Évènements

Que rien ne change

Publié le : 07/05/2007 00:00:00
Catégories : Archives Scriptoblog (2007-2013) , Articles par intervenants , Articles par thèmes , L'Abbé Mickey , Politique

autruche_croquis

Ce qui frappe dans l’élection de Sarkozy, c’est le paradoxe qui s’en dégage si l'on s’en réfère aux scrutins précédents : 21 avril, échec de la droite aux régionales et non à l’europe.

Cette fois, les Français ont choisi au premier tour trois candidats européistes et porté à l’Elysée celui qui incarne le plus l’Euromondialisme marchand que le fameux modèle social français est sensé rejeter. Oui, c’est paradoxal, et on est plus d’un sur scripto à s’être mis le doigt dans l’œil.

Mais en fait, non, si l’on retire le doigt et qu’on y regarde de près, la continuité est totale entre ces différents scrutins. Le non à l’europe a été faussement interprété comme un sursaut patriotico-démocratique contre l’Europe bruxelloise, mais d’un point de vue électoral, il s’agissait surtout du basculement des catégories de fonctionnaires B et C dans l’euroscepticisme de peur de ne pas conserver leur avantages acquis.

La constante du comportement des français depuis la fin de l’age d’or des trente glorieuses, et malgré toutes les promesses électorales en faveur du « changement » (de Mitterand jusqu’à Ségo et Sarko), c’est justement que rien ne change.

Et surtout, que rien ne change dans leurs fausses croyances : que l’Europe soit, quand même, la condition de notre survie économique alors que chaque jour apporte des nouvelles preuves du suicide industriel qu’elle met en place au profit d’élites financières cosmopolites, que l’immigration est une nécessaire source d’enrichissement et d’ouverture sur le monde alors qu’elle aboutit à un cocktail de communautarisation ethnique au bord de l’explosion, que des services publics forts sont le symboles d’un pays fort alors qu’ils ne sont plus que le refuge de tous les abus, avantages et prévarications d’un dialogue social devenu totalement sourd, que la France est un grand pays de culture alors la culture populaire a sombré corps et biens dans le psychologisme bourgeois d’une clique privilégiée inculte associée (jusqu’à la ville) au rap haineux de la subversion subventionnée, que la voix de la France continue de compter dans le monde alors qu’aujourd’hui partout où je me rends le Français autrefois admiré n’est plus considéré que comme un connard arrogant.

Je ne parviens pas encore à croire que les Français aient pu gober un moment le retournement de veste spectaculaire de Sarkozy le 14 Janvier, son discours sur la nation, ses références à l’identité nationale et tout le toutim tactique qui a rétamé Papa Le Pen.

Je crois au contraire que les français ont bien senti, inconsciemment, que la société multiculturelle marchande, à laquelle les grandes puissances du capital les destine, est devenue incontournable, ils ont donc logiquement choisi le système avec lequel ce type de société est le plus viable : le libéralisme sécuritaire.

C’est le choix éveillé d’un peuple fatigué de se battre, de l’une des nations les plus vieilles du monde en train de disparaître, un choix pour que dure la France un petit peu plus, s’il vous plaît, Monsieur le bourreau, et que pendant encore un petit instant de rémission avant l’effondrement programmé, une dernière fois, rien ne change.

Partager ce contenu