Métaphysique de la guerre (J. Evola)

Publié le : 12/11/2009 02:30:30
Catégories : Philosophie

bouclier

« Métaphysique de la guerre » est un recueil de textes publiés par Evola en 1935 dans la revue Diorama filosofico. C’est l’un des ouvrages les plus intéressants de l’œuvre, par ailleurs contestable, de cet auteur on ne peut plus sulfureux. Renseignez-vous sur le personnage, si vous ne voyez pas ce que je veux dire !

Comment, demande Evola, justifier la guerre sur le plan humain ? Est-ce l’héroïsme ? Est-ce la possibilité pour l’homme d’atteindre, à travers l’épreuve guerrière, une connaissance transfigurante « de la vie en fonction de la mort » ? Oui, répond-il, ajoutant qu’il voit, dans cette « transfiguration », ce qu’achète le caractère destructeur de la guerre.

Encore faut-il s’entendre sur le type de guerre dont on parle. Pour Evola, la « guerre justifiée » est celle conduite par une société « à l’endroit », c'est-à-dire une société où les guerriers s’inscrivent dans l’ordre spirituel voulu par les prêtres. Une guerre faite par des guerriers obéissant aux bourgeois n’est porteuse d’aucun avantage spirituel, sauf accidentellement. Une guerre faite par des guerriers n’obéissant qu’à eux-mêmes ne vaut guère mieux. La société « à l’endroit » fait de la guerre un apprentissage spirituel, la société dominée par les guerriers (fin du Moyen Âge) en fait une simple question d’honneur (essentiellement terrestre), et la société bourgeoise en fait une question purement matérielle. Quant à la guerre faite par les communistes, elle devient (Evola écrit en 1935) destruction pour la destruction (point de vue évidemment connoté idéologiquement).

Après avoir analysé l’héroïsme romain (qu’il juge religieux par essence) et celui des croisades (qu’il juge religieux par expérience – tant du côté musulman que du côté chrétien, au demeurant), il s’attarde sur la distinction islamique entre grande et petite guerre sainte. Dans l’islam, explique-t-il, l’ascèse et la guerre s’adossent l’une à l’autre sans se confondre. Le « qui se montre avare (de sa vie) n’est avare qu’avec soi-même » (Mahomet) est l’équivalent, dans une religion guerrière, du « qui veut sauver sa vie la perdra » chez le Christ. Donc, conclut Evola, c’est par un défaut de perspective que nous réputons guerrier l’islam et pacifique le christianisme : en réalité, ils passent le même message, mais comme ces messages ont été formulées dans des contextes différents, ils ont pris une forme différente. Mahomet parlait aux guerriers des tribus libres d’Arabie, le Christ aux paysans d’un peuple soumis : d’où le fait que l’un ait parlé de guerre et l’autre de paix. Mais leurs messages, identiques sur le fond, peuvent être reformulés selon le contexte, et finissent par se rejoindre. Comme les croisades l’ont clairement démontré.

Ce message, poursuit Evola, est celui de toutes les grandes religions. On en trouve selon lui l’expression la plus parfaite dans la Bhagavad-Gita hindouiste. Fondamentalement, ce message est que la source du péché se trouve dans l’attachement, et que donc la délivrance à l’égard du péché commence par le non-attachement. Or, pour le guerrier, le non-attachement consiste à livrer le conflit tout entier, sans préoccupation de son sort personnel, sans préoccupation même de la question de la victoire. L’important est d’être absolument présent au monde, parfaitement conscient qu’on vit et que, donc, on est mortel. Cette présence parfaite à soi et au monde apporte la délivrance, parce qu’elle enseigne, à travers la mort donnée et reçue, que les choses de ce monde ne sont rien, pures manifestations, illusions. Ainsi, conclut Evola, la guerre justifiée est celle que l’on fait non pour vaincre, mais pour se vaincre.

Le contexte historique est ici essentiel si l’on veut comprendre le véritable message de l’œuvre. Rédigé au moment où l’Italie fasciste hésitait devant l’alliance allemande, « Métaphysique de la guerre » est, en réalité, une tentative pour faire comprendre aux Italiens que cette alliance associerait une expérience intéressante, la leur, avec ce qui n’en était que le singe. Et l’on relèvera, à ce propos, qu’Evola donne, de l’aryanité, une définition purement spirituelle.

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