui était conditionné et préparé pour être le meilleur porte-parole de l'antiracisme institutionnel (métis bretonno-camerounais ayant pour partenaire de travail un Juif), est devenu - par son incroyable capacité de travail (un spectacle tonitruant par an), sa témérité et surtout son talent (même quelques-uns de ses plus farouches détracteurs reconnaissent qu'il est de loin le meilleur sur scène) - le plus grand dissident français, Orelsan avait tout pour être le parfait petit gangsta rapeur (ou bling-bling) petit-Blanc que Libé attendait...

Et là patatras, le titre Sale pute et une description millimétrée du vide social et moral de l'époque viennent gripper une machine pourtant si bien rodée et ruiner les espérances des Libérés.

Ah merveilleux monde à l'envers (en apparence seulement) qu'a parfaitement traduit Quincy Jones par cette formule : « Le meilleur golfeur est Noir, le meilleur rappeur est Blanc et l'Allemagne ne veut plus faire la guerre ».

Fermez le ban.

Maurice Gendre, petit-Blanc

(1) A l'exception notable de l'épisode " François Grosdidier" bien entendu, mais ce cas précis n'est guère emblématique puisqu'il correspondait à des circonstances tout à fait exceptionnelles en l'occurrence les émeutes de novembre 2005. D'autres m'objecteront aussi les affaires "Brigitte femme de flic" ou "Sacrifice de poulet" du Ministère A.M.E.R, mais face à l'étendue d'immondices déversées par le rap français depuis plus d'une quinzaine d'années, cela fait fort peu.

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