Le meilleur film de Depardieu

Publié le : 31/03/2013 12:06:00
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Ça y est. C’est officiel. Même en Mordovie (mais où est la Mordovie ?), même chez les Oudmourtes (si, si, ça existe…), jusqu’au fin fond du fin fond du bout de la Sibérie, Tioumen, Krasnoïarsk, même le bled qui s’appelle encore Stalinpol parce qu’ils sont tellement loin que les nouvelles du XX° Congrès leur sont pas encore arrivées, même là, donc, tout le monde sait que les socialistes français sont tellement chiants qu’un Parisien préfère encore se geler les claouis par moins 40 plutôt que d’avoir à les encadrer !
Formidable. Historique. Métahistorique. Un événement inouï : la mondialisation est terminée, on a atteint le stade ultime.

Tu vas à Yakoutsk, à Verkoyansk, dans des bleds que même les ours blancs évitent l’hiver, tu trouves un ermite, un bûcheron, un mineur oublié par sa compagnie après la fermeture d’un gisement quelconque. C’est janvier. Le mec, il est en train de bourrer son poêle. Qu’est-ce que tu veux faire en Sibérie en janvier, à part bourrer ton poêle, ta grosse et ta gueule ? Rien. Donc il bourre son poêle, le mec. Et ce faisant, il marmonne un truc. Qu’est-ce que tu crois qu’il marmonne ? « Nom d’un kopek, il faisait moins froid l’hiver dernier » ? Ou alors : « Mais pourquoi le Dynamo Irkoutsk a-t-il besoin d’une patinoire en plus du lac Baïkal ? » Eh ben non. Le popov, en chargeant son poêle, il susurre : « Putain, mais qu’est-ce qu’ils sont cons, ces socialistes français ! »

Car enfin il faut bien le dire. Depardieu, en fait on s’en fout. On vit dans un pays qui va droit dans le mur. Des chômeurs par millions. Des homos qui se marient. On n’a qu’un seul porte-avion à pédales et un ministre des affaires israéliennes, pardon étrangères, qui croit qu’on va péter la gueule à Bachar avec ça, voire à Poutine, non mais rêvons ! Bref, on est grave dans la merde. Depardieu, on s’en fout presque autant que d’un tweet de Valérie Rottweiler.
MAIS
Mais putain, Depardieu a tourné son meilleur film. LE FILM de l’année. Pour une fois, une production française qui cartonne. Ça nous change d’intouchables et autres conneries du même ordre, etc.
Car la vérité est révélée. Et c’est à ça qu’on reconnaît un grand film.
La vérité, c’est que la planète entière dégueule l’intelligentsia française de gôche, ou plus exactement, que les fractions de cette planète qui ne la dégueulent pas s’abstiennent par ignorance. La vérité, c’est que partout dans le monde, où il reste des hommes véritables, la simple évocation de la gauche française, enfin je veux dire la gauche institutionnelle, provoque un mélange de malaise, de dégoût et d’hilarité.
Oui, Saint-Germain des Près, le monde te déteste. Tu es tout ce que les hommes véritables ne peuvent que mépriser, et parce qu’en plus tu t’octroies le privilège sidérant de faire la leçon, au nom d’une supériorité qui n’existe que dans ta cervelle ravagée de conformisme et d’autosatisfaction niaise, non seulement on te méprise, mais en plus on te vomit. Saint-Germain des Près, Rue de Solférino, cérémonie des Césars, ministères peuplés d’énarques issus de la promo Voltaire, écoute, la gauche : tu es de la merde.
Ce qui se passe en ce moment, c’est ce qu’on te le dit.
Les Russes aiment bien Depardieu. Il a tout pour leur plaire : l’excès, la démesure, les accidents de la route, un cœur trop grand et une cervelle trop chaude, et puis, pour absorber ce qui reste encore de générosité, l’alcoolisme. Il fallait qu’il finisse russe, c’était écrit.
Mais pourquoi ce sketch ? Ce délire ? Un Président russe, et pas n’importe lequel, un des rares hommes dont le nom va rester dans l’histoire de notre époque, pourquoi ce Président-là, à ce moment-là, a-t-il lancé cette invraisemblable opération de communication : Cyrano de Bergerac chez les cosaques ? Pourquoi, sinon parce qu’il s’est agi, à un certain moment, de dire à la classe dirigeante française, et particulièrement à cette gauche de merde, qui n’a même pas l’excuse de défendre ouvertement la bourgeoisie, de lui dire en somme : tu es de la merde. On t’encule. Le monde entier t’encule. D’accord ? T’as saisi ? Toi petite bite fermer ta gueule, c’est compris ?
Voilà exactement le message qui vient de t’être passé, « la gauche ».
Et tu sais quoi ?
Tu vas fermer ta gueule, parce que tu en as une toute petite.
Si toutefois tu en as une…

 

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