Le premier axe de la renaissance

Publié le : 02/03/2009 00:00:00
Catégories : Politique

moissonnuese

Nous avons vu, précédemment, que la révolution française, la deuxième du nom, retournera la conception actuelle de la société et du pouvoir : nous voulons un pouvoir raisonnablement ouvert dans une société raisonnablement fermée, nous ne voulons plus d’un pouvoir pathologiquement fermé dans une société pathologiquement ouverte.

Essayons d’imaginer les axes d’action qui permettront à cette nation française refondée de renouer avec sa longue histoire, avec son attachement à la liberté, avec sa souveraineté. Evidemment, il s’agit là de réfléchir dans le cadre d’une refondation à long terme, par delà la période de chaos qui nous attend, et dans l’hypothèse où cette période ne sera ni trop longue, ni trop désastreuse. Pour reprendre les hypothèses de G. Faye, nous nous situons dans le prolongement du scénario « doux ». Nous admettrons, à titre d’exercice de style peut-être, que le changement de monde se sera fait plus ou moins pacifiquement, sans écroulement complet de l'appareil productif, et sans implosion démographique par crise sanitaire. Nous parlons de révolution, et non d'involution.

« gouverner, c'est prévoir » : voilà notre maxime.

1) secteur primaire.

Nous avions posé comme principe, dans un article précédent, que l'indépendance politique nécessite un certain niveau d'indépendance économique. Cette conception rompt radicalement avec les paradigmes qui restent en vigueur aujourd'hui, dans nos élites, malgré la crise systémique que nous connaissons depuis 2007.

Le tabou le plus puissant de l’économisme contemporain, c’est la doctrine de la spécialisation économique, la doctrine de Ricardo, avec sa fumeuse histoire de vins portugais et textile anglais, et en corolaire de cette histoire à dormir debout, la vision des nations comme des obstacles à la réalisation d’un principe abstrait de perfection, de maximisation parfaite du profit. Remettre en cause ce tabou, c’est dire que la finalité de l’activité économique n’est pas le profit.

Eh bien, c’est exactement ce que nous dirons, le moment venu. La finalité de l’activité économique n’est pas le profit, mais la création des valeurs d’usage qui permettent de libérer l’homme des préoccupations matérielles. Point.

L'indépendance économique, donc notre objectif principal, cela commence naturellement par le secteur primaire. Un pays comme la France, avec sa tradition agricole millénaire et son sol richissime, doit pouvoir nourrir sa propre population sans grand problème, avec sa production, et une production « normale », issue d’une agriculture sans OGM. Importer, par seul intérêt mercantile, de la production primaire, sur des milliers de kilomètres, quand on pense à la richesse du sol français, c’est vraiment absurde. Cela ne se justifie que parce qu’en allongeant les chaînes d’approvisionnement, on allonge aussi les commissions des intermédiaires. Il faut en finir avec cette économie de brigands, et revenir à la production simple, écoulée par des chaînes simples. Imaginez donc qu’aujourd’hui, on brûle du pétrole pour acheminer en France des produits dont nous n’avons pas besoin, alors que nous exportons des produits à l’autre bout du monde. Pour quoi faire ? Pour manger des fruits hors saison ? Eh bien, je propose que nous mangions en saison, et qu’on arrête de brûler du pétrole !

Cela dit, comme je l'avais souligné dans l'article « in crisis we trust », notre agriculture est dépendante du secteur secondaire du fait de sa mécanisation, qui permet entre autre de réduire la base manufacturière à presque rien. Plus important encore, notre modèle de production primaire dépend du pétrole en grande partie, non seulement pour mouvoir les engins agricoles, mais également pour la productivité additionnelle liée aux engrais et pesticides fabriqués à base du liquide fossile. Tant que nous restons sur le modèle productiviste actuel, notre indépendance alimentaire est donc en partie liée aux ressources finies et limitées de pétrole qui permettent un rendement suffisant pour nourrir les millions de bouches de notre pays, tout en ne faisant travailler que quelques centaines de milliers de paysans.

Une situation insoutenable à moyen terme avec la raréfaction du précieux fossile…

Une politique visant l'indépendance alimentaire de la nation devra trouver des solutions techniques, ce qui ne signifie pas forcément hautement scientifique, dans une fuite en avant technologique. Nous avons en face de nous un véritable mur énergétique, qui aura un jour un impact direct sur notre assiette. Nous vivons actuellement dans la civilisation du pétrole, comme il exista une civilisation du bois ou du charbon. Sans pétrole, tout s'écroule, à commencer par le rendement agricole. Les 50 quintaux de blé à l’hectare et presque sans main d’œuvre, sans pétrole, c’est fini ! Retour aux 5 quintaux du XIX° siècle, et avec de l’huile de coude pour y arriver !

Les énergies de substitution que nous connaissons aujourd'hui sont à des années lumières de pouvoir remplacer intégralement l'or noir. La prétendue création de richesse liée aux rendements agricoles additionnels n'est donc qu'une, remarquable il est vrai, transformation de richesse sur une base riche et finie à la fois. Nous en pouvons en déduire que sur le plan de l’agriculture, l’actuel système de spécialisation productiviste est fondé sur une rente de situation énergétique.

Gardons en tête cette notion de rente, nous en aurons besoin ultérieurement.

2) architecture économique et impasses

Faisons un détour sur une question fondamentale, dont on ne peut faire l'économie s’agissant de l'indépendance alimentaire. Notre structure économique, rappelons-le, est performante à notre niveau technologique - performance qui permet de minimiser l'intervention humaine dans la production agricole à peu de chose. Nous tirons bénéfice de cette rente de situation, une rente qui tend à disparaître. Le peu de main d'œuvre nécessaire, dans les pays industrialisés, à la production agricole liée au pétrole, a libéré des millions de cerveaux et de mains qui n'étaient plus indispensable à la production primaire. C’est le sous-jacent dissimulé de toute l’évolution socio-économique des 150 dernières années, et on reste confondu quand on s’aperçoit à quel point cette donne essentielle est, depuis plus d’un siècle, omise par les économistes – qui décidément passent trop de temps dans les bureaux, ou dans les ateliers, et pas assez de temps à la campagne.

Nous n'allons pas refaire l'histoire de la révolution industrielle de ces deux derniers siècles. Mais ce qui est certain, c’est qu’à l’issue de ce processus, qui apporta un vrai progrès au niveau du confort individuel et collectif, nous voilà dans une impasse. Le système marchand qui prospère et se déploie grâce à une technique dépendante de l'énergie, n'est pas doté d’une conscience capable d’anticipation, sauf à très court terme. C’est une conscience émergente, réactionnelle, construite par l’interaction auto-organisatrice d’acteurs non coordonnés. Ce pseudo-organisme n’est pas capable d’anticiper sur une rupture de contexte violente, il ne peut pas se repenser par anticipation.

Le système marchand tend à maximiser le rendement à court terme. Le dépassement du mur énergétique par un investissement massif et concerté ne peut pas être organisé dans son cadre strict. Conclusion : ce système n’est pas capable de gérer la technologie dont il est le produit inconscient. D’où ce spectacle à la fois tragicomique : un système où les immenses besoins réels en terme d’anticipation sont ignorés superbement, tandis que la main d'œuvre surabondante libérée par le progrès agricole doit, pour rester solvable, offrir une contrepartie en termes de travail – d’où notre monde de superflu nuisible, si coûteux en ressources mal gérées et inutilement dépensées.

En somme, c’est simple : le « divin marché » n'est pas capable de se survivre à la disparition des conditions qui l’ont rendu possible, et qu’il s’acharne à épuiser le plus vite possible.

D’où notre impasse : le système marchand a organisé la société-monde autour d’un impératif unique, le profit, sans laisser place à une quelconque alternative. Donc le système marchand est un navire qui se saborde, et au fond duquel nous sommes enchaînés, comme des galériens. Le bateau coule et nous allons couler avec, parce que nous ne pouvons pas quitter le bord.

Il y a probablement près de 7 milliards d’hommes sur terre, il y en aura 9 milliards en 2030. Cela n’est possible que si les rendements agricoles restent élevés. Le retour aux rendements de l’avant-pétrole, de l’avant-mécanisation de l’agriculture, de l’avant-engrais chimiques, imposera mécaniquement une réduction très significative du nombre de bouches à nourrir.

Et pendant ce temps-là, le système marchand nous soûle de publicité pour nous pousser à acheter des trucs qui ne servent à rien, mais qui permettent de vider le plus vite possible les réserves de pétrole.

Cherchez l’erreur.

A part les compagnies pétrolières (qui ne veulent pas des énergies de substitution), et peut-être les actionnaires rentiers (s’ils se moquent de l’avenir de leurs descendants), on ne voit pas très bien qui tout cela arrange.

Keynes disait : « A long terme, nous sommes tous morts. »

D’ici peu, il risque d’avoir raison dans des proportions inattendues, même par lui…

La soumission de la technique à l'ordre marchand est une catastrophe. Aujourd'hui, au risque d'être insistant, le marché est LE problème. Il confie le pouvoir à une catégorie, le rentier, qui ne raisonne pas dans les termes adéquats pour gérer les enjeux de l’ère technologique devant nous. D’autres catégories doivent maintenant prendre le contrôle du système : le travailleur, et en particulier le technicien, le scientifique, doivent pouvoir agir dans le cadre d’un système qu’ils maîtrisent, dans le cadre d’une pensée dynamique, tournée vers le long terme.

On pourrait à la rigueur pardonner au rentier de vivre sur le dos des pauvres, si au moins il orientait le capital dans le sens voulu pour garantir l’adéquation des forces productives avec les besoins. Mais on ne peut pas lui pardonner de ne pas être fichu de gérer correctement.

LE problème de notre temps, c’est ça.

Pour illustrer mon propos, je n'ai rien d'autre sous la main que cette proposition des dirigeants européens : renflouer le FMI d'une manne de 500 milliards d'euros, pour que le FMI sauve la finance mondialisée en débâcle. Et dans le même temps, les mêmes dirigeants rechignent à mettre 100 fois moins pour la recherche scientifique sur l'énergie.

Alors on fait quoi ? Ou plutôt : que ferons-nous, quand, passé le temps du chaos, il faudra réorganiser ?

Propositions.

Si nous voulons franchir le mur énergétique, ce qui est une nécessité impérative vu la population planétaire, et si nous voulons simultanément satisfaire notre volonté d'indépendance politique donc d’autonomie alimentaire, il va falloir réorganiser la gestion des ressources et leur orientation. Cette réorganisation nécessite la disparition, ou en tout cas la mise sous tutelle, du rentier. Nous sommes obligés de penser la transition vers une économie sociale. Même s’il s’agit d’une économie sociale de marché, nous serons de toute manière obligés de rompre avec le capitalisme spéculatif. Donc, pour dire les choses très simplement, s’il n’est pas certain qu’il nous faille couper la tête à nos représentants de l’hyperclasse mondialisée, pour reprendre en main notre destin, il est hors de doute que nous devrons au minimum lui couper les jambes, afin de la promener ensuite en fauteuil roulant, que cela lui plaise ou non.

Indépendamment de la question industrielle, qui sera traitée plus tard, tout simplement pour nous nourrir, dans les décennies qui arrivent, il va nous falloir repenser l'organisation de l'outil de production, la gestion des ressources financières, le partage de la plus-value entre travail et capital, pour dégager la puissance nécessaire, créer l'organisation qui aura la taille critique (et qui, si elle part de l’échelon national, ne sera possible, probablement, qu’à l’échelon continental) pour gérer le saut technologique indispensable, qui nous évitera de retourner au Moyen-âge.

Nous étudierons tout cela dans les articles suivants.

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