Liquidation totale

Publié le : 06/02/2008 00:00:00
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J'ai décidé d'aller aux trois manifestations contre le traité soi-disant simplifié. Le 4 février à Versailles, il y la manif du comité national pour un référendum, un collectif de gauche, et celle des souverainistes, regroupés autour de Nicolas Dupont-Aignan et Paul-Marie Couteaux. Le 6, manif du FN.

Egalité et Réconciliation, le mouvement d’Alain Soral, a fait un choix proche : envoi d’une délégation à la manif de gauche, présence à la manif du FN. Officiellement, ils n’envoient personne à la manif de Dupont-Aignan. On se retrouve, donc, ce 4 février, Gare de Versailles Chantier, 12 heures 35.

affiche_0402_1Une vingtaine de membres d’E&R ont sacrifié une journée pour constituer la délégation. Première étape, le secrétaire de l’association nous passe les consignes : E&R participera à la manif du collectif de gauche pour montrer symboliquement que les préoccupations sociales de cette gauche-là sont respectables, et que la ligne E&R consiste justement à les prendre en compte. Mais on n’affichera pas les couleurs : pas de banderole E&R, pas de badge, rien. Motif : un récent appel à la vigilance des milieux antiproductivistes et décroissants contre l’extrême-droite, et puis divers signaux qui indiquent que la gaugauche sectaire ne voit pas d’un bon œil la démarche d’E&R. En clair : les idiots utiles sont mis à contribution, il y a un risque de provocation lors de la manif. Donc : on y va pour tendre symboliquement la main à la vraie gauche sociale, mais on ne s’affiche pas pour ne pas fournir de prétexte aux agents provocateurs de la fausse gauche manipulée.
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La petite troupe part à travers Versailles. Discussion rapide avec l’équipe : je croise un ancien militant mégrétiste et un ex-militant d'extrême gauche. Point commun : esprit ouvert. Opinion générale sur la situation générale : ras le bol de se faire chier dans les bottes.

Au passage, comme nous sommes à Versailles, je repère quelques autocollants du Renouveau Français. Versailles, c'est la ville des caméras partout. Ici, le rap, c'est Fuzati. Aujourd'hui, il va y avoir trois flics par manifestant et le programme, ce sera : souriez, vous êtes filmé.

Nous arrivons au point de rassemblement de la manif de gauche. C’est une petite manif. De toute évidence, les appareils des partis sont peu, ou pas du tout impliqués. D’ailleurs, plusieurs banderoles portent des slogans vengeurs contre les partis de gauche, contre la 5° colonne libérale-ouiouiste, voire tout simplement contre le Parti Socialiste.affiche_0402_3

Alors qu’y a-t-il derrière cette manif ? A en juger par les autocollants et les bannières, c’est très ATTAC comme esprit général.

Un ex-mec de gauche reconverti E&R m’explique que ça ne veut rien dire. Il paraît qu’à l’intérieur d’ATTAC, il y a eu des luttes fratricides dantesques, et que c’est juste un bout d’ATTAC et un bout du PCF plus quelques groupuscules exotiques qui sont derrière cette manif. Des fragments de morceaux de copeaux de l’extrême gauche, re-coagulés le temps d’un collectif éphémère.

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Tout cela est assez miteux. Pas d’organisation lourde, peu ou pas de moyens. L’investissement des appareils politiques de la gauche à gauche est très faible, voire nul. Quelques personnes arborent un bonnet phrygien marqué 1968-2008. Je demande pourquoi ces deux dates. On m’explique qu’il a fallu recycler les stocks du bicentenaire 1789-1989, alors on a collé 1968-2008 dessus, pour pas gâcher.

Révélateur, non ?

Je regarde autour de moi. Des drapeaux Sud, ici ou là. Des drapeaux PCF, aussi, exhibés fièrement par un sympathique club du troisième âge. Si c’est ça, les forces vives de la révolution sociale en France, le patronat peut dormir sur ses deux oreilles.

Une sono approximative mais vigoureuse nous offre Bella Ciao. Par contre, nul orateur ne se lève pour haranguer la foule et définir les objectifs de l’action en cours. Peut-être, d’ailleurs, n’y en a-t-il point… On répète les slogans du jour : Nous voulons un référendum ! – Les héritiers de Trotski demandent avec insistance le maintien de la démocratie bourgeoise. Si vous entendez du bruit dans le mausolée, c'est la momie qui se retourne !

Une digne vieille dame arbore un autocollant du MRAP. Je lui demande pourquoi elle manifeste. Elle m’explique qu’elle refuse l’Europe forteresse. Par égard pour ses cheveux gris, je parviens à garder mon sérieux. Fait curieux, elle refuse que je photographie son visage. Ce sera la seule personne à formuler cette exigence, aujourd'hui.

Je profite de l’attente pour m’approcher d’un petit stand où l’on vend des bouquins marxistes. En ce moment, je suis en train d’avaler la pensée des types d’en face, c’est nourrissant. Aujourd’hui, je m’offre le Nietzsche de George Lukacs. Il y a une place pour lui dans ma bibliothèque. Ironiquement, l’ordre alphabétique le range entre Pierre Louÿs et Martin Luther.

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La manifestation s’ébranle. Je profite du court trajet pour discuter avec quelques personnes.

Tout le monde n’est pas encarté dans cette manif. Des gens sont venus en individuels, pour participer à une démonstration. Ces indépendants sont peu nombreux, mais très, très remontés.

Ton général : les partis politiques ne représentent plus qu’eux-mêmes, la parole doit revenir à la rue.

Intuitivement, je pense que c’est pour canaliser ce type de réactions que les appareils tolèrent cette manifestation sans la cautionner.

Cette manif, c’est un défouloir. C'est un leurre, un prétexte. Un alibi.

Cette manif de gauche, c'est aussi et surtout un sacré bordel. J’essaye de faire le tri des banderoles, mais au bout d’un moment, entre les antilibéraux néocommunistes et les communistes refondés contre le libéralisme, je m’y perds. Mais qu’est-ce que le PRCF ? Personne ne sait, autour de moi... Je plains le RG qui devra rédiger la note de synthèse pour sa hiérarchie, il n’est pas rendu.

La foule se masse face au cordon de police qui garde l'accès au château. Les manifestants tentent de parler aux CRS. Ici ou là, un flic esquisse un sourire.

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Quelques militants du PCF disent à voix très haute tout le bien qu'ils pensent des Festivus en transe. Ces braves cocos observent le spectacle, désolés mais impuissants. Une fois dans ma vie, donc, j'aurai été d'accord avec des communistes.

Ça devient n’importe quoi, cette manif. Soudain, je repense au Lukacs que j’ai parcouru, tout à l’heure. Le vieux bolcho expliquait que le boulot de Nietzsche, en gros, avait consisté à fournir une formule de pensée réactionnaire adaptée à un temps où les classes dirigeantes bourgeoises prenaient conscience du caractère intrinsèquement décadentiste de l’économie culturelle secrétée par le système capitaliste.

Lukacs, justement, qu'aurait-il dit de la rave improvisée qui se tient là, devant quarante CRS goguenards ?

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On en est là quand, soudain, un drapeau tricolore surgit, avec trois personnes dessous. C’est le premier drapeau français que nous voyons depuis le début de cette manifestation tendance rouge vif. Je me rue dessus, savoir de qui de quoi. Enfin, je croise des compatriotes qui portent haut leurs couleurs ! Tout de même, ça fait plaisir.

Mais, arrivés à quelques pas du trio, je marque un temps d’hésitation. Ces gens-là arborent le badge de campagne de Ron Paul, candidat républicain aux primaires US. Vous n’allez quand même pas me dire que le seul drapeau français, c’est des Américains qui le tiennent ?

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Renseignement pris, ce que nous avons là, c’est un Hollandais et deux Français, membres du comité de soutien à Ron Paul en France. Quand je leur demande pourquoi ils manifestent contre l’adoption du traité dit simplifié, ils me tendent un tract du sieur Ron Paul. "Qu’il ne soit pas dit que nul n’a réagi, que nul n’a protesté, quand il deviendra évident que nos libertés et notre richesse ont été mises en péril."

C’est exactement le discours qui n’a pas été tenu, tout à l’heure, quand la sono braillait Bella Ciao, pour meubler.

Un peu plus loin, voici deux membres du parti socialiste. Renseignement pris, ces gars-là appartiennent au PRS, la mouvance de Mélenchon. Discussion rapide avec eux. Confirmation : le parti socialiste n’existe plus. Il y a une superstructure, médiatique et institutionnelle, qui s’autocoopte dans la joie et la bonne humeur. En dessous, une masse de militants carriéristes. Le PS a achevé sa boboisation. C’est le parti des bourgeois libertaires, par opposition à l’UMP, parti des bourgeois sécuritaires.

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Et eux, dans tout ça, les mélenchonistes ? Eh bien, ils errent. Sont-ils souverainistes ? Ils hésitent sur la réponse. La souveraineté populaire, oui, nationale, non. National, pas beau, mot proscrit. Je leur vote un sourire parce qu’honnêtement, ils me font peine. Les pauvres, socialistes internationalistes de gauche dans un monde devenu libéral de droite, vous imaginez ?

Bon, je crois que j’ai fait le tour de la manif des mecs de gauche. A présent, tout le monde est là. Il y a environ 1000 personnes devant les barrières dressées par les CRS pour interdire les abords du château. Au milieu, E&R, vingt mecs habillés en monsieur tout le monde, qui se mêlent à la foule, qui discutent et qui écoutent. Enfin, qui essayent, malgré la techno...

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Je me retourne une dernière fois. Je cherche le drapeau tricolore des troupes de Ron Paul. Il est là-bas, perdu dans la forêt des drapeaux rouges. Dessous, il y a un Hollandais. Tout est dit.

Je passe un coup de fil à un copain qui manifeste avec Dupont-Aignan. Il m’indique la position de la petite troupe. 200 personnes environ, sous une forêt de drapeaux tricolores.

En chemin, je suis frappé par le nombre de Noirs que je croise, soudain. C’est vrai, ça : dans la manif de gauche, il n’y avait presque que des Blancs. Tiens, tiens…

Arrivée chez Dupont-Aignan. Il est en train de faire un discours. Chez lui aussi, il n’y a que des Blancs. Mais ça, je m’y attendais.

Loden, bijoux : Sarko, t’es foutu, Marie-Chantal est dans la rue.

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Je vous passe le discours de NDA. Il explique pour la France à peu près ce que Ron Paul explique pour l’Amérique. Qu’il ne soit pas dit, etc.

Après ce discours, prononcé devant le monument aux morts histoire de bien se faire comprendre, direction le château, dans la foulée de Paul-Marie Couteaux. Ainsi, la manif de droite converge vers la manif de gauche.

Choc des cultures en perspective.

Le problème, c’est que la flicaille a barré la rue qui permet d’aller de l’une à l’autre des deux manifs. Les CRS laissent passer les individus isolés, mais c’est niet pour le cortège.

Qu’à cela ne tienne. Couteaux entraîne la troupe dans un monoprix à deux entrées : une sur la rue où les souverainistes manifestaient, l’autre sur l’avenue où la gauche continue sa rave improvisée.

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200 personnes traversent le monoprix, les drapeaux tricolores naviguent entre les rayons de surgelés et les pyramides de boîtes de conserve. C’est une première : la bourgeoisie manifeste à travers un commerce.

Visiblement, ce coup-là, les flics ne s'y attendaient pas. Nous débouchons dans leur dos. Mouvement tournant réussi, pas banal comme situation.

Les flics avaient mis le paquet. Barrières lourdes, cordon de CRS. Apparemment, les autorités n'ont pas envie que les deux cortèges se rejoignent.

En toute hâte, les flics déploient un nouveau cordon de troupe et bloquent le cortège des souverainistes, à environ deux cent mètres du rassemblement des gaugauches. Marie-Chantal et Charles-Edouard sont arrêtés dans leur élan. Paul-Marie Couteaux se porte en avant pour discuter avec le chef-flic de service.affiche_0402_27

Les CRS qu’on nous offre pour l’occasion sont jeunes, en pleine forme, robocop vous salue bien. C’est du sérieux. Le message est clair : on ne passe pas. Les flics ne veulent vraiment pas que les deux cortèges se rencontrent.

C’est assez surprenant, toute cette jeunesse en uniforme qui nous déboule sous le nez, d’un seul coup d’un seul. C’est d’autant plus surprenant que tout à l’heure, entre la manif des gaugauches et le château, la maison Poulaga n'opposait aux manifestants que des préretraités légèrement bedonnants.

Tenez...affiche_0402_17

Par exemple le monsieur, là, à droite, il regarde les gugusses pseudo-libertaires en train de se dandiner au rythme de la techno, et il attend la retraite, quoi, gentiment.

Le chef-flic explique à Couteaux qu’il ne peut pas laisser sa manif aller vers le château, parce que c’est dangereux, il y a déjà des gauchistes qui crient au facho. Couteaux se résigne. Il monte sur un banc et explique à la petite foule qu’il faut se disperser. Non seulement il est impossible d’accéder au château, mais il est même impossible d’approcher.

A cause de la gaugauche, les flics ont dû bloquer la manif des souverainistes.

Ou bien fallait-il écrire : grâce à la gaugauche, les flics ont pu bloquer cette manif ?

C’est dommage. Il n’y avait pas que Marie-Chantal et Charles-Edouard, à la manif à Couteaux.

affiche_0402_28Par exemple, le monsieur, là, qui a éclaté de rire quand je lui ai demandé si je devais flouter son visage sur le site, j’aurais trouvé ça intéressant qu’il déboule en plein milieu de la manif de gauche.

Voilà, la comédie est terminée pour aujourd’hui. Devant les CRS préretraités qui fantasment sur un verre de Ricard et se demandent s’ils vont envoyer un peu de lacrymogène pour le folklore en fin de soirée, les casseurs de manif dansent, la tête vide, les yeux hagards. Liquéfaction mentale au cœur de la liquidation totale.

Au château, pendant ce temps-là, on atteint au surréalisme.

« C'est le moment de montrer de quoi vous êtes capables, » lance au congrès Alain Bocquet, porte-parole des députés communistes.

En réponse, les parlementaires votent l’amendement constitutionnel qui permet de passer outre au veto populaire de mai 2005. En deux heures, la messe est dite.

Puis, si l’on en croit la petite histoire, les députés et sénateurs se rendent en masse au bureau de vote provisoire pour poster sous le cachet exceptionnel du Congrès.

De quoi ils sont capables ? – Disons qu’ils font de bons philatélistes.

DEUX JOURS PLUS TARD
6 FEVRIER 2008
PARIS

Le 6 février 1934, une manifestation antiparlementaire fut organisée à Paris par les ligues de droite, qui voulaient plus ou moins dissoudre la République Française. L'affaire tourna à l'émeute sur la place de la Concorde. Les ligues comptaient des centaines de milliers de membres et rassemblèrent des dizaines de milliers de manifestants. Il y eut 17 morts et 2000 blessés.

Le 6 février 2008, un rassemblement est organisé par le FN, soi-disant l’héritier des ligues de droite. Le but : empêcher la République, forme nationale de la machine d’Etat bourgeoise, de s’autodissoudre dans le magma euromondialiste, forme transnationale de la même machine d’Etat, adaptée désormais à un capitalisme totalement mondialisé. Il y a environ 300 participants. Pas de morts, je vous rassure.

affiche_0602_7Ambiance générale : la France ordinaire, celle qui reste française. Béret basque bienvenu, comme le monsieur dont j’ai flouté le visage, à gauche. Classe sociale : plus divers que chez NDA. Marie-Chantal et Charles-Edouard sont minoritaires, Marcel et Ginette prédominent nettement.

A noter : pas de skinheads à l'horizon. Le FN a fait le ménage, c'est clair.

Ce qui est marrant, c’est qu’il y a des Noirs et des arabes en bon nombre, maintenant, chez Le Pen. Et d’après ce que je vois, il y en a à peu près autant qu’à la manif de gauche, en proportion. La seule différence, c’est que quand on les prend en photo, ils demandent qu’on floute leur visage, comme le monsieur à droite.

Ah, et puis, si, l’autre différence, c’est qu’ils sont propres sur eux. Il faut bien dire que chez les gauchistes, il y a du laisser-aller, côté vestimentaire…

Drapeaux tricolores de rigueur, comme chez Dupont-Aignan.

Mais, nuance : les emblèmes régionaux ne sont pas totalement absents. Ici, à droite, un drapeau breton, tenu par des messieurs sympathiques qui m’ont demandé… de flouter leur visage.affiche_0602_13

300 personnes pour un évènement pareil, c’est pas terrible. En termes de capacité de mobilisation, le FN n’est pas crédible, sur ce coup-là.

Cela dit, la force du parti lepéniste est ailleurs. Ce rassemblement est petit, mais il est impeccablement organisé. Seule fausse note : un coup de vent fait tomber le drapeau de la soi-disant république dite française. Ça tient pas bien, ces trucs-là. Ça tombe tout seul.

affiche_0602_3Pendant qu’un militant vient remettre d’aplomb l’emblème de la machine d’Etat bourgeoise adaptée au capitalisme national, emblème que, par commodité, les Français ont fait leur ces deux derniers siècles, je profite de l’incident pour faire le tour de la manif, flairer l’ambiance, voir comment on travaille, au FN. C’est instructif : le FN, c’est un appareil, un vrai. Avec des moyens, des méthodes et du personnel.

Ce rassemblement a été configuré pour maximiser l’impact médiatique. Le but n’est pas d’être des milliers, c’est sans doute pourquoi le FN n’a pas vraiment rameuté du monde. Le but est juste d’être suffisamment nombreux pour justifier les discours qui vont suivre, discours qui se tiendront devant les caméras.

Ici ou là, des élus en écharpe tricolore. Le paradoxe du FN, c’est qu’il est à la fois républicain et antirépublicain. Il est républicain dans la mesure où la République idéale représente la France, mais antirépublicain, ou jugé tel, dans la mesure où il perturbe la transmutation de la République réelle en composante passive de la mécanique euromondialiste. D’où cette étrangeté : des dissidents qui affichent les symboles de leur participation au pouvoir.

On n’est pas chez les gauchistes, ici. C’est très encadré. Les pancartes reprennent presque toutes le slogan du jour : Constitution Trahison. Je ne doute pas un instant que si je sortais une pancarte portant un slogan pas dans la ligne, de gentils messieurs du service d’ordre me demanderaient poliment de la ranger.

affiche_0602_9Etonnante légèreté du dispositif policier. Par rapport aux nuées de CRS qui paradaient dans les rues de Versailles avant-hier, c’est vraiment minimum. Cette rue adjacente n’est gardée que par deux flics.

C’est curieux, tout de même. A Versailles, 500 pandores de choc pour encadrer Charles-Edouard et Marie-Chantal, et à Paris, deux perdreaux pour surveiller une horde de présumés fachos.

affiche_0602_8L’explication, c’est ce monsieur coiffé court qui me la fournit. Regardez bien sa noreille, au monsieur : entre les trois boucles argentées (petit coquet), il a trouvé la place de glisser un fil d’oreillette. Le gars parle à un élu FN, et visiblement, les deux hommes se connaissent.

Fini l’époque des services d’ordre voyants, gros bras et large brassard. Ils doivent être quelques-uns, comme ça, à tourner autour de la manif, anonymes mais coordonnés. Bon, celui-là, je floute son visage direct …

Ainsi, le FN sécurise lui-même son rassemblement, et cela suffit pour que les flics se la jouent service minimum. C’est vous dire si les autorités redoutent l’insurrection du peuple en armes… Pas de vague, voilà le programme. Pas de vague, calme blanc. Mer d’huile. Le service d'ordre veille.

Cela dit, voici les orateurs : Bruno Gollnisch et Jean-Marie Le Pen.

Le discours de Gollnisch est excellent. En gros, il dit que l’avenir du FN existe – je crois qu’il a raison. Il dit que cet avenir pourrait même être brillant, parce qu’il va bien falloir que quelqu’un ramasse le fait national que le pouvoir républicain vient de laisser tomber dans le caniveau – je crois qu’il n’a pas tort. Il dit que le FN ne reconnaît pas le traité constituant, ce qui est une déclaration importante. Cela veut dire qu’en France, désormais, une organisation politique significative est en train, ni vu ni connu, de sortir du cadre institutionnel – potentiellement du moins.

J’observe Marine Le Pen pendant que Gollnisch parle. Elle ne laisse rien filtrer.

Pendant que le rassemblement se disperse, je reste interdit. Il y a un contraste énorme entre le contenu du discours de Gollnisch et le caractère bon enfant de ce rassemblement vaguement sécurisé par deux douzaines de flics en mission de routine.

affiche_0602_14C'est un évènement historique, qui est en train de se produire. La République Française cesse quasiment d'être une démocratie, et donc des gens sérieux envisagent de ne pas reconnaître la loi comme étant la loi. Ce n'est pas rien. C'est peut-être le début de la liquidation totale d'une phase de l'Histoire commencée il y a deux siècles.

Et tout cela se fait dans un calme, dans un vide, dans une absence de passion incroyable. 1500 personnes, toutes manifestations confondues. Surréaliste.

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