Le ton de l'atrabilaire

Publié le : 03/12/2008 00:00:00
Catégories : Société

juge

Je découvre dans la presse ce communiqué larmoyant du bâtonnier de l'Ordre des avocats de Paris, Christian Charrière-Bournazel :

Le temps de l'arbitraire

Aucune diffamation, aucune injure, à l'exception de celles qui sont commises à raison de l'appartenance ou de la non-appartenance d'une personne à un groupe, une ethnie, une race, une religion ou une orientation sexuelle déterminée, ne fait encourir de peines d'emprisonnement.

Les journalistes sont, selon la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme de Strasbourg, « les chiens de garde de la démocratie ». La liberté d'expression, pour laquelle tant d'hommes et de femmes ont sacrifié leur vie, est un droit essentiel de la personne humaine et un attribut de la République qui ne peut subir de restrictions que nécessaires et proportionnées dans une société démocratique.

Comment justifier alors qu'un journaliste qui n'a pu être joint, pour des raisons non vérifiées, à son domicile par des convocations adressées au mois d'août, ait pu faire l'objet d'un mandat d'amener délivré par un juge, dans une affaire où il ne pouvait pas risquer un emprisonnement, être conduit au commissariat de police, menotté et traité comme un délinquant ?

Madame Muriel Josié, juge d'instruction, aurait dû être suspendue par le ministre de la justice, à l'initiative du Conseil supérieur de la magistrature, en raison de la violence qu'elle s'est autorisée à l'égard d'un journaliste.

Il a fallu que le président de la République lui-même intervienne alors que deux ministres ne s'étaient pas indignés. Aucune haute autorité de la magistrature ni du parlement ne s'est élevée pour condamner cette méthode digne de la Grèce des colonels ou de l'Espagne du franquisme ! Que sommes-nous devenus ? A quel degré d'avachissement démocratique allons-nous encore consentir à descendre ?

La question « jusqu'où va-t-on descendre » est effectivement une bonne question. Elle a d'ailleurs été posée il y a quelques années par Alain Soral dans l'un de ses essais. Ma réponse, Monsieur le Bâtonnier, est assurément « très bas, j'espère, et le plus vite possible ». Parce que quand même, commencer un communiqué destiné à faire partager son indignation par cette phrase : «  Aucune diffamation, aucune injure, à l'exception de celles qui sont commises à raison de l'appartenance ou de la non-appartenance d'une personne à un groupe, une ethnie, une race, une religion ou une orientation sexuelle déterminée, ne fait encourir de peines d'emprisonnement » en dit long sur le degré de tartufferie de nos élites.

Eh oui, messieurs les censeurs, le boomerang vous revient en pleine figure et c'est bien fait ! Vous le saviez bien, pourtant, que la Liberté d'Expression est la plus précieuse des libertés dans nos sociétés démocratiques ! Partout où cette liberté a été opprimée, la dictature s'est épanouie Mais malgré ça, vous avez préféré appliquer la fameuse maxime de Saint Just, « pas de liberté pour les ennemis de la liberté », source de toutes les tyrannies, pervertissant ainsi la notion même de justice pour en revenir aux procès en sorcellerie. Alors ne venez pas pleurer que des juges vous opposent à leur tour cette conception pervertie de la justice !

Votre indignation est toujours sélective : les mal-pensants n'en bénéficient jamais, car vous refusez de considérer comme vos frères humains ceux dont le discours n'a pas l'heur de vous plaire. Les racistes, xénophobes, machistes, homophobes, révisionnistes, etc. s'excluant eux-mêmes de l'humanité, vous trouvez parfaitement normal qu'ils ne bénéficient pas des libertés garanties par les textes protégeant les droits de l'Homme. La jurisprudence du Comité des Droits de l'Homme chargé de veiller à l'application du Pacte de New York relatif aux Droits Civils et Politiques comme celle de la Cour Européenne des Droits de l'Homme chargée de sanctionner les violations de la Convention éponyme sont d'ailleurs fixées en ce sens et Saint Just doit bien se marrer dans sa tombe.

Le comble de l'hypocrisie est atteint lorsque l'on sait que l'auteur de cette indignation médiatique est l'avocat de la LICRA, membre de son comité directeur, et s'est illustré abondamment en persécutant les mal-pensants. L'auxiliaire stipendié de la Police de la Pensée veut faire pleurer Margot sur le sort d'un journaleux du Système officiant dans un quotidien soi-disant « de gauche » appartenant à un Rothschild et gavé de subventions de l'Etat sarkoziste !

La liberté d'expression est comme un barrage contre l'arbitraire et la force injuste de la loi. La moindre dérogation, même la plus petite, constitue ni plus ni moins une fissure dans le barrage. Par cette fissure, l'eau travaille de manière longtemps invisible à miner l'ouvrage. Et un jour, celui-ci s'effondre.

Alors oui, vivement que le barrage cède et que la violence de l'eau emporte avec elle toutes les indignations sélectives et toutes les larmes de crocodile des tartuffes ! Pour que le prochain barrage que nous édifierons soit, lui, préservé de la moindre fissure.

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