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Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine (J. Mearsheimer et S. Walt)

Publié le : 01/03/2010 23:00:00
Catégories : Géopolitique

israel_croquisPour John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt, deux universitaires américains reconnus, la politique étrangère des Etats-Unis est trop pro-israélienne pour qu’il ne s’agisse là que d’un choix stratégique purement américain. Un lobby pro-Israël, très puissant, perturbe la stratégie de la (provisoirement ?) première puissance mondiale.

Fait révélateur : les deux grands candidats aux élections US, depuis plusieurs décennies, s’opposent plus ou moins franchement sur tout, sauf sur UN sujet, totem impossible à renverser, tabou impossible à transgresser – la sécurité d’Israël, évidemment.

Pourquoi le soutien à Israël est-il devenu la vache sacrée de la politique US ?

Parce qu’Israël est un partenaire incontournable dans la « lutte contre le terrorisme » ? Non, évidemment : si quelque chose peut appeler le terrorisme anti-américain, c’est précisément le soutien à Israël. Parce qu’Israël serait « le seul pays moyen-oriental qui partage les valeurs démocratiques » ? Non, là encore : le comportement d’Israël à l’égard des Palestiniens écorne régulièrement son image dans le monde, et par contrecoup, celle des Etats-Unis.

Pour John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt, c’est le lobby pro-Israël qui explique la politique étrangère des USA s’agissant du Moyen-Orient.


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Qu’est-ce que ce « lobby pro-Israël » ?

Il ne s’agit ni d’une cabbale, ni d’un complot, mais d’un réseau d’influence comme il y en a d’autres aux Etats-Unis (lobby des armes ‘NRA’, lobby féministe, lobby des « asian Americans », etc.). Les méthodes employées sont dans une large mesure celles communes à tous les lobbys (à l’accusation d’antisémitisme près), mais elles sont déployées avec un savoir-faire et une puissance de feu remarquables. Compte tenu du fonctionnement particulier de la « démocratie » américaine, ceci pose un problème non de légitimité, mais d’équilibre à entre les influences qui s’exercent sur le gouvernement US.

Le lobby pro-israélien est constitué par une nébuleuse de groupes gravitant autour d’un noyau dur. Les liens entre la nébuleuse et le noyau dur ne sont pas nécessairement fonctionnels – la nébuleuse agit souvent comme un premier cercle d’influence, qui répercute au-delà d’elle-même la communication dont elle est la cible.

Le noyau dur se recrute essentiellement dans la communauté juive américaine, avec laquelle, cependant, il ne se confond pas, loin s’en faut. C’est une partie de cette communauté.

Cette partie de la communauté est organisé dans le cadre d’un réseau de groupes et d’associations qui constituent un « ring », avec l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), la Zionist Organization of America (ZOA, spécialisée principalement dans l’activisme en milieu universitaire), l’Israel Policy Forum (think-tank pro-Israël ciblant directement la politique étrangère US), l’Anti Defamation league, et de nombreuses autres organisations de moindre importance. Les relations avec l’American Jewish Committee sont complexes, car il défend, lui, les intérêts juifs, et non israéliens – il serait donc simplificateur de le rattacher directement au « ring » pro-Israël.

L’AIPAC est le maillon le plus lourd de ce « ring » informel. Elle est considérée par les spécialistes comme la première ou la seconde organisation de lobbying aux Etats-Unis, devant la NRA ou l’AFL-CIO (lobby syndical). Fondée en 1951, c’est une émanation directe de l’American Zionist Council. Son budget annuel est, selon les sources, évalué entre 30 et 60 millions de dollars. Elle est spécialisée dans l’influence directe sur le monde politique américain.

L’ADL est, elle, spécialisée dans le harcèlement des opposants. Elle utilise très largement l’accusation d’antisémitisme et, d’une manière générale, promeut un « souvenir » de la Shoah qui ressemble à s’y méprendre à une stratégie d’ingénierie des perceptions visant à développer, dans la population juive, le syndrome de Massada.

La cohérence de ce « ring » est garantie par un principe que les organisations membres du réseau informel respectent scrupuleusement (les récalcitrants sont rappelés à l’ordre par leurs pairs) : les Juifs sionistes américains ont entre eux le droit de débattre de tout (y compris de l’intensité du soutien à Israël), mais seulement entre eux. Le « ring » fonctionne donc avant tout comme un Intranet, dont les abonnés se concertent pour influencer l’Internet (au sens figuré). Lorsque des débats internes au « ring » sortent sur la place publique, c’est (le plus souvent) dans le cadre d’une stratégie de communication polyphonique (on ne peut pas décider de quelle est la meilleure ligne, alors on garde plusieurs fers au feu). De cette manière, le « ring » est capable, dans une large mesure, de recycler ses propres dysfonctionnements (NB : une règle générale qui peut souffrir des exceptions).

Le « ring » représente-t-il la population juive américaine ? Eh bien non. Dans l’ensemble, le « ring » est « républicain » depuis quelques décennies. En cela, il est plutôt en décalage par rapport à la population juive, plutôt « démocrate » historiquement. Pourquoi ? Parce que l’organisation interne des associations qui forment le « ring » fait, tout simplement, que le pouvoir y appartient principalement aux donateurs. En somme, le « ring » est un réseau d’influence au service d’Israël, et maîtrisé par les Juifs américains riches.

La nébuleuse qui se déploie autour du « ring » noyau dur est difficile à analyser. Elle inclut principalement le réseau des think-tanks néo-conservateurs (très liés à la droite israélienne), les chrétiens sionistes (parmi lesquels on relève Pat Robertson, inventeur de la « moral majority », et John Hagee, inénarrable conseiller « spirituel » de John McCain), ainsi qu’une partie de la classe politique américaine – partie marginale mais qui, dans les situations d’équilibre à la Chambre des Représentants ou au Sénat, peut être cruciale. La plupart de ces acteurs, juifs ou non-juifs, ont partie liée avec les intérêts israéliens – parfois sur le plan financier.

Le lobby pro-Israël apparaît, au final, comme une remarquable construction de la théorie des organisations la plus en pointe : c’est un réseau, capable de coordination par un ensemble de procédures surtout informelles, apte à dissimuler son fonctionnement interne tout en lançant de nombreux pseudopodes, qui lui permettent de décoder et d’influencer le fonctionnement de son environnement. Sa force vient de sa capacité à maîtriser les flux d’information sans qu’on puisse définir exactement ses frontières, et à coordonner ses moyens de manière informelle. C’est un protoplasme en évolution permanente, capable de s’auto-réparer et difficile à contenir, puisque difficile à cerner.

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Que veut le lobby pro-Israël ?

La tâche principale (et reconnue) du lobby pro-Israël est de garantir la continuation et, si possible, l’accentuation de l’aide financière apportée par les Etats-Unis à Israël. Cette aide se décompose en deux composantes : directe et indirecte. Si on se limite à l’aide directe, elle représente à peu près 4,3 milliards de dollars par an, y compris les avantages financiers liés aux modalités de versement (Israël est le seul Etat aidé par les USA qui reçoit les financements par anticipation). A cela s’ajoute une aide indirecte, plus difficile à quantifier, qui porte probablement le total à environ 7 milliards de dollars par an. Cela représente à peu près 4 % du PIB d’Israël. A noter : Israël est le seul Etat qui reçoit des USA une aide militaire sous forme financière, et qui peut l’utiliser légalement pour subventionner sa propre industrie de défense. En clair, il y a de facto intégration entre les complexes militaro-industriels des deux pays.

Le lobby pro-Israël veut également, tâche secondaire mais non dénué d’importance, le maintien des aides américaines versées aux Etats arabes non agressifs à l’égard de l’Etat hébreu. La « bonne conduite » de l’Egypte et de la Jordanie à l’égard de Tel-Aviv trouve en effet son origine, en partie, dans le fait qu’elle est la condition sine qua non au maintien de l’aide US.

Outre l’aide financière, le lobby pro-Israël souhaite le développement de la coopération technologique entre les complexes militaro-industriels des deux pays. Israël a accédé, ces dernières années, à des technologies militaires que les USA n’ont ouvertes à aucun autre allié, et il a pu acheter, à des prix « étudiés » des matériels haut de gamme, y compris des chasseurs F16, des hélicoptères « Black Hawk » et des « munitions intelligentes ». L’intégration entre les complexes militaro-industriels fait qu’Israël est le seul pays étranger qui peut acheter légalement des équipements militaires directement aux entreprises US productrices, avec l’aide US, sans passer par les fourches caudines de l’administration US. En clair : les Israéliens peuvent faire leur marché aux USA, presque sans contrôle sérieux (fait révélateur, les contrôles existants sont si légers que des affaires de détournement de fonds entre USA et Israël ont entaché récemment l’image de Tsahal). Israël possède également un accès large au système de renseignement satellitaire des USA. La coopération entre les deux appareils de renseignement va si loin qu’on peut parler d’intégration mutuelle. Enfin, Israël développe des armements nucléaires, bactériologiques et chimiques, n’est pas signataire du traité de non prolifération, et n’a jamais été questionné par les USA à ce sujet.

Autre domaine où l’aide américaine, quoique non quantifiable, est souvent décisive : la diplomatie. Les Israéliens sont passés maîtres  dans l’art de jouer sur le soutien US dans les périodes de crise. A plusieurs reprises, des pressions exercées par les Etats-Unis sur des alliés, adversaires ou neutres, ont permis à l’Etat hébreu d’obtenir des avantages que, par ses seules forces, il n’aurait pu se procurer. Il est à noter, par exemple, que les USA, quand ils conduisent des négociations au Proche-Orient, ont tendance à signer deux accords : un « officiel », avec les deux parties, un autre, « officieux », avec Israël seul – qui sait, dès lors, jusqu’où exactement il a « le droit » de transgresser l’accord officiel.

Fondamentalement, ce que veut le lobby pro-Israël en premier lieu, c’est la continuation de cette situation : Israël, cas d’espèce. Et cela, bien qu’Israël soit désormais, pour les USA, un handicap stratégique (le soutien à Israël n’aide pas les USA au contrôle du Golfe Persique, bien au contraire : il représente un coût politique non négligeable, dans les relations avec des Etats, Iran et tête, dont les USA doivent anticiper et prévenir les réactions dans cette zone).

Dans cette optique, le « lobby » qui coûte peut-être (si on s’en tient aux ordres de grandeur disponibles) quelques dizaines de millions de dollars par an à faire « tourner », rapporte à Israël, chaque année, plusieurs dizaines de fois ce qu’il coûte – compte non tenu des avantages politiques et diplomatiques. Un bon placement.

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Quelles sont les méthodes du lobby pro-Israël ?

Le lobby pro-Israël présente, tout d’abord, la caractéristique d’attaquer quiconque parle de lui. L’accusation d’antisémitisme est brandie systématiquement. Il existe donc, autour de ce lobby, une première ceinture de défense qui n’existe pas autour des autres lobbys : il est périlleux de l’évoquer (même de manière positive).

Cette première ceinture de défense est solidifiée par deux stratégies de communication bien étudiées et soigneusement déployées :

-          l’amalgame entre Israël et « les Juifs », qui permet d’assimiler toute critique de l’Etat d’Israël à une attaque contre la judéité,

-          l’enfermement du débat dans le « pour ou contre », qui permet d’assimiler toute étude de l’Etat d’Israël non complètement favorable à une attaque déloyale contre cet Etat.

Derrière cette première ceinture de défense, la ligne d’action principale ressort des techniques classiques du lobbying aux USA : frapper à toutes les portes, et jouer, quand c’est nécessaire, une fraction de l’appareil d’Etat contre une autre fraction. En la matière, le fait qu’une proportion très importante des assistants des Représentants soit juive, et souvent liée au « lobby », joue un rôle-clef. La réussite sociale remarquable des Juifs américains, combinée avec leur surreprésentation dans les « petits métiers » qui font les chevilles ouvrières de la politique, donne au « lobby » une force sans commune mesure avec le poids de la population juive au sein du peuple américain.

La grande force du « lobby », c’est qu’il est parfaitement coordonné, face à un appareil US qu’il connaît parfaitement, au sein duquel il évolue en toute quiétude (ou presque), et qui, lui, a en interne d’énormes problèmes de coordination. La technique d’influence de base du « lobby », c’est de se placer en situation d’arbitre : il ne « pèse » pas si lourd qu’on le pense, mais comme il est à l’intérieur de l’appareil US, tout en ne défendant que ses intérêts propres, il peut constamment « passer des deals », offrant au moment critique son soutien à une fraction contre l’autre – lorsque la balance hésite. En particulier, le lobby joue très habilement de ses disponibilités financières (considérables, surtout si l’on tient compte de son rôle d’intermédiaire avec les financements venant de l’ensemble des milieux juifs) au moment des élections à la Chambre des Représentants (pour un candidat, recueillir quelques millions de dollars, c’est la certitude de la victoire, ou presque – et pour le « lobby », c’est une voix de plus pour Israël). Au niveau de la Maison Blanche, des phénomènes similaires sont observés lors des élections présidentielles, et le « lobby » en profite, de plus en plus franchement, pour imposer ses hommes à certains postes importants (mais peu médiatisés) dans l’administration présidentielle (intéressez-vous au parcours des membres de l’administration Obama n’ayant pas rang de ministre, c’est instructif).

Un des principaux défis que doit désormais relever le lobby pro-israélien est le caractère de plus en plus évident du coût géostratégique payé par les USA pour leur soutien à l’Etat hébreu. La propagande déployée par les diverses officines au service de ce lobby, depuis quelques années, autour de la « lutte contre le terrorisme », s’explique ainsi principalement par la nécessité de créer un ennemi commun fantasmatique, alors que la donne stratégique réelle éloigne les USA d’Israël. La technique de l’amalgame est fréquemment utilisée pour confondre, de manière parfaitement irrationnelle, les combattants palestiniens et la « nébuleuse Al-Kaïda ». En la matière, force est de constater que les déclarations (plus ou moins authentifiables) prêtées à Ben Laden sur « les Juifs et les Croisés » ont aidé le lobby pro-Israël.

Cependant, le lobby pro-Israël est prudent dans l’utilisation de cet amalgame : il peut en effet se retourner contre son objectif, puisque le soutien à Israël apparaît de nature à encourager le terrorisme anti-US. D’où, sans doute, en la matière, une communication contradictoire et assertive, plutôt qu’une propagande dure.

D’une manière générale, l’assertion selon laquelle le lobby sioniste contrôlerait les médias s’avère fausse aux Etats-Unis. Si le « lobby » travaille si dur pour « faire passer » ses messages dans les médias, c’est justement parce qu’il ne les contrôle pas – ou en tout cas, pas de manière prépondérante. En la matière, le lobby pro-israélien utilise l’intoxication fréquemment (diffusion de fausses nouvelles, promotion des concepts et visions issus des think-tanks amis), et il se borne, pour le reste, à fixer des « lignes rouges » aux journalistes et rédacteurs en chef. Plutôt que de contrôle, il faut donc parler d’influence par intimidation. L’arme principale de cette intimidation est la capacité (relative) du « lobby » à menacer tel ou tel média d’une action coordonnée de dé-crédibilisation (souvent en utilisant l’accusation de « nouvel antisémitisme », amalgame entre critique d’Israël et antisémitisme), en vue de lui faire perdre des parts de marché publicitaires (les annonceurs redoutent la contre-publicité liée à cette accusation).

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Quelles sont les perspectives du lobby pro-Israël ?

Si l’on en croit Mearsheimer et Walt, elles sont importantes, et surtout très inquiétantes. Leur propos, froid, très documenté, exempt de la moindre trace d’antisémitisme (leur sympathie à l’égard du monde juif transparaît d’ailleurs clairement) débouche sur la conclusion que le poids du « lobby » est démesuré. Pour eux, la guerre d’Irak, en 2003, n’a pas été faite pour le pétrole. Elle a été faite pour les intérêts d’Israël, sous la pression du lobby pro-Israël.

Ils affirment qu’on n’a aucune preuve de lobbying de la part des grandes compagnies pétrolières en faveur de la campagne d’Irak. En revanche, ils avancent de nombreux arguments en faveur d’une influence décisive du lobby pro-Israël : l’existence d’un plan général de remodelage du Moyen-Orient, soutenu par les think-tanks néo-conservateurs liés à ce lobby (influence en particulier du dirigeant israélien Sharanky), l’intérêt objectif d’Israël (où de nombreuses voix « autorisées » s’élevaient pour une prise à revers de la Syrie). Autre information instructive : Ariel Sharon aurait secrètement pris position contre l’invasion de l’Irak, mettant Bush en garde contre l’influence des docteurs Folamour du « lobby » pro-Israël. Un lobby qui, en l’occurrence et aux yeux de Sharon, agissait involontairement contre les intérêts bien compris de l’Etat hébreu.

On ressort de la lecture de ce chapitre avec l’impression très nette que pour les auteurs, le « lobby », qui dit parler pour Israël, mais représente en fait les intérêts des « Big Jews » américains, a commencé, au début des années 2000 à poursuivre ses intérêts propres en les justifiant par le soutien à Israël. Des intérêts « propres » à ces « Big Jews » en réalité contraires à ceux des USA, et même, à long terme, contraires aussi à ceux d’Israël (si les USA implosent du fait des inconséquences du « lobby », alors Israël suivra).

Et la même mécanique, encore, est observable s’agissant de la deuxième guerre du Liban.

Et cette même mécanique, ajoutent les auteurs, est en train de se reproduire, s’agissant de l’Iran…

En fait, si l’on devait résumer (quitte à simplifier) la conclusion du travail de ces deux universitaires américains de premier plan, on aboutirait à une formule du genre : Jupiter rend fous ceux qu’il veut perdre, et le meilleur moyen de devenir fou, c’est d’acquérir une position de puissance excessive… soit très exactement la situation du « lobby ». Ils appellent donc à un retour aux fondamentaux d’une politique étrangère américaine pragmatique (donc avec une dose raisonnable de cynisme), visant à rétablir un « contrôle à distance » de la région stratégique du Golfe par un jeu de bascule entre les puissances locales. Au fond, c’est la réaffirmation de la doctrine classique du « Diviser pour régner » (laquelle, rappelons-le, n’a jamais été celle des néo-conservateurs). Dans cette optique, les relations entre les USA et Israël seraient « normalisées ».

Il n’est, sans doute, pas tout à fait absurde de voir dans le livre de MM. Mearsheimer et Walt le tout début d’une révolte des élites purement américaines contre un « lobby » pro-israélien saisi par la folie des grandeurs, doté de procédures de coordination sur-efficaces en terme d’influence, mais inadaptées à la définition d’une grande stratégie planifiée à long terme.

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