Évènement

Publication de La dixième porte

Publié le : 25/02/2009 23:57:32
Catégories : Actualités des éditions Le Retour aux Sources

La_dixi__me_port_4a9148cc0cf27Publication de La dixième porte, de Paul Dautrans.

Vous pouvez commander cet ouvrage dans la boutique.

La quatrième de couverture :

Un jeune cadre en entreprise doit conduire un projet sous la direction d'un vieux briscard. Peu à peu, « l’Ancien » initie son jeunot à l'art de la survie en milieu bureaucratique... et le récit vaut le détour ! C’est drôle, caustique, désespéré presque – mais pas vraiment. Une plongée hallucinante dans le réel.

Voici narrée toute l'absurdité de l'« entreprise à la française ». Ils sont venus, ils sont tous là ! Les incompétents accrochés à leur fauteuil, les petites salopes arrivistes, les jeunes cadres aux dents longues qui se prennent les pieds dans leurs canines, etc.

Si vous travaillez en entreprise, méfiez-vous de ce livre. Après l’avoir lu, vous ne pourrez plus prendre votre boulot au sérieux !

Et pour ceux qui veulent se faire une idée...

Les premières pages !



PREMIERE PARTIE

LE SOCLE PROPEDEUTIQUE DES LOGIQUES TRANSVERSES

L’Ancien


« Il y a plusieurs manières de ne rien foutre dans une organisation bureaucratique. Il y a la méthode bœuf, la plus fréquente : l’idée générale, c’est que tu dois développer une passivité parfaite. Comme un bœuf à l’étable. Tu n’attends plus rien, tu n’espères plus rien. Quand ça sent la réorganisation, tu rentres la tête dans les épaules et tu ne te fatigues pas plus pour autant. A savoir : il est tout à fait inutile d’espérer sauver ta peau en travaillant honnêtement, ce genre d’idée saugrenue ne peut te valoir que des ennuis. Le seul moyen d’être certain que tu ne seras pas viré, c’est soit d’être le fils du patron, soit de coucher avec ton supérieur hiérarchique. Et encore : des suceurs de première classe se sont déjà faits virer, ça s’est vu. »

On était chez O’Driss, la brasserie irlandaise du boulevard, à deux pas du siège social, et l’Ancien me briefait. Je buvais ses paroles, vous pouvez me croire. Là, j’apprenais des choses utiles. Bien plus utiles que le bourrage de crâne à tout va genre école de commerce, j’aime autant vous le dire.

« Tu dois bien comprendre ceci : tout, absolument tout ce qu’on t’a appris, c’était de la propagande. On t’a bourré le mou avec l’entreprise de quatorzième génération, les méthodes faut qu’on y a qu’à, toutes ces conneries… Pipeau, complètement pipeau. En réalité, le système est parfaitement absurde, il est débile au dernier degré. Tu vois tous ces mecs autour de nous, en costumes gris ? Bon, dans le lot, il y a peut-être quelques patrons de PME, ceux-là servent vraiment à quelque chose. Et puis je veux bien t’accorder ici ou là un mec qui par hasard, à un moment donné, en ce moment par exemple, eh bien disons… sert momentanément à quelque chose, par hasard. Mais le reste ? Le reste, c’est simple : dans les entreprises, dans les sièges sociaux parisiens, 99 % des bureaucrates ne servent à rien 99 % du temps. »

L’Ancien m’avait à la bonne, il me trouvait touchant, avec ma naïveté de premier communiant. Je devais lui rappeler le jeune comptable à la noix qu’il avait été, trente ans plus tôt. Ou alors c’était un truc de pédé, j’avais le corps qu’il aurait aimé garder, ça arrive ces trucs-là. De toute manière, je m’en fichais. Qu’il bande pour moi s’il voulait, ce qui me branchait, c’était qu’il me refile toute son expérience, trente ans de coups tordus, trente ans de guerre de service, trente ans passés à l’écoute de radio moquette. De l’or en barre.

« Ce que je voudrais te faire comprendre, c’est qu’environ 1 % du temps, quand tu sers à quelque chose, tu n’es pas payé pour produire, ni même pour faire consommer, mais pour donner à tes chefs l’impression qu’en produisant, ou en faisant consommer, ils font quelque chose d’utile. Et les 99 % restant, tu es payé pour faire croire à tes chefs, ou plutôt pour qu’ils puissent se persuader eux-mêmes, que nous tous, les cols blancs, nous sommes indispensables pour que les cols bleus, en dessous, produisent. Et pour que les ménagères de moins de quarante balais consomment, aussi. Donc en fin de compte, tantôt tu es payé à faire des trucs qui ne servent à rien, tantôt tu es payé à faire semblant de les faire. Et ça, en réalité, bien que personne ne le reconnaisse, tout le monde le sait. »

Là, quand même, je trouvais qu’il abusait. Je lui ai dit mon point de vue, parce que c’était un vieux avec qui on pouvait parler. Il a rigolé.

« Tu es jeune, tu crois encore que la société va quelque part, tu crois encore que les gens ont quelque chose à espérer. Mais le secret, c’est que tout ça, toute cette énorme machine, ça sert juste à faire croire qu’il y a quelque chose à espérer. Les mecs sont dans un labyrinthe, tu piges ? Derrière le prochain tournant, ils se disent toujours qu’il y aura un truc à voir. Et derrière le prochain tournant, tu sais quoi ? Il y a un autre tournant. Et ainsi de suite, jusqu’au dernier tournant. »

J’ai fait : « Et derrière le dernier tournant ? »

Il a souri, bon papa.

« Derrière le dernier tournant, y a le cimetière. Et tout ça, tu vois, tout le labyrinthe, tous les tournants accumulés, ça sert uniquement à pas le voir, le cimetière. C’est ça, le secret »

Il a pris une gorgée de bière, et soudain, je l’ai bien aimé, l’Ancien.

Pour la première fois de ma vie, quelqu’un me disait la vérité.


*


Le comité de projet

Le lendemain, il y avait un comité de projet, et l’Ancien m’avait emmené, pour que je voie.

Y avait tous les patrons, assis d’un côté de la table, et en face y avait l’Ancien, moi, et puis Philippe, Carine, Véro et Jean-Pascal. Les patrons portaient des costumes gris, des chemises blanches et des cravates rayées. Sauf les femmes, qui étaient en tailleur gris ou noir ou rose bonbon. L’Ancien, il avait mis un costume gris, mais avec une chemise bleue et une cravate jaune. Carine portait un tailleur gris, Véro un ensemble pantalon mauve. Philippe portait un pantalon de velours, fallait oser, moi je dis. Jean-Pascal, celui qui a de l’ambition, il portait un costume gris, une chemise bleue et une cravate jaune. Moi, j’étais le petit jeune, alors je portais un costume vert pomme.

On était dans la grande salle de direction, celle qui a une table en forme de soucoupe volante, avec des micros posés dessus, on peut s’asseoir à vingt ou trente, autour, et on tient à l’aise. Moi j’étais au bout de la table, à côté du rétroprojecteur, je devais passer les « slides » en appuyant sur les touches « flèche pointant vers le bas » / « flèche pointant vers le haut », quand l’Ancien me ferait signe. Y a des mecs dans les entrepôts qui sont payés au SMIC pour porter toute la journée des caisses de vingt kilos, et s’ils étaient pas là pour les porter, la machine s’arrêterait de tourner, donc les garde-chiourme sont sur leur dos tout le temps. Et moi, je suis payé deux SMIC et demi, déjà tout jeune, juste pour appuyer sur « flèche pointant vers le bas » / « flèche pointant vers le haut ». Elle est pas belle, la vie ?

Y en a qui pourraient trouver ça injuste, et moi aussi, avant que l’Ancien m’explique la vie, chez O’Driss, je trouvais ça injuste. Enfin illogique disons. Mais maintenant que l’Ancien m’a expliqué comment ça marche, je sais à quoi m’en tenir. Si j’étais pas là, en costume vert pomme, pour appuyer sur « flèche pointant vers le bas » / « flèche pointant vers le haut », quand l’Ancien me fait signe, eh ben vous savez quoi ? Ouais, parfaitement, le système s’arrêterait de tourner, aussi sûr que si les mecs payés au SMIC arrêtaient de porter les caisses de vingt kilos !

Ça peut sembler bizarre, mais c’est comme ça : faut bien qu’il y ait un petit jeune payé deux fois et demi le SMIC pour appuyer sur « flèche pointant vers le bas » / « flèche pointant vers le haut ». Et vous savez pourquoi ? Parce que si y avait pas de petit jeune comme moi, au bout de la table, payé deux SMIC et demi, comment on expliquerait que tous les autres, ceux qui ne sont pas assis au bout de la table, ils gagnent entre quatre et trente fois le SMIC ?

La pyramide a forcément besoin d’avoir une base, vous comprenez ? Eh ben voilà pourquoi je suis là, en costume vert pomme, au bout de la table, à appuyer sur « flèche pointant vers le bas » / « flèche pointant vers le haut » quand l’Ancien me fait signe : je fais la base de la pyramide. La boîte peut se payer un mec en costume vert pomme à deux SMIC et demi rien que pour appuyer sur « flèche pointant vers le bas » / « flèche pointant vers le haut », donc elle peut bien se payer un directeur général adjoint à trente SMIC le mois, pas vrai ? Et bien content encore, que je suis, vu qu’appuyer « flèche pointant vers le bas » / « flèche pointant vers le haut », toute la matinée, c’est bien moins fatiguant que de se coltiner des caisses de vingt kilos pour un SMIC. Qu’on ne compte pas sur moi pour cracher dans la soupe ! La misère des braves gens, c’est poétique dans les livres. Dans la vie, vaut mieux être un enculé riche qu’un brave mec pauvre – voilà ce que je dis, et j’assume.

Des caisses de vingt kilos, j’en ai portées jadis. Avant d’être diplômés d’une école de commerce, certifiés bons petits connards bien programmés, fallait qu’on fasse un « stage ouvrier », nous autres, les futurs gardes-chiourme. A l’époque, je comprenais pas trop à quoi ça correspondait, cette niaiserie. On devait passer quelques semaines dans une usine, ou dans un entrepôt, à faire tourner une machine à la con, à porter des caisses, ce genre de choses. On nous disait que c’était pour qu’on comprenne ce que c’était que de bosser dur, avec les mains qu’on a qu’une paire, genre gros discours socialo démago vous devez comprendre l’équivalent travail.

Moi, je me doutais que c’était une arnaque. Si le système voulait qu’on comprenne la réalité, il ne passerait pas son temps à nous bourrer le crâne, le système. Même un petit connard encore en école de commerce peut comprendre ça. Mais je voyais pas trop où ça nous menait, alors je me disais : après tout, c’est peut-être la vérité, peut-être qu’ils veulent qu’on comprenne des choses ?

Et puis, là, maintenant, au bas bout de la table, le doigt sur les touches « flèche pointant vers le bas » / « flèche pointant vers le haut », je comprends à quoi servait cette connerie de stage ouvrier. Fallait qu’on prenne peur, fallait qu’on sache ce que c’est, de porter des caisses de vingt kilos, fallait qu’on comprenne la chance qu’on aurait d’être en costume vert pomme au bout de la table, le doigt sur les touches « flèche pointant vers le bas » / « flèche pointant vers le haut ». Fallait qu’on pige bien que c’est déjà beau, d’avoir le droit d’être assis au bout de la table. Fallait qu’on apprenne à fermer notre gueule en faisant « flèche pointant vers le bas » / « flèche pointant vers le haut ». Y a pas, le conditionnement est bien fait, j’ai rien à dire, les écoles de commerce, c’est quand même du sérieux comme formation.

L’Ancien me fait signe et j’appuie sur « flèche pointant vers le bas ».


*


Mission de reconnaissance

Aujourd’hui, c'est-à-dire deux jours plus tard, on m’envoie en reconnaissance.

L’Ancien m’a prévenu. Il m’a tout expliqué. Mission stratégique. Ne pas foirer.

« Dans une organisation bureaucratique, l’ennemi, ce n’est pas la concurrence. La concurrence sert à faire semblant d’avoir des ennemis communs, c’est tout. C’est du pipeau. Ça permet juste aux patrons de s’imaginer qu’ils ont fait du team building et qu’ils sont de grands leaders charismatiques. Tu comprends, dans une organisation bureaucratique, les neuf dixièmes du temps, les bureaucrates se savonnent la planche mutuellement. Sinon, tu penses bien qu’on n’aurait pas besoin d’être si nombreux pour ne servir à rien. Donc il faut des concurrents pour que les chefs aient l’impression qu’on travaille à autre chose qu’à se saboter mutuellement. Pigé ? »

J’ai hoché la tête en signe d’assentiment. Logique imparable. Si on paye cent types à ne rien faire, ils vont se disputer pour savoir lequel a le droit de faire semblant de bosser. Rien à redire, c’est dans la nature des choses.

« Je veux que tu ailles à la réunion organisé par la Pichon. Cette nénette, c’est ton ennemie intime. Tu dois tuer tout sentiment de pitié à son égard. Tu dois être prêt à kidnapper ses enfants pour la faire craquer. C’est un être vil et méprisable. Un chien. Une larve. »

J’ai fait : « A ce point-là ? »

L’Ancien m’a regardé avec commisération.

« Comment tu veux survivre au royaume des enculés si tu ne travailles pas ta capacité de haine, mon petit ? Tous autant qu’on est, on ne sert à rien. Donc on n’a aucun moyen de grimper dans la hiérarchie en bossant, puisque de toute façon, si on bosse, ça ne servira à rien. Le seul moyen de grimper dans la hiérarchie, c’est que les patrons sentent que t’as le manche pour baiser les autres. »

J’ai compris que l’Ancien était fâché. Je l’avais déçu, à poser ma question idiote. Il m’avait flairé petite quéquette, sur ce coup-là. Ma cote baissait. Valait mieux me taire, l’écouter, bien noter qu’il voie que j’enregistrais.

« L’objectif c’est de faire durer le bordel vu que tout le monde en profite, donc l’important, c’est pas de faire déboucher les dossiers. A la limite, c’est même mal vu, parce qu’une fois que t’as fait déboucher un dossier, faut que les patrons se décarcassent à t’en inventer un autre à traiter, pour justifier ton existence, donc l’existence de ton chef et celle du chef de ton chef. Tu peux comprendre ça, bleusaille ? »

J’ai fait oui. Il s’est radouci, l’Ancien, bonne pâte au fond.

« Je veux que tu ailles à son comité de projet à la noix, à la Pichon. C’est un projet qui ressemble un peu au nôtre. En fait, c’est un projet qui ressemble même beaucoup au nôtre. En fait, c’est même carrément notre projet. En fait, on est deux directions à avoir le même projet. Donc y en a forcément parmi nous qui vont faire charrette à la prochaine réorg, tu piges ? »

J’ai fait oui, c’est très clair, je pige.

« Bon, alors tu y vas, chez Pichon, et tu joues le jeu. Tu peux dire tout ce que tu sais. C’est pas grave. De toute façon, t’es dans la boîte depuis trois semaines, tu comprends rien à rien. Donc t’es parfait pour briefer nos concurrents. »

J’ai souri. Okay, ça, c’était dans mes cordes.

« Tu ouvres les yeux et tu regardes qui il y a dans son équipe, à la Pichon. Les truffes, tu t’en fous. Mais si tu vois un mec qui a l’air d’assurer techniquement, tu me préviens. »

J’ai hoché la tête. C’était clair, l’Ancien voulait voir venir le danger. Et j’étais chargé de faire l’espion.

Donc, aujourd’hui, je me retrouve dans la réunion de Pichon.

Une réunion de faux techniciens.

Même moi, la bleusaille, je m’en rends compte au bout de cinq minutes.

La salle, c’est un carré de cinq mètre sur cinq. Dans le carré de cinq sur cinq, y a des tables formées en carré de quatre mètres sur quatre. Sur le mur blanc, y a une nénette qui fait « flèche pointant vers le bas / flèche pointant vers le haut » pour projeter des « slides » que commente Pichon.

Autour de la table, il y a :

Un quadragénaire bronzé à chevelure de cadre américain. Il est informaticien, ou quelque chose de cet ordre. Il parle beaucoup, en employant plein de termes techniques. Personne ne comprend rien à ce qu’il dit. Assez vite, ce con devient l’oracle de la réunion. Il parle d’un air si convaincu que les autres décident qu’il doit savoir ce qu’il dit.

A côté, une grognasse du marketing. C’est une moche. On m’a prévenu, à ce sujet : les canons, les commerciaux les gardent pour eux. Quand une grognasse du marketing débarque à la technique, c’est toujours une moche. Elle porte un tailleur vert pomme, un chemisier blanc et un pantalon noir. Elle a des boucles d’oreilles énormes, orange, qui tintent quand elle tourne la tête. Elle passe son temps à approuver le mec à chevelure américaine assis à côté d’elle. J’en déduis que ce mec doit être un chef ou quelque chose de cet ordre, car les grognasses, c’est notoire, ont le respect de la hiérarchie.

A côté, il y a la nénette chargée du compte-rendu. Dans la salle, c’est la seule qui bosse vraiment, puisque tous les autres, autant qu’on est, on n’a aucune obligation de résultat, aujourd’hui. On est juste là pour parler et se donner l’air de comprendre ce qu’on dit.

A côté, y a deux jeunes nénettes qui encadrent la mère Pichon. Les deux nénettes se ressemblent. Elles sont habillées genre ensemble tailleur falzar – comme leur patronne, exactement. Ce sont les sous-chefs du service de Pichon. Sa garde rapprochée. La phalange, le bataillon sacré version businesswomen.

Enfin, ce que j’en dis, j’en sais rien…

Après, y a deux ou trois clampins comme moi, des mecs qui n’y entravent que pouic et que leurs chefs ont envoyés là pour qu’on puisse pas dire qu’ils avaient envoyé personne.

Après, y une gonzesse qui a l’air de s’ennuyer ferme, et qui le montre. Tout de suite, c’est louche. Il y a anguille sous roche. Elle porte un ensemble tailleur pantalon noir, et des boucles d’oreille diamant. Elle regarde ses ongles et le plafond, alternativement.

Après, y a un quadragénaire à chevelure poivre et sel, mais pas coiffé à l’américaine. Lui aussi, c’est un technicien, mais quand il parle, on le comprend. Il parle beaucoup moins que son vis-à-vis, le mec à chevelure américaine. Je me dis : celui-là, il a l’air de savoir de quoi il parle. La preuve : on pige ce qu’il dit, donc il veut qu’on pige.

Je mets une croix à côté de son nom. C’est lui, le mec compétent que je vais signaler à l’Ancien.

A la fin de la réunion, on passe au lotissement des tâches. L’essentiel du boulot tombe sur la tronche du mec à chevelure poivre et sel. Pendant ce temps-là, l’autre technicien, le mec à crinière américaine, taille le bout de gras avec la rombière à boucles d’oreille orange. Ces deux-là, ils vont finir par coucher ensemble, vous verrez. Quoique non, la gonzesse est vraiment moche. Le mec à chevelure américaine, il doit juste la brancher pour le fun, ou bien pour qu’elle lui présente ses collègues du service commercial, les jeunes de préférence.

Et là, il se passe un truc important.

Après avoir fait la liste des lots de travail, le mec à chevelure poivre et sel se tourne vers la gonzesse qui avait l’air de s’emmerder. Il lui demande si ça va. Elle répond : « pour la date prévue, là, non, c’est pas possible… »

Le mec demande quelle date. Elle réfléchit, demande un report de deux semaines. Le mec se tourne vers la Pichon, qui dit : « D’accord. On n’aura pas de report de comité, mais on passera au comité suivant. »

Alors je pige que le mec à chevelure poivre et sel, c’est pas lui le type compétent que je dois signaler à l’Ancien. Lui, c’est juste un chef qui a été bien briefé. En fait, mon jackpot, c’est la gonzesse, celle en noir, qui lui sert de sherpa. C’est elle qui détient la vraie compétence.

Je raye la croix devant le nom de poivre et sel et je coche le nom de la gonzesse : Nadine Leperron.


Partager ce contenu