Le choc des civilisations (Samuel Huntington)

Publié le : 08/01/2009 00:00:00
Catégories : Géopolitique

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« Le choc des civilisations » de Samuel Huntington est probablement le livre le plus cité de ces dernières années – comme référence par certains, comme brûlot répugnant par d’autres. Or, la lecture de ce livre maudit révèle que ceux qui s’en réclament vont souvent à l’encontre des thèses d’Huntington, et que ceux qui le dénigrent professent parfois, sans le savoir, les mêmes opinions que lui !

Il est donc temps de lire « Le choc des civilisations », pour savoir ce qu’il y a dedans.

Huntington souligne le retour des nations. Les identités, mises entre parenthèses pendant la phase du choc des idéologies (XX° siècle), vont probablement structurer le XXI° siècle. Autre caractéristique de l’époque qui s’ouvre : ces identités nationales engendrent des phénomènes de solidarité internationale, mais cette solidarité n’est plus organisée autour des blocs idéologiques. C’est désormais l’identité en elle-même qui crée les solidarités préférentielles. Une personne culturellement issue de l’aire musulmane, et socialiste par ses options politiques, va se penser comme musulman culturel avant de se penser comme socialiste politique, et sera plus solidaire d’un musulman capitaliste que d’un socialiste chrétien. Voilà la thèse de départ. On peut être pour cette évolution, contre cette évolution, soupçonner le discours huntingtonien d’arrière-pensées stratégiques, mais en tout cas, on ne peut pas nier la possibilité de cette évolution, ni même que ce discours recoupe déjà en partie notre réalité contemporaine.

Une des conséquences majeures de cette évolution, estime l’auteur, est que les anciens Etats-nations, jadis dépouillés de leur souveraineté par le haut (par les « blocs idéologiques »), risquent de l’être désormais par le bas – sauf s’ils sont cohérents sous l’angle de l’identité civilisationnelle. Si un musulman socialiste est plus proche des musulmans que des socialistes, alors même si son pays est socialiste, il sera moins fidèle à ce pays socialiste qu’à la « communauté civilisationnelle » musulmane, c'est-à-dire à un ensemble diasporique transfrontalier. Le retour des nations n’est donc pas forcément celui des Etats-nations : seuls les Etats-nations cohérents sous l’angle civilisationnel seront cohérents sous l’angle national. Le retour de la nation constitue donc un phénomène ambigu : c’est le retour d’un principe national qui ne se confond pas avec le principe national issu des Etats-nations. Pour Huntington, c’est la nation völkisch, au sens allemand, pas la Nation étatique, au sens français, qui va structurer le XXI° siècle (conclusion dans laquelle il n’est pas interdit de voir un parti pris).

Or, continue Huntington, notre XXI° siècle ne verra pas la fin de l’Histoire (reconnaissons en revanche que sur ce point au moins, il a indiscutablementà l’intérieur des Etats incohérents sous l’angle civilisationnel. Voici l’entrée dans le monde du conflit métalocal, c'est-à-dire à la fois totalement local et totalement mondial. raison). L’Histoire va continuer, et elle sera comme toujours rythmée par les conflits. Donc, puisque le monde où nous entrons sera structuré par les identités culturelles et/ou civilisationnelles, alors ces conflits seront d’abord des oppositions entre civilisations. Le monde multipolaire et multicivilisationnel du XXI° siècle verra des affrontements qui opposeront tantôt des Etats-nations cohérents sous l’angle civilisationnel à d’autres Etats-nations cohérents sous l’angle civilisationnel, tantôt des groupes civilisationnels

Huntington isole neuf civilisations, sans dissimuler que cette classification est en partie purement conventionnelle :

- occidentale (Europe latino-germanique, Pologne, Pays baltes, Océanie et Amérique anglophone),

- latino-américaine (Amérique du Sud et Centrale),

- islamique (Maghreb, Somalie, Proche et Moyen-Orient, Indonésie),

- hindoue (Inde),

- africaine (Afrique subsaharienne),

- chinoise (Chine hors Tibet, Vietnam, Philippines),

- bouddhiste (Mongolie, Tibet, Thaïlande, Cambodge),

- orthodoxe (Russie et Europe slavo-orthodoxe),

- japonaise (Japon).

On remarquera que cette cartographie huntingtonienne est favorable aux intérêts américains, puisqu’elle suppose l’homogénéité des USA (malgré leur mexicanisation accélérée), le rattachement de l’Europe à un ensemble occidental dont le centre serait probablement américain, et l’éclatement de la Chine entre « civilisation chinoise » et une assez mystérieuse « civilisation bouddhiste » unifiant la Mongolie et le Cambodge ( ?).

Ces civilisations, nous dit-il, vont se partager un monde désoccidentalisé. Le recul de l’Occident sera en effet l’évènement majeur du début du XXI° siècle. De ce fait, le grand facteur de déstabilisation sera la montée en puissance des blocs civilisationnels non-occidentaux, et, affirme Huntington de manière péremptoire (trop péremptoire ?), le conflit principal du siècle à venir n’opposera pas des classes sociales entre elles, mais bien des civilisations concurrentes. Il n’est pas interdit de voir là la proposition d’une stratégie de classe remplaçant le « rêve mondialiste » de Fukuyama par un « cauchemar civilisationnel » huntingtonien. Là où Fukuyama propose à l’hyperclasse capitaliste un monde unifié sous sa direction, Huntington suggère que le conflit civilisationnel préempte les tensions, pour rendre secondaire les oppositions de classe. Cette stratégie de préemption du conflit, dit-il en substance, est plus réaliste que l’hypothèse d’une mondialisation intégrale et immédiate du pouvoir dans toutes ses acceptions. Elle permet d’utiliser le « paradigme du chaos », qui, dit-il, rend bien compte de la réalité du monde à venir, même si d’autres paradigmes (Etats-nations, gouvernement mondial unifié, opposition pays riches/pays pauvres) doivent aussi être pris en compte.

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Pour piloter ce « paradigme du chaos », Huntington propose de s’appuyer sur la notion qui selon lui englobe toutes les autres, et n’est englobée par aucune d’elles : les civilisations.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’il entend par là un concept opératoire, c'est-à-dire une méthode de pensée débouchant sur une action et sur un mode de gestion des rétroactions. La civilisation chez Huntington n’est pas un concept catégorisant, servant à décrire un plan défini de l’espace modélisé. C’est un outil de la pensée stratégique, visant à situer la réflexion dans le paradigme qui doit, selon lui, structurer l’action prioritairement.

La civilisation, nous dit-il, est durable parce qu’elle est évolutive. C’est pourquoi elle sous-tend toujours plus ou moins les organisations politiques, qui sont moins durables, et ne peuvent évoluer sans ruptures. L’hypothèse de l’émergence d’une civilisation universelle induite par la mondialisation omet ce fait essentiel : alors que les civilisations évolutives constituent des donnes dont l’évolution lente est contrainte, la superstructure politique et l’infrastructure économique qui la sous-tend sont des choix révisables. En réalité, cette hypothèse unificatrice recoupe la volonté de l’Occident d’imposer son modèle civilisationnel à la planète, et cette volonté ne sera pas réalisée dans le siècle qui vient. La force militaire, conséquence du niveau d’acquisition technologique et du potentiel économique, ne parlera pas forcément en faveur de l’Occident pendant ce siècle. La diffusion des structures de consommation occidentales constituera un apport que chaque civilisation intègrera dans son propre cursus évolutif, elle n’impliquera qu’une homogénéisation très superficielle. Perdureront sans aucun doute les réalités induites par la prégnance des modèles anthropologiques, par le mode de pensée structuré implicitement par les systèmes linguistiques, par la diversité des conceptions religieuses qui sous-tendent toujours les conceptions culturelles et politiques.

La théorie selon laquelle le commerce et les communications suffisent à créer paix et sentiment commun est également une illusion. En fait, le commerce est souvent un motif de guerre, et la communication peut très bien multiplier les facteurs d’incompréhension. Beaucoup de notions occidentales sont intraduisibles dans le système de référence qui structure la construction du sens pour les non-occidentaux : que veut dire séparation du spirituel et du temporel pour un musulman ? La notion d’Etat de droit a-t-elle un sens en Afrique subsaharienne ? L’individualisme occidental rendu possible par la conception chrétienne du Salut est-il transposable dans l’univers mental hindou ? Partout où l’Occident a tenté de s’imposer, il n’a pour finir fait que susciter une réaction de rejet. La Chine se modernise sans s’occidentaliser, l’Afrique s’occidentalise sans se moderniser. En réalité, le paradigme chaotique n’est pas contrebattu par la modernisation, mais au contraire accéléré par celle-ci. Historiquement, le mouvement le plus net est d’abord une occidentalisation superficielle pour acquérir la puissance industrielle, puis une revanche de la civilisation indigène une fois la puissance acquise (dialectique du maître et de l’esclave).

Certes, le recul de l’Occident sera probablement lent. Il sera caractérisé par des phases d’arrêt, voire de retour en arrière. Mais il paraît inéluctable. Depuis 1929, le poids de l’Occident dans les exportations de produits manufacturés (qui était passé de 20 % au XVIII° siècle à 80 % au début du XX° siècle) ne cesse de régresser. En 1980, il n’était déjà plus que de 57 %. La puissance militaire et politique dépend fondamentalement de l’infrastructure économique. Le recul relatif des capacités productives occidentales signe la fin de la domination occidentale. Depuis 1970, le taux de croissance économique de l’Asie avoisine 10 % par an, celui de l’Occident 2 % par an.

Autre facteur de recul : la revanche de Dieu. La religion, qu’on avait trop vite enterrée, reste un facteur puissant de structuration des identités. Et Huntington souligne qu’à ses yeux, l’islam, en particulier, est incompatible avec le système de valeurs occidental. Il constitue une proposition de « solution » apportée à la modernité – une « solution » qui éloigne le monde arabo-musulman de l’Occident, si bien que plus ce monde se modernise, plus il se désoccidentalise. L’urbanisation, en particulier, cesse avec l’islamisme d’être facteur d’occidentalisation.

Enfin, facteur de recul peut-être le plus décisif : la démographie occidentale est en berne. Sur ce point, il n’est même pas besoin de commenter…

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Ce monde désoccidentalisé sera divers, et donc il sera structuré par sa diversité.

Le paradigme qui, pour Huntington, va fondamentalement définir cette diversité, celui autour duquel les autres champs de différenciation vont se structurer, celui  qui nécessairement finira par les englober, est le paradigme identitaire. L’identité culturelle sera, dans le monde en train de naître, la dimension décisive, celle qui induira les positionnements individuels et collectifs dans tous les autres champs. L’identité partagée par les peuples relevant d’une même civilisation va en particulier les amener à se fédérer en structures de coopération régionale, sur des modèles d’ailleurs très divers. Certains pays se trouveront probablement plus ou moins à cheval sur plusieurs organisations de coopération régionale. Certaines zones choisiront des solutions de coopération centralisatrices, d’autres privilégieront des modèles de coopération au cas par cas, autour d’une structure stable très légère.

Pour autant, ces organisations régionales ne seront probablement pas les acteurs centraux du monde du XXI° siècle. Pour Samuel Huntington, la structure politique du « choc des civilisations » sera centrée sur des Etats phares, qui régiront plus ou moins une « zone d’influence civilisationnelle » organisée par cercles concentriques. C’est la capacité des civilisations à s’organiser autour des Etats phares qui leur donnera des moyens d’action (raison pour laquelle l’islam est en mauvaise posture). Dans certains cas, il s’agira d’alliance d’Etats phares (France-Allemagne pour l’Union Européenne), et même d’alliance entre alliances (UE centrée sur le couple France-Allemagne et USA). Dans deux cas, il y aura un seul Etat phare, sans périphérie (Japon et Inde). Aux frontières des zones d’influence de ces civilisations groupées par des Etats phares, certains pays oscilleront entre Etats phares rivaux de civilisations différentes, et c’est souvent là que surgiront les grands conflits du XXI° siècle (cas de l’Ukraine, dont l’ouest est attiré par l’Europe France-Allemagne et l’est par la Russie). Voilà le monde que Samuel Huntington imagine en 1993… et qui est, reconnaissons-le, bel et bien en train de prendre forme sous nos yeux.

Les zones de conflit les plus dures, nous dit-il, seront celles où des pays divisés entre influences d’Etats phares relevant de civilisations différentes se trouveront aussi :

- sur une ligne de recul rapide de l’Occident,

- là où des mouvements migratoires importants feront coexister des identités civilisationnelles rivales et n’ayant pas eu le temps de s’apprivoiser mutuellement,

- là où l’islam, à la fois très faible (pas d’Etat phare) et très fort (démographie) sera en contact avec une autre civilisation, parce que son mélange de force et de faiblesse constitue un cocktail détonnant.

Huntington souligne que des phénomènes paradoxaux vont s’enclencher, et que ces chocs identitaires peuvent déboucher sur des confrontations à plusieurs niveaux, interagissant les uns avec les autres. Dans un paragraphe absolument étonnant de la part d’un penseur considéré comme « hyperclasso-compatible », il écrit : « Les partis européens hostiles à l’immigration sont pour une bonne part l’image en miroir des partis islamistes dans les pays musulmans. Ce sont des outsiders dénonçant un establishment social et politique corrompu. » Huntington sous-entend déjà, dans son « Choc des civilisations », les conclusions qu’il tirera par la suite : l’immigration est un phénomène complexe, difficilement pilotable, et qu’il vaut mieux ne pas encourager sans bien réfléchir aux conséquences civilisationnelles.

Comment gérer ce monde chaotique ? Comment anticiper sur ces phénomènes paradoxaux, où le métalocal et le mondial vont constamment interagir ?

« Les civilisations forment les tribus humaines les plus vastes, » répond Huntington, « et le choc des civilisations est un conflit tribal à l’échelle globale ». Tant que ce conflit tribal à l’échelle globale ne se manifeste que par la multiplication des conflits métalocaux, il reste gérable – Huntington décrit en substance deux modes de régulation : la « guerre froide sociétale », consistant à laisser les groupes civilisationnels rivaux se faire concurrence au sein des Etats tout en empêchant autant que possible l’affrontement armé, et l’encadrement des guerres locales par un équilibre des puissances tutélaires. En revanche, dit-il, si les Etats phares sont directement impliqués, la situation peut échapper à tout contrôle.

C’est pourquoi il préconise une politique d’équilibre de la puissance, visant à faire anticiper par chaque Etat phare sur les évolutions des autres Etats phares, de manière à gérer le recul de l’Occident de manière progressive. Il est impossible, dit-il en substance, d’empêcher les « guerres froides sociétales » et il sera très difficile d’interdire les conflits métalocaux. Mais il est crucial que les Etats phares ne soient pas directement impliqués dans le choc des civilisations. Pour dire les choses brutalement, la conclusion principale de Samuel Huntington est que les USA ne doivent surtout pas faire la guerre à la Chine, et doivent donc éviter de s’engager directement dans tout conflit sur une zone de fracture civilisationnelle, car tout engagement direct de leur part, y compris dans un monde musulman potentiellement allié de la Chine, les expose au risque d’escalade – et Huntington s’inquiète précisément de la difficulté, pour les USA, de trouver des « rivaux primaires » à la Chine, qui leur permettront de ne pas être en frontal avec l’Empire du Milieu. Le Japon, dit-il, pourrait être un « rival primaire » économisant aux USA la confrontation directe avec la Chine, mais :

- la tradition diplomatique américaine manque de subtilité, elle n’est pas tournée vers la définition d’un rôle changeant, ambigu et cynique (Huntington le regrette),

- le Japon a une forte tendance au suivisme, il n’aime pas, lui, être un rival primaire, et si la Chine devient la puissance dominante en Asie, il se placera en périphérie de son orbite (et cela aussi, Huntington le regrette).

De nouvelles alliances vont émerger. Une « filière islamo-confucéenne » est prévisible, parce que l’Occident va être confronté à la fois à des multiples « guerre froides sociétales » avec l’Islam et à un affrontement de puissance à puissance avec la Chine en expansion. Un axe « Téhéran-Islamabad-Pékin » est en gestation, tandis qu’avec l’existence d’une zone tampon au Kazakhstan, la Russie peut soit décider de coopérer avec la Chine, soit s’opposer à elle. Sur ce point, un jeu de dominos peut s’enclencher : si le Japon reste en conflit avec la Russie pour les Kouriles, et adopte un comportement suiveur par rapport à la Chine, alors la Chine pourrait avoir à choisir entre un axe islamo-confucéen-japonais et un axe islamo-confucéen-russe.

Sur ce point, si l’Occident est habile, il peut prendre un engagement par rapport à la Russie : ne pas s’avancer jusqu’à l’Ukraine (sauf si elle éclate), pour attirer Moscou vers l’Ouest, et ainsi priver la Chine d’un allié très puissant. Visiblement, dans le rêve de Samuel Huntington, Washington passe un accord de zone d’influence avec Moscou, soutient le Japon subtilement pour en faire un rival primaire de la Chine en Asie, et ainsi empêche Pékin d’élargir l’axe islamo-confucéen vers le Japon ou vers la Russie. Facteur additionnel : « prendre conscience des problèmes de sécurité de la Russie avec les peuples musulmans de sa frontière sud ». C’est la conclusion auxiliaire de Samuel Huntington : il faut une politique américaine pro-russe.

Sous-entendu derrière le discours du « Choc des civilisations », et si on enlève l’emballage jésuitique : les peuples blancs unis (Occident, Russie), contre une Asie où la Chine domine, mais doit gérer une alliance complexe avec un monde musulman instable, et une rivalité primaire déséquilibrée mais handicapante avec le Japon.

Reste le cas particulier de l’Inde. L’Inde est en conflit avec l’Islam et avec la Chine. Elle cherchera l’alliance russe (complémentarités très fortes). Pour Huntington, c’est un argument de plus pour une politique américaine pro-russe.

En résumé, attirer la Russie dans le camp occidental, c’est :

- l’empêcher de s’allier à la Chine,

- arrimer l’Inde au bloc occidental,

- et donc, dans le monde du XXI° siècle, créer un axe Washington-Moscou-New Dehli-Tokyo, qui permet d’empêcher la mainmise chinoise sur l’Asie (objectif stratégique essentiel).

Quant à l’Amérique Latine, Huntington considère que c’est un acteur périphérique, qui doit être arrimé à l’Occident par une politique d’influence sur les populations, via en particulier l’occidentalisation des modes de vie et (il ne le dit pas explicitement, mais c’est sous-entendu) la « protestantisation » de ce continent historiquement catholique. Quant à l'Afrique, à ses yeux, c'est un acteur quasi-inexistant.

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A partir de ce rapide résumé, on peut dire, de manière humoristique, que si les adversaires de l’administration Bush ont vu dans la politique bushiste l’application des idées de Huntington, soit ils n’ont pas lu « Le choc des civilisations », soit ils se sont retirés dans un monastère trappiste depuis septembre 2001 !

Les néoconservateurs américains regroupés derrière l’administration Bush ont fait exactement le contraire de ce que préconisait Huntington :

- Ils ont engagé l’armée américaine directement dans des conflits frontaux, sur le territoire de civilisations étrangères (Irak, Afghanistan), ce qui contredit la conclusion principale du « Choc des civilisations » (pas d’engagement direct !) ;

- Ils ont littéralement poussé Vladimir Poutine dans les bras des dirigeants chinois, avec de stupides opérations contre-productives (Ukraine, Géorgie), ce qui contredit la conclusion auxiliaire d’Huntington (politique pro-russe !) ;

- Accessoirement, ils n’ont rien fait de sérieux pour endiguer les mouvements migratoires vers l’Occident, ce qui contredit une conclusion latente de Samuel Huntington (l’immigration risque de rendre le choc des civilisations ingérable !).

Comment expliquer que l’administration Bush ait suivi, depuis 8 ans, cette stratégie qui, si l’on en croit Samuel Huntington, était la pire possible pour les intérêts occidentaux ?

Je n’ai pas la réponse, mais…

On notera, à ce propos, un détail surprenant dans le travail de Samuel Huntington. Dans « Le choc des civilisations », sur le planisphère du XXI° siècle, un minuscule territoire proche-oriental est discrètement colorisé aux couleurs du monde arabo-musulman.

Je vous laisse deviner de quel territoire il s’agit.

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