Évènement

Lettre ouverte aux salariés de France Télécom

Publié le : 17/09/2009 23:00:00
Catégories : Humour

anarchie

Chers camarades,

J’ai une question à vous poser.

Depuis que votre service public entreprise publique entreprise de service universel machine à fric a été déstructuréedéshumanisée réorganisée à la hache restructurée pour s’adapter au règne de l’argent-roi à une société inégalitaire à la concurrence libre et non faussée, ceux d’entre vous qui ont la mémoire de ce qu’était les PTT du temps jadis sont dans le collimateur objet de toutes les attentions des dirigeants chargés de vous laver le cerveau de conduire le changement. Pour cette raison, les vieux de la vieille, dans votre grande et belle entreprise, naissepa, sont l’objet d’une politique systématique de casse des savoir-faire de mutations répétées d’apprentissage de la mobilité fonctionnelle. Manifestement, certains d’entre eux le vivent mal. On les comprend.

Ce qu’on ne comprend pas, en revanche, c’est pourquoi ces braves gens éprouvent le besoin de se suicider bêtement, tout seuls dans leur coin, alors qu’ils n’ont plus rien à perdre et pas mal de choses à dire. Soyons clair : si vous êtes dans la merde confrontés à un défi permanent et stimulant, ce n’est  évidemment pas un hasard. Vous êtes ciblés traités prioritairement par la DRH, parce que vous risquez de transmettre aux jeunes générations le souvenir d’un temps où un salarié n’était pas un kleenex à jeter après usage un infra-nomade vivant l’expérience passionnante de la mobilité à faible effet de levier financier. De toute évidence, les prédateurs mondialistes vos dirigeants ne souhaitent pas que cette mémoire soit transmise, d’où la politique de déstabilisation d’apprentissage accéléré du changement dont vous êtes les sujets passifs et contraints.

Alors, voyez-vous, je voudrais vous faire remarquer qu’il serait logique, pour ne pas dire sain, qu’au lieu de vous suicider bêtement dans votre coin, vous entrepreniez de transmettre votre mal-être aux salauds responsables.  Par exemple, au lieu d’emprunter à votre tendre épouse un couteau de cuisine bien aiguisé qui aurait pu continuer à servir pour le gigot du dimanche, pourquoi ne pas vous procurer un fusil à pompe, voire un 9 mm ? On en trouve d’excellents au marché noir, et avec un minimum de jugeote, je gage que vous localiseriez rapidement les lieux dudit marché noir (demandez Mouloud la Débrouille, troisième hall en partant de la rue des platanes, juste derrière le square Nelson Mandela). Vous me direz que vos moyens financiers sont limités. Certes. Mais dans la mesure où vous allez passer de vie à trépas, puisque tel est votre projet, vous noterez qu’il est sans objet de vous préoccuper de l’équilibre de vos finances à moyen terme.

Il ne vous resterait plus alors qu’à débarquer à la direction des ressources humaines de votre glorieuse entreprise qui a été si bien conseillée par Lazard Frères à l’époque de Michel Bon qui a fait depuis dix ans l’expérience passionnante du turbocapitalisme mondialisé, muni de l’objet précédemment évoqué, et de faire connaître vos revendications au moyen dudit objet, de la manière qui vous semblerait la plus adéquate. Je vous parie qu’après quelques « suicides » de ce type, au cours desquels vous auriez pris soin de communiquer dans l’ouverture et la franchise avec des responsables qui resteraient certainement à votre écoute, votre vénéré PDG prendrait davantage en considération les souffrances psychologiques induites par la politique que ses services déploient. Il est clair que vous finiriez probablement l’aventure dans une caisse en sapin, certes, le GIGN étant connu pour l’excellence de ses tireurs d’élite. Mais de toute façon, c’était ce que vous vouliez. Et au moins, ça aurait servi à quelque chose.

D’où ma question : pourquoi ne procédez-vous pas ainsi ? J’avoue ma perplexité.

Dans l’attente de vos réponses,

Sincères salutations,

Paul Dautrans

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