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Publication des "Nouvelles incorrectes"

Publié le : 25/09/2008 11:37:25
Catégories : Actualités des éditions Le Retour aux Sources , Sorties

Nouvelles_incorr_4a919f5176223Publication des Nouvelles incorrectes, de Jef Carnac.


La quatrième de couverture :

Comment Hitler gagna la guerre grâce à l’association SOS-Germanophobie et à son badge Touche pas à mon Kumpel.

Comment les historiens chinois raconteront la chute de l’Occident dans un siècle.

Pourquoi Péguy ne peut pas être traduit en Globish, et pourquoi c’est plutôt une bonne nouvelle.

Pourquoi la pensée est impossible à qui s’exprime en Globish, et pourquoi la souffrance est bannie d’un monde qui ne pense plus.

Comment l’égalité totale est le destin d’une France qui n’en a pas.

Comment l’HauptAmt des Lehrplans für die  Deutsche Einigkeit (HALDE) reformate les individus insensibles aux beautés du métissage.

Comment les indigènes gaulois seront gazés par les nouveaux colons de l’ordre antiraciste.

Pourquoi, sur une planète lointaine, les persécutions anti-Nuitin permettent d’éviter les crises institutionnelles.

A quoi pensent les top-managers dans les dirigeables du futur ?

Comment les opposants à la chasse s’en sortent au Purgatoire.

Comment la Mairie de Paris rééduque les réfractaires à Paris-Plage.

Comment le devoir de parenté interdit le militantisme politique.

En quoi le féminisme est-il écologique ?

Et pour ceux qui veulent se faire une idée...

Les premières pages !


COMMENT HITLER GAGNA LA GUERRE

Par un matin ensoleillé de juin 1933, Ernst Röhm, SA-Führer en titre, quitta le quartier général de la SA pour se rendre à la chancellerie. Dans sa voiture se trouvait son principal conseiller du moment, le jeune et sémillant Friedrich. Röhm s’installa dans la voiture et, d’un geste aussi rapide que discret, il caressa le menton du jeune homme – ce qui fit sourire le chauffeur. Puis la voiture démarra, et le SA-Führer s’absorba dans la contemplation rassurante des rues paisibles de la capitale du Reich en cette fin de printemps.

Quelques minutes avant d’arriver à la chancellerie, il se tourna vers Friedrich et lui demanda, d’une voix sèche : « Bon, dis-moi ce que j’ai à savoir. »

Le jeune officier ouvrit la serviette de cuir fauve qu’il gardait posée sur ses genoux. Il en sortit un dossier à la couverture parme, et commença à le lire d’une voix ferme et posée : « Nous aurons devant nous, à côté du Führer, ce petit vicelard de Himmler et le boiteux de la propagande. Les représentants du patronat ne seront pas là, mais à mon avis, ils ont déjà briefé Himmler, et probablement le Führer aussi. Pour Goebbels, je ne peux pas être formel. Il joue un jeu très complexe, je n’arrive pas à prévoir dans quel camp il va basculer. »

Röhm grommela : « Rien de bien nouveau. Tu sais ce qu’ils veulent ? »

L’aide de camp fit la moue.

« Disons que nous avons quelques pistes. Apparemment, le patronat s’agite. Depuis le discours de Haute-Silésie, ils s’inquiètent de la poursuite de la révolution. »

« Ils ont raison ! », s’exclama le SA-Führer. « Nous allons les briser, comme nous avons brisé les communistes. Et c’est bien ce que j’ai l’intention de dire au Führer, tout à l’heure ! »

Friedrich esquissa un sourire complaisant. Il aimait que le SA-Führer montre sa nature emportée, c’était ce qui faisait son charme. Cependant, en l’occurrence, on l’avait chargé de faire passer un message de modération, et il devait s’acquitter de sa mission.

« Mein Führer, je sais bien pourquoi vous m’avez choisi comme aide de camp : c’est parce que je suis le neveu d’un général très écouté à l’état-major. Alors, permettez-moi de vous aider, permettez-moi de vous faire connaître le point de vue de l’armée. »

Röhm se passa la langue sur les lèvres.

« J’écoute, Freddy. »

Le jeune officier reprit d’une voix posée : « L’état-major ne sera pas de notre côté si nous allons à l’affrontement avec le patronat. Et sans l’aide de l’état-major, nous ne nous débarrasserons jamais des SS. Cependant… »

L’aide de camp laissa passer un silence.

Röhm le relança, signe qu’il était prêt à entendre la suite.

« Oui ? Cependant ? Allons, parle ! Parle au lieu de me faire languir, petit pervers ! »

Friedrich sourit. Il avait bien amené son affaire. Le SA-Führer, il en était certain, allait l’écouter.

« Cependant, l’état-major serait prêt à une position de compromis. Les généraux ne veulent pas d’une nouvelle guerre avec les Occidentaux. A l’état-major, on pense que cette fois, ce serait la fin de l’Allemagne. D’un autre côté, il y a la menace soviétique. C’est de ce côté-là qu’il faut se prémunir. Alors, une solution géopolitique originale doit être étudiée. C’est pourquoi mon oncle m’a proposé d’associer à cette conférence un invité surprise. »

« De qui s’agit-il ? », demanda Röhm, étonné.

« Un certain professeur Fuchs. Vous ne le connaissez pas, c’est le genre de personnage qui, en temps normal, n’aurait aucune chance de se faire entendre. Il a une théorie originale sur la manière dont notre pays peut étendre son Lebensraum. Une manière qui, d’après l’état-major, pourrait satisfaire tout le monde, et éviter à notre parti des déchirements sanglants… »

« Donc il sera là, ce professeur Fuchs ? », demanda Röhm.

« Nous l’avons fait inviter, » répondit Friedrich, tandis que la limousine aux couleurs de la SA pénétrait dans la cour de la chancellerie.

Le professeur Fuchs s’installa devant le Führer, s’efforçant de dissimuler l’ampleur de son anxiété. C’était la première fois qu’il se trouvait devant les principaux personnages de l’Etat, et il tremblait de tous ses membres. Déjà, trois semaines plus tôt, lorsqu’il avait présenté sa théorie devant l’état-major, à l’invitation des milieux d’affaires de la Ruhr, il avait été très impressionné. Mais cette fois, devant Adolf Hitler lui-même, il était tout simplement tétanisé.

« Mein Führer, » commença-t-il d’une voix chevrotante, « vous avez écrit dans Mein Kampf qu’une politique allemande avisée devait amener le peuple allemand à dominer l’Europe avec 250 millions d’habitants. Les milieux d’affaires vous soutiennent, parce qu’ils veulent cette grande Allemagne magnifique, qui leur offrira le marché dont ils ont besoin. Le peuple allemand vous soutient, parce qu’il déborde d’énergie vitale, et parce que vous offrez à cette énergie le destin qu’elle mérite. La SA marche à vos côtés, parce qu’elle voit dans votre projet la réalisation d’un véritable Etat national-socialiste, qui donnera au peuple le cadre nécessaire à son épanouissement. La SS est votre garde fidèle, car elle est peuplée d’Allemands ardents et superbes, qui brûlent de se mesurer au monde pour triompher enfin, et ainsi effacer la honte de 1918. Et l’armée se range déjà sous les étendards à croix gammée, car elle sent que votre œuvre de redressement national brisera le diktat de Versailles, et lui redonnera sa puissance d’antan. Toute l’Allemagne est derrière, toute l’Allemagne veut ce que vous voulez ! »

Hitler cligna des yeux, signe qu’il approuvait ce début plein d’enthousiasme. Le professeur Fuchs reprit confiance, et c’est d’une voix plus ferme qu’il poursuivit : « Cependant, si toute l’Allemagne vous soutient, des désaccords existent sur la méthode à suivre. Les milieux d’affaires veulent que vous garantissiez l’ordre social en Allemagne, et ils se méfient des tendances prolétariennes de la SA. Vous aurez un conflit de classes à gérer pour éviter que l’Allemagne ne se déchire : le peuple allemand vous suivra toujours, mais seulement s’il voit que vous savez l’unir. La SA attend de vous que vous construisiez un véritable socialisme, car nous, nationaux-socialistes, sommes les véritables révolutionnaires d’aujourd’hui – nous, et pas les bolcheviks, qui ne font qu’enjuiver la Russie, toujours plus. En revanche, la SS est un corps élitiste, qui refusera que cet Etat national-socialiste soit égalitariste, car nous le savons bien, l’égalitarisme n’est qu’une ruse des Juifs pour imposer leur supériorité par la fourberie et la malice. Et l’armée, quant à elle, se voit d’abord comme le défenseur de l’ordre social qui a fait la grandeur de l’Allemagne. Elle redoute une nouvelle guerre sur deux fronts, et vous presse de désigner l’ennemi : le bolchevisme, et pas l’Ouest. Voilà où nous en sommes. »

Hitler hocha la tête, signe qu’il approuvait cette présentation froide et sans concessions. Le professeur Fuchs comprit qu’il allait avoir l’opportunité de présenter ses idées.

« Mein Führer, » reprit-il, la voix grave, « je suis venu vous proposer une voie qui permettra de mettre d’accord toutes les tendances du parti, une voie qui permettra d’unifier l’Allemagne non seulement sur l’objectif, mais aussi sur la méthode ! »

« Je vous écoute, Herr Professor, » répondit Hitler, visiblement intéressé.

Fuchs prit une grande inspiration, puis il se lança dans un discours qui allait pour toujours changer le sort de l’Allemagne, et dans une large mesure, modifier le destin de l’Europe.

« Mein Führer, le stratège chinois Sun-Zi a écrit, il y a plus de deux mille ans, que le plus grand général était celui qui gagnait la guerre sans la faire. Eh bien, c’est exactement ce que je vous suggère : ne pas faire la guerre, pour mieux la gagner.

« Mein Führer, la véritable force de l’Allemagne ne réside pas dans la puissance de notre armée. Certes, notre armée doit être forte, pour empêcher les bolcheviks de nous détruire et l’Ouest de nous opprimer. Mais, et j’insiste sur ce point, notre armée ne peut à elle seule triompher de nos innombrables ennemis. Semblablement, la véritable révolution sociale ne sera pas obtenue par la destruction du patronat, mein Führer, car le prolétariat n’est pas capable de prendre la direction des affaires du pays. Et de même, mein Führer, la reconstruction nationale ne pourra pas être conduite totalement selon les projets du Reichsführer-SS, car la SS est une troupe d’élite, qui n’a pas vocation à enserrer tout le peuple allemand. Non, mein Führer, aucune de ces forces ne peut prétendre, à elle seule, construire cette grande Allemagne de 250 millions d’habitants qui est notre destinée naturelle.

« Mein Führer, la force de l’Allemagne, sa vraie force, c’est la démographie. A l’Ouest, les Français ne font plus d’enfants, les Anglais en font de moins en moins. Nos mères allemandes, elles, continuent à enfanter. Vous devez favoriser cette natalité par tous les moyens, afin qu’il y ait de plus en plus d’Allemands, jusqu’à ce que notre population déborde de nos frontières. Mais, et c’est là l’originalité de la voie que je vous propose, mein Führer, quand le peuple allemand en crue débordera de nos frontières, vous ne ferez pas la guerre pour étendre notre espace vital. Vous laisserez ces Allemands innombrables franchir pacifiquement les frontières de l’Ouest, et se répandre aussi dans l’Europe danubienne. Et sans faire la guerre, vous verrez ces populations migrantes germaniser irrésistiblement les pays submergés. Ainsi, nous conquerrons ces territoires, sans avoir à faire parler les armes – et notre glorieuse Wehrmacht n’aura pas à affronter une nouvelle guerre sur deux fronts. Elle pourra se concentrer sur la défense de l’Est, face à la menace soviétique.

« Je vois à votre mine, Mein Führer, que vous avez déjà compris le risque de cette stratégie : le risque, c’est que nos bons Allemands, en quittant la mère patrie, ne perdent leur identité allemande. C’est pourquoi je vous suggère d’utiliser les tensions qui naissent aujourd’hui entre nos camarades de combat SS et SA, afin précisément de transformer le national-socialisme, afin d’en faire quelque chose que nos compatriotes émigrés emporteront pour ainsi dire à la semelle de leurs souliers. Mein Führer, il faut transformer le national-socialisme en religion.

« Vous le savez, mein Führer, notre véritable ennemi, ce sont les Juifs. Or, que sont les Juifs ? Qu’est-ce qui les unifie, malgré leur dispersion géographique ? C’est la force de leur religion. Aussi, je vous le demande : si notre ennemi est une religion, alors que sommes-nous ? Eh bien, nous sommes, mein Führer, une autre religion. Nous sommes l’autre Peuple Elu, et voilà la mystique qui doit nous porter.

« En transformant le national-socialisme en religion, mein Führer, vous résoudrez d’un seul coup tous les problèmes qui nous paralysent aujourd’hui, et menacent de nous diviser. Nous devons nous inspirer des stratégies des Juifs, pour conduire notre propre combat. Notre religion national-socialiste ritualiste et obsédante imprègnera nos compatriotes à l’étranger, elle en fera de bons Allemands, qui, pris dans un système de règles rigides, continueront à acheter des biens allemands, même s’ils habitent en France ou en Roumanie. Ainsi, le patronat allemand trouvera des débouchés partout à l’étranger, car nos exportations exploseront.

« Les étrangers seront dupes. Le patronat français veut importer de la main d’œuvre pour faire pression sur les salaires des ouvriers : offrons-leur des ouvriers allemands. Ainsi, ils penseront qu’ils résolvent leur problème, alors qu’en réalité, ils ne résoudront que le nôtre. Chez eux, il y aura du chômage, donc des salaires bas. Et chez nous, grâce aux produits que nous exporterons, nous aurons le plein emploi, ce qui rendra possible la rénovation sociale voulue par la SA. Le patronat aura ses parts de marché, l’armée n’aura pas de guerre sur deux fronts à redouter, la SA verra la révolution sociale se produire naturellement et sans heurt, et la SS pourra devenir le nouveau clergé de cette religion allemande, le corps d’élite et d’acier qui assurera, partout à travers l’Europe, l’unification raciale et idéologique des millions d’Allemands émigrés.

« Toutes les contradictions seront résolues, et ces 250 millions d’Allemands, un jour, mein Führer, deviendront même majoritaires dans les pays voisins. Nous allons conquérir la France sans tirer un seul coup de fusil. Les ventres de nos femmes nous donneront la victoire ! »

Le professeur Fuchs se tut enfin, surpris lui-même d’avoir parlé si longtemps, et devant de si augustes personnages. Goebbels le regardait avec des yeux brillants, littéralement transfiguré. Himmler s’était redressé sur sa chaise, travaillant déjà l’aura ecclésiastique qui, il venait seulement de le comprendre, lui donnerait enfin la destinée dont il rêvait. Quant à Röhm, il avait la mâchoire inférieure pendante, et, se tournant lentement vers son aide de camp, il murmura : « C’est tout simplement génial, tellement c’est simple. »

Hitler se leva cérémonieusement puis, avec cette courtoisie bienveillante qui le caractérisait, il lança au professeur Fuchs : « Herr Professor, vous venez de résumer à merveille les idées qui, depuis plusieurs mois, me trottent dans la tête. Vous êtes un Grand Allemand ! ».

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