Évènement

« Orchestre rouge » de Gabriele Adinolfi | Préface de Michel Drac.

Publié le : 05/10/2013 16:13:06
Catégories : Articles auteurs , Auteurs , Michel Drac

Nos concurrents et amis d’Avatar Editions publient le nouveau livre de Gabriele Adinolfi, « Orchestre rouge » (sous-titré : l'internationale terroriste des années de plomb). C’est en quelque sorte la « suite » de son précédent ouvrage « Nos belles années de plomb ».


On trouvera « Orchestre rouge » par exemple chez Facta. « Nos belles années de plomb » est plus difficile à se procurer (épuisé chez l’éditeur). On le trouvera semble-t-il à la librairie française.
A mon humble avis, la lecture de ces deux ouvrages est tout à fait utile dans le contexte actuel. Le lecteur attentif y piochera en quelque sorte une « collection d’analogies », précieuse pour décoder la situation présente en France.
Avatar Editions m’ayant fait l’honneur de me demander la préface de « Orchestre rouge », et avec son accord, je la mets donc en ligne sur notre site, en espérant qu’elle aidera à faire connaître le très important travail de Gabriele Adinolfi.


Préface

En 1981 sortait sur les écrans un film de Margarethe von Trotta intitulé « Die bleierne Zeit », littéralement « le temps plombé » (traduit par « Les années de plomb » pour le public français, NdE). L’œuvre était consacrée schématiquement aux ressorts psychologiques du long 1968 allemand, mais pour la réalisatrice, le titre évoquait les années 50, auxquelles elle opposait le mouvement libérateur qui avait saisit la jeunesse européenne des années 60.

Par un contresens unanimement partagé, et donc probablement révélateur, les Italiens ont pourtant nommé « années de plomb » la période de forte activité des groupes terroristes en Europe de l’Ouest, période qui s’étend approximativement de la fin des années 60 au milieu des années 80. C’est que la cinéaste allemande faisait référence à Hölderlin pour parler d’une expérience intérieure ; référence ignorée en Italie, où le « plomb » du titre fut compris comme une allusion au métal dont étaient faites les balles des terroristes. Métonymie : l’intellectuelle allemande et le spectateur italien ne parlaient pas de la même chose. Métonymie et, par contrecoup, antiphrase.

Pourquoi l’expression s’est-elle imposée ? Sans doute précisément parce qu’elle propose un signifiant aux connotations ambigües, bien adapté à une réalité protéiforme que de nombreux commentateurs préférèrent ne pas déchiffrer. Tant qu’on ne nomme pas les forces structurelles qui se meuvent dans l’Etat profond des divers pays européens, la période 1965-1985 n’apparaît en effet unitaire que sous l’angle statistique : le nombre et l’intensité des actes terroristes sont alors bien plus élevés qu’ils ne le furent auparavant, et qu’ils ne le seront ensuite. Mais pour le reste, aussi longtemps qu’on se borne à n’étudier que la surface du phénomène, on ne saurait ramener cette violence permanente à un schéma générique simple, commun aux divers pays concernés et aux phases successives de leur histoire. Dénommer « années de plomb » cette période complexe est donc un moyen commode de faire l’économie d’un décodage approfondi : on ne sait pas vraiment ce que c’est, mais un terme fourre-tout permet d’en parler quand même.

Le grand mérite de Gabriele Adinolfi est précisément d’extraire la réflexion de ce marécage conceptuel, où nous englue le discours institutionnel sur la période. Tel un nouveau Münchhausen1 s’auto-arrachant de la fange des considérations molles et vagues, le militant italien appelle un chat un chat. Non, ces années-là n’étaient pas grises comme le plomb de Hölderlin ; elles étaient rouges, comme le sang des victimes, et comme la vraie question centrale de l’époque : une interrogation anxieuse sur la place du communisme en Europe de l’Ouest. Et non, la substance du temps ne fut pas le plomb, qui alourdissait alors paraît-il les adolescences bourgeoises ; il s’agissait du sang, c’est-à-dire de la violence exercée par des forces oligarchiques tantôt partenaires, tantôt rivales, en vue d’un seul objectif : le Pouvoir – comment le prendre, comment le garder.

Mais peut-être devons-nous ici, avant de céder la parole à l’auteur, fournir au lecteur quelques repères historiques. Ce dernier suivra d’autant mieux l’entreprise d’élucidation de Gabriele Adinolfi qu’il aura en tête les grandes lignes des évènements dont il est question ici. Après tout, les « rouges années de sang » italiennes ne sont connues de la plupart des Français qu’à travers la représentation partielle autant que partiale que les milieux universitaires et journalistiques institués ont donné des « années de plomb ». Et l’on n’a pas là une base suffisante pour bien comprendre l’enjeu formidable de l’enquête.

Décrivons le contexte italien de l’époque, pour commencer.

L’Italie est, en Europe occidentale, un pays de premier plan. Elle l’est par l’industrie du nord, la région d’Europe la plus productive avec la Ruhr. Elle l’est par Rome et par le Vatican, qui peut influencer les choix d’un milliard de catholiques à travers le monde. Et, hélas, elle l’est par le sud, base d’organisations criminelles désormais élevées au rang d’acteurs géostratégiques à part entière.

Dès les dernières années de la Seconde Guerre Mondiale, les Anglo-Américains furent parfaitement conscients de cet état de fait. Pour eux, l’Italie était LA position-clef à ne pas perdre sur le théâtre méditerranéen. C’était aussi, en Europe de l’Ouest, un client a priori plus docile que la France, puisque rangé dans le camp des vaincus, et cependant capable de conditionner partiellement l’évolution du sous-continent.

Les Anglo-Américains firent donc en sorte de construire un Etat italien juste assez fort pour servir de courroie de transmission et d’outil de verrouillage du pouvoir dans le pays, mais juste assez faible pour rester lui-même constamment sous le contrôle des centrales de renseignements de Londres et Washington. Sans états d’âme, les futurs créateurs de la CIA passèrent pour ce faire un accord avec la mafia italo-américaine, et fabriquèrent ensuite, en lien avec Cosa Nostra, les réseaux oligarchiques dont l’enchevêtrement volontairement complexe finit par créer une sorte de « caste » d’hommes d’affaires véreux et de politiciens corrompus, à qui les vainqueurs anglo-saxons confièrent la direction apparente d’un pays réduit au statut de filiale. Pour stabiliser la structure malgré l’opposition potentielle d’une partie des partisans antifascistes, les nouveaux maîtres du jeu conclurent deux accords de partage avec leurs alliés : aux Britanniques, Washington accorda une influence prépondérante sur la fraction libérale de la « caste » dominante ; et aux Soviétiques, on laissa le champ libre pour doter le plus puissant parti communiste d’Europe de l’Ouest des quelques zones de contrôle qui fonderaient à l’avenir sa légitimité devant la classe ouvrière du pays. En somme, l’Italie fut partagée par une sorte de « mini-Yalta », à l’intérieur de ses frontières : un capitalisme démocrate-chrétien puissant, mais tenu de tolérer un Parti Communiste qui, de son côté, s’admettait exclu des responsabilités nationales.

La fausse souveraineté à laquelle leur pays se trouvait réduit ne préoccupa pas la majorité des Italiens pendant les années 50, parce que la reconstruction mobilisait alors toutes les énergies. Mais à partir des années 60, on vit apparaître les signes annonciateurs d’une contestation sérieuse. La situation était bien plus explosive qu’en France ou en Allemagne. Plusieurs phénomènes se conjuguaient pour faire de l’Italie une bombe à retardement dirigée vers le cœur de l’hégémonie anglo-saxonne en Europe de l’Ouest : un parti communiste très fort ; une tradition du combat politique direct transmise et amplifiée par les luttes du fascisme, faisant contraste avec une faible pratique historique du bipartisme « démocratique » ; un choc de modernisation plus brutal qu’en France ou en Allemagne, l’Italie ayant en une seule génération presque totalement rattrapé son retard éducationnel sur l’Europe du nord ; et enfin, last but not least, on ne doit pas négliger l’existence dans le sud de la péninsule de vastes zones où le parasitisme des organisations criminelles empêchait la population d’accéder à une aisance que la compétitivité économique du pays aurait normalement dû rendre automatique – situation qui ne pouvait manquer d’alimenter une grande frustration.

À partir de la deuxième moitié des années 60, il devint évident que les structures de contrôle mises en place par les vainqueurs en 1945 n’étaient plus adaptées à la nouvelle réalité italienne. La question se posait dès lors de savoir comment se ferait leur réaménagement.

A posteriori, la réponse peut paraître évidente, qui consista en l’alignement de l’Italie sur une variante latine de la pseudo-démocratie généralement en vigueur en Europe de l’Ouest, avec le démantèlement des structures mafieuses les moins contrôlables au sein de la droite parlementaire, et la conversion du Parti Communiste à une forme floue de l’idéologie social-démocrate. Mais à l’époque, l’affaire n’apparaissait pas jouée d’avance. Il faut en effet se souvenir du contexte international pour prendre la mesure de la complexité des choix à opérer par les Etats profonds parties prenantes du dossier italien des années 60/70.

En 1965, la détente a commencé. Elle est officiellement une offensive de paix, mais en profondeur, elle constitue une entente tacite des deux « grands » (USA, URSS), confrontés de plus en plus clairement au risque de révoltes souverainistes dans leurs zones d’influence respectives, et donc tentés de se définir à nouveau comme partenaires, fût-ce à travers un duel de comparses. Sous cet angle, la question du positionnement du Parti Communiste à l’intérieur de la « démocratie » italienne devient un enjeu d’affrontement à l’intérieur de chaque camp.

Autre sujet de débat connexe mais distinct : faut-il considérer que l’Europe du sud, ayant vocation à converger vers les structures socio-économiques de l’Europe du nord, doit également adopter le système de contrôle mis en place en République Fédérale d’Allemagne en 1949, soit le bipartisme entre droite libérale-conservatrice et social-démocratie réformiste ? Facteur de complexité supplémentaire du point de vue des Américains et de leurs alliés occidentaux : une telle convergence ouvre-t-elle à l’Allemagne de l’Ouest des perspectives favorables pour prédominer sur la France gaullienne dans la définition de l’Europe future, ou, au contraire, faut-il s’attendre à un ralliement des nouvelles démocraties d’Europe du sud à des formes locales du souverainisme français ?

Encore un facteur de complexité additionnel : l’Italie est la position clef du théâtre méditerranéen. Or, ce théâtre touche au Proche-Orient, et à partir de 1967, qui dit Proche-Orient dit conflit israélo-arabe. Les camps pro-Israël et pro-Palestine chercheront donc constamment à favoriser leurs clients respectifs en Italie, lesquels peuvent très bien se trouver à cheval sur les problématiques évoquées précédemment.

Enfin, et c’est là peut-être que se trouve la complexité la plus grande, il ne faut pas être dupe d’une cartographie des acteurs nécessairement tributaire d’un certain nominalisme. À chaque instant, il faut se demander de quoi tel nom est le nom. Les années de plomb, ce fut d’abord une longue décennie d’infiltrations en tout genre. Infiltration des groupes terroristes par la police, infiltration de la police par les divers services secrets italiens, infiltration de tout le monde par la mafia – pendant que des centrales étrangères, principalement américaines, mais aussi britanniques, françaises, allemandes et israéliennes, manipulaient tantôt un acteur, tantôt un autre. La plupart des forces en présence ont passé le plus clair de leur temps à créer de fausses pistes conduisant à d’anciens amis devenus ennemis, qui pouvaient d’ailleurs à tout moment redevenir amis. Se méfier, donc, d’une expression simpliste comme « stratégie de la tension ». Le simple fait d’écrire cette expression au singulier, c’est, déjà, ouvrir la porte à une essentialisation contraire au bon sens. Il y a eu bien des tensions, et bien des stratégies.

Il faut en particulier comprendre que le Parti Communiste Italien (PCI) a pu être perçu par les Américains et leurs alliés comme un ennemi irréductible aussi longtemps que des réseaux maçonniques amis n’y furent pas prépondérants, puis devenir un partenaire potentiel dès lors que ces mêmes réseaux en avaient pris le contrôle indirect. Le signifiant « PCI » a pu, au fil des années de plomb, changer de signifié. On doit à tout le moins considérer l’hypothèse.

À la lumière de cette complexité, un simple examen des grands évènements de l’époque suffit à mettre en lumière la grande fragilité de la thèse officielle sur les années de plomb italiennes : celle d’un « complot fasciste » associant des « éléments réactionnaires de l’appareil d’Etat » aux « groupes néofascistes », et visant à interdire par un coup d’Etat l’association du Parti Communiste à la gestion du pays.

D’abord il n’y a pas eu de coup d’Etat dans les années 60/70, les quelques tentatives en ce sens ressemblant plus à des sketchs mis en scène par Dino Risi qu’à l’application sérieuse des préceptes de Malaparte – et pourtant le PCI ne fut alors pas associé à la gestion. Par contre, après l’assassinat d’Aldo Moro, lequel voulait travailler avec le PCI, alors seulement on dégagea franchement la voie pour une telle association.

La thèse institutionnelle ne permet absolument pas de rendre compte de ce paradoxe. Cela ne prouve pas qu’elle soit entièrement fausse, mais laisse penser qu’elle n’est en tout cas pas entièrement exacte. Au vrai, cette thèse apparaît a posteriori comme un instrument de cautionnement de l’antifascisme fantasmatique qui servait alors d’idéologie de façade à un bloc institutionnel italien incapable de s’équilibrer par le bipartisme, mais aussi de se justifier par l’anticommunisme – se reconnaître anticommuniste eût été, pour la Démocratie Chrétienne (DC), avouer qu’elle avait trahi les idéaux sociaux des partisans.

Quand on s’éloigne du nominalisme essentialisant de la thèse officielle, et lorsqu’on essaye de réfléchir posément, on se dit qu’au fond, tout s’est passé comme si le terrorisme avait été en Italie un instrument de gestion de la transition, qui devait conduire cette colonie de l’Empire anglo-saxon des structures de contrôle mises en place en 1945, pour maîtriser un pays ruiné par la guerre, à celles développées à la fin des années 80, pour conserver cette maîtrise sur un pays désormais reconstruit. Avec, au niveau des véritables organisateurs de la violence, des centrales de renseignement étrangères alliées à des réseaux locaux plus ou moins occultes, ce qui resitue les « terroristes » à leur vraie place : ou des exécutants manipulés, plutôt à l’extrême-gauche, ou de simples lampistes, plutôt à l’extrême-droite.

Reprenons la chronologie

Le 12 décembre 1969, une bombe tue 16 personnes, Piaz­za Fontana, à Milan. C’est la première borne des années de plomb. Très vite, l’attentat sert à « installer » la thèse officielle dans les esprits. À partir de cette date, la « démocratie » italienne est menacée par le « terrorisme fasciste ».

Pendant cinq ans, la violence politique sévit. Il devient difficile voire impossible de faire conscientiser leur malaise politique par les Italiens, soumis à la pression diffuse que crée inévitablement un climat de violence. Primat de l’image sur le langage, réduction de la complexité du réel à la formulation de l’urgence, extension de l’appareil policier : les effets classiques du terrorisme, qui dessine une toile de fond favorable à toutes les manipulations. Qu’il y ait stratégie de la tension, c’est évident. Mais on a beau chercher, on ne voit pas en quoi affirmer l’existence d’un terrorisme fasciste ultra-violent pouvait bien contrarier l’intégration progressive du PCI et de la DC dans un bipartisme alors en construction. Par contre, l’attentat fut à l’origine de la constitution des Brigades Rouges, dont on verra plus loin quel rôle objectif elles ont joué.

Piazza de la Loggia, Brescia, 28 mai 1974, une bombe ravage un cortège syndical : 8 morts, 103 blessés. Le groupe néofasciste Ordine Nero revendique l’attentat. Il est à noter que ce groupe, tenu à l’écart par le reste de la mouvance néofasciste, était constitué semble-t-il d’individus exclus de cette dernière… Train Italicus, 4 août 1974 : une bombe, 12 morts, 44 blessés. La violence politique semble atteindre un paroxysme, et c’est à ce moment précis que, confrontés à une situation d’urgence, tous les Italiens semblent se regrouper derrière le régime. Pour la première fois, un compromis historique devient envisageable entre DC et PCI. Ainsi, non seulement la violence politique « fasciste » n’a pas interdit ce rapprochement, mais elle l’a au contraire grandement facilité.

Peut-être parce que cette violence-là est dès lors devenue inutile, peut-être aussi parce que la chute de Richard Nixon et l’effondrement des régimes autoritaires d’Euro­pe du sud changent brusquement les rapports de force à l’intérieur des centrales de renseignement, à partir de 1975, si la violence politique attribuée à l’extrême droite se poursuit, elle faiblit beaucoup en intensité, tandis qu’à l’inverse déferle une grande vague de violence politique attribuée à l’extrême gauche. C’est l’époque où les Brigades Rouges déstabilisent l’Etat italien, et confrontent le PCI à son aile gauche révolutionnaire, l’obligeant à s’en désolidariser pour ne pas cautionner sa dérive terroriste.

L’apogée de ce terrorisme « rouge » fut bien sûr l’assassinat, après enlèvement, d’Aldo Moro, au printemps 1978.

La vision stratégique de cet homme politique de tout premier plan était le rapprochement entre catholiques et communistes, probablement dans une perspective souverainiste italienne. Inspirateur d’un pacte de non-agression avec les groupes armés palestiniens, il défendait sur le plan industriel des intérêts italiens opposés à ceux des puissances anglo-saxonnes. Les circonstances de son enlèvement et de sa mort n’ont jamais été éclaircies, mais il est quasiment certain qu’une partie de l’appareil d’Etat a fait en sorte que les négociations avec les preneurs d’otage échouent sans remède, et très probable que le lieu où il était tenu prisonnier était connu d’une partie des services de police. On retrouva son cadavre à Rome, à mi-chemin des sièges de la DC et du PCI, comme si l’on avait voulu faire savoir aux intéressés qu’ils ne seraient autorisés à se rencontrer que sur sa dépouille.

Ce qui, d’ailleurs, a fini par arriver.

Mais voici que déjà le rideau va tomber : gare de Bologne, 2 août 1980. La bombe la plus puissante des années de plomb, comme un coup de cymbale pour conclure un morceau de fanfare : 85 morts.

C’est à ce moment-là que, bien malgré lui, Gabriele Adinolfi entre dans l’histoire dont il décode les arrière-plans, aujourd’hui, dans le présent ouvrage.

Il est d’abord accusé d’avoir participé à l’organisation de l’attentat, mais il apparaît très vite que les indices de sa culpabilité ne sont que pure fabrication. Le scandale est énorme : il débouche sur la révélation des activités de la loge P2, Propaganda Due, un réseau politico-maçonnique classé par la presse à l’extrême-droite « néofasciste » et « anticommuniste » – mais dont on comprendra, en lisant ce livre, à quel ensemble de forces autrement plus réelles il faut le rattacher, si on veut percevoir correctement sa dynamique.

D’une manière bien révélatrice du théâtre d’ombres qu’était la politique italienne de l’époque, Gabriele Adinolfi dut alors, bien qu’on ne puisse plus l’accuser de crimes précis, se tenir éloigné de son pays pendant des décennies, après un procès politique tout à fait surréaliste. En substance, on lui reprocha d’avoir eu des idées dangereuses pour le système de contrôle mis en place en Italie – un réquisitoire qui, de la part de ses accusateurs, constituait en somme un aveu.

Et c’est pourquoi, a posteriori, on ne peut que constater que tout s’est passé comme si l’attentat de Bologne avait été organisé pour créer la toile de fond de la liquidation d’une partie d’une partie du mouvement néofasciste – disons la partie de ce mouvement qui s’avérait peu manipulable par les véritables forces agissantes. On peut sans doute raisonnablement supposer que si, cette fois, l’opération échoua, c’est parce que d’autres forces avaient, dans la coulisse, d’autres projets, qui n’exigeaient pas l’activation d’un terrorisme d’extrême-droite, mais au contraire son extinction.

Et de fait, le terrorisme s’éteignit progressivement en Italie, au fil des années 80. Pourquoi ? Une hypothèse assez logique serait tout simplement qu’il n’était plus nécessaire du point de vue de ceux qui l’avaient jadis organisé. L’Italie avait terminé sa mue. Elle rejoignait la cohorte des nombreux Etats européens dotés d’une souveraineté limitée, stabilisés par un bipartisme fait pour restreindre le choix politique à l’intérieur du paradigme constitué par l’intégration européenne.

il avait fallu pour cela environ 360 morts et 4000 blessés. Un peu moins de la moitié des décès étaient imputés à l’extrême-droite, mais plus des trois quarts des blessés l’avaient été du fait de la violence d’extrême-gauche. Au final et même si le propos peut paraître odieusement clinique, un bilan humain très raisonnable pour une transition politique de grande ampleur opérée dans un cadre instable. Il ne serait pas absurde de soutenir que nous avons là l’indice des progrès considérables effectués par les oligarchies contemporaines dans l’art délicat de l’ingénierie des perceptions et du contrôle social indirect.

Il semble que sur le moment, peu d’acteurs de cette histoire en aient perçu les ressorts profonds. Et il est même probable, étant donné l’extraordinaire complexité des manœuvres, qu’aucun n’a, à un moment quelconque, pu se flatter de savoir tout ce qui se passait, fût-ce dans les très grandes lignes.
Pour comprendre le type de situation que la stratégie de la tension mise en œuvre pendant les années de plomb était susceptible de créer, filons une métaphore militaire.

Pendant la Première Guerre Mondiale, les troupes françaises et allemandes furent parfois témoins et acteurs d’un phénomène curieux : lorsque les tranchées des deux camps étaient très proches, les réseaux de barbelés finissaient par se toucher, de sorte que chaque camp, en travaillant à son propre réseau, travaillait aussi à celui de l’adversaire. Tout cela jusqu’à créer un écheveau indémêlable, pour la plus grande satisfaction des parties en présence. Personne n’avait décidé du résultat final, car il n’était que le produit des interactions entre les deux camps. Mais tout le monde s’en contentait, et les ennemis avaient donc collaboré en s’opposant. C’était que, bien qu’ils eussent pour objectif secondaire de se tuer l’un l’autre, ils partageaient secrètement le même ressort principal : survivre.

Une bonne partie des trajectoires des groupes et mouvements partie prenante des années de plomb s’inscrit dans ce type de schéma stochastique. D’une certaine manière, si l’on veut bien se représenter le peuple italien comme un corps dont les organes de production culturelle au sens large formeraient le cerveau, alors la stratégie de la tension déployée par les forces agissantes italiennes et les centrales de renseignement étrangères a pu étendre son emprise sur la société italienne d’autant plus facilement qu’elle faisait écho à un besoin de tension existant dans une grande partie de la jeunesse.

Certes, il est facile, a posteriori, de se moquer des militants naïfs des années 60/70, qui se laissèrent si facilement manipuler, et des politiciens et policiers italiens aussi, qui les manipulèrent parfois sans comprendre qu’ils étaient eux-mêmes manipulés. Mais la naïveté de ces hommes était, aussi, l’indice d’une vitalité que nos contemporains pourraient souvent leur envier.

Aussi, plutôt que de nous moquer, essayons de comprendre.

Regardons ces vieilles photos au grain médiocre, au noir et blanc flou. Le corps d’Aldo Moro, un petit homme recroquevillé à l’arrière d’une Renault 4L. Et ce jeune homme anonyme qui tire au pistolet, bras tendu, à Milan, en 1975. Ces militants arrêtés qui se suicident en prison, comme par hasard avant qu’on ait eu le temps de noter leurs déclarations. Ce commissaire de police criblé de balles… Qui étaient ces gens ? Que voulaient-ils ? Pourquoi certains ont-ils été si violents ? Ils voulaient tuer qui, ou quoi ? Et qui, ou quoi, les a tués, eux ?

A gauche, le trajet des militants armés était bien balisé. En général, ils faisaient leurs armes dans des combats de rue à faible intensité. Puis ils basculaient dans la lutte armée, soit que le service d’ordre auquel ils appartenaient se fût émancipé de sa direction politique, soit qu’à titre personnel, ils aient décidé de rallier un groupe clandestin.

Leur terrorisme était dirigé officiellement contre la « résurgence fasciste », ce qui leur permettait de le justifier optiquement par une continuité fantasmée avec la résistance. Le Mouvement Social Italien (MSI) concentra d’ailleurs une partie non négligeable des actions des Brigades Rouges – même si, de manière fort intéressante, celles-ci ne s’en prirent quasiment jamais aux groupes terroristes néofascistes proprement dits.

Cet antifascisme n’était pas théorisé, et ne pouvait pas l’être. Le travail théorique sur l’économie politique fut indigent dans l’extrême-gauche italienne de l’époque, en particulier sous l’angle, pourtant crucial dans la lutte armée, de l’interprétation de l’Etat à un certain stade de développement. De vagues références à la révolution culturelle chinoise venaient donner un tour antisoviétique à un communisme probablement sincère, mais très primitif. Et au fond, quand on essaye de savoir ce que voulaient les brigadistes, on est assez vite confronté à un problème insoluble : eux-mêmes ne le savaient pas très bien. Disons qu’ils voulaient revivre l’exaltation de leurs parents partisans antifascistes, ou des parents qu’ils auraient voulu avoir.

A droite, on observe une plus grande diversité de parcours, mais dans les motivations des militants néofascistes des années de plomb, on retrouve presque systématiquement la volonté plus ou moins conscientisée d’effacer la honte de la « trahison » italienne de 1943. C’est qu’à l’époque, les jeunes gens européens étaient encore élevés dans certaines valeurs viriles. Et puis des millions de familles italiennes avaient cru dans le fascisme, et beaucoup s’en souvenaient comme d’une période bien plus intéressante que celle inaugurée en 1945. Le souvenir humiliant de la débâcle, combiné avec celui, exaltant, des réussites du régime mussolinien, pouvait pousser la jeunesse italienne des années 60/70 à adhérer profondément au rêve d’une restauration fasciste. Nous devons ici nous souvenir du fait que l’idéologie fasciste, qui est pour nous, Français du XXI° siècle, un produit culturel étranger relevant du siècle dernier, constituait pour les jeunes Italiens d’alors une réalité charnelle, vécue par leurs parents, pour le meilleur et pour le pire. Ces jeunes italiens voulaient revivre l’exaltation de leurs parents fascistes, ou des parents qu’ils auraient voulu avoir. Et leur formule de pensée n’apparaît donc opposée à celle de leurs adversaires de gauche qu’à la manière dont un reflet inverse une image.

A l’aune de ce mimétisme néofascistes/brigadistes, on réalise que l’opposition apparente entre terrorisme d’extrême-gauche et terrorisme d’extrême-droite n’a de sens que dans le cadre artificiel construit par et pour la formulation de la thèse officielle sur les années de plomb. En réalité, des deux côtés, on trouve une jeunesse confrontée à une société italienne où, n’est-ce pas, il y a quelque chose qui cloche…

Que de freins imposés aux jeunes générations par les générations installées ! Et quelles générations installées : on dirait que les dirigeants ont été choisis pour leur inaptitude, voire pour leur très haut degré de corruption !

Des deux côtés, au fond, on fait ce même constat, même si on ne le conscientise pas de la même manière. Les brigadistes se persuadent majoritairement que la cause du mal se trouve dans la Démocratie Chrétienne, suspectée de fascisme, et qu’en conséquence, les néofascistes « doivent » être des nervis au service de la droite patronale – ce qu’en général, ils ne sont pas. Les néofascistes, de leur côté, sont moins dupes du système. Mais ils sont nombreux à voir dans l’extrême-gauche brigadiste le faux nez du PCI – ce qu’à quelques exceptions près, elle n’est pas davantage.

C’est ici que nous pouvons situer exactement le rôle d’un homme comme Gabriele Adinolfi, et comprendre pourquoi ce qu’il nous dit dans le présent ouvrage est d’une actualité brûlante.

A la fin des années 70, après dix années de stratégie de la tension, beaucoup d’opposants italiens ont commencé à comprendre que si leur Etat était une république de carton-pâte édifiée pour dissimuler une simple colonie américano-britannique, leur lutte contre cet Etat avait été pré-calibrée pour n’être, à son tour, qu’un décor. Des parcours atypiques, comme celui de Renato Curcio, fondateur des Brigades Rouges après avoir été lui-même formé dans la mouvance néofasciste, interpellaient et obligeaient à se poser la question décisive : qui est l’ennemi ?

Certes, les tentatives de synthèse entre maoïsme, très à la mode à l’époque, et national-socialisme ou fascisme, débouchèrent en pratique sur une tambouille idéologico-groupusculaire susceptible de partir à peu près dans toutes les directions. Mais elles étaient révélatrices du fait que de plus en plus de jeunes Italiens se détournaient du spectacle projeté au fond de la caverne de Platon – et cherchaient même carrément à en sortir.

Lorsque fut fondé le mouvement Terza Posizione, à partir d’un noyau dur dont Adinolfi était en quelque mesure le théoricien, un pas fut franchi : l’ennemi, ce n’était plus l’alter ego gauchiste ; l’ennemi, commun aux opposants italiens de gauche et de droite, c’était une structure globale de domination, formée par l’alliance objective des oligarchies nationales et transnationales. Le malaise ne trouvait décidément son origine ni dans un fascisme fantasmé, ni dans une simple emprise communiste soviétoïde – il venait des outils de contrôle politique et culturel développé par et pour cette structure globale de domination : la société de consommation, l’omniprésente télévision, un nihilisme attrayant qu’on ne semblait devoir fuir qu’en lui opposant, piège atroce, un nihilisme effrayant.

Le discours d’un groupe comme Terza Posizione risquait de devenir dangereux pour les oligarchies italiennes, et pouvait perturber les manipulations qui constituaient en quelque sorte le matériau de base de la stratégie de la tension. Il était en effet de nature à révéler aux jeunes Italiens ce désir qu’ils avaient en eux, et ne parvenaient pas à formuler : rester vivants, dans et donc contre un monde déjà mort. Qui sait où cet appel à la vie pouvait conduire ? Et si c’était à une renaissance ?

Pire encore du point de vue des forces impérialistes américaines et soviétiques : ce discours pouvait trouver un écho au sein même de la classe dirigeante.

Le PCI avait certes fini par combattre le terrorisme « rouge », allant jusqu’à l’accuser de squadrisme – de pré-fascisme, si l’on veut. Cette condamnation l’avait entraîné dans un ralliement apparent au régime. Mais sa gestion de la crise était avant tout conditionnée par les tendances fractionnistes qui émergeaient alors au sein même du mouvement ouvrier, le plus souvent sur la base de revendications sociétales. Dans l’Italie des années 70, les stratégies de diversion élaborées dans le cadre des conférences Macy et sur la base des enseignements de l’école de Francfort ont en effet été largement utilisées par les services américains. Ainsi, l’introduction du féminisme dans la gauche italienne a déclenché la revendication d’autonomie de l’UDI, l’union des femmes italiennes, fragilisant sa relation avec le PCI. Confronté à la double menace de cette « sociétalisation » de la gauche et du terrorisme comme stratégie de blocage, le PCI a réagi par une stratégie de minimisation des conséquences néfastes de ces évolutions : pendant toute la période, son principal objectif, en termes de communication, est d’empêcher l’émergence des thématiques de guerre civile.

Son ralliement au régime n’implique donc aucunement un ralliement à la nature du régime : c’est avant tout une posture tactique. Il n’est pas acquis qu’il en sortira nécessairement un bipartisme dévoué à la construction européenne telle que les Américains la promeuvent ; il n’est pas davantage acquis que l’évolution du PCI servira de laboratoire à une hypothétique finlandisation de l’Europe occidentale ; l’hypothèse d’un souverainisme italien n’est pas encore exclue à gauche.

La Démocratie Chrétienne elle-même ne donne pas aux forces transnationales toutes les garanties que celles-ci exigent. L’Etat italien est une pétaudière. Il est très possible qu’une partie de cette pétaudière ait commandité voire organisé des attentats, qu’une autre partie cherchait réellement à empêcher ou à élucider. Il ne faut donc pas attacher une importance excessive aux déclarations des hommes politiques italiens de l’époque : non seulement ils ont pu mentir, mais en outre, il n’est pas du tout certain qu’ils savaient eux-mêmes ce qui se passait. Et il est très probable que s’ils n’ont pas verrouillé efficacement la sécurité de leur pays face à d’éventuelles interventions extérieures, c’est tout simplement parce qu’ils n’en avaient pas les moyens.

Or, si leur entente avec le PCI s’était concrétisée sur la base d’une plate-forme souverainiste, peut-être ces moyens leur auraient-ils été donnés. Comment savoir ce qu’aurait fait Aldo Moro, s’il n’avait pas été tué, et s’était trouvé en situation de piloter une entente DC/PCI ? Contrairement à ce que pensent leurs voisins, les Italiens sont très capables de s’organiser ; la caste politique italienne ne fait pas exception, qui est passé maîtresse dans l’art de dissimuler son action derrière le désordre apparent, chose qu’elle ne peut faire, précisément, qu’en étant secrètement très organisée. Cela n’inspire rien de bon aux citoyens italiens. Mais il est très possible que cela n’inspire pas davantage confiance aux centrales étrangères qui tentent de contrôler le pays.

Dans ces conditions, ce dont Gabriele Adinolfi peut témoigner, c’est donc d’abord d’un fait très simple : à la fin des années 70, au début des années 80, le mouvement politique qu’il avait fondé était porteur d’un discours qui risquait de devenir dangereux pour l’Etat profond italien, et pour ses mandants… Et savez-vous ce qui est arrivé : eh bien un beau jour, Gabriele Adinolfi a été accusé d’avoir organisé un attentat où 85 personnes avaient trouvé la mort.

L’auteur du présent ouvrage peut donc, en somme, témoigner du fait que quand on pose les bonnes questions, quand on donne les bonnes réponses, et quand en outre on risque d’être entendu, eh bien on a de gros ennuis.

Voilà une leçon de portée générale que doivent intégrer tous les militants qui vont lire ce livre… Mais surtout, le travail de Gabriele Adinolfi devient encore plus intéressant quand, après plusieurs décennies de recherche, il commence à pouvoir nous dire qui lui a vraiment valu ses ennuis. Et donc qui a, d’une manière générale, réellement enclenché un cycle de violence ayant permis en Italie, pendant une grande décennie, de passer outre aux normes de la légalité « démocratique », en tout cas quand il s’agissait de gens qu’aucune faction oligarchique ne protégeait, et qui par contre en embêtaient une, voire plusieurs.

Et notre nouveau Münchhausen, retombant hors du marécage après s’en être extrait par les cheveux, de décrire minutieusement le travail des services de renseignement, et des réseaux divers qu’ils actionnent. Et de remonter encore, derrière eux, aux forces qui les commandent, et qu’il nomme précisément, dans le cadre précis des années de plomb italiennes : la Commission Trilatérale, en guerre pour imposer sa vision du globalisme à d’autres forces oligarchiques transnationales, le cœur des réseaux maçonniques en Italie, et, dans le rôle d’un pôle associé mais néanmoins capable de définir des lignes d’interdiction aux autres pôles, le gouvernement et les sponsors internationaux de l’Etat d’Israël.

Les enseignements de cette enquête sur l’Italie des années de plomb doivent être intégrés en France.

Non pour nous annexer un imaginaire fasciste qui n’est pas le nôtre, et que de toute façon, les fondamentaux anthropologiques de notre nation nous empêcheront toujours de comprendre vraiment. Pas davantage parce que les méthodes des combattants des années 70 seraient directement transposables aujourd’hui. Tout a changé en quatre décennies. Jadis, on se battait pour le contrôle de la rue, entre autres choses parce que c’était là que s’instaurait l’essentiel de la vie sociale. Mais aujourd’hui, à l’ère d’Internet, l’intérêt de contrôler la rue est devenu à peu près nul, en tout cas sous l’angle du contrôle des flux d’information non institutionnels.

Ces enseignements doivent être intégrés sous l’angle technique, organisationnel et théorique.

La situation qui est en train de se créer en France est en effet dans une certaine mesure isomorphe à celle qui existait, mutatis mutandis, dans l’Italie des années de plomb. Récapitulons : un Etat faible, tombé sous l’emprise d’oligarchies plus ou moins mafieuses, plus ou moins rivales ; le plus grand parti d’opposition antisystème d’Europe occidentale ; un grand parti d’opposition antisystème qui est, aussi, un ami du seul centre de pouvoir géostratégique capable de constituer un partenaire-rival à combattre, ou à utiliser comme repoussoir, par le centre géostratégique anglo-saxon ; et enfin, last but not least, une société traumatisée par un changement anthropologique brutal, avec des troubles récurrents dans ses zones urbaines en expansion.

De quoi parlons-nous ? De l’Italie du PCI, de l’URSS de Brejnev ? Ou de la France du Front National, et de la Russie de Poutine ?

A partir de là, le lecteur a le choix : s’il souhaite rester dans la contemplation passive du mur au fond de la caverne de Platon, qu’il referme ce livre…

Et sinon, bienvenue dans la réalité.

Michel Drac

1 Le baron de Münchhausen, sorte de Cyrano de Bergerac allemand, est supposé s’être sorti lui-même d’un marécage où il était tombé, en se tirant par la tignasse. L’image constitue évidemment une allégorie de l’esprit de synthèse et de décision.


A ce sujet, voir églalement : Conférence de Michel Drac et Gabriele Adinolfi : « Les stratégies de la tension, hier et aujourd’hui » (janvier 2014).


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