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Recension de "Atlas du mondialisme" de Pierre Hillard | Par Thierry Thodinor

Publié le : 19/10/2017 18:48:39
Catégories : Actualités des éditions Le Retour aux Sources , Auteurs , Pierre Hillard , Recensions

Pierre Hillard cherche des causes aux événements, il est donc complotiste


Pierre Hillard en séance de dédicaces à la librairie Facta (Paris), le 1er juillet 2017.
(@Photo : Le retour aux sources éditeur).

Ceci posé, gageons qu'il n'est peut-être pas vain de chercher à comprendre les référents spirituels du mondialisme et qu'il est original autant que salubre de cartographier une idéologie qui porte la destruction de toute transmission comme la nuée porte l'orage... le monde enchanté d'Emmanuel Macron a des racines profondes.

Pierre Hillard perçoit la politique internationale comme un sous-produit de querelles religieuses et il interroge l'impact politique et géopolitique du judaïsme. Les juifs, peuple prêtre intermédiaire unique du Dieu Un, doivent encadrer les Gentils par une religion conservée par Israël, le noachisme incubé dans le Talmud. 

Il convient de structurer le monde politiquement pour préparer l'arrivée du Messie : cela passe par la mise en place d'une gouvernance mondiale soit une organisation politique et spirituelle de la planète  adossée à une foi unique compatible avec la reconnaissance universelle du Messie des juifs. Les droits de l'homme, spiritualité laïque pour les non juifs, en sont la version profane.

Mais la marche vers la gouvernance mondiale est hérissée d'épisodes violents.

En 1492, le décret de l'Alhambra acte l'expulsion des juifs d'Espagne et provoque un reformatage de la Kabbale : aux yeux des juifs, l'exil du peuple juif sur terre fait écho à l'exil de la présence divine dans l'univers. L'affrontement des deux grandes factions du judaïsme prend un tour nouveau : la faction sacerdotale (hassidisme), gardienne de la « vraie » Kabbale et « prêtresse de l'humanité » perd dès lors continuellement du terrain sur la faction « proto-sioniste » qui entend provoquer la venue du Messie en forçant le destin de l'humanité.

Dans la mystique de la Kabbale tardive, une unité fondamentale relie les notions d'apocalypse, de révélation et de rédemption. La rédemption messianique passe par la catastrophe, le sacrifice au sens biblique.

Dans la perspective de ce que Pierre Hillard nomme la nouvelle synagogue, deux guerres mondiales et leurs cortèges de souffrances sont le prix à payer pour aboutir à la création d'un Etat juif (déclaration Balfour puis reconnaissance par l'ONU). Mieux encore, si l'on ose dire, pour les sabbatéens au 17e siècle comme dans le frankisme du 18e siècle, la rédemption passe par la transgression et c'est le pouvoir sanctifiant du péché qui précipitera l'arrivée du Messie. Cette mystique, imprégnée de superstitions et qui se situe à l'orée du satanisme, trouvera des prolongements dans la franc-maçonnerie - à l'origine de la Révolution française et du génocide arménien; elle marquera également toutes les subversions à venir du libéralisme au communisme.

Le frankisme est un nihilisme religieux : l'homme devient à lui-même sa propre loi.

Les hérésies, la Réforme protestante, la franc-maçonnerie, toutes caractérisées par le nominalisme/relativisme, le naturalisme (rejet de la transcendance) et la primauté de l'homme procèdent d'une démarche similaire. La République universelle promue au 18e siècle dans la foulée de la Révolution française prendra le nom de gouvernance mondiale à la fin du 20e siècle ; dans les deux cas, c'est le citoyen hors sol, l'homme unidimensionnel et sans qualité qu'il s'agit de construire.

L'histoire récente est marquée en profondeur par l'attente messianique et son idéal affiché de paix et de fraternité universelles opposées au présumé égoïsme des nations.

Israël échappe toutefois à cet opprobre puisque selon les factions sionistes, le retour d’Israël dans ses frontières bibliques et la reconstruction du Temple - détruit par les légions de Titus - hâteront la venue du Messie.

Les forces atlantistes ont délibérément provoqué une dislocation du monde arabe (arc de crise allant de la Corne de l'Afrique au Pakistan) qui pourrait donner à terme une consistance au projet de reformation du Grand Israël s'étendant du Nil à l'Euphrate. 

L'arrivée du Messie sera accélérée par la chute de Rome - le Quatrième Empire qui se prolonge dans l'Europe chrétienne. Elle se fera par l' « intégration de l'église dans les instances mondialistes » et par la perte de sacralité du pape, Vicaire du Christ, qui marquera symboliquement la fin du dogme de l’Incarnation – i.e. la nature à la fois humaine et divine du Christ.

En 1962, les Gentils catholiques se sont, sous l’œil d'observateurs protestants, rapprochés singulièrement de l'idéal noachiste à l'occasion du Concile de Vatican II : Vatican II c'est d'abord la modification du rite de consécration : en conséquence, le pape perd son caractère sacré ; c'est aussi une refonte complète de l'enseignement de l'Église sur les Juifs ; c'est enfin et surtout une adhésion complète de l'église à la Déclaration - et à l'idéologie - des droits de l'homme.

A l'échelle profane, l'agenda de la construction européenne, c'est le noachisme en actes : 

- Dissolution des Etats-nations,
- Protection des minorités,
- Déracinement des hommes.

L'Europe des régions, intégrée à la gouvernance mondiale, se construit sur la base  d'un redécoupage en eurorégions, véritables départements d'échelle continentale. Ce redécoupage est à mettre en parallèle avec les précédents redécoupages d'inspiration maçonnique qu'ont connue la France jacobine (départements) et l'Empire Ottoman des jeunes turcs (vilayets).

Ces eurorégions, par construction des entités artificielles, sont soustraites à l'autorité de l'État et mises sous la dépendance du pouvoir supranational de Bruxelles – i.e. des multinationales qui y font la loi. Le remplacement des organisations sociales léguées par la longue histoire -  Provinces, Etats, frontières - par des entités administratives a-historiques conduit à la mise en esclavage de peuples déracinés au service d'oligarchies anonymes.

Pierre Hillard relève que les États-Unis ne sont pas épargnés par les réaménagements mondialistes des territoires et que nous assistons à « l'émergence d'une nouvelle civilisation reposant sur un réseau de mégacités ».


Deux variantes du mondialisme s'affrontent aujourd'hui : un mondialisme anglo-saxon unilatéraliste soutenu par l'administration américaine et un mondialisme multilatéraliste/planétarien soutenu par la Russie de Poutine et le président des États-Unis Donald Trump. Ces oppositions recoupent les querelles des deux factions antagonistes du judaïsme : 

- Le clan sioniste (les Rothschild dont l'appui au frankisme puis au sionisme fut sans faille) fait front derrière le mondialisme occidentaliste, libéral-libertaire et transhumaniste, 
- Le clan loubavitch (fraction de l’hassidisme) de Berel Lazar soutient un mondialisme planétarien reposant sur des unions régionales interdépendantes.

Dans chaque pays les factions oligarchiques s'opposent sur l'organisation et la hiérarchie entre les membres de la gouvernance mondiale. Mais à terme, prévient Pierre Hillard, les deux convergeront dans « une humanité déracinée et bigarrée au service d'une élite prédatrice ».

« Les temps semblent mûrs » pour une apocalypse inéluctable et hyper-violente: gouvernement mondial, monnaie mondiale et religion mondiale sont désormais à portée de main mais il faudra en passer par des guerres et des crises économiques d'ampleur biblique.

Les temps sont mûrs mais pour quoi : l'avènement de la tour de Babel ou la révolte des peuples ?

Thierry Thodinor
Fonctionnaire international et journaliste.
19 octobre 2017

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