Évènement

Le point de vue du raton laveur

Publié le : 25/06/2010 23:00:00
Catégories : Actualité

humeur

Saucisson, pinard, féminisme, laïcité, Bloc Identitaire, Kop de Boulogne, même combat ? C’était le 18 juin, à Paris : l’apéro saucisson-pinard de la Goutte d’or, transformé en manif anti-islamisation par la grâce d’une très prévisible interdiction préfectorale, mettait au jour le caractère désormais incontrôlable des fractures de la société française.

Les ultra-laïciste de Riposte Laïque, dans la même manif que les zids, avec les supporters natios (qui ne sont pas tous zids, loin s’en faut), des athées anticathos, quelques cathos (peu nombreux), et pour conclure une brochette de militantes féministes…

En toute sincérité, je regrette de ne pas y être allé – j’aurais bien aimé voir ça, ça devait valoir le coup d’œil.

Un inventaire à la Prévert.

Ne manquaient que les ratons laveurs !

Dont moi. Paulo, le raton laveur.


*

Et donc, il en dit quoi, le raton laveur, de ce souk ?

Eh bien, d’abord, il en dit que ça ne ressemble plus à rien, ce pays. Y a des gars qui vont vous expliquer que tout ça, c’est les terribles guerriers du Prophète contre les vaillants défenseurs de la laïcité, mais c’est du pipeau. Ça supposerait qu’il existe encore, chez les gens, un truc qui pourrait vaguement ressembler à une pensée structurée, à un projet collectif, à une idéologie ou à une religion. Ce qui me paraît pour le moins improbable.

Les musuls qui squattent la rue Myrrha, des vaillants cavaliers du Prophète ? Tu parles : un tiers de mecs qui bicravent à gauche à droite, et qui vont prier parce que ça leur permet de faire comprendre aux grands frères qu’ils « en » sont, donc n’est-ce pas, faut les laisser bicraver. Un tiers de mecs qui ne bicravent même pas mais veulent quand même en être, comme ça, histoire de dire qu’ils sont encore quelqu’un. Y en a, ils ont pigé que la gandoura, c’était moins cher que le survêt Nike, et ça permettait d’en être, pareil, « je suis comme les autres mais mieux ». Reste un tiers de mecs qui sont pour de bon dans le trip religieux, mais mon petit doigt me dit que ce ne sont pas forcément les plus prompts à squatter : rien n’empêche un muzz de faire sa prière chez lui, le vendredi, si y a plus de place à la mosquée.

Les manifestants sauciflardiers, des défenseurs de la laïcité ? Tu parles, Charles : un tiers de mecs genre sécuritaires, qui étaient là pour dire que quoi, à la fin, c’est quoi cette république qui laisse les trolls squatter les rues ? Un autre tiers genre identitaires, qui était là pour dire que quoi, à la fin, on est chez nous oui ou non ? Et le troisième tiers, un mélange improbable de gonzesses qui ont peur de se faire bâcher par le macho arabo-musulman, d’islamophobes qu’on peut supposer un peu crifo-compatibles sur les bords, etc. Bref, de tout un peu, et dans tout ça, un mix bizarre entre des revendications légitimes (on devrait avoir le droit de saucissonner peinard, c’est un fait) et de fantasmes bobos recyclés islamo-incompatibles. Le rapport à la laïcité ? On le cherche encore. Ah si, il y a les discours de Riposte Laïque...

Alors, tous fascistes ? Tous xénophobes ? Tous repliés sur une identité crispée ?

Non.

Tous paumés, voilà la vérité.

Paumés, les musuls de la rue Myrrha. S’ils s’accrochent tellement à l’islam, les mecs, c’est parce qu’ils n’ont plus que ça comme marqueur d’identité.

Paumés, encore, les élus, les autorités de police, la justice. Que faire devant le blocage de la rue Myrrha ? La débloquer manu militari, c’est déclencher une émeute. Ah ça, surtout pas ! La politique officielle, c’est « pas de vagues ». Ne pas la débloquer, et donc admettre officiellement qu’à Paris, la République a renoncé à contrôler les rues ? Ah non, ça ne va pas, on aurait l’air de quoi ? – Total : on regarde ailleurs, et on prétend ne rien voir. Ça s’appelle de la lâcheté, certes, mais ça révèle, surtout, qu’on est complètement déphasé.

Paumés, toujours, la grande majorité des adeptes du saucisson-pinard. Franchement, manifester avec un saucisson à la main, ça a l’air de quoi ? C’était la Franchouillard Pride ? La vérité, c’est que pour en arriver là, faut être exaspéré, mais sans savoir quoi faire, quoi dire, quoi construire. Le saucisson, le dernier truc qui nous reste. Bon, c’est sympa. Mais en attendant, n’avoir que le saucisson comme grande cause, ça implique tout de même un sacré dénuement !

Tous paumés, vraiment, je maintiens.

Quitte à me fâcher avec mes potes.


*

Cette manif délirante, c’était un prodrome de plus, un intersigne complémentaire, dans l’espèce de déferlement de nuages annonciateurs qui encombre le ciel, ces temps-ci. Et que t’as les Chinois de Belleville qui défilent pour dénoncer l’insécurité dont leur « communauté » serait victime. Comme quoi, disent-ils, des immigrés même pas chinois (prénoms modifiés) s’en prennent à eux, figurez-vous. Et que t’as les autorités qui leur répondent (un comble) de mieux s’organiser pour que cette « communauté », ben elle ait des interlocuteurs désignés (authentique).

Ah ben dis donc, il a une drôle de tronche, le « vivre-ensemble »…

"Si toi c'est voler sac mama Ho, moi c'est péter gueule toi."

Et c’est pas fini.

Dans la foulée, t’as l’équipe de France (enfin, de France…) de foteballe (enfin, de foteballe...) qui nous offre, à la Coupe du Monde, un spectacle… indescriptible. Un entraîneur nul, des joueurs racailles, des tensions entre les joueurs qu’on pressent vaguement inter-raciales, même si elles sont surtout inter-connards…

Moué, le raton laveur absentéiste de la manif sauciflardienne, je vais vous dire quoi en penser, de tout ça, les aminches.

J’en pense qu’il est temps de relire « Eurocalypse » (1), et de se mettre les miches à l’abri fissa. La France, c’est un hexagone peuplé par 60 millions de mecs paumés, qui se regroupent vaguement par tribus pour essayer de continuer à se regrouper quelque part, et qui n’arrivent à définir une tribu que par opposition aux tribus d’à côté. Ça sent le sapin pour la République, ça sent le souffre pour le populo…

Et ceux qui n’auront pas pris leurs précautions, les ceusses qui roupillent tranquillement devant le journal de TF1, je leur prédis un réveil ultra-douloureux, un de ces quatre.

C’est pas compliqué : tout fout le camp. République, entreprises, sports, idéologies, religions, tous les incubateurs de lien social tombent en panne, un à un. Ne restera bientôt plus que ce qui reste toujours, quand on a enlevé tout le reste.

La race.

Ce n’est pas une bonne nouvelle.

( 1 ) Soit dit en passant, vous remarquerez que toutes les prévisions de ce bouquin sont en train de s'accomplir, une par une, depuis trois ans.


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