Le Varennes européiste ?

Publié le : 28/10/2007 00:00:00
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La pseudo union prétendument européenne va semble-t-il finalement se doter d’un soi-disant traité constituant. Ce traité, dit simplifié par antiphrase, remplace le soi-disant traité constituant rejeté par le peuple français lors du référendum du 29 mai 2005. Sauf changement de dernière minute, ce traité « simplifié » devrait être approuvé, selon le souhait du président de la soi-disant république dite française, par la voie parlementaire, donc sans que le peuple soit à nouveau consulté

Cette situation appelle plusieurs commentaires. On doit d’abord souligner le caractère légèrement grotesque de l’affaire. On peut également remarquer que les dirigeants n’ont répondu en rien aux questions soulevées par le « Non » de mai 2005. Mais surtout on doit établir si le président de la soi-disant république dite française a le droit de procéder comme il entend le faire – c'est-à-dire par la voie parlementaire, sans consulter le peuple. De là, on pourra déduire si la soi-disant république dite française est encore un Etat de droit.

1. Le traité simplifié, simple réécriture du traité constituant

Le soi-disant traité constituant rejeté par référendum en mai 2005 était un texte exceptionnellement touffu, presque illisible en fait pour les non spécialistes. C’était un texte d’inspiration fédéraliste, avec en particulier :

- la création d’un soi-disant ministre des affaires étrangères de la pseudo-union prétendument européenne ;

- l'augmentation des mesures prises à la majorité plutôt qu'à l'unanimité.

Cependant, et là se trouvait dès l’origine le vice de la démarche, ce texte fédéraliste dut être négocié pied à pied entre des gens qui, de toute évidence, pensaient tous davantageà leur intérêt propre qu’à l’intérêt commun. D’où, au final, un texte très médiocre.

Le traité « simplifié » reprend la quasi-totalité des dispositions du traité constituant, parfois en en modifiant les intitulés, mais surtout en les dissimulant derrière une invraisemblable usine à gaz (260 pages, heureusement que c’est la version simplifiée !). On peut très sérieusement se demander, en l’occurrence, s’il n’entre pas dans la démarche une volonté délibérée de rendre les règles du fonctionnement politique tellement complexes qu’à part quelques spécialistes dont c’est le métier, plus personne ne puisse les comprendre.

2. Le traité simplifié ne répond pas au « Non » français de mai 2005

Le traité dit constituant avait été rejeté par la population française pour plusieurs raisons. On pouvait schématiquement regrouper ces raisons en trois grands « niveaux » de rejet :

- un « Non » populaire, expression du ras-le-bol de la population devant une politique macro-économique européiste qui, de toute évidence, est faite principalement en vue des intérêts des multinationales, et très secondairement en vue des intérêts des peuples (soumissions aux règles de l’OMC, politique monétariste favorisant la concurrence des pays à bas salaires, inflation cachée depuis l’introduction de l’Euro) ;

- un « Non » politique, traduction du malaise éprouvé par les citoyens devant une construction européenne de moins en moins lisible (qu’est-ce que l’UE ?), de plus en plus déconnectée du suffrage populaire (contournement des nations récalcitrantes par l’entente des classes dirigeantes), et ressentie de manière croissante comme une confiscation de souveraineté au profit des oligarchies technocratiques (déficit démocratique de la commission de Bruxelles) ;

- et enfin un « Non » métapolitique, dont le sens profond échappa hélas à une grande partie des commentateurs. « Non » métapolitique qui voulait dire, tout simplement, que les européens lucides savaient que l’Europe était morte (puisqu’elle ne savait plus se définir CONTRE le reste du monde), et qu’il s’agissait donc avant toute chose de constater son décès, pour ensuite la faire renaître, après une crise salvatrice.

Constat : les dirigeants européens n’ont répondu à aucun de ces « Non ».

Depuis le printemps 2005, la banque centrale européenne n’a infléchi en rien sa politique macro-économique. Au-delà des palinodies médiatisées mais insincères qui visent à dédouaner la classe politique française à l’égard des choix macro-économiques de Francfort, cette politique débouche concrètement sur un mouvement de désindustrialisation de plus en plus catastrophique. La dégradation du pouvoir d’achat des catégories populaires se poursuit, la précarisation progresse. Dans ces conditions, les motivations du « Non » populaire subsistent. En cas de nouveau référendum, ce « Non » populaire serait probablement encore plus net qu’en 2005.

Les dirigeants européens n’ont par ailleurs rien fait pour clarifier la question de la souveraineté populaire. Le « Non » politique traduisait, de la part des électeurs les plus lucides, la volonté soit de revenir à une vraie souveraineté nationale, soit de construire une authentique souveraineté européenne, dans une perspective franchement révolutionnaire. Aucune de ces deux options n’a été choisie. Le nouveau traité « simplifié » se contente de maintenir les choix du traité soi-disant constituant, c'est-à-dire la construction d’une fausse souveraineté européenne servant à détruire ce qui restait des souverainetés nationales. Point final, tout ça pour ça : le peuple ayant mal voté, on décide de passer outre.

Le pouvoir n’a pas davantage répondu à la demande de SENS formulée à travers le « Non » métapolitique de mai 2005. C’est même exactement le contraire. Le préambule de la pseudo-constitution avait suscité l’ironie : il commençait en effet par la risible formule « Nous, le roi des Belges », formule qui faisait bizarrement écho à la célèbre formule liminaire de la constitution des Etats-Unis : « Nous, le peuple ». Il y était question d’union dans la diversité, ce qui ne veut pas dire grand-chose, et d’une manière générale, on devinait à le lire qu’en fait, il n’y avait aucun projet de civilisation derrière le bidule euromondialiste. On admirera donc le tour de passe-passe très symbolique par lequel les classes dirigeantes européistes ont cru résoudre le problème : dans le traité « simplifié », ce préambule A DISPARU. On ne sait pas dans quelle perspective politique cette pseudo-constitution s’inscrit. C’est un non-texte constituant pour le non-Etat d’un non-peuple : il est donc fort logiquement précédé d’un non-préambule. Prodige de la communication politique : la question de l’insignifiance étant problématique, on a réputé qu’elle était insignifiante !

On comprend pourquoi dans nos journaux, la chronique politique française a fusionné avec les pages people : c’est tout simplement parce que sans la pipolisation des politiques, ceux-ci n’existeraient plus. On prendrait enfin la mesure de leur insignifiance consentie. On s’apercevrait de la vraie nature du régime qui est en train de se mettre en place en Europe : un régime POLITIQUE APOLITIQUE, pour une NON EUROPE.

3. Le coup d’Etat légal

Nicolas Sarkozy a-t-il le droit de faire adopter cette constitution sans référendum ?

Oui, s’agissant du traité en lui-même, puisque c’est le président de la république qui « négocie et ratifie les traités » (Titre VI de la constitution de la V° République).

Oui encore, s’agissant de la révision de la constitution française nécessaire pour mettre en cohérence nos lois avec nos engagements européens.

La constitution de la V° République précise, au titre XIV : « L'initiative de la révision de la Constitution appartient concurremment au Président de la République sur proposition du Premier Ministre et aux membres du Parlement. Le projet ou la proposition de révision doit être voté par les deux assemblées en termes identiques. La révision est définitive après avoir été approuvée par référendum. Toutefois, le projet de révision n'est pas présenté au référendum lorsque le Président de la République décide de le soumettre au Parlement convoqué en Congrès ; dans ce cas, le projet de révision n'est approuvé que s'il réunit la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés. Le bureau du Congrès est celui de l'Assemblée Nationale. »

Sur le plan de la Lettre de nos lois, donc, c’est clair et net : Nicolas Sarkozy peut procéder comme il entend le faire, sans nouveau référendum.

Sur le plan de l’Esprit de nos lois, c’est autre chose.

En amont de notre constitution, il y eut d’abord la loi qui rendit possible la rédaction de cette constitution. Il s’agit de la loi constitutionnelle du 3 juin 1958. Cette loi précisait en toutes lettres les principes qui devaient présider à la rédaction de notre constitution : « Seul le suffrage universel est la source du pouvoir. C'est du suffrage universel ou des instances élues par lui que dérivent le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. » Il découle de ce principe que l’autorité du suffrage universel surpasse celle des organes représentatifs, puisque ces organes émanent d’elle. Par conséquent, seul le suffrage universel peut contredire le suffrage universel.

Donc, selon l’Esprit de nos lois, seul un nouveau référendum pourrait annuler valablement le référendum précédent.

Le Titre Premier de notre constitution enfonce le clou : « La devise de la République est ‘Liberté, Égalité, Fraternité’. Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. » Mais dîtes-moi, que reste-t-il de ce gouvernement par le peuple, quand les organes représentatifs prétendent annuler le résultat d’un référendum par leur seule autorité ?

Toujours la constitution de la V° République, Titre Premier encore : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice. » Que reste-t-il de cette souveraineté nationale « qui n’appartient qu’au peuple », lorsque les représentants du peuple prétendent non seulement exercer la souveraineté en son nom, mais aussi s’en attribuer l’exercice CONTRE la volonté exprimée précédemment par le peuple ?

On le voit bien : si la constitution permet dans la Lettre la procédure que va suivre Nicolas Sarkozy, dans l’Esprit il n’en est rien : en procédant comme il va le faire, Sarkozy commet un véritable coup d’Etat légal. Il confisque le principe de souveraineté au nom de l’oligarchie politicienne. La soi-disant république dite française respecte certes encore ses propres lois dans la Lettre, mais plus dans l’Esprit. Elle est donc encore un Etat de droit dans la Lettre, mais plus dans l’Esprit.

Tel est le TRES GRAND RESULTAT politique obtenu par le « Non » de mai 2005 : le système est obligé de tomber le masque. Il apparaît pour ce qu’il est : un régime tyrannique déguisé en fiction démocratique. Ne nous y trompons pas : ce dévoilement, ce n’est pas rien. Ne nous y trompons pas : c’est une très grande victoire pour la dissidence française. Nous avons acculé le Pouvoir à la faute.

Il est possible que le coup de force européiste de décembre 2007 soit au régime prétendument républicain ce que la fuite à Varennes fut à l’Ancien Régime finissant : l’erreur de trop.

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