Le ridicule ne tue plus

Publié le : 23/12/2008 00:00:00
Catégories : Humour

vachefolle

Depuis quelques temps, un olibrius surnommé « Morsay » se donne en spectacle sur la Toile. Les « prestations scéniques » de ce sous-rappeur du groupe « Truands 2 la galère » valent le déplacement, il faut le reconnaître. On en trouvera quelques échantillons ci-dessous. Si je résume : « Je nique tous les skins », «  la France c’est le pays des racistes » et « dédicace à tous les bonhommes du 9-3, du 9-2, etc. ». Ce qui est clair, c'est que si quelqu'un nuit gravement aux jeunes de banlieue désireux de trouver un boulot correct, c'est bien Morsay ! Vous passez un clip de Morsay à n'importe quel employeur, et le gars décide illico de ne jamais engager un mec qui vient du même quartier...

Ce n’est même pas du rap, puisque l’alibi pseudomusical est inexistant. Sauf à considérer que le fait de débiter des insanités au kilomètre est une nouvelle forme artistique, ce n’est rigoureusement rien. Disons, tout au plus : l’expression pathétique d’un racisme antifrançais particulièrement haineux et stupide. Morsay, meilleur agent recruteur du FN ? Objectivement, oui. L'avantage avec lui, c'est que le désastre est visible.

Ce monsieur « Morsay » a attiré l’attention d’une joyeuse bande de cyberaddicts forumeux, du genre « j’ai quinze ans et je traîne sur des forums douteux ». Ces « noëlistes » (c’est le nom qu’ils se donnent) ont « owné » (charrié) Morsay régulièrement, dans des prestations, il faut le reconnaître, beaucoup plus élaborées que celles de leur cible. On en trouvera des échantillons également ci-dessous. Si je résume : Morsay est un débile, son rap c’est de la merde, et nous n’avons pas peur de le lui dire à visage découvert, car nous estimons que sa pose « gangster » n’est, précisément, qu’une pose. Je dois reconnaître que je partage à peu près complètement ce diagnostic (ce qui m’embête, car il est toujours gênant pour un quadragénaire de constater que des gamins en savent autant que lui).

Bref, revenons au sujet.

Enivré d’être, enfin, au centre des discussions, fût-ce sur une portion microscopique de la Toile et pour faire les frais de la conversation, le sieur Morsay a riposté avec une remarquable absence d’arguments (échantillons ci-dessous). D’où il ressort, si je résume : « Les noëlistes, je baise la chatte à vos mères, je vous encule, etc. » Les intéressés ont répondu en sous-entendant que l’obsession phallique du sieur Morsay traduit une homosexualité latente (voir ci-dessous).

L’affaire aurait pu en rester là si un troisième protagoniste n’était pas intervenu : un certain « Vinceneil ». Ce personnage énigmatique a tourné quelques vidéos où il se moque de Morsay avec plus de punch que de finesse (échantillons ci-dessous). On remarquera que cette attaque reprend fondamentalement les mêmes « valeurs » que celles de Morsay : fric, frime et pose macho à deux balles. Au lecteur de décider si c’est du deuxième degré, l’expression d’un ras-le-bol somme toute légitime, une provocation soigneusement élaborée dans le cadre d’une stratégie de la tension, ou tout bonnement l’indice que le niveau monte…

Après quelques échanges d’amabilité sur Internet, Morsay déclara forfait, et ses charmants compagnons reprirent le flambeau (échantillons ci-dessous).

Le verbatim de leurs interventions remarquables mérite d’être cité : « Crève sale Blanc ! On va te saigner Vinceneuil ! Vive Al-Kaïda ! » Ce qui fait tout de même trois délits en trois phrases : invectives racistes, menaces de mort publiques, apologie du terrorisme.

Voilà les faits.

Passons à l’analyse.

Dans cette histoire, bien sûr, tout est faux.

Il est absolument évident que les « Truands 2 la galère » ne sont pas de vrais truands (ou alors des moitiés de quart de tiers de demi-sels). Le signalement du truand, je le tiens d’un flic.

J’ai croisé jadis un membre de la Brigade de Répression du Banditisme, pour des raisons sans rapport avec son activité professionnelle. Il m’a briefé rapidement sur ses « clients ». D’où j’ai retenu : qu’un truand, un vrai, recherche avant toute chose la discrétion (sur son biz et sur lui-même) ; qu’il n’exhibe jamais d’armes et ne fait pas de boxe thaïlandaise (s’il sort son arme, c’est pour te tuer, et s’il veut te tuer, il sort son arme) ; qu’il se présente généralement sous une couverture (ferrailleur, antiquaire, brocanteur, patron de pizzeria ou de boîte de nuit, tous métiers qui permettent de manipuler des sommes importantes en liquide sans possibilité de vérification par le fisc) ; et enfin, last but not least, qu’il se montre le moins possible hors de son turf. Hors le fait avéré qu’il est dans la brocante, « Morsay » ne présente aucun de ces traits caractéristiques. Morsay n’est même pas un truand, c’est un paumé qui joue au truand. Sa main dans la vie, c’était 3-6-9, mais comme il ne sait pas la jouer, il la montre. N’est pas yakusa qui veut.

Il est tout aussi évident que « Vinceneuil » n’est pas le chef d’entreprise plein aux as dont il joue le rôle dans ses vidéos. Quand on possède une limousine avec chauffeur, un hélicoptère, une entreprise rentable et une villa de luxe, on a autre chose à faire que de se payer la tête d’un hurluberlu. Dans une interview à Novopress, « Vinceneuil » nous explique qu’il est un « petit Blanc », et que les gens comme lui sont « en voie d’extinction ». Voilà qui décrit son positionnement social : sa main à lui, c’est 3-6-9 aussi, mais comme il ne veut pas la jouer, il fait semblant d’avoir un carré d’as. Ce qui en fait une victime du système, au même titre d’ailleurs que les mecs de banlieue, à qui il fait certainement moins de tort qu’un Morsay…

Reste le cas nettement moins réjouissant des olibrius qui se sont signalés à l’attention du public en proférant des menaces de mort et des invectives racistes. Signalons à ces braves gens que la menace de mort est un délit grave, passible (article 222-18 du code pénal) d’une peine de cinq ans d’emprisonnement et de 75.000 euros d’amende (7 ans et 100.000 euros si la menace est commise à raison de l’appartenance de la victime à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée). A noter que le délit est constitué si la menace a été réitérée (c’est le cas) ou matérialisée par une image ou tout autre objet (c’est le cas aussi). C'est-à-dire que si vous pétez un câble et dites à quelqu’un « je vais te tuer », la justice considère que c’est une parole en l’air qui n’appelle que des excuses, mais que si, par contre, vous diffusez plusieurs vidéos sur Internet en brandissant un couteau à cran d’arrêt et en gueulant que vous allez tuer le « sale Blanc », le juge peut considérer que la menace est effectivement constituée. Tarif : jusqu’à sept ans et cent mille euros. Ça fait cher la vidéo.

Pourquoi s’intéresser à cette anecdote plus grotesque qu’autre chose ?

D’abord parce qu’il n’est pas inintéressant de relever que dans notre pays, apparemment, on peut proférer des menaces de mort avec arme sans que la justice ne s’y intéresse.

Ensuite et surtout, parce que les vidéos de Morsay, Vinceneuil et compagnie font de gros chiffres d’audience. Or, on sait que les gens aiment bien « se » voir. Donc s’ils vont regarder ce genre de choses, c’est qu’ils se reconnaissent. Il y a fréquemment 3.000, 4.000 personnes pour visionner ces vidéos dont l’intérêt n’est pourtant pas évident.

Qu’est-ce que ça implique ? Eh bien tout simplement que beaucoup de mecs sont aujourd’hui dans le même état psychologique que les protagonistes de cette histoire. Qu’ils se reconnaissent en eux. Qu’ils partagent leur vision du monde.

Pensez à ça en visionnant les vidéos ci-dessous…

Morsay fait de « l’art » :
On s'en bat les couilles
(tout un programme)
J'nique les râââcistes
(SOS Racisme a bien travaillé)

Les noëlistes se payent Morsay :
Constat clinique

Morsay, ta parole doit s'éteindre
(pas mal)
Et si je te baise, ça fait quoi ?

Morsay répond aux noëlistes :
La chatte à ta mère !

Les noëlistes émettent une hypothèse sur l’origine de l’obsession phallique de Morsay :
Amusant

Là, ça dérape
(racisme)

Vinceneil chambre Morsay :
Frime, fric et machisme
(second degré ? imitation inconsciente ?)

Mosay menace Vinceneil :
Menace de mort
(ridicule)

Vinceneil en remet une couche :
Là, ça dérape encore
(islamophobie, provocation gratuite)

Les copains de Morsay répondent (délit constitué) :
La ZUP clashe Vinceneil (vidéo effacée - comportait le verbatim délictueux cité ci-dessus, plus exhibition d'un couteau à cran d'arrêt)
"K-libre" dans ses oeuvres
(âmes sensibles s'abstenir)

Vinceneil ne se dégonfle pas : ici.

Voilà, on en est là. Autant le savoir.

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