Le mode de production asiatique : La Chine

Publié le : 13/03/2018 17:10:47
Catégories : Auteurs , Billets d'actualité , Francis Cousin

« La guerre entre la Chine et le Japon signifie la fin de la vieille Chine, la révolution complète de toute la base économique — même si elle ne s'accomplit que progressivement —, ainsi que la dissolution de la traditionnelle liaison entre agriculture et industrie grâce à la grande industrie, les chemins de fer, d'où une émigration massive des coolies chinois même vers l'Europe ; autrement dit, en ce qui nous concerne, une accélération de la débâcle et une aggravation des antagonismes qui déclenchent la crise. C'est de nouveau une ironie merveilleuse de l'histoire : en somme, il ne reste plus à la production capitaliste qu'à s'emparer de la Chine ; or, en effectuant enfin cette conquête, elle se rend la vie impossible à elle-même dans sa patrie d'origine . »
- Lettre de Engels à Kautsky - 1894


Le capitalisme se distingue au plus haut point par une capacité extraordinaire de se révolutionner constamment lui-même et de produire dans son propre sein toutes les conditions matérielles d'un mode de production et de société supérieur. À l'inverse, les modes de production pré-capitalistes se caractérisent par une capacité inouïe d'auto-conservation. Aux yeux de Marx, ce qui distingue la forme de production asiatique, notamment en Chine, c'est qu'elle a été capable, à un niveau des forces productives encore très faible, de donner une expansion inouïe à toutes les virtualités qu'elle renfermait, en créant et maintenant en activité une communauté hautement civilisée dans un pays englobant à lui tout seul près d'un tiers de l'humanité. . Le secret, « la véritable clé du ciel oriental », Marx le découvre dans l'absence de la propriété privée de la terre, ou mieux dans la pré- dominance écrasante de la propriété collective du sol sur la propriété privée qui, tenue dans certaines limites infranchissables, ne peut exercer son action dissolvante sur les vieux rapports de propriété et de production, ni susciter un mode de production nouveau. Le mode de production asiatique, plus que tout autre, confirme la formule du Capital :

« C'est la nécessité de diriger socialement une force naturelle, de s'en servir, de l'économiser, de se l'approprier en grand par des œuvres d'art, en un mot de la dompter, qui joue le rôle décisif dans l'histoire de l'industrie. »
(Capital, Livre I°, Editions Sociales, t. II, p. 187.)

« Le climat et les conditions géographiques, surtout la présence de vastes espaces désertiques, qui s'étendent du Sahara, à travers l'Arabie, la Perse, l'Inde et la Tatarie, aux plateaux les plus élevés de l'Asie, ont fait de l'irrigation artificielle à l'aide de canaux et d'autres ouvrages hydrauliques la base de l'agriculture orientale. »
- (Extrait du N.Y Daily Tribune du 25 Juin 1853)

Du point de vue physique, le procès de production asiatique dispose essentiellement de deux éléments naturels : la terre et l'eau. Comme Marx le souligne, ce n'est pas tant la terre que l'eau qui dé-termine la nature d'un mode de production à un niveau inférieur du développement des forces productives. En effet, c'est l'eau qui forme ou façonne le procès de travail. Non seulement elle apporte à la terre aux plantes et aux animaux l'humidité sans laquelle il n'y a aucun apport de corps nutritifs ni métabolisme mais elle exprime encore le mouvement de la terre, donc le mode déterminé de son appropriation. En effet, en tant que mouvement, l'eau exprime les éléments déterminants que sont le climat, la température, la pluie et la configuration du terrain (cours d'eau, plaines, vallées, montagne, mers et terres), mieux, elle relie entre eux tous ces éléments. Par exemple, la pluie est un élément lié aux mouvements du vent, au climat aux saisons. Selon que l'eau est fournie ou non en quantité et en temps voulus pour le procès de travail agricole, il faudra recourir à l'irrigation qui, au stade primitif, ne peut être que l'œuvre de travailleurs associés sous l'égide de l'État :

« Les conditions collectives de l'appropriation réelle dans le travail, telles les canalisations d'eau (très importantes pour les peuples d'Asie) et les moyens de communication, apparaissent ainsi comme l'oeuvre de l'Unité suprême, du gouvernement despotique situé au-dessus des petites communautés »

L'histoire de la Chine démontre effectivement que la domination sociale de l'État central est allée de pair avec la domestication progressive des cours d'eau et la canalisation de l'énergie hydraulique. Limitée d'abord à l'arrière-pays des fleuves, la culture gagna en étendue à mesure que les habitants purent endiguer les grands cours d'eau et compenser le déficit d'eau saisonnier grâce à l'irrigation artificielle, qui exigeait des ouvrages publics énormes.Avec la généralisation de ces travaux, la culture put se diversifier et s'intensifier. L'homme, grâce au travail collectif associé, avait trouvé une « machine naturelle » dont l'application judicieuse permit de donner au travail de la terre un caractère horticole (jusqu'à quatre récoltes par an), soit un rendement ignoré des pays agricoles où la pluie tombe tout naturellement en suffisance et en temps voulu. Cependant à mesure que la production s'intensifiait dans les régions irriguées, les surfaces nécessaires à l'entretien des producteurs immédiats rapetissaient, tandis que l'utilisation de bêtes de somme (ou d'esclaves) devenait moins avantageuse et que la population augmentait considérablement.

« Il se peut que la propriété soit concédée aux individus au travers d'une commune déterminée par l'Unité suprême, incarnée par le despote, père des innombrables petites communautés. Le surproduit du travail qui, au demeurant, est déterminé par la loi en fonction de l'appropriation réelle dans le travail, revient alors automatiquement à l'Unité suprême. Au coeur du despotisme oriental où, juridiquement, la propriété semble absente, on trouve en réalité comme fondement la propriété tribale ou collective, produite essentiellement par une combinaison de la manufacture et de l'agriculture au sein des petites communautés qui subviennent ainsi à la totalité de leurs besoins, et renferment toutes les conditions de la reproduction et de la production de surplus. Une partie de leur surtravail revient à la collectivité suprême qui, en fin de compte, a l'aspect d'une personne. »

La Chine est le seul cas historique où la zone géographique, la race, la nation et l'État ont coïncidé de la préhistoire à nos jours, pendant plusieurs millénaires. Il n'existe pas, en fait, d'autre exemple d'un édifice étatique qui, malgré de profonds bouleversements internes et des invasions de peuples étrangers, ait conservé la base territoriale, nationale et raciale sur laquelle il s'était élevé à l'origine.La nation chinoise n'a jamais changé de demeure au cours de son existence pluri-millénaire ; les dynasties étrangères — mongoles et mandchoues — ne réussirent qu'à s'emparer d'une manière transitoire des sommets de l'État. Chaque fois, l'immense océan physiologique de la nation a englouti ses hôtes gênants, qui disparurent sans réussir à altérer les traits distinctifs —physiques et culturels —du peuple envahi.

Aujourd'hui il est prouvé, contrairement à ce que l'on croyait auparavant, que les Chinois n'entrèrent pas en conquérants dans le bassin inférieur du Fleuve Jaune, mais qu'ils y habitaient depuis la préhistoire. Ainsi on peut dire que l'histoire nationale des Chinois est le prolongement géologique de l'Extrême-Orient. On est vraiment impressionné par l'extraordinaire vitalité d'une nation qui, en se tournant vers son passé, peut voir ses origines se confondre avec celles du territoire qu'elle habite depuis des millénaires. Certes, ce géant, mû par des forces judicieusement organisées, finit par s'assoupir, s'arrêtant, pour des siècles et des siècles, juste avant le point où la race et la nation commencent à être irrémédiablement déchirées par les classes en conflit, et où l'histoire connaît une accélération sans pareille. Aux yeux de Marx et d'Engels, il eût suffi d'un choc venu de l'impérialisme extérieur pour provoquer le point de rupture. En théorie, en effet, on pouvait espérer que, comme l'« usurpateur Napoléon » en Espagne, les impérialismes anglais et occidentaux se heurteraient en Chine à un État bel et bien mort, mais que l'immense, société active et productrice serait pleine de vie et de santé, recélant, dans toutes ces parties, une force de résistance et une énergie débordantes.

Est-il besoin de dire que la forme de production asiatique ne s'opposait pas en soi à l'évolution vers des formes modernes. L'histoire démontre, qu'il existe, au contraire, un gigantesque potentiel créateur au sein de la nation chinoise, que la révolution mondiale devra transformer en puissantes réalisations historiques.

En Chine, les communautés de village se sont finalement dissoutes pour évoluer, ça et là, vers une forme privée de propriété héréditaire du paysan cultivateur. Dans les Fondements, etc. (t. I, p. 435 sq.), Marx explique qu'en Asie cette transition s'est effectuée très lentement sans produire de révolution profonde dans la base économique, en raison de l'importance des grands travaux hydrauliques ; grâce à eux, les biens de la communauté (ou propriété collective) sont prépondérants eu égard aux biens des producteurs individuels, même si ceux-ci, dans leur ensemble, apparaissent comme copropriétaires des moyens de production collectifs. Là où les moyens de production le permettent, la dissolution de la commune s'effectue lorsque tous les propriétaires font prévaloir leurs droits sur ceux de la commune pour la soumettre à leurs intérêts particuliers. Mais en Asie, et notamment en Chine, ces droits ne peuvent s'étendre, dans les formes pré-capitalistes, qu'aux terres de culture et aux instruments immédiats de travail, l’eau et les travaux hydrauliques restant, de par leur nature et les exigences de la production, conditions collectives de l’activité de tous, donc dépendantes de l’unité centrale, l’État. Ce n’est que dans une sphère relativement étroite et – qui plus est – subordonnée que certains propriétaires peuvent ensuite accumuler les terres des autres, et concentrer entre leurs mains les moyens de production, bref procéder à l’accumulation initiale du capital.

Il n’en reste pas moins qu’on trouve très tôt, en Chine, des paysans-cultivateurs possédant leur lopin à titre héréditaire, et donc menacés de passer sous la coupe de la classe usurière des propriétaires fonciers ou mandarins du fisc, plus ou moins dépendants de l’État.Cependant, selon la formule de Marx, il ne pouvait s’ensuivre que des luttes continuelles dans la sphère politique, la base économique collective de l’État, n’en étant pas affectée. Le retard de la Chine, plus encore que celui de la Russie tsariste, était dû, en d’autres termes, à la relative faiblesse des oppositions de classes, notamment entre ce qu’il convient d’appeler la bourgeoisie et les couches traditionnelles, réactionnaires. La bourgeoisie chinoise ne s’est pas développée, comme la bourgeoisie d’Europe occidentale sous le féodalisme, dans les villes, à la différence et en opposition aux autres classes de la vieille société, mais en simple appendice de celles-ci. En effet, elle restait greffée sur la caste des mandarins, même pour le commerce du sol. À la différence du serf, le paysan chinois a pu très tôt vendre, acheter ou louer sa terre. Les gros propriétaires fonciers n’étaient pas une classe privilégiée en face d’un tiers-état indépendant comme dans l’Europe des communes du moyen âge, mais ils restaient étroitement liés à la classe des marchands et des usuriers. La Chine n’a donc connu – à l’échelle sociale du mode de production – ni propriété féodale, ni esclavage, ni servage au sens classique. Les servitudes du paysan chinois ne venaient pas de l’attachement à la glèbe d’une main-d’œuvre taillable et corvéable à merci par le seigneur. Il s’agissait presque toujours d’une dette contractée par le paysan pour continuer à cultiver un lopin de terre rare et précieux. La diffusion d’une rente en nature ou en travail n’a rien à voir avec la rente bourgeoise. En Chine elle était la conséquence extrême de la dissolution du mode asiatique de production (qu’une révolte de paysans pouvait régénérer) et d’un développement exclusivement usuraire de la rente capitaliste. C’est pourquoi une révolution agraire, menée par la bourgeoisie contre les « féodaux » était exclue en Chine : il n’y avait point de « tiers état » libérant le paysan de la glèbe, car, ce faisant, la bourgeoisie eût agi contre son propre intérêt de classe puisqu’elle dis- posait aussi du capital marchand et usuraire ou y était liée. La Chine connut cependant d’innombrables révoltes paysannes au cours de son histoire. Comme la bourgeoisie ne pouvait en prendre la tête, le paysan se souleva avec ses propres moyens. Or l'histoire a démontré que, pas plus que l'esclave, le paysan ne peut conquérir véritablement et efficacement le pouvoir pour instaurer, sur son modèle, un mode de production nouveau, supérieur au précédent. Les textes de Marx-Engels montrent à l'évidence que la seule paysannerie chinoise ne pouvait assurer la transformation de la Chine en quelque sens que ce soit. Cf. notamment l’article de Marx sur l'échec du mouvement taïping.

En théorie pure, on peut concevoir que la Chine eût pu s'acheminer, au bout d'une période très longue, vers le capitalisme par ses propres moyens, à la suite du développement du commerce, de l'artisanat, des manufactures et des rapports mercantiles en général. Mais, dans la pratique historique, la vieille Chine paysanne fut ruinée par l'assaut conjugué des capitalismes occidentaux — ce qui hâta l'évolution capitaliste et démontre, d'emblée, l'incapacité de la seule paysannerie à introduire un mode de production supérieur. Lors de la révolution chinoise « agraire » de 1949, on retrouva le même trait que dans toutes les révolutions bourgeoises classiques : la victoire s'accompagna d'une répression des excès de l'aile révolutionnaire avancée, en l'occurrence de la paysannerie pauvre et du prolétariat agricole et urbain, dans la mesure où il eut son mot à dire. Entre le programme du 10 octobre 1947 et la loi agraire du 28 juin 1950, les différences vont toutes dans le sens de la modération aux dépens des paysans pauvres. Tandis que le premier texte proclame l'abolition des droits des propriétaires fonciers (art. 2), le second se borne à confisquer leurs « excédents » de terre (art. 2). L'article 4 de la loi de 1950 déclare encore qu'aucune atteinte ne sera portée aux propriétés commerciales ou industrielles.

Mao Tsé-toung, porté au pouvoir par la paysannerie, fut dès le début partisan d'une voie capitaliste : c’est à dire pour le développement économique de l'industrie et de l'agriculture. La Chine de Mao Tsé-toung eut donc dès le début des traits tout autant capitalistes que la Russie de Lénino-Stalinienne elle-même. De fait, elle proclama sans ambiguïté qu'il fallait un bloc des quatre classes, et qu'elle ne s'en prenait pas au capitalisme. En décembre 1947, Mao Tsé-toung déclara au C.C. du P.C. chinois :

« Partout où s'étend le pouvoir politique de la Nouvelle Démocratie, la petite et moyenne bourgeoisie doivent être protégées fermement et sans hésitation [contre qui ?]. Tout ce que la Nouvelle Démocratie vise à éliminer est le féodalisme et le capitalisme de monopole, la classe des propriétaires terriens et la bourgeoisie bureaucratique, non le capitalisme en général, ni la petite et moyenne entreprise. »

Il concevait le développement économique comme suit :

« Maintenant le gouvernement est capable d'aider les paysans pauvres à résoudre leurs difficultés, en leur accordant des avances destinées à compenser [sic] les désavantages résultant du fait qu'ils possèdent moins de terres que les paysans riches. Il nous faut modifier notre politique à l'égard des paysans riches en transformant la politique de réquisition des terres en une politique de préservation de l'économie des paysans riches, afin d'assurer une prompte reprise de la production agricole, de faciliter l'isolement des propriétaires fonciers et de protéger les paysans moyens et les petits fermiers »
- (Discours au 3e plénum du C C. du P.C. chinois).

On répartit donc près de la moitié seulement de la surface cultivée entre 300 millions de paysans, ce qui donnait environ 15 ares pour chacun d'eux. On distribua seulement trois millions de bêtes de trait, alors que la Chine en comptait environ 50 millions. En somme, les paysans et couches inférieures des paysans moyens représentaient encore de 60 à 70% de la population.

Cette situation aboutit à une double contradiction et, finalement, à une crise sociale : ou bien, les paysans pauvres devaient s'endetter et vendre leur propriété si bien que le fléau de l'usure allait s'étendre et la propriété se concentrer aux mains d'une couche de paysans riches et influents, ce qui développait une nouvelle base d'accumulation pour le capitalisme dans l'agriculture et l'industrie ; ou bien les paysans pauvres endettés ne vendaient pas leurs terres, mais s'accrochaient à la glèbe, et alors ni les villes, ni l'industrie qui devait s'y développer avec le prolétariat industriel, ne pouvaient croître du fait que les campagnes mangeaient toute leur récolte. C'est ce dilemme qu'exprime le Journal du Peuple du 11.4.1953 :

« Par suite de la réforme agraire et en rai- son de la division des exploitations et du développement consécutif d'une économie de petits paysans se suffisant à eux-mêmes, la quantité de denrées alimentaires mises sur le marché peut diminuer, ce qui influerait sur l'approvisionnement des villes », et cela est vrai, ajoute- rions-nous, même dans le cas où la production agricole globale augmenterait (puisque les paysans mangeraient plus). Cette crise devait aboutir aux réformes des années 1953-1958, grâce auxquelles on se promettait de grands progrès. Mao Tsé-toung aussi eut conscience de la nature de la crise : « Comme chacun l'a remarqué au cours de ces dernières années, la tendance spontanée au capitalisme dans les campagnes grandit de jour en jour, et l'on voit apparaître partout de nouveaux paysans riches. Beaucoup de paysans pauvres manquant de moyens de production suffisants n'ont pas encore échappé à l'étreinte de la misère ; certains ont des dettes ; d'autres sont obligés de vendre ou de louer leur terre. Si on laisse se développer cette tendance, la division de la campagne en deux pôles extrêmes ira inévitablement en s'aggravant de jour en jour. »

La révolution politique de la paysannerie se transformait en révolution économique petite-bourgeoise à la campagne, avec un faible développement capitaliste dans les villes : la part de la plus-value nationale transférée par l'État vers les campagnes allait freiner l'industrialisation capitaliste.

L'échec des communes populaires montre qu'en Chine les lois objectives de l'économie échappent au contrôle des hommes, s'imposent à eux comme des forces aveugles et dominatrices, et continuent de dominer la production et la vie sociale, et ces lois peuvent être qualifiées de capitalistes lorsqu'il y a accumulation sous forme monétaire, salaire, production de marchandises, et que subsistent les échanges mercantiles sur le marché intérieur aussi bien qu'extérieur. Cet échec démontre — a contrario — que la transition au communisme se fait suivant le processus énoncé par Marx dans le programme de Gotha, dont nous avons esquissé précédemment les grands traits. D'ailleurs, les promoteurs des communes chinoises s'y réfèrent négativement et sur un seul point (le principe n'en est pas encore « à chacun selon ses besoins », mais « à chacun selon son travail »), ignorant tous les autres, à savoir l'abolition de la monnaie, des salaires, du profit, de la rente, du marché et du commerce.

Tout ce que les communes populaires ont d'anticapitaliste, c'est qu'elles freinent le développement frénétique du capital dans l'agriculture aussi bien que dans l'industrie ; mais, étant de nature paysanne, cet anticapitalisme est contradictoire en ce que la petite bourgeoisie moderne se meut en ambiance capitaliste, et se trouve menacée par un essor puissant du capital. C'est donc essentiellement un agent de stabilité sociale, et elle a de quoi faire dans un pays aussi gigantesque que la Chine, à l'époque où le capitalisme fractionne de plus en plus les continents, les peuples, et les classes, et divise au maximum les branches de la production nationale. Ce qui en ressort à l'évidence, c'est que, dans la société maoïste qui se présente comme un modèle pour les pays du « tiers monde », le prolétariat n'a pas aboli le pouvoir, mais est assujetti économiquement, politiquement et idéologiquement à d'autres classes qui ne peuvent être que celles d'une société capitaliste à ses débuts.

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