Évènement

Merci de ne pas poignarder votre dentiste

Publié le : 07/10/2009 23:00:00
Catégories : Humour

Ce film prétendument amateur, mais qui a dû coûter cher et comporte, dans sa distribution, des acteurs (sauf erreur de notre part) professionnels, n'est probablement pas un film amateur. En fait, il se pourrait même que nous sachions qui l'a financé. Mais comme nous n'avons pas de preuve...

Bref. Pour ceux qui n'ont pas de temps à perdre, voici le pitch : un jeune vaguement désocialisé glande sur les forums conspirationnistes. Il rencontre un "Penseur Libre" qui ressemble vaguement au fameux "Le Libre Penseur", fantasmé par ses ennemis (il apparaît au début du film, avec un marcel orné du logo de la Bundeswehr - bouh, c'est un Allemand). Apparaissent ensuite, dans le courant du film, des références explicites à Soral et Kémi Séba. Au moins, on sait qui est visé.

Notre jeune asocial a la tête retournée par le "délire conspirationniste", au point de croire que quiconque veut lui injecter un truc dans le corps au moyen d'une seringue cherche en fait à le tracer avec une puce RFID. Il finit par poignarder son dentiste, quand celui-ci veut lui faire une anésthésie locale. Morale de l'histoire : attention, croire que le Pouvoir est détenu par des réseaux d'influence qui ne veulent pas que du bien à la population, ça mène au meurtre.

Ce qui est frappant au premier regard dans ce court-métrage (techniquement très bien fait), c'est qu'il semble dire : dépêchons-nous d'enfermer les gens qui croient qu'il y a des conspirations, sinon ils vont tuer les dentistes (!). Pour le coup, si on peut se permettre (et on ne va pas se gêner), c'est là qu'on se met à croire à l'existence de la conspiration. Car qui aurait intérêt à faire enfermer ceux qui dénoncent une conspiration, sinon précisément les conspirateurs ?

Re-bref. Que faut-il déduire de ce qui ressemble bigrement à un début de contre-feu allumé par les serviteurs du système en place ?

Plusieurs choses...

a) Il est évident que la représentation des "conspirationnistes" vise à les disqualifier. Ce sont des alcooliques, excités, qui parlent sans réfléchir et confondent tout avec tout. Donc première conclusion : nous savons quel cliché le Pouvoir va utiliser pour disqualifier ses opposants à l'avenir. Il s'agira d'abord de réduire toute critique au "conspirationnisme", ensuite de réduire tout "conspirationnisme" aux propos incohérents d'une bande d'alcolos excités. Donc premère conclusion de la conclusion : à partir de maintenant, il est interdit de picoler (pour ne pas confirmer les clichés), et interdit d'être incohérents (pour ne pas prêter le flanc à l'instrumentalisation des clichés). Ne prêtons pas le flanc. Evidemment, ça sera dur de n'avoir même plus le droit de faire la fête, mais il faut ce qu'il faut... Personne n'a jamais dit que la dissidence, c'était le Club Med ! Consolons-nous : si le Système en est à ce genre d'arguments (si tu n'es pas d'accord avec moi, c'est que tu es fou), nous sommes sur la bonne voie. C'est aussi l'aveu qu'ils n'ont plus aucun autre argument à nous opposer !

b) Il est évident que le système panique. La crise qui commence sera si grave que cette fois, toute la superstructure peut s'effondrer, au rythme de l'infrastructure. Or, si, comme nous le pensons, ce film est en réalité un travail de commande, il est très révélateur de ce qui effraie les réseaux en place. Donc deuxième conclusion, nous savons ce qui fait peur au Pouvoir. Convergence des opposants noirs et blancs, retournement de la "reductio ad hitlerum" contre le Pouvoir en place, dénonciation des failles évidentes dans la version officielle du 11 septembre : ce qui fait peur au Pouvoir, c'est qu'il a en face de lui des adversaires qui peuvent s'unir, retourner la présentation officielle de l'histoire contre ceux qui l'ont imposée, et s'appuyer sur un travail sérieux pour démontrer que, n'est-ce pas, on ne peut pas se fier à la parole institutionnelle. Donc deuxième conclusion de la conclusion : nous savons exactement ce que nous avons à faire, nous savons ce qui déstabilise le système. A savoir : faire de la convergence, travailler en transversal et dépasser les clivages secondaires pour unifier le camp de la dissidence ; montrer que le système qui se met en place est bel et bien la continuation des logiques fascistes/nazis étendues à une économie-monde globalisée ; travailler sérieusement, en profondeur, pour dénoncer les intox médiatiques.

c) Troisième et dernière conclusion. La dynamique que le Pouvoir veut enclencher va probablement s'appuyer sur la confusion volontairement entretenue entre la dénonciation des vraies dérives et celle de dangers imaginaires. Le film montre d'ailleurs la soeur du "conspirationniste", genre "bon sens incarné", qui vit dans la fascination de son écran de télévision, et refuse d'écouter les réflexions des "conspis" parce qu'ils proposent, au milieu de critiques sensées, des exagérations manifestes. Ce personnage (plutôt positif dans le film) représente l'attitude que le Pouvoir escompte faire adopter à la population : rester devant son écran, ne pas réfléchir à qui contrôle l'écran (parce que c'est fatiguant), et se détourner de la critique parce qu'elle apparaît, parfois, exagérée. Et ainsi, on tue une révolte politique en l'enfermant dans une forme de manie, qui sert de repoussoir à ceux qui auraient pu se joindre à la révolte. Donc troisième conclusion de la conclusion : il est important de renvoyer les excités (genre les extraterrestres nous ont envahis) à leurs études.

Tout le jeu, à présent, va être de parvenir à dire la vérité, sans se trouver mêlé à l'élucubration (que le système va probablement nourrir, précisément pour y noyer la vérité). Et le jeu sera difficile, parce que la vérité peut, pour le grand public, ressembler beaucoup à une élucubration. Exemple : sur Scriptoblog, dans l'ensemble, personne ne croit que "les Illuminati contrôlent la planète". Mais tout le monde (ou à peu près) croit en revanche qu'il existe des réseaux d'influence, structurés par les logiques du Capital - et que ces réseaux, effectivement, par leur action parfois concurrente, parfois concertée, déterminent l'essentiel des évolutions sociales, politiques et économiques. Il va falloir faire comprendre au grand public (ou en tout cas à la partir du grand public qui peut décoller de son écran de télé) que dire qu'il existe des réseaux et que ces réseaux sont dangereux parce que la logique du capitalisme les booste, ce n'est pas la même chose que dire que "les Illuminati contrôlent tout".

Et pour le reste, si vous voulez connaître, à travers l'humour et la dérision, notre point de vue sur la question des conspirations (et si vous promettez de ne pas tuer votre dentiste !), nous ne pouvons que vous recommander notre grosse provocation : Les Nouvelles Scandaleuses.

Allez, riez avec nous. Parfois, ça fait du bien... et là en plus, ça donne à réfléchir.

Partager ce contenu