Le Diméthyl-tryptamine (DMT) comme expérience mystique en soins palliatifs ? | Par Christian Combaz

Publié le : 10/10/2018 13:30:09
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"Vous n'ignorez pas, et vous me dites, que le LSD, entre autres substances connues des médecins de votre âge, permet d'obtenir des résultats voisins, un enrichissement des couleurs et des sons."


Non seulement cet argument n'est pas une objection mais je le prolonge en vous citant une autre substance, autrement plus intéressante, le diméthyl tryptamine (DMT), un dérivé de la tryptamine dont la chaîne moléculaire a été modifiée, une substance présente dans le corps humain et secrétée par l'épiphyse... Cette molécule endogène dont la quantité est décuplée par l'organisme humain en cas de stress, induit des phénomène comparables à ce qu'on appelle la « mort imminente », à savoir des hallucinations qui affectent le nombre et la beauté des couleurs et la rencontre avec des êtres perçus comme bienveillants. Vous avez beau vous écrier « Alors, vous voyez bien », je ne vois rien du tout. Le fait de pouvoir induire chimiquement un phénomène mental nous renseigne t-il sur sa nature ? Non. Le fait qu'une glande soit capable de projeter un patient dans l'autre monde nous donne t-il des informations sur ce que l'on y voit ? Pas davantage.

En revanche vous me paraissez moins prolixe sur la nature de ces êtres lumineux et bienveillants que rencontrent les personnes soumises aux effets de cette drogue endogène. Peut-être n'ai-je pas suffisamment décrit la nature de cette rencontre. Elle correspond, pour l'essentiel, à l'influence sur la conscience des premières étapes de la mort clinique, avec une importance très grande donnée aux formes géométriques, une omniprésence de la lumière, et l'apparition d'êtres moqueurs et bienveillants décrits comme... indescriptibles.

Le DMT reste visiblement la version brutale, livrée sans décodeur, de la révélation. Si l'on considère le sentiment de plénitude et de compréhension universelle que rapportent les rescapés de l'Au-delà qui ont failli mourir lors d'un traumatisme ou à la suite d'une maladie, le DMT procure une extase métaphysique qui reste énigmatique. Le DMT agit plutôt comme un extenseur de fréquence, le cerveau ne repeint pas la réalité comme chez Rimbaud, il la remplace comme chez les chamanes de l'Amazonie qui utilisent une molécule identique depuis des siècles, sous le nom d'Ayahuasca. En outre le processus vital pendant l'expérience n'est en rien menacé. On ne constate aucune midriase, aucun tracé plat. On soulève le coin du voile un instant sans autre conséquence qu'un changement de perspective mais il est radical. L'une des participantes aux expériences médicalement assistées qui ont eu lieu autour du DMT en Angleterre explique, sans détours, avoir eu la certitude de contempler le lieu où les âmes attendent d'être réincarnées. Nous sommes là en présence non d'une hallucination agréable car elle ne l'est pas toujours, mais d'une extension de la conscience. L'esprit débarque dans sa vraie patrie, il reconnaît le rivage d'où il est parti. Il comprend que ce que nous appelons réalité n'est qu'une île. Elle révèle l'immensité d'un continent sous-marin que les physiciens modernes appelleraient le monde non-local. Les Chrétiens ont un autre mot, ils préfèrent le non-incarné ce qui revient au même. Je vais vous livrer un résumé de témoignages recueillis auprès de volontaires ayant pris du DMT sous contrôle médical et dont l'origine sociale était plus élevée que la moyenne, ce qui autorise un certain raffinement dans le récit.

La première chose qu'ils soulignent est le fait que cette expérience semble se dérouler, à toutes les étapes, sous le regard d'une puissance supérieure et bienveillante. Ils fument un petit cristal écrasé mêlé à du tabac qui, je le répète, n'est associé aux drogues dites récréatives par les gouvernements que faute de mieux et pour répondre à l'urgence de conjurer l'irruption de l'essentiel dans l'imaginaire social . Ce n'est pas une drogue dont on puisse incriminer la présence dans le sang de ses adeptes puisque nous l'éliminons dans nos urines chaque jour. Cette substance existe à l'état latent chez tous les mammifères et dans la plupart des plantes. Certains médecins audacieux vont jusqu'à prétendre qu'il s'agit d'un pont moléculaire vers l'autre monde, inclus, comme un code caché, comme la clé d'une anamorphose, dans le tissu de tout ce qui vit.

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Les études les plus récentes à son sujet tendent à prouver qu'il y aurait dans le diméthyl-tryptamine une sorte de détonateur chimique inclus dans la composition du vivant. Des expérimentations nombreuses, systématiques, proposées à des médecins, pharmacologues américains pendant plus de dix ans ont fait avancer la connaissance de cette substance et de ses effets jusqu'à inciter une poignée d'entre eux à émettre une hypothèse intéressante : cette molécule de l'extase mystique serait la clé de décodage de la réalité. Tous les expérimentateurs insistent sur le fait que contrairement au LSD, aux champignons et aux drogues qui recomposent le réel, c'est à dire l'utilisent comme ingrédient d'un changement de perspective, avec le DMT on change de réel. Cette molécule est celle qui donne accès à la matrice, c'est à dire au stade antérieur à celui où la conscience épouse la physique. Elle a été retrouvée dans le cerveau des rats. Elle est endogène chez les mammifères. Les plantes la secrètent pour la plupart. Ses effets sur le psychisme humain sont à la fois bien connus et volontairement ignorés car elle permet de mettre en lumière un paradoxe : la machine sociale criminalise en ce moment-même, l'usage d'une substance que produit le corps humain et dont on peut retrouver des traces chez n'importe qui.

Pourquoi cette absurdité? Parce que l'attitude de ceux qui ont vu l'autre côté, qui aspirent à le revoir, et qui n'ont plus peur de la mort est intolérable à la machine sociale. Nous touchons là les raisons pour lesquelles le mysticisme est mal vu des pouvoirs temporels depuis toujours. Et pourtant avec les témoignages venus de l'Après-Mort nous sommes au bord d'une espèce de shamanisme de masse à propos duquel il est permis de s'étonner que les unités de soins dits palliatifs restent si timides, si réservées. Pour résumer on ne propose guère aujourd'hui, aux patients en phase terminale, que le secours de la psychologie ou la religion. L'initiative est excellente quand elle obtient des résultats mais nombre de patients y sont rétifs. En revanche ne seraient sans doute pas effrayés de passer cinq minutes dans la zone frontière de la matrice universelle telle que je l'ai décrite à propos du DMT. Peut-on donc imaginer qu'il existe un jour, au sein des maisons de retraite, au sein des unités spécialisées dans le grand-âge, mais aussi et surtout dans ces lieux où végètent de jeunes malades sans espoir de guérison, des salles de pré-embarquement, où les gens qui redoutent la mort apprendraient à en apprivoiser l'idée ? Car c'est bien de cela qu'il s'agit, et c'est pour cela que notre société se montre réticente à ouvrir le rideau avant l'échéance: elle ne veut pas que nous changions de point de vue sur l'existence humaine.

Christian Combaz
christiancombaz.com

Extrait de "Tous les hommes naissent et meurent en même temps", Editions du Cerf.


Christian Combaz réédite son livre à succés, « Portrait de Marianne avec un poignard dans le dos » aux éditions Le Retour aux sources dans une nouvelle édition augmentée de plusieurs chapitres.

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