Publication de Le moteur de l'Histoire

Publié le : 30/06/2007 00:00:00
Catégories : Actualités des éditions Le Retour aux Sources , Sorties

Le_moteur_de_l_H_4a907daacabbcPublication de De la souveraineté, de Jef Carnac.

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La quatrième de couverture :

L’évangile selon Bruce Lee. Le sexe vu par Origène. La fin de l’homme racontée par un bidasse. Un webzine anarchisant consacré à la Sainte Vierge. La hiérarchie des anges et les affres du divorce. Lilith femme d’affaires. L’Antéchrist vu par les robots. Le Coran commenté par un ordinateur.

Vous comprendrez peut-être.

Ou peut-être pas.

Mais en tout cas, vous n’aviez jamais lu ça.

Et pour ceux qui veulent se faire une idée...

Les premières pages !


Le Moteur de l’Histoire

Méditation fictionnelle sur la mutation de l’homme occidental dans la postmodernité marchande

Vous m’avez demandé, chers camarades, un rapport sur le personnage que notre témoin a identifié comme « le sujet ».

Je dois tout d’abord vous avertir que j’ai éprouvé beaucoup de difficultés à élaborer ce rapport. Les éléments disponibles sont nombreux, mais ils sont disparates, et parfois d’une authenticité douteuse.

Nous disposons tout d’abord des déclarations du témoin. Il n’y a aucune raison de penser qu’elles sont insincères. En revanche, on ne peut pas exclure qu’avec le temps, certains souvenirs soient devenus flous.

Nous possédons également un certain nombre d’enregistrements effectués par le témoin, lors de ses conversations avec « le sujet ». Ces enregistrements sont clairs, il n’y a aucun doute quant à leur authenticité. Malheureusement, ils sont peu nombreux et portent souvent sur des thèmes sans rapport avec notre enquête.

Nous disposons aussi d’un texte hautement significatif écrit par le sujet – en partie du moins. Il s’agit d’un « dictionnaire théologique révisé », ouvrage collectif publié en l’an 2034 de l’ère chrétienne. Nous ignorons qui sont les autres rédacteurs de ce texte. Tout ce que nous savons, c’est que « le sujet », à la fin de sa vie, était très préoccupé de religion, et qu’il collabora très activement à la rédaction de ce dictionnaire.

Enfin, nous avons réuni des éléments divers – notes de service, correspondances commerciales, dossiers techniques, mais aussi des correspondances privées. Nous avons choisi de n’utiliser ces éléments que lorsqu’ils apportent un éclairage original sur « le sujet ».

J’ai réuni l’ensemble de ces pièces dans le présent dossier, après les avoir classées approximativement par ordre chronologique. J’espère que leur examen vous permettra, mes chers camarades, de mieux cerner la psychologie du « sujet ».

*

Dictionnaire théologique révisé, ouvrage collectif

EXTRAIT

LE CHRIST DANS L’HISTOIRE

La culture gréco-romaine admettait le conflit comme le père de l’Etre. Par la guerre, par l’affrontement et donc par la violence, au besoin par le sacrifice de la victime innocente, l’être s’unissait au cosmos. Il ne serait pas venu à l’esprit d’Achille qu’il pût être immoral de tuer. La tradition héroïque voyait dans le tueur un être en accord avec le cosmos, ni plus, ni moins. On vivait, on mourrait, voilà tout.

Telle était la morale antique, quand Dieu était force et mouvant comme la mer.

La culture hébraïque n’était pas très éloignée de cette conception. A un détail près, cependant : chez les Hébreux, le conflit s’arrêtait aux portes de l’Etre. Leur monde était infiniment divers, certes, mais leur Dieu était Un. On ne pouvait l’imaginer en conflit avec lui-même. C’était un buisson enflammé qui jamais ne se consumerait. En son nom indicible, on combattait sans crainte. L’ordre du monde était la prolifération, émanation chaotique depuis l’arbre de vie. Cependant, Israël traverserait ce chaos, la mémoire de son unité serait conservée. Dieu était vie, il était nourricier comme la terre.

A l’époque du Christ, il advint que la mer submergeât la terre. Israël était désormais un peuple dominé. Pour les judéens désorientés, le Dieu de force avait tué le Dieu de vie. Alors Dieu devint mort. Les Judéens n’avaient plus d’histoire à raconter. Ils étaient les enfants des femmes. Survint donc un homme sans père. Du Néant qui avait fécondé sa mère, il tira un Etre renouvelé. Dieu se fit amour et s’enfuit au ciel.

Puis, pendant deux mille ans, Satan tomba comme l'éclair.

*

Conversation entre le témoin et le sujet.

Date d’enregistrement : non mémorisée.

TEMOIN : Parlez-moi de vous. Dites-moi comment un être humain devient ce que vous êtes devenu.

SUJET : Vaste question. Je ne sais par où commencer.

TEMOIN : Commencez par le commencement.

SUJET : Le commencement, c’est mon enfance. Un être humain, vous savez, c’est d’abord un être qui s’est trouvé à une certaine place dans l’humanité. On est issu d’un certain milieu, on est né à une certaine époque, et tout part de là. Si je n’avais pas été issu de mon milieu, si je n’étais pas né à mon époque, je n’aurais pas été l’homme que je suis.

TEMOIN : Oui, je vois ce que vous voulez dire.

SUJET : Ah oui ? Permettez-moi d’en douter. Vous n’êtes pas un homme né en France, juste après mai 68. C’est une expérience bien particulière, bien précise, que quelqu’un comme vous ne peut pas du tout comprendre.

TEMOIN : Expliquez-moi en quoi c’est une expérience si originale.

SUJET : Il faut d’abord que je vous dépeigne le contexte, je crois. Je suis issu de la toute petite bourgeoisie. Une famille de fonctionnaires, d’employés de banque. C’est un monde très étriqué, très médiocre. Des vies sans risque, donc sans rêve. Des gens pris en charge par l’Etat, par le système. Et cela du berceau au cercueil. Voyage au bout de l’ennui.

TEMOIN : Vous auriez vécu plus heureux, si vous aviez grandi dans un environnement moins protecteur ? C’est paradoxal, non ?

SUJET : Peut-être. Comment savoir ? En tout cas, ce qui est certain, c’est que dans cet univers médiocre, je n’ai pas trouvé de figure paternelle forte. Je dirais que si vous voulez comprendre l’homme que je suis, c’est la première chose dont il faut se souvenir. Je n’ai pas eu de père.

TEMOIN : Comment cela ?

SUJET : Eh bien, c’est très simple. Enfant, j’ai très vite compris que mes parents vivaient des vies sans risque. Mes parents fuyaient l’aventure, si vous voulez.

TEMOIN : Et cela vous a privé de votre père ?

SUJET : Un père qui ne prend pas de risque, c’est un élément passif dans le décor de votre vie. C’est un train qui roule sur des rails, rien d’autre. Si vous n’avez rien à raconter sur votre père, c’est comme s’il n’existait pas. Qu’est-ce que c’est, un père ? C’est une histoire à se raconter quand maman n’est pas là.

TEMOIN : J’ai lu récemment que le Père et le Verbe sont les plus beaux noms de Dieu.

SUJET : Oui, bien sûr, je vois ce que vous voulez dire. Il est clair que cet effacement du père, n’est-ce pas… C’est un facteur explicatif.

TEMOIN : Et votre mère ?

SUJET : Une mère, c’est différent. Le lien avec la mère est charnel chez les êtres humains, vous comprenez ? Vous êtes littéralement sorti de la chair de votre mère. Vous avez été à l’intérieur de son ventre. Quand vous la regardez, vous savez que son sang a coulé dans vos veines, et cela lui donne une évidence que le père n’a pas. Elle existe avec toute l’évidence de la chair, la mère.

TEMOIN : Oui, je crois que je comprends.

SUJET : Le père, par opposition, ne peut exister que dans l’esprit. Donc, s’il n’existe pas dans l’esprit, il n’existe pas du tout. C’est bien pour cette raison qu’il faut qu’il ait une histoire à raconter, voyez-vous ?

TEMOIN : Donc, en somme, vous avez grandi sans père ?

SUJET : Oui, on peut dire ça comme ça.

TEMOIN : Et quelles conséquences, concrètement ?

SUJET : Ma foi, il est clair que ma formation a été contrariée. En tant qu’être humain, je veux dire. Il est clair qu’un enfant qui doit grandir sans référent masculin a des difficultés à mûrir. Surtout quand il s’agit d’un petit garçon.

TEMOIN : Pourriez-vous préciser ? Ce n’est pas forcément clair pour tout le monde.

SUJET : Ah oui, bien sûr. En fait, si vous voulez, grandir sans père, pour un petit garçon, c’est comme ne pas grandir vraiment. Toute puissance maternelle : voilà le problème. D’où un rapport fusionnel à cette mère toute puissante.

TEMOIN : Vous n’aviez qu’un seul référent, donc ce référent vous a étouffé ?

SUJET : Oui, si vous voulez. Enfin, c’est plus compliqué.

TEMOIN : Expliquez-moi.

SUJET : Eh bien, à mon avis, un homme, au sens de « tu seras un homme, mon fils », si vous voulez… un homme, c’est d’abord un être qui veut écrire une histoire qu’il racontera plus tard à son fils. Alors forcément, un homme comme ça, c’est aussi quelqu’un qui a reçu une histoire de son père. Une histoire, voilà ce qui permet d’établir une filiation dans l’esprit. Sachant qu’il est inscrit dans une filiation, cet homme, donc, grandit vers son fils. Il écrit sa propre histoire, pour qu’un jour son fils la lise, parce qu’il a lui-même reçu une histoire en héritage. C’est une transmission de témoin, du père au fils et du fils au petit-fils.

TEMOIN : Et vous, vous n’aviez pas de témoin à transmettre.

SUJET : Tout à fait. J’étais condamné à rester toute ma vie un petit garçon, un petit garçon enfermé dans une relation fusionnelle symbolique avec sa mère-monde toute puissante. Un homme sans histoire à écrire, donc sans vie à vivre.

TEMOIN : C’est ce qui explique vos difficultés relationnelles avec les femmes ?

SUJET : Oui, c’est certainement l’explication. Les femmes ne comprennent pas comment leur soi-disant libération a modifié la psyché masculine. Elles n’ont pas du tout mesuré les conséquences de l’effacement du père, qu’elles ont souvent orchestré. Vous comprenez, une femme vit pour faire des enfants. Pour elle, c’est une finalité. Mais cette conception des choses ne signifie rien pour un homme. Pour nous, la chair n’est qu’un point de départ. Si nous ne pouvons pas nous élancer au-delà de ce point de départ, alors à quoi bon ?

Pendant toute mon enfance, et pendant la plus grande partie de ma vie adulte aussi, je suis resté prisonnier d’une sorte de poche protectrice, tendue par une mère symbolique et omniprésente. Une poche protectrice qui m’entourait, partout où j’allais, qui s’interposait comme une membrane imaginaire entre le monde et moi. Tant que je suis resté purement humain, j’ai été prisonnier de cet utérus imaginaire. Voilà, c’était ça, le problème. Pour devenir un homme, il fallait paradoxalement que je cesse d’être humain.

TEMOIN : Et pourtant, vous vous êtes élancé vers l’avenir ! Vous ne pouvez pas dire le contraire.

SUJET : Oui, mais beaucoup plus tard, et selon des modalités qui, vous l’admettrez, n’ont rien de banal.

TEMOIN : Evidemment. C’est  le moins qu’on puisse dire.

*

RAPPORT D’EXPERTISE

Auteur : docteur Eric Balligand, spécialiste des troubles du comportement chez l’enfant

Destinataire : médecine scolaire

Date : 1982

A la demande du conseil d’établissement, j’ai procédé à l’examen de l’élève X [anonymat archives], suite à l’incident survenu le 3 mars dernier au sein du collège Françoise Dolto.

Rappel des faits : à l’issue d’une altercation entre deux groupes de jeunes gens à la sortie des cours, l’élève X a sorti de son cartable une matraque artisanale, confectionnée à l’aide d’une poignée de pièces de petite monnaie glissée dans un sachet de cuir de forme oblongue. Il s’est servi de cette arme pour frapper violemment un de ses condisciple, le jeune Y [anonymat archives].

J’ai demandé au jeune X comment il expliquait son geste. Sa réponse mérite d’être citée en toutes lettres :

« Avant, quand j’étais petit, les autres se moquaient de moi parce que je suis un fils à sa maman. Depuis le divorce, mon père n’est jamais à la maison, et comme je l’ai dit, ils se moquaient de moi. Ces dernières années, j’ai été souvent maltraité dans la cour. Alors j’ai appris à me défendre. »

Je lui ai demandé s’il portait sa matraque sur lui depuis longtemps. Il a pris le temps de réfléchir avant de me répondre, mais je crois qu’il s’est montré sincère.

« J’ai dû la fabriquer après avoir cassé la gueule à Z [anonymat archives]. »

Je lui ai demandé des précisions sur l’incident en question.

« Ça faisait un bout de temps que Z me cherchait. Il m’attendait à la sortie du collège pour essayer de me racketter, il me bousculait dans les couloirs, il se moquait de moi devant les autres. Un jour, sur le terrain de sport, il a voulu me frapper, et je lui ai répondu. C’était la première fois que je répondais à un grand quand il me frappait. Je lui ai éclaté le nez. Eh bien, ensuite, il m’a toujours montré du respect. »

« Donc, tu en as déduit que tu devais rendre les coups pour te faire respecter, et tu as fabriqué ta matraque ? C’est bien ça ? »

Il m’a confirmé que cela avait effectivement été sa démarche.

La suite de l’entretien a surtout porté sur la vie de famille chez X. Je conclus à un syndrome classique chez les enfants de divorcés : mère exagérément protectrice.

J’ai par la suite interrogé Z, concernant la bagarre qui l’avait opposé à X. Deux faits m’ont frappé : d’une part, alors que X a été très impressionné par cette affaire, Z n’y a semble-t-il attaché que très peu d’importance ; d’autre part Z, de toute évidence, considère qu’il a en quelque sorte aidé X en l’obligeant à se défendre. « C’est, » m’a-t-il dit, « un gars qui a besoin de se muscler. »

Concernant X :

Ce garçon surprotégé par sa mère a de toute évidence développé une hypersensibilité maladive, d’où une vulnérabilité excessive. Après avoir longtemps compensé cette fragilité par un tempérament exagérément introverti, il a récemment évolué vers une agressivité froide, dont la fonction est de surcompenser sa vulnérabilité et son émotivité. Ce type d’agressivité est nettement plus dangereux que l’agressivité classique.

C’est pourquoi je recommande un suivi psychologique régulier pour X, au moins jusqu’à la fin de sa scolarité au collège Françoise Dolto.

*

RELEVE DE DECISION

Conseil d’établissement, collège Françoise Dolto

Destinataire : docteur Eric Balligand, spécialiste des troubles du comportement chez l’enfant

Date : 1982

Suite à votre rapport concernant l’élève X [anonymat archives], nous vous informons qu’après entretien avec la famille, il a été décidé de ne pas procéder au suivi psychologique régulier de l’élève X.

Vous serez cependant alerté en cas de nouvel incident.

*

Dictionnaire théologique révisé, ouvrage collectif

EXTRAIT

ORIGENE

Origène vécut au début du troisième siècle de notre ère. Théologien de grand renom, il présente la particularité d'avoir constamment flirté avec l'hérésie sans jamais y succomber. C'était un aventurier de la Parole et un provocateur discret, mais aussi, sans doute, un de ces rares élus qui peuvent côtoyer le Démon pour lui faire dire ses secrets, et cependant échapper à sa séduction. Malheureusement, ses disciples n'eurent pas toujours son habileté, d'où sa réputation sulfureuse.

Signalons encore qu'Origène, toute sa vie, fréquenta beaucoup les femmes, alors dans l'ensemble plus chrétiennes que les hommes. Il s'était castré pour éviter le désir impur.

Origène propose une interprétation très allégorique de l'Ecriture. Cette interprétation allégorique repose sur l'idée que les erreurs, contradictions et approximations nombreuses qui émaillent les textes révélés sont autant de pistes ouvertes à notre réflexion. Ce raisonnement classique est, dans le cas d'Origène, poussé à ses conclusions les plus radicales. Puisque, par définition, l'Ecriture, oeuvre de Dieu, ne peut pas être imparfaite, les erreurs et contradictions qui s'y sont glissées sont en effet réputées volontaires. Or, la volonté de Dieu ne pouvant pas être mauvaise, il faut donc que ces erreurs et approximations soient nécessaires, inscrites dans la nature dialectique de l'Etre lui-même.

Pour expliquer cette nature dialectique, Origène n’hésite pas à entretenir une certaine ambiguïté concernant les trois personnes de la Trinité. Tout en reconnaissant qu'elles sont nécessairement indivisibles par essence et dans leur action, puisque d’une part aucune ne peut être confinée dans un corps, et d’autre part aucune ne peut rester dans l'ignorance des autres, il établit cependant une manière de subordination entre elles.

Cette subordination latente entre les personnes de la Trinité recoupe une perception de la Création qui pose en termes assez délicats la question de son unicité. Origène remarque en effet que le Créateur est l’Eternel, alors que la Création est quant à elle inscrite dans le temps. Il admet donc l'existence d'une infinité de Créations – la nôtre n'étant qu’une de ces Créations, parmi cette infinité.

L'un des plus grands attraits de cette théologie à la forte odeur de souffre, c’est qu'elle fournit une réponse rationnelle à la question du Mal. Le Créateur est unique, alors qu'il y a une infinité de Création : dès lors, l'esprit qui reflète le Créateur dans la Création est effectivement l'Ange le plus beau, et nous comprenons sa nécessité. Cet ange, Prince de ce monde, est en tout point fait à l'image de Dieu. Et cependant, il n'est pas Dieu, parce qu'il procède de la Création, au lieu qu'elle procède de lui.

La théologie d'Origène posa problème à l'orthodoxie. En effet, s'il existe une infinité de Création, il faut admettre qu'il existera aussi une infinité d'incarnations du Fils. Le Fils incarné, que les chrétiens adorent, peut dés lors se voir reconnaître un pouvoir de rédemption partielle, par opposition au pouvoir du Père Créateur qui, lui, une fois accomplie l'infinité des Créations, parviendra à une rédemption complète de tous les êtres, réunis en l'Etre lui-même.

Dans l’absolu, la tradition peut certes s’accommoder de cette vision, puisqu’elle enseigne que le Fils est éternellement engendré par le Père. Cependant, c’est là une théorie trop subtile et perturbante pour le croyant ordinaire. Elle sous-entend en effet que son âme, s'il échoue à mériter la vision béatifique, pourrait revenir de l'enfer, une fois fondue dans ce creuset, et se voir « reversée » dans une nouvelle Création, où le Fils à nouveau lui serait offert pour son Salut. En outre, cette conception affaiblit la croyance réconfortante en la résurrection des corps.

En résumé, cette haute théologie superbe interdit la compréhension simple que les humbles se font ordinairement du Salut. Mal comprise, elle peut même laisser croire que les mérites ne sont pas toujours récompensés, et que les fautes peuvent ne pas être châtiées. La vision d’Origène heurte la conception catholique du Salut. Elle préfigure une compréhension du plan divin qui sera, beaucoup plus tard, celle de certains protestants.

C'est pourquoi l'Eglise, qui avait un monde à diriger et des peuples à civiliser, décida sagement de mettre Origène en quarantaine...

 

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