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L'immigration, ça coûte ou ça rapporte ? (Jean-Paul Gourévitch)

Publié le : 31/05/2010 08:05:43
Catégories : Economie

marianne_voile

Sujet tabou, l'immigration représente un enjeu majeur, tant au niveau infra que superstructurel. Sans ambage, le démographe Jean-Paul Gourévitch s'emploie dans ce petit livre technique à démêler le vrai du faux afin de sortir des discours partisans et de leurs syllogismes simplistes. A travers ce travail, c'est à une étude de l'ensemble de la communauté étrangère que se livre l'auteur.

Dans tout ce qui a trait aux migrations, l'Etat paie les dépenses et encaisse les bénéfices. Les coûts sont matériels et immatériels. Toutefois, les problèmes de terminologie sont nombreux et la distinction difficile (doit-on parler de déplacés ou de réfugiés ?), sans oublier la teinte politico-idéologique, comme avec le clandestin / sans-papier, qui est juridiquement un étranger illégal. Par ailleurs, la reconduite à la frontière se distingue de l'expulsion (intérêt d'ordre public). Les migrants en situation irrégulière représentent des coûts de prise en charge, d'hébergement, de prestations sociales et médicales. La régularisation entraîne des bénéfices pour l'exercice d'un travail déclaré, un déficit si l'immigration est familiale avec versement des prestations correspondantes.

Les dispositifs de recherche sont multiples : INSEE, INED, OFII, AGDREF, fichier Grégoire, OFPRA, Ministère de la Justice. Les conflits de procédures de recueil de données sont nombreux, et non dénués d'idéologie (pour ou contre les statistiques ethniques ?). Même le recensement de l'INSEE est imprécis, avec une marge d'erreur de 900 000 à 1,8 million de personnes. Ce que l’on croit savoir : les entrants légaux seraient 215 000 chaque année, à quoi s’ajoutent 15 000 réfugiés. Les illégaux, entrants comme sortants, sont inconnus, notamment à cause de la libre circulation dans l'espace Schengen, dont le dispositif de comptage ne sera effectif qu'en 2015. Quant aux naissances, selon Tribalat et Bourcier de Carlon, de l'INED, la France est en excédent (2,1 enfants par femme), par le jeu de la natalité de l'immigration, car sans elle, la métropole tomberait à 1,71. Les Contribuables associés et l'INSEE ont pour leur part établi que les familles immigrés comptent en moyenne 3,2 personnes, contre 2,4 pour l'ensemble de la France. Mais quelle fiabilité accorder à ces chiffres ?

Les outils de mesure sont les macro-enquêtes et micro-enquêtes. Particulièrement révélateurs : les chiffres des moins de 18 ans. A la cité des 4 000 vivent officiellement 28% d'étrangers, mais en réalité on y trouve 90% de jeunes d'origine non-métropolitaine. Une tentative de comptabilisation pour évaluer la population étrangère métropolitaine cumule trois statistiques : la population légale selon l'INSEE, les enfants nés en France de cette population immigrée, la population immigrée en situation illégale. Les immigrés légaux de moins de 18 ans sont 270 000 (2% des résidents en France de cette classe d'âge). Ceux de plus de 18 ans sont 4,5 M (9,6% en 2004). Au 1er janvier 2008 les étrangers métropolitains sont 4,87 M. De 1999 à 2008, la population française a augmenté de 5,7%, tandis que les immigrés légaux ont augmenté de 19,3%. Les femmes d'Afrique subsaharienne ont environ 4,8 enfants (pics à 10 chez les Mauritaniennes et Maliennes). Au total, il y a 2,21 M de personnes de moins de 18 ans d'origine étrangère. Enfin, le chiffre médian retenu pour les immigrés illégaux (en situation illégale) est de 535 000, soit 12,08% de la population métropolitaine étrangère totale.

Les coûts matériels de l'immigration sont difficiles à évaluer, notamment pour des raisons politiques. Pour la Cour des Comptes (rapport 2004), ils sont sous-estimés, faute de recensement sérieux des fonds affectés à l'accueil et à l'intégration.

Les coûts pour le pays d'origine combinent trois facteurs : gain pour le pays d'origine des transferts de fonds reçus des expatriés ; apport pour les pays pauvres de l'aide au développement des pays riches où sont les migrants ; perte subie par le pays d'origine dans l'expatriation de ses forces vives (« fuite des cerveaux »), après financement des programmes éducatifs et de santé (7,794 milliards d'euros de déficit annuels en France). L'aide publique au développement vise à diminuer les dépenses d'immigration en incitant les candidats au départ à demeurer dans leur pays d'origine. 25 000 diplômés quittent l'Afrique subsaharienne par an, coûtant annuellement entre 620 000 et 754 000 euros. Un passage peut aller de 800 à 15 000 euros selon le pays d'origine et d'accueil (y compris les rémunérations des « passeurs »).

Le coût interne de ces travailleurs constitue un bénéfice pour l'employeur du pays d'accueil, qui peut faire pression sur les bas salaires ; le coût extériorisé, un déficit pour l'Etat si le travailleur ne repart pas après la fin de son contrat de travail et fait venir sa famille par regroupement familial. Ajoutons les coûts de l'intégration (moins de 18 ans) aux coûts de l'immigration : incivilités et violences urbaines sont majoritairement le fait d'une population jeune d'origine étrangère.

Attardons-nous maintenant sur ce que les immigrés coûtent à l'Etat, en différenciant les dépenses faites par l'Etat pour les immigrés, les recettes apportées par les immigrés à l'Etat, les investissements consentis par l'Etat pour les immigrés et leurs enfants. En 2004, la France est le pays qui reçoit le plus de demandeurs d'asile (65 614), pour un coût global de 90 millions d'euros. L'hébergement coûte 140 millions d'euros, et jusqu'à 120 M de plus pour loger dans les hôtels. Les subventions coûtent plus de 86 millions d'euros... De nombreuses autres dépenses viennent s'ajouter (sociales, etc.) pour un total minimal annuel de 900 millions d'euros (15000 euros par postulant). De plus, l'allongement des procédures et le versement de subventions (interdiction de travailler...) porte le budget à 163,5% de la demande initiale. La France finance aussi l'aide au retour et à l'installation. Et le coût des expulsions et reconduites se chiffre, selon le Sénat, à 415 millions d'euros, soit 21 000 euros par reconduite. Vaches à lait, nous devrions peut-être nous inspirer de certains voisins : en Allemagne et au Royaume-Uni, les demandeurs d'asile font des TIG pour compenser les prestations. Dans le cas de fraudes volontaires de la part des immigrés, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas reconduisent immédiatement à la frontière.

Dans un autre registre, le ministère de l'Immigration, tant décrié, ne contrôle que 0,88% des dépenses. Les coûts sécuritaires se chiffrent à un total de 22,181 milliards d'euros, sans oublier l'aide juridictionnelle gratuite qui d'après la Commission des finances du Sénat coûte 120 millions d'euros. Quant à la délinquance, Gourévitch ne cache pas que le coefficient de surreprésentation des étrangers est au minimum de 2,3 en moyenne, et de 3 pour les mineurs. A ces coûts sécuritaires, ajoutons un total de 13,636 milliards de coûts fiscaux et sociétaux (travail illégal, contrefaçon, fraude, notamment fiscale, prostitution). Pour la protection sociale (prestations santé, dépense de politique familiale, prestations logement-pauvreté-exclusion, le coût total est de 526,2 milliards d'euros, dont 51,607 pour l'immigration. Enfin, les coûts éducatifs : 1,842 milliard d'euros pour le seul secteur étudiant.

Le total des dépenses de l'Etat concernant l'immigration s'établit donc à 72,322 milliards d'euros par an. La protection sociale représente plus des deux tiers de ce montant ; les coûts fiscaux et sociétaux de l'économie informelle sont beaucoup plus importants que les coûts sécuritaires.

L'étude serait cependant incomplète si elle occultait ce que rapportent les immigrés dans les recettes et investissements de l'Etat. Gourévitch divise les sommes en deux parties : 1) Impôts et cotisations sociales, impôts indirects ; 2) Contribution des travailleurs émigrés au PIB. Pour faire court : leurs contributions sociales rapportent 12,029 milliards d'euros, leurs contributions fiscales au budget de l'Etat : 26,413 milliards d'euros. Quant à leurs contributions fiscales aux collectivités locales, elles sont de 6,815 milliards d'euros.

Le bilan des recettes qu'engrange l'Etat grâce aux immigrés est d'un total de 45,247 milliards d'euros. En calculant le différentiel dépenses – recettes de l'immigration, nous obtenons 72,322 – 45,247 = 27,075 milliards d'euros, c'est-à-dire que les immigrés rapportent à l'Etat 62,5% des prestations qu'ils reçoivent. 27 milliards d’euros, cela représente un peu plus de 1 % du PIB français, soit, en période « normale », à peu près le tiers du déficit public.

Face à ce constat, en ajoutant – comme Gourévitch – que l'immigration est subie, une interrogation se pose : comment diminuer les coûts ? La France est par exemple le seul pays d'Europe à accorder l'AME (merci Aubry et Kouchner...), créant un appel d'air ; l'aide au développement (APD) des pays d'origine coûterait moins cher (même si nous pouvons nous demander au nom de quoi nous dépenserions pour ces pays, ce que ne fait pas l'auteur). Mais comment faire quand règne le droit-de-lhommisme gnan-gnan et que les associations de défense des sans-papiers sont subventionnées ? (bref, quand l'Etat paie pour faire violer la loi...) Le tiroir-caisse fonctionne alors à merveille : le coût total des investissements de l'Etat se monte à 4,259 (APD) + 5,986 (intégration), soit 10,245 milliards d'euros. L'immigration coûte donc plus qu'elle ne rapporte, à savoir un total final de 37,320 milliards d'euros – 1,5 % du PIB.

Enfin, passons aux coûts immatériels dont les défis sont de 5 ordres : lutte contre les migrations illégales ; développement de l'économie informelle ; résurgence du racisme et de la xénophobie ; place de l'islam dans la société française ; échec du métissage social et risque de ghettoïsation.

Malgré les mesures et la mise en place de dispositifs comme Europol et Eurojust, les migrations illégales n'ont pas diminué et les frontières restent poreuses. En France, le délit d'aide au séjour irrégulier ne donne pratiquement lieu à aucune sanction contrairement à un pays comme le Japon, qui récupère auprès de ses migrants illégaux une partie de ce qu'ils lui coûtent. Il existe trois solutions étatiques : régulariser, reconduire ou expulser, laisser faire (par exemple, les illégaux ont un enfant, né et scolarisé dans le pays d'accueil, et s'en trouvent non expulsables). Il va sans dire qu'en France, la deuxième option est loin d'être la plus fréquente.

Les trafics en tous genres prospèrent sur l’immigration : l'ONU a chiffré le profit mondial du trafic d'êtres humains : plus de 14,6 milliards d'euros. L'Organisation internationale du travail dénombre 12,3 M de victimes, en trafics divers, parfois de la part de leurs propres compatriotes (« Mafias organisées »). Cette économie informelle représente le travail dissimulé de 150 000 personnes environ. L'économie souterraine des cités représente quant à elle plusieurs milliards d'euros.

Au sujet du racisme et de la xénophobie, Gourévitch note comme Camus, Zemmour, Finkielkraut et tant d'autres que l'instrumentalisation de l'antiracisme peut nuire à la dénonciation du racisme. L'islam, lui, est financé par les pétrodollars. Il y a aujourd'hui 7 millions de musulmans en France métropolitaine, soit 11% de la population, contre 550 000 en 1962. La progression de l'islam en France résulte du cumul de 3 facteurs : importance des diasporas maghrébines et turques ; présence de communautés africaines à majorité musulmane et à forte fécondité ; conversions qui s'opèrent au sein de la population française (30 000 à 70 000 Français « de souche » sont convertis).

Pour Gourévitch, face à l’Islam, le gouvernement cède par peur. En France, il existe 1535 lieux de culte musulman (5 à 10 de plus par mois), dont une douzaine de grandes mosquées. Entorse à la laïcité, la mosquée de Strasbourg (6 millions d'euros) est financée à 10% par la ville, pour 6% par les conseils généraux et régionaux, et le terrain gratuitement mis à disposition. L'auteur observe que les musulmans, revendicatifs, ne veulent pas s'assimiler. Dans les quartiers, on peut parler d'ethnicité plus que de métissage. Chaque communauté à son association. A Garges-lès-Gonesse cohabitent 62 ethnies, qui ne se mélangent pas. Conséquence : un « ethnic business » se développe, avec des filières ethniques, qui s'assurent le monopole professionnel, notamment au niveau territorial. Quant à la carte de la violence 2008, elle correspond « presque exactement » à celle de la population d'origine étrangère. Gourévitch parle de « grippage des moteurs de l'assimilationnisme ».

En conclusion, nous serons plus critiques sur la dernière partie du livre de Gourévitch, qui s'attache aux « promesses » des coûts immatériels de l'immigration. Le taux de fécondité de l'UE étant de 1,45 hors immigration et les réformes natalistes n'ayant donné des résultats que peu concluants, il expose que « la jeunesse, même turbulente, même insolente, est un atout pour le dynamisme d'un pays ». De quelle jeunesse et de quelles turbulences est-il question ? Une jeunesse tout droit sortie du film Idiocracy ? Non merci. Idem avec la mention de la HALDE et de l'appel des « Indigènes de la République » de 2005 lui fixant une « feuille de route » : aucun commentaire de l'auteur, mais quant à nous, nous savons quoi penser de ces organismes. Idem lorsque pour la discrimination à l'embauche, Gourévitch mentionne la Charte pour la diversité (2004), sans s'apercevoir que le problème n'est que déplacé et surtout que la discrimination s'opère dans l'autre sens, et qu'enfin une telle mesure est intrinsèquement raciste, la diversité étant rarement sociale. Pour le dire autrement, d'un point de vue idéologique, nationaliste donc, si la base économique est, pour parler comme Marx, l'infrastructure, la réduction des coûts migratoires ne doit pas pour autant se faire aux dépens de notre identité, qui est ici notre superstructure – à laquelle Gourévitch ne semble pas attacher d'importance.

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