"Lucien Cerise reprend les événements d’Ukraine de 2013 à 2016 à la lumière des concepts d’ingénierie sociale et de guerre hybride."

Publié le : 12/12/2018 11:41:07
Catégories : Actualités des éditions Le Retour aux Sources , Auteurs , Lucien Cerise , Recensions

Dans le n°68 de T&P magazine, nous avions chroniqué l’excellent précis de Lucien Cerise consacré à l’ingénierie sociale, ses racines et ses techniques.


Lucien Cerise aux abords de la Place Maïdan à Kiev (Ukraine) en novembre 2016.

Dans ce nouveau livre très dense, où les sources sont abondamment transcrites in extenso, tant dans leur traduction française que dans leur langue originelle (anglais ou russe), Lucien Cerise reprend les événements d’Ukraine de 2013 à 2016 à la lumière des concepts d’ingénierie sociale et de guerre hybride. Il va bien au -delà du récit des faits, « la révolution du Maïdan » étant pour lui le cas d’école qui lui permet de détailler et analyser à travers une dizaine de chapitres thématiques les sources d’inspiration et les méthodes des nouvelles pratiques de subversion du bloc occidental et de son bras armé, l’OTAN.

Le concept de « guerre hybride » ou « guerre de 4ème génération » (G4G) a été progressivement intégré par les états-majors des États-Unis, d’Israël et de l’OTAN dans les années qui ont suivi la fin de la Guerre Froide. Il s’agissait de tenir compte d’une part de l’impopularité de la guerre classique à visée impérialiste dans les opinions occidentales que la Guerre du Vietnam avait mis en lumière, des avancées en technologie de psychologie sociale et du caractère de plus en plus mêlé et instable d’un monde globalisé où les frontières se brouillent, non seulement entre les nations, mais aussi entre la paix et la guerre, le légal et l’illégal, le normal et l’anormal, le civil et le militaire etc.

La Guerre Hybride peut se concevoir comme un clavier sur lequel, selon les circonstances mais obéissant à une stratégie mûrement conçue, on va pouvoir jouer tantôt de la guerre conventionnelle, de la guerre irrégulière ou asymétrique, de la guerre cybernétique, du terrorisme, du conflit triangulé, de la guerre économique, des migrations, du soft power et de la métapolitique et du lobbying. L’objectif tactique étant de déstabiliser un adversaire, puis de détruire ses structures de souveraineté, d’aboutir à un coup d’état, légal si possible, puis de le « reconstruire », c’est-à-dire de le coloniser avec son propre système de valeurs, ses référents économiques, politiques et sociétaux.

Ce qui peut être troublant dans la lecture du livre très argumenté de Lucien Cerise pour des lecteurs identitaires ou de droite radicale, c’est la démonstration que dans cette stratégie de Guerre Hybride, les militants identitaires et de droite radicale ukrainiens sont sciemment utilisés de longue date, avec leur consentement enthousiaste, par les services britanniques, étatsuniens et israéliens, comme par les lobbies de Soros dans une perspective de conflit triangulé, pour se battre contre la Russie.

Le conflit triangulé, rappelons-le, c’est la mise en œuvre par un acteur qui n’apparaît pas au premier plan (ou seulement pour donner des coups de pouce) des conditions d’un conflit entre deux de ses adversaires potentiels pour qu’ils s’épuisent mutuellement. Cerise montre en plus que cette utilisation conduit ces militants à évoluer dans leur posture idéologique pour se rapprocher de l’idéologie occidentale : la dissonance cognitive entre leur « fascisme » revendiqué et leur combat de fait au service du libéralisme, du multiculturalisme, du sionisme et de l’idéologie LGBT n’étant pas tenable à terme.

 Le cas d’école ukrainien doit être médité par les identitaires occidentaux qui n’ont pas envie de « se battre pour le roi de Prusse ».

Jean-Patrick Arteault
Terre & Peuple Magazine.

Retour sur Maïdan - La guerre hybride de l’OTAN. Lucien CERISE, Le Retour aux Sources, 2017, 369 p., 23 €

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