Oncle Vania à propos de Natalia Narotnicheskaïa

Publié le : 19/06/2008 00:00:00
Catégories : Archives Scriptoblog (2007-2013)

poutine

Parmi les nombreux petits amis qui gravitent aux franges de la galaxie scriptoblog, voici l'Oncle Vania. 

Oncle Vania, c'est un gars qui connaît un peu les pays slaves et vaguement les questions diplomatiques. On a donc décidé de lui demander ce qu'il pensait de Natalia Narotnicheskaïa, l'improbable 'ambassadrice' de la démocratie russe en Europe de l'Ouest...


Scriptoblog : Oncle Vania, que pensez-vous de l’arrivée à Paris de Natalia Narotnichetskaïa, ‘ambassadrice’ de la ‘démocratie’ en France pour le compte de la Russie ?

Oncle Vania : Ce phénomène ne s'insère pas dans le cadre diplomatique stricto sensu. Cette femme ne fait pas partie du corps diplomatique. D'où le titre ‘d'ambassadrice’ : si elle avait été réellement ‘ambassadeur’, le titre ne se serait pas décliné ainsi. On dit Madame l'Ambassadeur.

SC : Alors de quoi s’agit-il ?

OV : Cette femme n'a guère que la vocation de créer un genre de think tank, de manière indépendante de la diplomatie russe habituelle.

SC : Et nous, on fait la même chose en Russie ?

OV : A ma connaissance, le Quai d'Orsay, ou le gouvernement français en général, ne prend pas ce genre d'initiatives (envoyer des personnalités fonder des think tanks pour expliquer aux slaves comment réussir la démocratie aussi bien qu'en France). Je ne crois pas que la France fasse appel à l'implantation de réseaux parallèles dans les sociétés civiles pour faire prévaloir ses valeurs politiques. Elle mise plutôt sur la coopération et la diffusion culturelle (par le réseau des Alliances Françaises notamment).

SC : Alors pourquoi madame Narotnichetskaïa débarque chez nous ?

OV : Il est bien connu que l'Occident au sens large, et les USA en particulier, soutiennent les ONG et autres organisations de défenseurs des droits de l'Homme. Par exemple, actuellement, en Biélorussie, le pouvoir, qui est en froid avec les USA, accuse ces derniers de vouloir déstabiliser le pays par le biais de ce types d'institutions. Poutine a fait la même chose en Russie – une situation très différente de la situation biélorusse, par ailleurs, mais ça, c’est un point de ressemblance… En 2006, Poutine a notamment fait passer une loi pour mieux contrôler les ONGs. Amnesty International et Human Rights Watchen ont d’ailleurs subi les conséquences. Bref, des soupçons pèsent sur certaines ONGs, infiltrées par des agents américains… Pour comprendre l’affaire Narotnichetskaïa, il faudrait regarder du côté des USA pour trouver des ONGs ou think tanks d'origine américaine et implantés sur les territoires de l'Europe de l'Est.

SC : Pouvez-vous être plus précis ?

OV : Non ! (rire) Mais disons que depuis quelques temps, la religion joue un rôle de plus en plus important. Les mouvements évangéliques s'implantent beaucoup  en Europe de l'Est, officieusement pour propager le messianisme américanomorphe.

SC : Donc Natalia Narotnitcheskaïa, c’est un message adressé aux USA ? Sur le thème : ce que vous faites en Biélorussie, en Ukraine, en Russie même, nous pouvons le faire en France ?

OV : J'analyserais cette démarche comme un accessoire au retour de la Russie dans le jeu international. En parallèle à une politique de puissance fondée sur l'exploitation et la commercialisation judicieuse de ressources énergétiques. Ne pas oublier que la plupart des pays de l'Europe de l'Est nouvellement entrés dans l'Union Européenne sont parfaitement convertis à la démocratie libérale. Plus à l'Est, ce n'est pas encore fait, je pense en particulier à l'Ukraine, géographiquement divisée entre pro-européens et pro-russes, et encore dominée par un fort nationalisme. Il y a là un enjeu important, aussi important pour la Russie que peut l’être la mise au pas d’une France OTANisée pour les USA.

SC : En somme, les Russes sont en train de nous expliquer que nous ne sommes plus qu’un pays dominé, une quasi-colonie, une Biélorussie de luxe ? Et qu’eux, les Russes, voient le régime de Sarkozy comme nous, occidentaux, percevons le sympathique foutoir ukrainien ?

OV : Comme je vous le disais, ce sont les USA qui font appel à des réseaux parallèles dans la société civile pour faire prévaloir leurs valeurs politiques. Logiquement, c’est à leur diplomatie parallèle que répond cette diplomatie parallèle. Cette initiative est à rapprocher des relations russo-américaines. La France, en tant que telle, n’est pas au cœur de la question. Ou plutôt : elle n’y serait pas, si elle n’était pas en train de s’atteler au char des néoconservateurs américains.

SC : Merci Oncle Vania. Ça fait quand même plaisir de savoir que grâce à Sarkozy, non seulement on passe pour des cons, mais plus, on passe pour des sales cons.

OV : Je vous laisse la responsabilité de cette conclusion.

Interview l'équipe Scripto. Merci à Oncle Vania

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