Michel Drac pour Rébellion, à propos de La question raciale

Publié le : 27/03/2011 23:00:00

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[Interview parue dans Rébellion, reprise par E&R Aquitaine]

Dans quelle mesure la race est-elle constitutive de l’identité d’un peuple, d’une ethnie ?

Il faut distinguer peuple et ethnie. Le peuple français peut exister, alors que racialement, un Alsacien a plus en commun avec un Rhénan qu’avec un Basque. En revanche, l’ethnie basque est bel et bien constituée sur une base raciale – l’étude des groupes sanguins est concluante à ce sujet.

Cela étant, historiquement, une certaine homogénéité raciale a semble-t-il facilité le maintien des peuples dans la durée. Et le fait est qu’à moins de considérer l’Union Indienne comme l’Etat d’un peuple unique existant depuis que l’Inde existe (ce qui pour le moins se discute), il n’existe pas, à ce stade, de peuple unitaire long-vivant qui soit d’une grande diversité raciale – le peuple américain tente justement de passer le test de la longue durée, mais on ne sait pas s’il va y parvenir ; en fait, ça semble plutôt mal parti.

On peut évidemment arguer que l’avenir fera mentir ces constats, mais en attendant, il faut se demander pourquoi, s’agissant du passé, ils sont justifiés.

Je crois que la raison fondamentale est que la matrice de la société est la famille, et la famille, c’est une affaire de sang, de chair. Je fais partie des gens qui pensent qu’il existe une continuité entre nature et culture justement pour cette raison : parce que la matrice de la société, c’est la famille.

Dans ces conditions, s’il existe plusieurs races peu poussées à se mêler au sein d’un même peuple, ce peuple verra son identité exploser, puisque les groupes de familles resteront disjoints. La seule exception possible à cette règle se trouve dans les sociétés de castes (retour en Inde), mais dans ce cas, il faut se demander si la culture de la caste supérieure n’est pas tout simplement la seule culture supérieure autorisée, c'est-à-dire au fond la seule « culture » complète. Cela revient à dire que les castes inférieures sont ou privées de culture, ou soumises à une culture imposée, ou encore qu’au fond, seule la caste supérieure constitue le peuple, elle seule possède une  identité constituée et entière. Hors ce cas particulier et qui pose la question de la définition même du peuple, la diversité raciale maintenue dans la durée engendre forcément la diversité culturelle, donc identitaire, et un peuple non unitaire sur le plan racial ne peut rester durablement un peuple.

Un peuple nouveau peut en revanche naître si des races diverses, porteuses de cultures sensiblement différentes les unes des autres, se fondent en une seule, par métissage progressif. Mais il est probable alors que le produit de ce métissage ne portera la culture d’aucune des races sources, plutôt une synthèse disjonctive de celles-ci, opérée par les familles dans le cadre d’un système social émergent.

En première conclusion, si l’on considère la culture comme le cadre d’expression de l’identité, on voit bien ici que la race, au sens de filiation, est constitutive de l’identité, au sens de configuration mentale collective. Le simple bon sens indique aussi qu’elle contribue fortement au maintien de l’identité comme fonction psychologique (il est plus facile de se sentir appartenir à une histoire nationale si l’on vient d’une famille qui a vécu cette histoire).

Précisons cependant la portée et les limites de ce constat. Nous devons ici définir précisément le terme « race ». Il peut vouloir dire « filiation » (comme ci-dessus), mais aussi, parfois, désigner un ensemble statistique descriptif, regroupé selon un critère (la peau blanche, par exemple).

Nous avons vu ce qu’il en est de la race comme filiation. Mais quid de la race comme ensemble statistique ?

Une évolution des caractéristiques de la race influera peut-être sur l’expression culturelle de l’identité ; elle modifiera peut-être la configuration mentale collective. Ce point reste à démontrer : les éléments disponibles ne sont concluants ni dans un sens, ni dans l’autre. Tout dépend du niveau de sensibilité « raciale » de la Paideia, l’éducation du citoyen par isomorphie entre son type propre et la Cité : il est clair que la diversité raciale en complique l’application, mais il n’est pas certain qu’elle puisse en altérer le contenu.

En revanche, une modification des caractéristiques de la race ne détruira pas l’identité comme fonction. La fonction d’identité opère en effet non parce que l’identité comme configuration ne change pas, mais au contraire parce qu’elle change constamment, sans jamais cesser de s’auto-engendrer. Peu importe qu’apparaisse une évolution du type ethnique, pourvu qu’elle soit progressive et sans rupture de continuité. Les Grecs d’aujourd’hui pensent incarner une identité vieille comme Homère, mais les Achéens avaient presque certainement un type ethnique très différent de celui des Grecs contemporains : en fait, l’illusion d’une stabilité de l’identité provient du fait que le changement n’a été marqué par aucune rupture majeure mémorisée collectivement. Inversement, si les Français d’origine extra-européenne ont aujourd’hui du mal à se sentir français, ce n’est pas parce qu’ils sont « différents », c’est parce qu’il n’existe pas de continuité claire entre leur différence et les autres différences. C’est donc en fait un déficit de filiation qui est à la racine de leur malaise identitaire ; si une filiation existait, qui les enracine indiscutablement dans le corps collectif français, peu importerait leur différence physique. Elle n’aurait pas plus de signification que les cheveux blonds des Lorrains ou le teint mat des Catalans.

En conclusion :

-          La race comme filiation est constitutive de l’identité comme configuration mentale collective.

-          La race comme filiation aide fortement au maintien de l’identité comme fonction.

-          La race comme agrégat statistique descriptif n’est pas constitutive de l’identité comme fonction, même si elle en donne l’illusion lorsqu’un déficit de filiation vient souligner l’existence d’une différence.

-          La race comme agrégat statistique descriptif est peut-être constitutive de l’identité comme configuration mentale collective, mais cela est un point en débat ; les éléments disponibles ne me paraissent vraiment probants ni dans un sens, ni dans l’autre.

Que pensez-vous de la « psycho-anthropologie » (Ludwig Ferdinand Clauss), selon laquelle l’esprit (Geist) et l’âme (Seele) sont constitutifs des traits raciaux, et non l’inverse ? Ne considérer dans la question raciale que l’aspect biologique, n’est-ce pas une attitude typiquement moderne et décadente ?

Un des gros problèmes de la question raciale, c’est l’absence de définition stable de la race. Pour ma part, j’ai posé, dans les premières pages de mon livre, deux définitions que j’ai clairement reconnues comme conventionnelles, relatives au contexte particulier créé par l’ouvrage :

-          la race au sens antique du terme, définie par la filiation (la « race », c'est-à-dire la lignée) ;

-          la race au sens contemporain, définie par l’observation statistique (la « race », c'est-à-dire le type ethnique) – observation statistique qui recoupe théoriquement une réalité biologique, résultant de la lignée (« si tu as la peau noire, c’est que tu es issu de personnes ayant la peau noire »).

Une partie de mon travail consistait justement à séparer clairement ces deux notions, et à montrer que la première correspond à une catégorie réelle, un objet qu’il faut impérativement nommer pour décrire le réel, alors que la seconde renvoie à une catégorie conventionnelle, un objet qui peut être nécessaire au raisonnement dans certains cas, mais qui peut aussi disparaître du champ des catégorisations possibles, une fois le raisonnement conduit. Bref, d’un côté une chose qui existe dans le réel, la race au sens de lignée ou d’ensemble de lignées, de l’autre quelque chose qui n’existe que dans le regard de celui qui la voit, la race au sens d’agrégat statistique d’individus partageant le même trait déterminant, utilisé comme critère de classification et supposé révélateur de leur lignée. Exemple : on vous présente quatre personnes, dont deux sont noires et deux sont blanches bronzées, un des deux Noirs ayant les cheveux lisses, un des deux Blancs ayant les cheveux crépus – vous voyez deux noirs et deux blancs, alors qu’en fait, vous auriez aussi pu voir quatre métis dont deux ont hérité de la peau noire, et deux des cheveux crépus.

Sous cet angle, force est de constater que c’est plutôt le refus de la dimension biologique qui  caractérise les modernes. Il y a chez eux une peur du biologique dont l’une des expressions paradoxales peut être, dans certains cas, l’idéalisation du fait biologique, jusqu’à le faire sortir de la biologie. D’un côté ceux qui, par peur du corps, réputent que la race biologique n’est rien, et de l’autre côté, ceux qui, poussés au fond par la même peur, réputent que la race est tout, et que donc, elle n’est pas que biologique.

Eh bien, je n’ai pas ce genre de pudeurs. Chez moi, les mots ont exactement le sens qu’ils ont : la race est la race, et c’est une affaire de sang. Tout ce qu’on y mettra et qui n’est pas de sang, tout cela viendra de la perversion. Il est temps de rendre sa place au corps : il est notre être, ici et maintenant. Je prends nettement et clairement parti pour une réhabilitation de la vision antique de la race, contre la vision issue de la modernité, qu’elle soit uniformisatrice (« les races n’existent pas ») ou au contraire classificatoire (« les différences raciales définissent des solutions de continuité dans l’humanité »). Je dis que les races existent, mais que sauf apartheid délibéré, elles ne définissent aucune solution de continuité dans l’humanité, et je dis encore que le principe commun à cette différenciation et à cette unification, c’est le biologique – le sang, le sperme, le ventre des femmes.

Historiquement, la question raciale est-elle générée par un contexte particulier ? Quels éléments ont donné naissance à l’idée d’une hiérarchisation entre les races ?

Il faut distinguer ici hiérarchisation entre les races au sens contemporain et hiérarchisation entre les races au sens antique.

La hiérarchisation des races au sens antique est aussi vieille que l’idée même de hiérarchisation sociale, puisque, précisément, à l’origine, seule les « races » étaient hiérarchisables (et pas les individus, jugés inexistants sous l’angle social). Par conséquent, la hiérarchisation étant une conséquence mécanique de la différenciation, on peut dire que la hiérarchisation des races au sens antique du terme est aussi vieille que les sociétés différenciées. Jusqu’à l’apparition des très grands systèmes fédérateurs, cela s’est traduit vraisemblablement par la hiérarchisation des lignées. Avec les grands systèmes sont apparues les sociétés de castes, hiérarchisation des groupes de lignées. En Inde, on peut remonter il y a 4.000 ans, mais le système est probablement plus ancien.

La hiérarchisation des races au sens moderne commence avec ce sens, c'est-à-dire à l’époque où l’esprit germanique, confronté au défi universaliste et égalitaire de la Révolution Française, inventa la théorisation de l’inégalité organisatrice. Sur ce plan, et c’est intéressant de le relever, la question raciale a précédé la question politique et la question sociale – bien souvent, derrière l’évolution des idées sociales ou politiques, il y a en trame de fond une question raciale non dite. Blumenbach, l’inventeur de la classification raciale par typologie statistique, est venu dix ans avant Fichte et Hegel. La justice oblige à souligner, cependant, que sa théorie n’est pas en elle-même créatrice des dérives de la notion de race telle que nous la comprenons aujourd’hui ; elle ne porte que la notion en elle-même, l’idée d’une classification raciale si vous voulez.

A ceux qui objecteraient que la traite négrière est antérieure aux écrits de Blumenbach, je répondrais en toute simplicité qu’il n’est hélas pas nécessaire d’être raciste pour être esclavagiste, et que l’Histoire l’a amplement démontré. Cela dit, par honnêteté et dans un souci d’exhaustivité, entre les deux modes de hiérarchisation cités ci-dessus, on pourrait sans doute signaler aussi le cas particulier juif (que je  n’ai  pas abordé dans mon livre, faute de place).

A l’initiale, la hiérarchisation raciale contenue dans l’Ancien Testament n’est pas différente de celles qui prévalait dans les sociétés antiques : elle renvoie à une hiérarchisation des lignées, sans critère classificatoire autre que la filiation proprement dite, et elle organise la séparation des groupes de lignées (tribus) pour préserver des identités spirituelles qu’on n’imagine alors pas sans continuité stricte avec l’identité biologique. Mais avec Maïmonide, au Moyen Âge, on commence à voir poindre un embryon de hiérarchisation classificatoire des races, au sens moderne, à travers un ethnocentrisme qui combine les catégories différencialistes grecques (surtout culturelles) et juives (raciales au sens antique).

Ce n’est pas vraiment constitué, c’est un stade intermédiaire. Une hypothèse serait qu’un vague besoin de classification était apparu, dans le monde juif, au Moyen Âge, pour compenser la perte des rouleaux de généalogie, perte que la tradition juive situe au premier siècle, mais qui fut peut-être progressive et postérieure, correspondant en réalité à la multiplication des conversions. Il en est résulté, il faut le mentionner au passage, à la fois l’émergence des catégories supérieures de la philosophie juive et la dislocation du rapport traditionnel à la race, au sens antique, comme si la seconde était le prix à payer pour accéder à la première. Il existe tout un pan de la critique encore à explorer ; l’interaction entre le rapport culturel à la question raciale et la vision du monde d’un groupe humain n’a jamais été sérieusement analysée, aussi surprenant que cela paraisse. Le sujet est tellement brûlant qu’on le rejette à peine l’a-t-on saisi.

Quoi qu’il en soit et sous réserve de ces travaux à conduire par qui le pourra, à ce stade, je reste sur l’idée que l’obsession classificatoire de certains racistes renvoie, à travers leur peur du corps, à un sentiment de perte de filiation, donc d’identité. La même pathologie existe d’ailleurs chez leurs adversaires antiracistes obsessionnels. Ces gens-là se ressemblent énormément, en fait. Ils sont victimes des mêmes tropismes pathogènes, si on va au fond des choses. La complexité de l’Histoire veut que leurs maladies aient eu parfois des bénéfices.

La pluralité raciale sur un même territoire engendre-t-elle nécessairement une dégradation des identités autochtones et allochtones ? Cela pose évidemment le problème de l’immigration.

Pour les raisons exposées ci-dessus, la pluralité raciale engendre mécaniquement une plus grande difficulté à construire l’unité culturelle, donc elle génère une certaine pluralité culturelle, ou du moins elle en facilite l’émergence et/ou le maintien. Pour des raisons pratiques, cette pluralité débouche sur l’exigence permanente d’un  arbitrage, d’une mise en cohérence, qui, dans un premier temps, ne peut se  faire que sur un « socle minimum », d’où un appauvrissement des identités concernées.

Donc, on voit bien que la pluralité raciale sur un même territoire va engendrer automatiquement une dégradation des identités autochtones et allochtones, sauf s’il existe des dispositifs de régulation, pour ne pas dire d’apartheid (par la loi, ou par tout autre modalité, coutume, préjugés, pression du conformisme, etc.). Toute autre réponse à votre question ne pourrait être qu’hypocrisie ou aveuglement.

Je veux ici être clair : oui, il faudra arbitrer entre préservation de l’identité et exigence universaliste de fraternité, et cela concernera aussi la question raciale. Mon opinion est que l’arbitrage doit être rendu sur la base suivante : la plus grande exigence universaliste possible dans le cadre d’un maintien de la continuité identitaire minimale requise pour éviter une dislocation du social et une déstructuration irréparable des fondements de l’édifice culturel.

Cela, évidemment, n’est que mon opinion. C’est celle d’un universaliste réaliste, qui, à la différence de beaucoup de gens ces derniers temps, parle sans se cacher derrière son petit doigt et prononce le mot « race » sans se sentir obligé de s’excuser. J’ai observé, soit dit en passant, que cela me vaut d’être lu attentivement par les personnes d’origine extra-européenne qui viennent à connaître mes écrits.

Que dire du métissage, et plus précisément de l’idéologie du métissage ? Peut-on distinguer un métissage ethnique et un métissage culturel ?

Le métissage est un fait biologique, pas une idéologie. Il définit une race, au sens antique du terme. Il est possible de l’interdire si l’on entend préserver les constructions identitaires (cela s’est fait historiquement), absurde de le réprouver si l’on considère que l’exigence de fraternité doit primer sur la préservation des identités (ce qui est la position majoritaire contemporaine). Dans ces conditions, la condamnation du métissage est, en l’état de nos sociétés, une impossibilité pratique.

Je pense qu’elle est aussi, quand elle implique condamnation des individus métissés, une ânerie pure et simple : elle aboutit en effet à nier la légitimité de la race au sens antique (la lignée métisse), au nom de la race au sens contemporain (la classification). Je hais les gens qui portent ce genre de condamnation, parce qu’ils se croient représentants de l’esprit de tradition, alors qu’au contraire, ils en nient la substance.

En revanche, l’idéologie du métissage (« être métis, c’est mieux ! ») doit impérativement être combattue, et, au fond, exactement pour les mêmes raisons. Elle traduit, elle aussi, une approche statistique appliquée à l’être humain, en valorisant une catégorie abordée sous l’angle descriptif, « les métis » (le caractère statistique et classificatoire de cette catégorie ressort bien de son usage étendu, y compris à des registres totalement étrangers à la question raciale). L’idéologie du métissage est une construction idéologique négatrice de l’autonomie des sujets et du principe d’incertitude fondateur de toute vision saine de l’humanité : « si tu es métis, tu es plus beau, tu es supérieur, etc. : donc, métisse-toi ! » Où est la différence avec : « si tu es aryen, tu es plus beau, tu es supérieur, donc respecte les lois de Nuremberg » ?

« […] loin de provoquer un quelconque apaisement des guerres culturelles et idéologiques, l’antiracisme les anime et les attise, faisant ainsi mentir ses déclarations d’intention par ses effets réels ». Partagez-vous cette analyse de Pierre-André Taguieff ?

Bien sûr. La troisième partie de mon livre est en partie consacrée au décorticage méthodique de ce mécanisme. Mon opinion est qu’il ne traduit de la bêtise que de la part des exécutants. Chez les commanditaires de la propagande antiraciste, je pense qu’il s’agit d’une tentative délibérée pour secréter un racisme réactionnel, qu’ils pourront instrumentaliser dans une perspective de guerre de classes, d’ingénierie des perceptions ou d’action géopolitique.

Que pensez-vous des récents propos d’Eric Zemmour selon lesquels « la plupart des délinquants sont noirs et arabes » ? Êtes-vous favorable à une légalisation des statistiques ethniques en France ?

Je pense que c’est un constat. Or, la question soulevée par un constat n’est pas sa correction politique, mais son exactitude. A mon avis, ce constat est exact.

Je suppose qu’Eric Zemmour, qui est, je pense, un honnête homme, accepterait d’ailleurs qu’on lui fasse remarquer que la plupart des délinquants financiers sont juifs. Il serait intéressant de lui poser la question, cela permettrait sans doute de clore le débat.

Quoi qu’il en soit, en ce qui me concerne, si on veut que je reconnaisse, en tant que Blanc, que la majorité des salauds dirigeants de grandes sociétés multinationales qui financent les pires dictatures africaines sont blancs, je n’ai pas de problème avec ça.

Dans La question raciale, vous proposez de réhabiliter le principe identitaire. En quoi consiste exactement cette réhabilitation ?

J’explique en substance que le grand danger du XXI° siècle, ce n’est pas le retour d’un Hitler raciste décidé à exterminer les races inférieures, mais la survenue d’une version remix de Hitler, un Hitler adepte des biotechnologies, et bien décidé à « perfectionner » la « human race ». Il faut savoir que ce Hitler nouvelle mouture est déjà dans les tuyaux. Les délires de certains « penseurs » des « biotechnologies » ont de quoi vous faire dresser les cheveux sur la tête, croyez-moi. « New Brave World » est à la porte, et encore : ces gens-là vont parfois plus loin qu’Huxley ! – lui, au moins, n’envisageait pas d’interpénétrer vivant et cybernétique pour « programmer » des humains calibrés préalablement par ingénierie génétique…

En  face de ce danger-là, je pense qu’il faut d’urgence remettre les choses à leur place. Nous sommes humains parce que nous sommes engendrés, et pas fabriqués. Nous ne sommes pas des sujets de classification, d’étiquetage, d’inscription dans des catégories définies par une quelconque abstraction – catégories que certains voudraient uniformisatrices, et d’autres classificatoires jusqu’à la manie, mais qui jamais, jamais, ne suffiront à dire notre être dans sa complexité infinie. Ce qui s’oppose le plus fortement à cette manie classificatoire et/ou uniformisatrice, qu’elle s’exprime par l’universalisme niveleur ou par le différencialisme forcené (deux perversions construites en reflet), c’est toujours la réalité charnelle, le primat accordé à la réalité charnelle. L’antidote à la « race » classificatoire des modernes, c’est la « race » antique, inscrite dans la chair, dans le sang, dans le sperme, dans le ventre des femmes.

Le problème, bien sûr, c’est que réhabiliter ce principe de filiation impliquera, aussi, de réhabiliter une vision du monde largement étrangère à l’universalisme issu de la modernité. Le risque est, dans l’histoire, de faire passer tout universalisme à la trappe, y compris, donc, l’universalisme du Vrai, du Beau, du Bon. C’est pourquoi nous devons réhabiliter, en même temps que la « race » antique, un principe identitaire remis à l’endroit. Il faut rappeler la continuité entre nature et culture, mais sans nier que la culture soit là, parfois, pour compenser la nature. Et pour cela, il s’agira de remettre à leurs justes places la Cité, le Temple et la Famille. Mais on sort là du cadre du livre sur la question raciale, c’est un autre sujet.

« Si l’on met à part les Waffen SS, brutaux mais braves, les nazis étaient presque l’inversion parfaite de l’antique noblesse à laquelle ils prétendaient s’élever » notez-vous dans votre livre. Qu’en conclure ? N’y a-t-il pas là un mécanisme de compensation ?

Je pense que depuis l’émergence de « la race » au sens moderne du terme, le racialisme est très souvent le masque d’un inégalitarisme non justifiable dans les catégories auxquelles on entend par ailleurs se rattacher.

J’analyse par exemple Houston Chamberlain comme un grand bourgeois européen, qui attaque la « race juive » parce qu’il vise, derrière celle-ci, l’émergence d’un pôle de puissance « judéo-protestant », surtout nord-américain, potentiellement rival de l’Europe monarchique. Le vrai débat opposait une fraction de l’aristocratie britannique, partisane du maintien des sociétés d’ordres, de l’Ancien Régime comme on dit en France, à une autre fraction, liée à la banque Rothschild et, au-delà, à une partie du capital nord-américain (Rockefeller). Le faux débat sur la « question juive », plaqué là-dessus par Chamberlain, traduisit sa volonté de justifier, sans argumentaire économico-social solide, une domination de classe contre une autre domination de classe, et cela en affectant de croire que la domination qu’il voulait justifier n’était pas économico-sociale, mais inscrite dans une nécessité biologique. On retrouve d’ailleurs le même mécanisme dans sa théorie des « gens du chaos », qui permettait de justifier la prédation opérée en Inde par l’empire britannique, puis ailleurs par l’empire allemand naissant (empire qui représentait pour Chamberlain, un empire britannique sans Rothschild).

Derrière la « question juive » de Chamberlain, la lutte entre la haute bourgeoisie juive et l’aristocratie européenne survivante. Derrière le racialisme de Chamberlain, la volonté de justifier la position prédominante des européens du nord, et plus particulièrement des classes supérieures d’Europe du nord…

Quand les nazis sont arrivés au pouvoir, ils ont récupéré ce discours, pour le mettre au service, cette fois, des intérêts des classes dont leur parti était l’organe représentatif, c'est-à-dire principalement la petite bourgeoisie, plutôt d’Allemagne du nord, plutôt ex-protestante. En gros, des gens qui avaient vécu sous le II° Reich dans une relative aisance et une certaine stabilité socioculturelle, et que la crise de 1929 avaient bousculés au moment où, facteur aggravant, ils achevaient de sortir du protestantisme.

Ces gens-là avaient besoin qu’on leur fabrique à la fois une justification au retour à l’aisance commune partagée, idéal de la petite bourgeoisie, et un idéal inégalitaire de substitution, pour remplacer le protestantisme implosé. C’était une exigence incohérente, mais logique si on prend en compte le parcours de cette classe sociale, son vécu, son habitus et les traumatismes qu’elle venait d’endurer.

La combinaison du tout, dans le cadre général prédéfini une génération plus tôt par le grand bourgeois Chamberlain, a donné le racialisme nazi, en particulier un antisémitisme poussé jusqu’au délire. Sous cet angle, on peut dire que les petits Juifs des ghettos d’Europe de l’est ont été martyrisés pour trois raisons : parce qu’il fallait une victime de substitution aux Rothschild, inatteignables ; parce qu’il fallait une différence radicale à expulser pour reconstituer une unité égalisatrice des Allemands entre eux ; parce qu’il fallait un pôle de négativité pour construire une hiérarchie des populations entre elles.

Nous avons là un concentré d’irrationalité. Il n’est donc pas surprenant que beaucoup de leaders nazis aient été très loin d’incarner l’idéal racial dont ils se réclamaient. Objectivement, Goebbels, Himmler et Goering, comme guerriers nordiques grands, minces et blonds, on fait mieux…Il n’est pas impossible, et même au fond il est assez probable, que l’irrationalité du racialisme nazi ait été utilisée par de nombreux individus pour se dissimuler à eux-mêmes leur vraie place dans la hiérarchie sécularisée qu’ils appelaient de leurs vœux, tout en en redoutant la sanction. Les témoignages dont nous disposons sur le petit personnel de la dictature nazi le laissent en tout cas penser.

Dans « La question raciale », j’ai essayé d’analyser cet ensemble de complexes, mais sans entrer vraiment dans le détail. Cela m’intéressait surtout parce que je crois que, curieusement, on retrouvera les mêmes stratégies de dissimulation dans l’irrationalité, quand on étudiera attentivement les universalismes niveleurs, soviétique jadis, antiraciste aujourd’hui. Ce qui m’intéressait, c’était le côté réversible de ces stratégies, qui peuvent se dissimuler aussi bien dans le racisme obsessionnel que dans son frère jumeau inversé, l’antiracisme doctrinaire.

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