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Publication de Troll n'roll

Publié le : 23/05/2007 00:00:00
Catégories : Actualités des éditions Le Retour aux Sources , Auteurs , Michel Drac , Sorties

Troll_n_roll_4a91aa03e6c85Publication de Troll n'roll, de Michel Drac.

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La quatrième de couverture :

« Subversiv.com arriva pour tout dire à point nommé, comme un mur sur lequel m’écraser. C’était le printemps 2004... »  De la campagne référendaire du printemps aux émeutes de novembre 2005, une petite année d’actualité couverte par Michel Drac pour le site subversiv.com.

11 chroniques : L’architecture du rejet - L’agenda du Pape ? - Où est passé l’argent ? - Jihad performance art - A propos du Diable - Théorie de l’indécision - Herméneutique de la pornographie - Fin de partie à Paris - Kali Yuga - Les moutons - Où va la France ?

Et pour ceux qui veulent se faire une idée...

Les premières pages !


Introduction

Je ne me crois pas capable de construire un discours vrai. Il y a en moi trop d’ombres que je n’ose dissiper. Alors je ne cherche pas vraiment à construire. De toute façon, de la part d’un bourgeois, toute synthèse est mensongère – les bourgeois ne peuvent pas supporter la nécessité, il est dans leur nature de privilégier le superflu. Quant à moi, j’ai carrément pris le parti de ne jamais rien organiser, c’est plus simple comme ça.

Cependant, paradoxe : pour susciter le chaos salvateur, il faut malgré tout que je tente de construire. Il faut que j’essaie, pour avoir échoué.

Alors je me fixe des objectifs inatteignables, puis j’écris jusqu’à ce que ma plume fasse exploser les cadres dans lesquelles j’espérais la contenir. L’idée, c’est d’échouer à construire un discours vrai pour déconstruire un discours faux tenu pour vrai. Ainsi se révèle la part de vérité allouée aux menteurs : du mensonge au mensonge. Pour survivre, les types dans mon genre doivent avant tout rater leur suicide.

Avec ce genre d’idées dans la caboche, je ne pouvais qu’être tenté par l’expérience subversienne. Subversiv.com arriva pour tout dire à point nommé, comme un mur sur lequel m’écraser.

C’était le printemps 2004. Quelques mois plus tôt, la très pitoyable médiasphère française bruissait de rumeurs perfides au sujet d’un écrivain dont je n’avais jamais rien lu, un certain Maurice G. Dantec. L’homme s’était en effet rendu coupable d’une insupportable atteinte au bon goût républicain : un courriel envoyé au « Bloc Identitaire », groupuscule relativement folklorique classé à l’extrême droite. Bien sûr, dans un pays normal, ce courriel n’aurait intéressé personne. Mais la France n’est plus un pays normal, et voici qu’un grand quotidien du soir s’en mêlait… J’avoue que sur le coup, j’en ai ri. Pensez donc ! Un courriel de bons vœux, et une pleine page dans le quotidien dit « de référence »… Joli coup de pub !

Cependant, le nom de Dantec me disait quelque chose. Quelques temps plus tôt, cet homme-là avait déjà été cité au tribunal de la bien pensance – par un certain Daniel Lindenberg, crus-je me souvenir… J’essayais de me remémorer cette affaire… voyons, Lindenberg… une sorte de flic de la pensée, un de ces soixante-huitards exténués qui font tant honte à la France…

Tout de même, Lindenberg, L’Immonde, L’Aberration, le Ringard Inquisiteur… pour avoir tant d’ennemis, et des ennemis qu’il est si flatteur d’avoir, il fallait bien que ce Dantec dise quelques vérités gênantes. Même dans la France de Chirac, on n’organise pas une chasse à l’homme pour un malheureux courriel…

J’entrepris de lire les bouquins du réprouvé.

Je pensais tomber sur une propagande américanolâtre sans intérêt, et parfois, on s’en approchait dangereusement. Mais il y avait aussi de bonnes surprises. Le propos était excessif et j’étais en désaccord complet sur certains points – le refus de distinguer entre Serbie et Yougoslavie, l’homogénéité supposée du fait islamique, le « sionisme chrétien »… Et cependant, c’était intéressant. On devinait un texte sous le texte, et si le texte du dessus était talentueux, ce qui somme toute est à la portée de n’importe quel scribouillard ayant beaucoup lu, le texte du dessous était fécond – et ça, c’est plus rare. Même quand j’étais en désaccord avec l’auteur, son propos me stimulait.

Par curiosité, un soir, je tapai « Dantec » sur Google, et je cliquai sur le premier site venu : subversiv.com.

*

Subversiv.com était à l’époque, je crois, un des sites les plus étranges de l’Internet francophone. Pour tout dire, c’était une plaisanterie qui avait mal tourné.

C’était le genre de site où la perturbation du débat, ce que le folklore Internet appelle le « trollage », a été élevée au rang de principe génératif. Symptomatique : ce site en partie consacré à Maurice G. Dantec était manifestement honni par ce dernier, et pour des raisons qui s’expliquaient d’ailleurs très bien. En fait, ce que nous avions là, c’était une incroyable somme de malentendus…

Je fus intrigué. Des libéraux libertaires côtoyaient des conservateurs islamophiles, tandis que des croisés de l’Occident chrétien discutaient plus ou moins paisiblement avec des juifs de gauche partisans de l’apaisement. Tous ces gens-là se sabotaient mutuellement en permanence, si bien que personne n’édifiait jamais rien de solide. On discernait bien un vague fil conducteur dans l’intérêt porté d’une part aux Etats-Unis, d’autre part à Israël, mais même cela n’était pas toujours très clair – d’ailleurs, quel Israël, et quels Etats-Unis ? Au vrai, il n’y avait aucune ligne éditoriale... Ajoutez à cela un forum tout à fait atypique, à l’époque sans aucun enregistrement et sans modération a priori, ce qui faisait que selon la qualité des intervenants, l’esprit du lieu oscillait entre le débat ensauvagé, parfois très intéressant, et le déballage ordurier – ludique dans les bons moments, mais trop souvent insupportable de vulgarité satisfaite.

Malgré ses abords peu engageants, ce bouge cybernétique avait quelque chose de stimulant – ne serait-ce que parce que derrière la déconstruction ludique, on discernait la possibilité d’un espace de liberté intégrale. Alors, prenant mon courage à deux mains, je plongeai dans le forum, un peu comme on s’inscrit à un stage de survie. C’était une plaisanterie, on s’en doute.

Or, contre toute attente, cette plaisanterie eut des prolongements. Mon style déjanté finit par attirer l’attention des habitués du lieu. Ainsi, de fil en aiguille, j’en vins à discuter avec le « bureau » du site. Puis nous nous rencontrâmes, et on me proposa d’écrire pour subversiv.com.

C’était une proposition étonnante. Les fondateurs du site ne m’avaient pas caché leur sympathie pour les idées libérales et libertaires, je me doutais donc qu’ils servaient un idéal très éloigné du mien. Ils me parlaient nécessité du mondialisme et du libéralisme tous azimuts, je leur répondais identités et ordre nécessaire. Ils me disaient leur aversion envers les valeurs patriotiques et l’islam politique, et en réponse, je leur confiais sans hésiter que si j’aime la France parce qu’elle est ma mère, pour autant je n’ai rien contre l’islam politique, aussi longtemps qu’il reste en terre d’Islam.

Cependant, nous parvenions à échanger. Un lecteur de Guillaume Faye, de Philippe Murray, d’Alain Soral, d’Alain Finkielkraut, devisant calmement avec les élèves d’André Glucksmann… La situation ne manquait pas de sel. D’où l’idée de me confier quelques chroniques sur subversiv.com : il s’agissait d’un crashtest. C’était l’occasion de voir jusqu’où des « néo-conservateurs » suivraient un « néo-révolutionnaire ».

Par curiosité, j’acceptai de jouer le jeu. Par les temps qui courent, il n’est pas si fréquent de trouver un espace de dialogue entre gens qui n’ont a priori aucun terrain d’entente.

*

Je ne suis pas un chroniqueur professionnel. Je n’ai pas la constance requise, et il s’en faut de beaucoup. Je savais donc dès le départ qu’au regard des règles du genre, mes chroniques seraient complètement ratées. Et d’ailleurs je m’en fichais, pour toutes les raisons exposées plus haut.

En un an, j’ai donné à subversiv.com plusieurs longues chroniques à publier. Pendant ce temps, je poursuivais ma réflexion. Nous échangions des courriels, parfois autour des chroniques. Plusieurs projets secondaires n’aboutirent pas, soit que je n’aie pas eu le temps de les mettre au propre, soit qu’ils n’aient pas trouvé leur place dans la maquette du site. Certains furent discutés de manière informelle. Le dialogue ne fut jamais refusé, mais il s’avéra parfois impossible, tant nos prédicats divergeaient.

Le tout se laisse lire, même si certains passages ont évidemment perdu de leur actualité. C’est pourquoi, au lancement du site scriptoblog.com, alors que nous cherchions quelques e-books à insérer dans une vitrine virtuelle bien vide, j’ai réuni ce petit dossier. Je n’ai presque pas retouché les chroniques publiées, sauf sur quelques points de forme – un paragraphe supprimé ici, un mot pour un autre là…

Au final, le style laisse souvent à désirer – après tout, c’était le travail d’un débutant. Cependant, je crois avoir assez bien réussi mon coup, en ce sens que j’ai totalement échoué à organiser quoique ce soit. Il n’y a aucune conclusion à tirer de mon fatras sans queue ni tête, mais c’est précisément pour cette raison que j’aime ces chroniques éparses. Par leurs lacunes, elles ouvrent des pistes de réflexion.

Paris, mars 2006

(*) Quant aux citations de la Bible, disons qu’elles sont là pour vous donner envie de la lire.

(**) En fin de plaquette, une chronologie de la période couverte par les chroniques subversiennes

 

 

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