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Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen doivent-ils s’unir ? | Par Adrien Abauzit

Publié le : 12/01/2014 15:16:32
Catégories : Adrien Abauzit , Articles auteurs , Auteurs , Billets d'actualité

La droite institutionnelle est-elle à la veille d’un grand bouleversement ?

Deux évènements sur lesquels les médias se sont peu attardés le laissent supposer : la volonté de Nicolas Sarkozy de créer un nouveau parti, délaissant ainsi l’UMP, et le désir de Marine Le Pen de changer le nom du Front national.


Si un tel scénario était amené à se produire, il ne resterait pas grand-chose de la droite institutionnelle actuelle, ce qui, en soi, est une excellente nouvelle tant cette pseudo-droite ne se distinguait en rien de la gauche libérale-libertaire.

La dédiabolisation du FN passe par son changement de nom

Quoiqu’elle dise et quoiqu’elle fasse, Marine Le Pen sait qu’on lui reprochera toujours les origines de son parti et que l’épée de Damoclès du soupçon de fascisme pèsera sur elle tant qu’elle portera une étiquette sur laquelle il est marqué Front national.

Du fait de son simple nom de famille, Marine Le Pen sera toujours ramenée aux propos les plus polémiques de son père. Toutefois, en changeant le nom de son parti, en « tuant le père » en quelque sorte, elle atténuerait les ridicules accusations de fascisme et rassurerait une partie de l’opinion.

Jean-Marie Le Pen a eu l’occasion de se prononcer sur le changement de nom du parti : bien entendu, il est contre. Et pour cause : le Front national est l’œuvre de sa vie. Assez lucide cependant, Le Pen père sait que sa fille devra tôt ou tard s’affranchir du boulet que constitue le simple nom de Front national.

La dédiabolisation, que nous devrions plutôt appeler défascisation, ne sera effective et totale que lorsque le Front national aura changé de nom.

Pour gagner en 2017, Sarkozy doit lâcher l’UMP

Deux motifs poussent Nicolas Sarkozy à se débarrasser de l’UMP.

Le premier n’a échappé à personne. Le duel Fillon / Copé a détruit l’image et le peu de crédibilité que possédait l’UMP. Sarkozy mesure parfaitement qu’il ne pourra rien construire d’efficace sur cette base. En outre, gageons que Fillon et Copé, de là où ils sont, feraient tout pour lui savonner la planche.

A ceci s’ajoute que l’UMP est de fait, un parti qui n’a strictement rien à dire.

Sarkozy ne peut pas gagner les élections présidentielles si des Benoît Apparu, des Nathalie Kosciusko-Morizet, des Alain Jupé, des Chantal Jouanno ou des Bruno Lemaire sont à ses côtés. Il n’oublie pas que son calamiteux début de campagne de 2012 est principalement dû à la « rafarinasation » de son discours et que sa remonté a été le fruit de la droitisation de ses promesses sur l’immigration et sur Schengen, allant par la suite jusqu’à déclarer au journal Libération que Marine Le Pen était « compatible » avec la République.

En d’autres termes, Sarkozy ne peut plus s’embarrasser de centristes, qui trop souvent, pour ne pas dire systématiquement, sont des libéraux-libertaires qui s’ignorent et que rien ne distingue de la gogôche.

Avec de tels bras cassés, Sarkozy est condamné sur les sujets régaliens à toujours courir derrière le Front national et passer pour plus mous que lui. Or, dans les années à venir, malgré le chômage de masse, l’immigration et l’insécurité vont prendre une place telle dans la vie des Français, si ce n’était déjà le cas, qu’il sera impossible de préconiser autre chose que des politiques ultra-droitières. Pour cela, Sarkozy a besoin d’un nouveau costume, dépouillé de toute tâche libérale-libertaire.

Une jonction du néo-FN et du camp sarkozyste ?

Les sorts de Nicolas Sarkozy et de Marine Le Pen sont liés. Quoique l’on en pense, aucun ne peut gagner sans l’autre en 2017. Le discours actuel de l’UMP, illustré par le texte grotesque d’Henri Guaino publié dans Le Monde le 15 décembre 2013 ou encore l’attitude de Bruno Lemaire face à Florient Philippot il y a plusieurs semaines de cela sur le plateau de BFM, révèle à quel point la droite institutionnelle actuelle est aveugle et stupide. En se coupant du Front national et avec, de son électorat, l’UMP se suicide électoralement.

Une alliance UMP/FN, excepté sur le plan local, paraît à ce jour impossible. L’UMP ne peut lier son destin à un parti qu’il fait semblant de considérer comme étant « inhumain » et le FN ne peut en faire de même avec un parti européiste qui dissone complètement avec sa critique de Bruxelles.

En revanche, la jonction entre un FN relooké et défascisé et un parti sarkozyste droitisé, d’ailleurs plus par opportunisme que par conviction, devient possible. Un tel schéma serait synonyme de mort clinique pour l’UMP. Ses éléments sarkozystes rejoindraient alors leur mentor tandis que les centristes, déboussolés, rejoindrait la gauche via l’UDI.

Une nouvelle opinion publique

Le camp sarkozyste et le néo-FN ne pourront ignorer la nouvelle opinion publique de droite, encore en gestation, née de la révolte contre le mariage gay, que, pour simplifier, nous retrouvons du Printemps français à la Manif pour tous.

Il est en train de se lever en France une génération militante incroyablement courageuse, organisée et déterminée. Une génération qui pratique un harcèlement démocratique très habile et qui ne craint pas de s’opposer à la police de Monsieur Valls, plus occupée à matraquer le pays réel que les racailles.

Bien que n’étant pas encore consolidée, cette opinion publique voit ses rangs s’élargir au fil des mois. C’est en son sein que germe la doctrine à venir de la droite, libérale-conservatrice. La droite institutionnelle, quelle que soit sa forme futur, sera obligée de rendre des comptes à la nouvelle opinion publique et de puiser dans son logiciel, faute de quoi, elle n’arrivera plus à faire le plein des voix dans ce qui est censé être son propre camp.

La France va trop mal pour qu’un simple changement de contrôleur général des finances puisse régler les problèmes potentiellement mortels qui la traversent. Une « convocation des Etats Généraux » s’impose. Immanquablement, il faudra sortir du cadre institutionnel et idéologique actuel pour appliquer les mesures salvatrices dont la France a besoin. Même relookés et alliés, on discerne mal comment le FN et le camp sarkozyste pourront à eux seuls, sans recourir à une doctrine inédite en rupture totale avec l’idéologie dominante, régler les problèmes liés au mondialisme tels que la contrecolonisation, la persécution fiscale, le racisme antiblanc, le chômage de masse ou l’Union européenne.

Quelle forme prendra alors cette convocation des Etats Généraux? N’étant pas prophète, nous l’ignorons totalement. Mais le blocage institutionnel actuel, c’est-à-dire, le fait que les partis de gouvernement soient tous exclusivement acquis au mondialisme, rend cet évènement inéluctable. Lorsqu’il surviendra, il faudra qu’une droite dégauchisée et enracinée soit constituée pour peser un maximum sur les évènements.

Adrien Abauzit.

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