Les sionismes

Publié le : 09/06/2009 00:00:00
Catégories : Politique

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Le sionisme, stade suprême du capitalisme ?

La formule, lancée par le polémiste Alain Soral, est, de toute évidence, une figure de rhétorique.

Mais n’est-ce que cela ? Y a-t-il un contenu, derrière la formule-choc ?

Ce petit texte pour décrire la réalité du phénomène étudié.

Quand on parle du sionisme, il faut d’abord dire de quoi l’on parle. Le mot, en effet, a été utilisé, ces dernières années, dans des acceptions très diverses.

Ouvrons le dictionnaire, pour commencer.

« Sionisme : mouvement politique et religieux visant à l’établissement puis à la consolidation d’un Etat juif en Palestine. »

Cette définition contient déjà, en elle-même, pas moins de 3 interrogations sur le terme employé :

  • Idéologie politique ou religieuse ?
  • Que faut-il entendre par consolidation : expansion ou défense ?
  • Comment faut-il comprendre le mot Etat juif : Etat exclusivement juif, ou Etat d’essence juive incorporant des populations non-juives ?

La combinaison de ces trois interrogations définit 2 x 2 x 2 = 8 variantes du sionisme. Certaines sont impérialistes (celles qui demandent l’expansion de l’Etat juif), d’autres peuvent être vues soit comme un impérialisme modéré (pour qui pense que l’Etat juif constitue en soi une construction impérialiste), soit comme un nationalisme défensif (pour ceux qui pensent que c’est un Etat-nation comme les autres). Ainsi, selon qu’on admet telle ou telle acception du terme, et selon la perception qu’on a par ailleurs de la légitimité intrinsèque de l’Etat d’Israël (1), on arrivera à des conclusions très diverses.

Conclusion : le sionisme peut être vu comme un impérialisme… mais il peut aussi être vu différemment.

Conclusion de la conclusion : le terme « sionisme » est ambigu au regard de la question de l’impérialisme.

Au-delà de la définition du sionisme stricto sensu, il y a la question des dynamiques qui se combinent avec lui. On peut relever deux de ces combinaisons : avec la dynamique du capitalisme, avec la dérive idéologique générale des sociétés occidentales.

Il est indiscutable qu’une convergence s’est produite, progressivement, entre la dynamique du capitalisme anglo-saxon et les intérêts de l’Etat d’Israël. Pour des raisons géopolitiques complexes, les USA ont intérêt au maintien d’un état de guerre au Proche Orient. Qui plus est, Tsahal fournit une force d’appoint régionale de premier ordre. Le souvenir de la Shoah permet enfin d’accomplir, au nom de la défense d’Israël et des Juifs menacés, ce que les seuls intérêts des compagnies pétrolières ne sauraient justifier (dans le monde postchrétien, le statut victimaire confère une sorte de droit à faire des victimes).

En ce sens, le sionisme (dont nous venons de voir l’ambiguïté), n’est pas un stade du capitalisme, mais un instrument du capitalisme.

Un instrument – mais aussi un emblème

Si nous élargissons la question au-delà du paradigme économique, nous constatons que le sionisme est aujourd’hui prôné par des gens qui, a priori, ne sont pas prédestinés à avoir une opinion tranchée sur la question. Dans l’anglosphère existe, depuis plus de deux siècles, un tropisme sioniste à caractère millénariste – la Nouvelle Sion, comme métaphore du règne des Elus. Cette pathologie du protestantisme s’est combinée avec d’autres pathologies, issues du judaïsme celles-là, pour former un cadre idéologico-religieux qui n’a presque plus de rapports avec le protestantisme authentique (il y a négation de la nécessité de la Grâce, puisque les Elus s’auto-désignent), et guère plus avec le judaïsme authentique (on est passé de la réparation du monde à la reformation du monde). On pourrait résumer le phénomène par une formule simplificatrice mais finalement assez juste : la perversion du protestantisme et la perversion du judaïsme, pour aboutir au pire différencialisme inégalitaire.

Ce différencialisme inégalitaire, en lui-même, ne serait pas dangereux s’il restait confiné dans les milieux restreints qui lui ont donné naissance. Malheureusement, ces milieux se trouvent aujourd’hui largement surreprésentés au sein des noyaux dominants du capitalisme anglo-américain, lui-même centre névralgique du capitalisme occidental. De ce fait, partout s’étend l’idéologie « sioniste » (au sens que prend ce terme dans le cadre précis de cette idéologie). Elle est progressivement descendue des classes supérieures de l’anglosphère vers les classes inférieures. Elle contamine à présent les classes supérieures européennes, et commence à mordre sur les mentalités des classes inférieures.

C’est que ce « sionisme mondialiste » constitue un discours de cautionnement du turbo-capitalisme contemporain, capitalisme sans éthique, simple machine à fabriquer toujours plus d’iniquités, d’exploitations, de dominations. Porté initialement par les élites financières juives (la déclaration Balfour est adressée à Lord Rothschild), ce « sionisme idéologique » est désormais le point de ralliement de toutes les classes qui, privilégiées dans le système capitaliste contemporain, ont intérêt à ce qu’il fonde l’architecture mentale partagée par les masses.

En ce sens, le « sionisme mondialiste » n’est pas le stade suprême du capitalisme, mais il en est l’étendard suprême.

Un étendard, il est vrai, qui ne sert pas seulement à rallier les alliés – mais aussi à abuser les ennemis…

Expression des forces qui, dans un autre contexte, s’incarnèrent jadis en Allemagne au travers des élucubrations de la société Thulé (groupe crypto-maçonnique à l’origine du parti nazi) (2), ce « sionisme mondialiste » utilise la mémoire de la Shoah pour dissimuler sa véritable nature : il n’est pas du côté des humbles, des opprimés, des victimes. Il est du côté des puissants, des oppresseurs, des bourreaux. En ce sens, le « sionisme mondialiste » est donc, avant toute chose, le masque suprême du capitalisme.

Au terme de ce tour d’horizon de la question sioniste, nous arrivons donc aux conclusions suivantes :

  • Tout d’abord, pour comprendre de quoi l’on parle, il faut distinguer un « sionisme national », proprement israélien, et un « sionisme mondialiste », qui lui n’est que métaphoriquement relié à la question israélienne proprement dite.
  • Ensuite, il faut comprendre que le « sionisme national » n’est pas un stade du capitalisme, mais un phénomène à caractère ethnico-religieux distinct, dont le capitalisme a fait un instrument (comme il a instrumentalisé, historiquement, à peu près toutes les identités nationales).
  • Enfin, il faut admettre que le « sionisme mondialiste » n’est pas non plus un stade du capitalisme, mais un épiphénomène de sa dynamique – épiphénomène complexe, qui sert aux classes dominantes tantôt d’étendard, tantôt de masque.

(1) Rappelons que, n’en déplaise tant aux anti-Israël radicaux qu’aux pro-Israël radicaux, la légitimité de l’Etat d’Israël fait toujours débat. Au demeurant, nier la possibilité même de cette légitimité est le meilleur moyen de favoriser les tendances les plus néfastes de la société israélienne, tandis qu’affirmer cette légitimité par hypothèse constitue le moyen le plus sûr de détruire ce que l’identité juive eut par le passé de plus intéressant, à savoir sa perpétuelle interrogation sur elle-même. On voit bien là que le sionisme hystérique et son frère jumeau l’antisionisme obsessionnel se cautionnent mutuellement.

(2) La preuve

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