Publication de "Eurocalypse"

Publié le : 24/01/2008 00:00:00
Catégories : Actualités des éditions Le Retour aux Sources , Auteurs , Michel Drac , Sorties

Eurocalypse_4a92725de152dPublication d'Eurocalypse, de Michel Drac.

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La quatrième de couverture :

2038 de l’ancien calendrier. An XVIII de l ‘ère eurocorporative. L’Alliance panaméricaine, l’Union Eurocorpo et la Sinosphère se partagent le monde. La France n’existe plus. Elle est divisée entre intrazones, meilleur des mondes totalitaire, et extrazones, territoire de relégation des bandes néomusuls et afros.

Une vague de crime déferle sur l’europrovince de Neustrie, dans la conurbe Paris-Banlieue. Tous les crimes sont liés à un jeu vidéo étrange, qui rend fous ceux qui y jouent. Un flic, Yann Rosso, va chercher à comprendre pourquoi.

Miroir de notre avenir à la fois radicalement inhumain et forcément humain, trop humain,  Eurocalypse constitue une exploration du concept fractionnaire dans l’hypothèse catastrophiste. Contrairement aux apparences, ce livre n’est pas un roman.

Et pour ceux qui veulent se faire une idée...

Les premières pages !


CHAPITRE I

LE SOLSTICE D’HIVER

C’était par un de ces soirs où la pluie battante nettoie les rues de la ville. L’eau ruisselait sur les trottoirs luisants. La nuit tombait. Dans les extrazones derrière le rempart périphérique, les extrazonards se dépêchaient de regagner leur domicile avant le couvre-feu. Dans l’intrazone de Paris Centre, les vitrines étaient décorées pour le solstice d’hiver, et si les passants couraient, ce n’était que pour fuir l’averse.

Quelque part dans Paris, ce soir-là, une femme pourtant ne courait pas. Elle marchait à pas lents sous la pluie battante. Vêtue d’un imperméable beige si clair qu’il paraissait presque blanc, elle errait par les rues, et ne semblait pas remarquer l’eau qui ruisselait sur son visage de poupée. Elle portait à la main un sac de plastique translucide. Dans le sac, il y avait un dossier volumineux dont on ne pouvait lire le titre.

Elle s’arrêta le temps d’admirer une vitrine soigneusement agencée. Le long du boulevard, un grand magasin annonçait le dix-huitième anniversaire de l’ordre eurocorporatif. La femme observa la vitrine où elle voyait brûler quarante-deux bougies, organisées en sept rangées de six. Elle ne comprenait pas pourquoi on faisait brûler quarante-deux bougies en l’honneur d’un dix-huitième anniversaire.

Les six rangées du bas formaient un carré parfait. La septième rangée était de trop, et elle nuisait à la symétrie de l’ensemble.

Enfin, la femme comprit que tout cela n’était qu’illusion d’optique. Il n’y avait jamais eu que trois rangées, de six bougies chacune. Chacune des trois rangées se reflétait dans une glace située derrière l’ensemble, d’où l’impression qu’il y avait six rangées. Quant à la septième, elle n’était que le reflet du miroir dans la vitrine.

Un énorme 18 en chocolat ornait un gâteau crémeux. C’était le dix-huitième anniversaire de l’ordre eurocorporatif, et il n’y avait jamais eu que 18 bougies, en trois rangées de six. Tout était en ordre.

La femme se détourna de la vitrine.

Elle s’apprêtait à traverser le boulevard quand le feu de circulation passa au vert. Elle s’arrêta devant un passage piéton. Elle faillit faire signe à un taxi qui passait, puis se ravisa. Elle préférait marcher, malgré la pluie.

Le feu passa au rouge, le signal piéton passa au vert. A côté de la femme, il y avait un gros monsieur entre deux âges. Il courut pour traverser la rue. La femme le regarda s’éloigner, puis elle fixa le passage piéton. Les phares des véhicules déroulaient un tapis de lumière sur la chaussée. Le signal piéton passa au rouge, le feu passa au vert. Les voitures démarrèrent – un taxi gris métallisé, puis un solocar noir conduit par un jeune homme aux cheveux ras. Et toujours la femme restait sur le trottoir, à regarder passer les véhicules, sans bouger. Il lui sembla que le jeune homme dans le solocar lui jetait un coup d’œil agressif.

Elle fit demi-tour, entra dans une brasserie et prit place à une table libre. Devant elle, la carte électronique annonçait les bières pression. Elle posa le doigt sur l’onglet « sans alcool » et choisit un thé parfumé.

Un serveur lui amena sa commande quelques secondes plus tard. Il était vêtu à l’ancienne, avec un gilet et un nœud papillon guilleret, mais il avait les yeux cernés et injectés de sang. Ce type avait l’air malade.

Elle parcourut la salle du regard. Deux tables plus loin, un gros bonhomme roux semblait l’observer. Leurs regards se croisèrent et, pendant une fraction de seconde, elle eut l’impression que le rouquin n’allait pas baisser les yeux, et qu’il faudrait que ce soit elle, Isabelle Cardan, qui détourne le regard. Pourtant, l’instant d’après, l’homme regardait déjà ailleurs. En fait, il regardait la fille assise devant lui, tout bonnement.

Cardan se secoua. Elle était en état de choc. Elle décida de se reprendre en main, d’être forte.

Elle prit une inspiration profonde.

Elle ferma les yeux et tenta de se souvenir de sa première autopsie. C’était vingt ans plus tôt, au début de ses études de médecine, à la fin de la Grande Crise. Elle était restée impassible pendant toute la durée de l’opération, puis, seule dans sa petite chambre d’étudiante, elle s’était effondrée.

Le lendemain, elle était allée à la fac, normalement. Elle avait toujours été solide.

Elle prit une inspiration encore plus profonde.

Elle était dure, elle était forte. Elle n’avait pas peur.

Le garçon lui amena un deuxième thé, et soudain, elle se sentit mieux. Elle faillit dire au serveur malade, à voix basse bien sûr, qu’il était visiblement souffrant, qu’il y avait une alerte épidémique sérieuse, depuis une semaine, sur la conurbation Paris – Banlieue, qu’elle était médecin et qu’elle savait de quoi elle parlait, il ne fallait pas plaisanter avec le nouveau virus indien.

Finalement, elle choisit de se taire. Ce type n’avait probablement pas les moyens de se soigner, de toute manière. En général, les petits métiers en intrazone étaient l’affaire des extrazonards euros. Pour eux, c’était devenu la norme de travailler malade. Dans certaines extrazones pauvres en eau potable, c’était même devenu la norme de vivre malade – tous les jours du mois et tous les mois de l’année.

Elle se pencha sur la carte électronique. Il y avait de petits dessins dans les coins, des lettres stylisées. Elle se demanda si le concepteur de cette carte avait caché un message dans ces entrelacs cabalistiques. C’était possible après tout. Quand les signes n’ont apparemment pas de sens, c’est parfois parce qu’ils n’en ont vraiment pas.

Mais parfois, c’est parce qu’ils ont un sens caché.

Elle piocha un substitut de cigarette dans le paquet posé devant elle et, tout en mâchouillant la smilirette imprégnée, les yeux mi-clos, elle se repassa minute par minute le film de sa journée.

*

La plupart des gens se représentent les experts psychiatriques comme des charlatans bouffis d’orgueil, et parfois, c’est exactement ce qu’ils sont. Cependant, en règle générale, un expert psychiatrique est d’abord un médecin, modeste devant la pathologie.

Isabelle Cardan était de cette race-là.

Depuis la publication de sa thèse, on la considérait comme un des meilleurs psychiatres criminologues de l’Union Eurocorpo. Et cependant, elle restait humble. Après dix ans passés à étudier les plus grands criminels européens, elle avait peut-être balayé un pourcent du champ d’expérimentation. Un pourcent, au mieux.

Et ce soir-là, attablée dans une brasserie parisienne, elle se sentit encore plus humble que d’ordinaire.

Des scènes de crime, elle en avait vues beaucoup, depuis dix ans. Elle savait qu’il y avait des hommes qui prenaient plaisir à enfoncer un tesson de bouteille dans le vagin d’une femme qu’ils venaient de violer. Elle savait qu’il existait des femmes capables de torturer leur propre enfant en éteignant des cigarettes sur sa peau, avant de l’offrir à leur amant pour qu’il le sodomise à mort. Elle savait qu’il existait des gangs de trafiquants de drogue connus pour jouer au foot avec la tête de leur victime fraîchement décapitée. Elle avait longuement interrogé des psychopathes jugés extrêmement dangereux, et elle en avait conclu qu’un tueur fou pouvait être un jeune homme effacé, timide même. Toute cette dinguerie, toute cette violence pulsionnelle et absurde, Isabelle Cardan la savait. A vrai dire, elle était même payée pour la savoir.

Seulement voilà : elle n’avait jamais rien vu qui ressemblât à ce crime-là. Jamais. Ce crime-là n’était pas normal – si tant est qu’on pût parler de normalité s’agissant du crime.

Au départ, il ne s’agissait que d’une expertise très ordinaire, une affaire banale à première vue. Un crime passionnel, tout bonnement. Crime très sanglant, certes, mais enfin rien de bien palpitant. Un crime passionnel comme il y en a, chaque année, des centaines dans les intrazones, et un nombre encore bien plus important dans les extrazones.

La Criminelle avait contacté Cardan le matin même – c’était l’inspecteur Rosso, une vieille connaissance.

« Allô, professeur Cardan ? Oui ? Bonjour, Isabelle. Yann Rosso à l’appareil. On a besoin de votre avis, prof. J’ai deux macchabées, le genre pas beau à voir. »

Rosso fit entendre un rire grinçant, on aurait cru le halètement d’un moteur à l’agonie. Mais Cardan n’y prêta pas attention. Ce flic avait un côté gamin, elle le savait et ne s’en formalisait plus. Il cultivait un étrange humour paradoxal, à la fois noir et naïf, comme une armure d’enfance contre la laideur du monde.

Cardan aimait bien l’inspecteur Rosso. Derrière le cynisme affiché du bonhomme, on devinait facilement la fragilité d’un bon nounours bourru, affligé d’un cœur trop gros pour le sale boulot que la vie lui avait choisi.

Cardan était libre en début d’après-midi. Elle prit rendez-vous et ne s’inquiéta même pas du juge d’instruction : depuis quelques temps, on était devenu moins formaliste. En matière de violence urbaine et de criminalité, depuis l’effondrement économique des années 2010, l’Union Eurocorpo talonnait la Colombie, alors on n’avait plus le temps de finasser, il y avait trop de viandes froides à ramasser, les morgues en débordaient. Les flics appelaient directement l’expert médico-légal, et basta. Pas de paperasse, pas de commission rogatoire. Cardan touchait une indemnisation forfaitaire, peu de chose à vrai dire. De toute manière, elle s’en fichait : ce qui l’intéressait, c’était l’expérience qu’elle retirait des expertises criminelles – une expérience irremplaçable.

*

Yann Rosso, Stéphanie Berg et Isabelle Cardan sous les toits de la cité de justice.

Rosso, plutôt petit mais très costaud, crâne rasé, cicatrice sur le front, belle gueule de guerrier pour tout dire. Cardan savait que derrière cette apparence d’homme brutal, il y avait un esprit éveillé – une intelligence tournée vers la pratique, certes, mais une intelligence réellement exceptionnelle.

Berg grande, blonde, étonnamment féminine pour une femme flic, et surtout pour une femme flic de choc. Cardan était toujours impressionnée par la confiance en soi de cette Valkyrie alsacienne. Berg semblait n’avoir jamais peur de rien. On aurait dit qu’elle savait quelque chose que les autres ignoraient, toujours. Un mystère.

Ce jour-là, en face du tandem Rosso - Berg, Cardan se sentit intimidée. Il y avait quelque chose de physique chez ces flics, comme une présence lourde, impossible à ignorer. On a beau s’attendre à cette lourdeur, à cette présence, à cette densité, on est toujours surpris quand on se retrouve devant des gens habitués à la violence. Il y a, dans les êtres qui ont tué, une gravité hors du monde.

Berg raconta l’affaire.

Elle parlait, urbaine comme à son habitude, et Rosso se taisait, renfrogné. Dans le duo, Stéphanie Berg jouait le flic courtois, gentil, presque compassionnel. Yann Rosso, lui, était préposé au rôle de brute. C’était le teigneux qui pianote distraitement une matraque posée devant lui, l’air de rien, pendant les interrogatoires.

Et à vrai dire, de sa part, ce n’était pas entièrement un rôle de composition…

Berg racontait : affaire  Blanco, crime passionnel. Du classique : monsieur Blanco, Maxime de son prénom, apprend que madame lui fait porter les cornes. Monsieur n’apprécie pas, monsieur rentre à l’improviste, surprend madame dans les bras de son amant, zigouille l’amant, zigouille madame.

Du classique, vraiment.

Cardan sentait venir l’affaire ennuyeuse. Elle commençait même à se demander pourquoi on faisait appel à elle pour un crime aussi banal. Le crime passionnel est à la police criminelle ce que les appendicites sont à la chirurgie : le truc qu’on oublie quand on referme. Dans à peu près la moitié des cas, il s’agit d’un adultère classique – le reste du temps, ce sont des histoires de séparation conflictuelles, du sordide, avec en option alcool et stupéfiants, cul et pognon. Sans intérêt.

Cardan ne comprenait pas pourquoi on avait mis le duo de choc Berg-Rosso sur une affaire comme celle-là. A croire que la Crime leur offrait une quinzaine sabbatique.

Berg racontait. Puis soudain, elle se tut.

Il y eut un silence prolongé, elle semblait chercher ses mots.

Rosso intervint : « Là où ça vire carrément zarbi, c’est au niveau du modus operandi. »

« Mais encore ? », demanda Cardan.

« Le mieux est de vous montrer, » proposa Berg.

Elle retourna le smartcom posé sur son bureau. Le lecteur vidéo était ouvert.

« Accrochez-vous, prof, la vérité fait mal. »

Cadran haussa les épaules. Elle en avait vu d’autres.

Moteur, on tourne.

Gros plan sur un visage d’homme, la quarantaine, cheveux poivre et sel, teint hâlé. L’homme sourit, puis disparaît de l’écran.

Plan américain, un type et une fille nus, couchés sur un lit défait, saucissonnés bien proprement, bâillonnés, ambiance bondage. Le type porte un masque de carnaval représentant un visage de clown.

Plan fixe, le quadragénaire bronzé apparaît derrière le lit. Il est vêtu d’un costume gris très chic, chemise blanche, cravate rayée. Il saisit le type ligoté par les cheveux, l’oblige à se redresser, le fait tomber du lit. Le type gémit, se débat. Le quadragénaire l’attrape sous les bras, l’entraîne. Bruits de lutte, cris étouffés. Le quadra revient sur ses pas, saisit la femme par la chevelure. Même motif même punition, sauf que la fille se débat moins longtemps. Hors champ, elle couine.

Long plan fixe sur le lit déserté. Une main traverse l’écran. Un flash.

A nouveau le visage du quadragénaire, souriant, avec quelque chose de dur dans le regard. Travelling sur le mec à poils, assis, attaché au dossier d’une chaise par les poignets. On voit mieux son masque. On dirait le visage du quadragénaire, maquillé en clown. La femme est couchée sur le ventre, par terre, quelques mètres derrière lui.

Isabelle Cardan demanda, incrédule : « Il a filmé son crime ? Il l’a vraiment filmé ? »

Berg mit le lecteur sur pause.

« Affirmatif. Il l’a filmé live, après avoir appelé ses enfants pour qu’ils assistent au spectacle sur Internet. Vous savez où se trouvent les gosses ? »

Cardan leva les mains en signe d’ignorance.

« Deux fils, dix et sept ans, » reprit Berg,  « actuellement en pension dans un collège, dans l’Europrovince d’Helvétie. On a récupéré l’enregistrement sur le disque dur du cinglé, mais les Suisses ont le même chez les gamins. Ils s’attendent à tout, venant de Neustrie, mais là, j’ai l’impression qu’on les a bluffés. »

Rosso ricana. Cardan n’arrivait pas à croire ce qu’elle entendait.

« Les gosses ont assisté au crime ? En direct ? Par Internet ? »

« Affirmatif. Aux dernières nouvelles, ils sont sous psychotropes. »

Cardan n’avait jamais éprouvé une grande sympathie pour les gosses de riches qui faisaient leurs études en Suisse – une situation de plus en plus fréquente, depuis l’écroulement de l’instruction publique en Neustrie. Pourtant, elle ne put s’empêcher de ressentir une certaine compassion pour les enfants Blanco. Pas étonnant qu’ils soient sous psychotropes, les mouflets.

Papa zigouille maman, tel est le nom du film…

Berg demanda : « Vous avez remarqué, pour le masque ? »

« On dirait un visage de clown, non ? »

« Pas tout à fait, doc. Ce mec a fait faire un masque à sa ressemblance, il y a quelques jours. Préméditation, donc. C’est son visage, mais maquillé en clown. Vous avez une théorie ? »

« Pas comme ça, pas à brûle-pourpoint. Voyons la suite. »

Berg remit le lecteur en route. Cardan se cala sur sa chaise et s’efforça de respirer profondément. Ces dernières années, elle avait parcouru des montagnes de dossiers de l’identité judiciaire. Elle savait plus ou moins à quoi s’attendre.

Plus ou moins.

*

« Excusez-moi, je peux vous demander une smilirette ? Je n’ai pas pu en acheter tout à l’heure, et les pharmacies viennent de fermer. »

Isabelle Cardan sursauta. Elle saisit le paquet posé devant elle, le passa au jeune homme assis à la table d’à côté.

La brasserie s’était remplie depuis qu’elle y était entrée. A présent, il n’y avait presque plus de tables libres. Elle regarda sa montre : sept heures. Cela faisait plus d’une heure qu’elle était là. Elle n’avait pas vu le temps passer.

Ça sentait la bière. Cardan commanda un troisième thé. Au fond de la salle, le rouquin était parti. A sa place, à présent, il y avait un grand Noir vêtu d’un imperméable de cuir. Cardan tendit l’oreille : ses voisins parlaient des nouveaux flingues d’autodéfense.

« C’est pratiquement sans danger, l’agresseur est neutralisé presque instantanément. »

« Tu sais comment ça fonctionne, au juste ? C’est une sorte de seringue, c’est ça ? »

« En fait, c’est une arme à air comprimée qui tire une seringue minuscule. Il vaut mieux viser la peau pour être sûr, mais normalement, ça traverse les vêtements. »

« Même le cuir ? »

« Non, le cuir, ça ne traverse pas à tous les coups. »

« Ce que je comprends pas, c’est comment ça peut être sans danger. »

« La seringue est minuscule et elle est faite dans une espèce de résine qui fond à l’intérieur du corps. En fait, elle se plante sous la peau, elle explose en même temps et elle libère le soporifique. Puis elle fond, tu vois ? Comme ça, à part un tout petit trou dans la peau, pas de trace. Et trois secondes après avoir été touché, le mec est paralysé à moitié, dix secondes plus tard il est dans les vapes. Tu saisis l’intérêt ? »

Cardan haussa discrètement les épaules. Cette conversation était typique. Les gens étaient obsédés par l’autodéfense. Au fur et à mesure que l’insécurité augmentait, la population des intrazones s’armait – pistolets à ondes provoquant une sensation de brûlure, mini-gomme-cogne, les fabricants ne savaient plus quoi inventer.

Et naturellement, plus la population s’armait, plus l’Etat durcissait la législation en matière de détention d’armes. Les armes en vente libre étaient de plus en plus chères, mais de moins en moins dissuasives.

Les gens avaient peur de tout. Peur de se faire agresser sans pouvoir riposter, mais aussi peur de riposter, de tuer un agresseur et de se retrouver en taule – depuis que la Coalition Ethnoprogressiste avait repris le contrôle du parlement de Neustrie, il ne faisait pas bon être euro et avoir tué un Afro, légitime défense ou pas.

Cardan soupira. Elle détestait son époque. Si elle avait pu, elle serait entrée dans une machine à remonter le temps pour revenir, disons, aux années 1960, voire 1970. Comme la plupart de ses concitoyens, elle constatait, jour après jour, le lent écroulement de son monde. Elle voyait l’implosion molle de la société occidentale, la régression des libertés démocratiques, l’explosion sanglante de la criminalité, pour ne pas dire de la barbarie. Elle voyait tout cela, et elle ne pouvait que constater les dégâts. C’était profondément déprimant.

Circonstance aggravante, à la différence de la plupart de ses concitoyens, la violence en expansion n’était pas pour elle une impression générale, un simple recueil de données statistiques. Pour le docteur Cardan, les crimes n’étaient pas des entrefilets dans les journaux. Pour le docteur Cardan, les crimes avaient une réalité : c’était du sang, de la chair torturée, les hurlements atroces des parents d’enfants enlevés et assassinés, le regard épouvanté de cette gamine, violée par une bande de junkies l’an dernier, dans un wagon du réseau conurbatif intégré, sous le nez de trente voyageurs, trop terrorisés pour intervenir.

Au regard de cette violence pure, cinglée, illimitée, les gadgets d’autodéfense en vente libre étaient ridiculement inadaptés. La plupart du temps, les prédateurs agissaient en groupe, en horde de vingt ou trente furieux armés jusqu’aux dents. Cardan essaya d’imaginer sa voisine, une petite dame eurasienne d’un mètre cinquante, avec son pistolet à mini-seringues hypodermiques, en face de vingt guerriers urbains, équipés de poignards, de massues cloutées, et même de deux ou trois pistolets-mitrailleurs sans doute, au cas où un gang rival sévirait dans le même coin.

Ridicule, tout simplement ridicule.

En réalité, la seule chose à faire en cas d’agression par une bande de street warriors afro, pour un intrazonard euro ou asio, c’était d’encaisser.

Tout le monde le savait, d’ailleurs. Les gadgets d’autodéfense ne servaient qu’à rassurer leurs propriétaires. En général, en cas d’agression, ils n’étaient pas même utilisés. Les gens qui le pouvaient n’allaient jamais dans les extrazones – ou alors seulement en groupe, en nombre, et si possible avec deux ou trois costauds dans l’équipe.

Comme le dit la devise : « l’union fait la force, et la force fait vivre ».

Isabelle Cardan, en ce temps-là, espérait déjà la Fraction – elle ne savait pas que la Fraction s’appellerait la Fraction, mais elle en avait déjà l’idée.

Cette idée flottait dans l’air.

Il aurait suffi d’ouvrir les yeux pour la voir.

*

Quand on vit une époque ignoble, il faut s’attendre à des crimes ignobles.

Celui de Blanco était répugnant. Cardan en avait vu de drôles, en dix ans de criminologie, mais rien qui se compare à cette boucherie. Là, on tenait un record. Berg et Rosso avaient déjà visionné la scène, ils avaient même dû se la repasser sous toutes les coutures. Pourtant, ils ne purent s’empêcher de tressaillir en visionnant le carnage. Quant au doc, plaquée au fond de son fauteuil, les poings crispés sur les accoudoirs, elle fut obligée de détourner le regard à deux reprises.

Script :

Le visage du tueur, en gros plan. Vraiment une belle gueule, dans le genre quadragénaire bien conservé. Regard clair, gris-bleu. Sourire éclatant, une pub pour une marque de dentifrice. Le Ken de Barbie, avec un peu de gris dans les cheveux.

Il dit : « Pour commencer, je vais m’occuper du goret. »

S’approche du mec ligoté. S’agenouille à côté de lui, ramasse un couteau posé sur le sol. C’est une dague de combat, tranchante comme un rasoir. Le type ligoté gémit sous son bâillon. Le tueur, très décontracté, se relève, passe dans le dos du type. Puis, d’un geste rapide, il lui tranche une oreille. Un vrai travail d’artiste, je te pose la main gauche sur le côté de la tête, et je te charcute le pavillon auditif droit. Bonsoir, t’as plus qu’une étiquette.

Ça s’est fait si vite qu’on a du mal à comprendre. Tiens, où est passée l’oreille droite du monsieur ? C’est quoi le trou sanglant avec des machins blanchâtres qui dépassent, on dirait du cartilage, non ?

La victime hurle sous son bâillon, un hurlement étouffé, sinistre.

Le sang coule sur son épaule.

Le tueur fait passer le couteau de sa main droite à sa main gauche. Il pose la main droite sur la plaie à vif. Hurlement étouffé. L’oreille gauche se fait charcuter comme l’oreille droite.

Le tueur se relève, il attrape un chiffon posé devant la webcam, puis il le repose, sanglant. Il vient de s’essuyer les mains. Il tripote la webcam, on entrevoit la femme. Elle est absolument terrifiée. De la bave coule de son bâillon.

La webcam revient vers le type charcuté. Celui-ci pisse le sang tout doucement. Maintenant qu’il n’a plus d’oreilles, le masque posé sur son visage a tendance à glisser vers le bas, malgré le bâillon serré par-dessus.

Le tueur repasse dans le champ, contourne la victime.

« Bon, mon vieux, maintenant, il va falloir être courageux. »

La victime tourne la tête de côté, regarde fugitivement la caméra. On voit mal ses yeux, cachés par le masque. On devine, fugitivement, un regard de bête traqué, un regard fou.

Que sera ce regard dans cinq minutes ?

On a la réponse tout de suite. Le tueur bloque la tête de la victime, puis il se penche en avant. Il donne deux coups de couteau rapides, on entend un hurlement. L’homme se débat furieusement, et quand il tourne la tête de côté, on voit deux traînées rouges coulant des yeux du masque. L’homme a les yeux crevés.

La suite se déroule très lentement, comme dans un cauchemar. Cardan, tétanisée dans son fauteuil, assiste au spectacle avec l’impression horrible de participer malgré elle à une cérémonie satanique. Elle prie pour que les enfants aient craqué avant de voir ça. Sinon, ils sont devenus fous, forcément.

C’est une boucherie.

Le tueur découpe littéralement le corps de sa victime terrifiée. Il tranche le nez à travers le masque, puis lacère le visage. Le masque est en lambeau, mais on ne voit pas pour autant le visage de l’homme torturé. Ce n’est plus qu’un amas de viande humaine et de plastique lacéré. Ensuite le tueur bloque les mains de sa victime et lui coupe les doigts, avec de petits gestes précis. Le sang ruisselle partout, l’homme torturé est à moitié évanoui. Il geint encore un peu, c’est tout.

Le tueur termine sa besogne sinistre. Il taillade les jambes de sa victime, arrache des bouts de muscles et de peau. Maintenant, l’homme est complètement silencieux. Il n’est pas impossible qu’il soit déjà mort, étant donné la quantité de sang qu’il a perdue. On entend le halètement du tueur, qui s’essouffle un peu à force de frapper, et de temps en temps un couinement de terreur poussé par la femme, hors champ.

A présent que la messe est dite, la scène n’est même plus terrifiante. C’est une guignolade sanglante, rien de plus, et Cardan, à sa propre surprise, laisse échapper un petit rire nerveux.

C’est inouï, elle assiste à la destruction méthodique d’un être humain, littéralement découpé en rondelles. Et le pire, c’est que ça la fait rire. Peut-être, inconsciemment, un souvenir de carabin lui revient-il en mémoire.

Elle se mord les lèvres, essaye de retrouver son calme. Après tout, elle est censée être le doc, le scientifique froid. Pas le moment de craquer, Berg et Rosso l’observent.

Enfin, le tueur cesse de s’acharner sur sa victime – ou plutôt sur ce qu’il en reste. Il y a du sang partout, des tripes à l’air, de la bidoche en rondelles sur le sol. Ceux qui ont assisté à l’égorgement des moutons pour l’Aïd peuvent se faire une vague idée du spectacle – sauf que là, c’est du sang humain qui est répandu sur le sol.

Inutile de se demander si la victime est morte, il y a facilement cinq litres de jus de raisin sur la moquette, c’est une inondation.

Le tueur revient vers la caméra, se nettoie les mains avec le chiffon. Sa chemise est couverte de sang. Mais ses mains sont propres et elles tiennent ferme la dague à deux tranchants.

L’homme regarde vers le bas, puis vers le haut – plutôt en haut à gauche. Puis il dit : « Maintenant, on va s’occuper de la truie. »

Il y a comme une nuance de regret dans sa voix.

La suite dépasse l’entendement.

Blanco fait pivoter la webcam. Zoom sur sa femme, bâillonnée, ligotée, terrorisée. Elle tourne la tête vers la caméra – imploration muette, regard terrible, la mort au fond des yeux. Une brebis à l’abattoir.

Cardan frissonne. Depuis des années, elle cherche à deviner ce qui peut bien se passer entre la victime et l’assassin, au moment décisif. Elle réalise soudain qu’après tout, elle n’a peut-être pas tellement envie de le savoir.

Seulement voilà, il est trop tard pour reculer. Trop tard pour changer de boulot, trop tard pour demander à Rosso de ne pas l’appeler, trop tard pour demander à Berg d’arrêter cette saloperie de film.

Trop tard, doc Cardan. Tu voulais savoir la vérité ? Eh bien, tu vas savoir.

La femme de Blanco est déjà morte. Elle le sait, elle vient de le comprendre. Le temps s’est figé pour elle. L’éternité, c’est maintenant, et dedans, il n’y a rien.

Cardan sent un grand froid descendre sur son cœur.

Une voix dit, au fond de la tête de doc Cardan : « Déjà morts. Nous sommes déjà morts, voilà la vérité. Nous sommes aussi morts que des moutons qu’on conduit au boucher. Quand on nous égorge, nous cessons de nous mentir, nous cessons de faire semblant d’être vivants. C’est tout. La vie est un mensonge et la mort est la vérité, voilà ce qu’il faut savoir. C’est tout. »

Cardan frissonne. Elle a peur, et elle a du mal à ne pas le montrer. Une crainte révérencieuse descend sur elle, alors que le tueur réapparaît à l’écran.

Maxime Blanco tient quelque chose à la main. Cardan met quelques secondes à comprendre que c’est la tête du mec qui vient de se faire charcuter. On distingue vaguement le visage, bouillie sanglante parsemée de lambeaux de plastique, reliquats du masque enfoncés, imprimés dans la chair. Des lambeaux de muscles et de nerfs pendouillent du cou tranché, dans un goutte-à-goutte sanglant. C’est répugnant, absolument répugnant.

Cardan murmure : « D’accord, d’accord. »

Tout cela, c’est réel. Tout cela, c’est la réalité. Ce type couvert de sang tenant à la main la tête coupée d’un autre type, c’est la réalité.

« La vérité fait mal, » disait Berg.

Comme c’est vrai.

Les images bien léchées des intrazones rurales paisibles sur la télé coins carrés dans un appart chic au cœur d'une intrazone urbaine : ce n’est pas la réalité. Les assurances-vie sur papier glacé vendues par des cybercommerciaux aux intrazonards des hyperzones ultrasécurisées : ce n’est pas la réalité. Les rires en boîte dans les talk-shows des années 1980 qu'on repasse en boucle à la téloche pour le quatrième âge : ce n’est pas la réalité. Les voitures bien réglées qui s’arrêtent cinq centimètres avant de percuter la poussette, comme dans les pubs de Peugeord : ce n’est pas la réalité. Les vieillards sages qui ne meurent jamais, souriants, tout propres, dans des chambres d’hôpital ultramodernes pour intrazonards friqués : ce n’est pas la réalité.

La réalité, c’est un homme couvert de sang qui brandit la tête coupée de son rival.

Cardan se secoue. Elle n’est pas là pour faire de la philo. Elle plisse les yeux et scrute l’écran.

Le tueur s’agenouille devant sa femme, pose la tête coupée sur le sol. Dans la main gauche, il tient ferme son poignard à deux tranchants. Il le fait passer dans sa main droite et, d’un geste rapide, plante la lame dans le ventre de son épouse, à droite. Ensuite, il se relève et, en même temps, il remonte le couteau sur le ventre de sa victime. Jaillit du sang noir, puis des tripes. Tout ça dégouline sur les genoux de la femme éventrée. On entend un râle, puis plus rien.

Le tueur se penche à nouveau, fend à nouveau le ventre, cette fois de haut en bas. Il saisit des morceaux de tripes et les arrache du ventre de sa femme. Ensuite, il s’agenouille à nouveau devant la victime, inconsciente évidemment, peut-être déjà morte. Il saisit la tête coupée et l’encastre dans le ventre crevé.

Puis il se relève. Il est couvert de sang, il s’essuie les mains sur son visage, geste qui imprime deux traînées rouges sur ses joues et sur son front. Son regard est dur, brûlant de colère et de cruauté.

Masque sanglant, il se tourne vers la caméra, désigne d’un ample mouvement du bras la scène de carnage derrière lui, puis il dit, d’une voix forte : « Mes fils, je vous ai refaits. Aujourd’hui, vous êtes nés une deuxième fois. Ceux qui vivent dans la chair disent qu’ils sont vivants. Ils n’en savent rien, ils font semblant et sont dupes de leur mensonge. Les sages le savent. Croyez-vous que vous ne serviez qu’à vos illusions ? Je sais ce que vous ne savez pas. J’ai chassé le mensonge hors de mon esprit, et je l’ai chassé hors du vôtre. Nous sommes la vie, les autres seront la mort. »

Ce qui se passe ensuite est stupéfiant. Le tueur sourit, après avoir parlé.

C’est un sourire d’enfant, un sourire parfaitement apaisé, comme les sourires des anges chez les peintres baroques. Il y a une grande douceur dans son regard. Véritablement, c’est un regard débordant d’amour. L’homme est soudain transfiguré, au point qu’on a peine à croire que c’est la même personne qui, dix secondes plus tôt, suait littéralement la rage et la haine. A présent, Maxime Blanco resplendit d’amour.

Geste rapide de la main. Ecran noir.

*

Rosso posa un petit verre de rhum devant Cardan.

« Merci », dit elle, avant de s’envoyer deux centilitres dans le gosier.

Rosso répondit, avec une douceur inhabituelle : « A votre service, doc. »

Berg referma l’ordinateur portable. Puis elle se laissa basculer en arrière dans son fauteuil.

« Alors, doc ? Vous en pensez quoi ? »

Cardan essaya de rassembler ses idées. Parfois, il faut laisser parler l’instinct.

Elle demanda la permission de s’allumer une cigarette. En principe, fumer était interdit partout dans les intrazones, mais Cardan savait par expérience que les flics sont les mieux placés pour transgresser la loi.

Avec deux centilitres de rhum et une cousue, tout va mieux.

« Bon, » fit-elle, « nous avons affaire à un authentique psychopathe. Il est évident que ce n’est pas un crime passionnel classique. En l’occurrence, je dirais que le mobile passionnel a servi de prétexte, ou de révélateur si vous préférez. Ce type est fou à lier. »

Elle esquissa un sourire un peu triste.

« Jusque là, vous n’aviez pas besoin d’un psychiatre criminologue pour vous en rendre compte, je pense. »

Rosso grogna : « Non, mais c’est toujours intéressant d’avoir confirmation. »

Berg reprit : « Ce que nous voudrions savoir, doc, c’est surtout : et maintenant, qu’est-ce qu’il va faire ? Maxime Blanco est dans la nature, et nous n’avons à ce stade aucune piste. Nous ignorons où il est, la seule chose que nous savons, c’est qu’il a retiré hier une grosse somme en argent liquide. »

« Eurodollars ou consobons ? », demanda Cardan.

La question était cruciale : l’eurodollar était une monnaie stable, indexée sur le cours boursier des mégacorpos, alors que le consobon perdait pratiquement le tiers de sa valeur chaque mois. Cette monnaie de singe avait été créée pour payer les salaires des extrazonards. Cela leur permettait de consommer mais, vu l’érosion permanente de leur maigre bas de laine, il leur était impossible d’épargner…

Si Blanco n’avait sur lui que des consobons, il se retrouverait très vite à la rue. En revanche, s’il possédait des eurodollars, il pouvait raisonnablement espérer trouver refuge dans une extrazone, moyennant finances. Dans une extrazone, on pouvait acheter n’importe quoi avec des eurodollars.

« Eurodollars, » répondit Berg. « Blanco est eurorésident privilégié, il possède un appartement dans l’hyperzone de Neuilly. Il est à jour de cotisation sur Paris Intrazone et sur New York Intrarea. Il avait un job important chez Synactis, le groupe de développement informatique. Ce type a les moyens de s’offrir des eurodollars, croyez-moi. »

Cardan réfléchit. Elle avait peu, très peu d’éléments à sa disposition, mais c’était suffisant pour amorcer quelques pistes.

« Blanco est un tueur en série potentiel, » lâcha-t-elle enfin. « Ce qui révèle le tueur en série potentiel, dans son modus, c’est le caractère rituel de l’acte. A en juger par son discours final, il est en plein délire mégalomane. Bref, un concentré de pathologies. Extrêmement dangereux. »

Rosso intervint : « A votre avis, va-t-il tuer à nouveau dans les jours qui viennent ? »

Cardan secoua la tête en signe d’ignorance.

« Il est presque impossible de prévoir le comportement d’un tueur, vous le savez bien. De toute manière, il faut me laisser le temps d’analyser cette vidéo. Je pense que nous avons affaire à un illuminé plus ou moins mystique. »

Berg hocha la tête.

« Donc, doc, vous êtes prête à nous appuyer si nous demandons le classement de cette affaire en code rouge ? »

Cardan réfléchit. Le « code rouge » était une catégorie spécifique de crimes et délits, catégorie qui avait été créée quelques années plus tôt, pour faciliter le travail des forces de l’ordre dans les extrazones. Travailler sur une affaire « code rouge » présentait de nombreux avantages pour les flics. Certaines règles de droit étaient assouplies. Les interrogatoires « musclés » étaient autorisés sous le contrôle de la hiérarchie, et le maintien en garde à vue pouvait être prolongé presque indéfiniment.

Cardan n’aimait pas beaucoup les « codes rouges ». L’idée était que dans certains cas, on pouvait en quelque sorte tirer un trait sur les principe

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