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Recension de « Retour sur Maïdan » de Lucien Cerise dans « Le Harfang »

Publié le : 01/06/2017 11:51:50
Catégories : Actualités des éditions Le Retour aux Sources , Auteurs , Lucien Cerise , Recensions

Paru dans Le Harfang, le magazine de la Fédération des Québécois de souche.


Les ouvrages de géopolitique sont souvent lourds et monotones, mais le tout dernier de Lucien Cerise fait exception et, malgré la densité des informations et la profondeur des analyses, toutes étayées par de nombreuses références, se lit comme un polar. C’est comme disent les Américains un véritable « page turner ».

Le tout débute sur la place Maïdan à Kiev, l’Euro-Maïdan, place symbolique de ce qui est devenu le coup d’État le plus évident du XXIe siècle.

Lucien Cerise, Place Maïdan (Kiev) - novembre 2016.

Au-delà des revendications des groupes présents, dont certains sont clairement proches de nos idées, on comprend que ce changement de régime avait d’abord et avant tout comme objectif de ralentir la progression de la Russie dans sa sphère traditionnelle d’influence.

On le comprend en comparant les résultats du coup d’État ukrainien avec les motivations des groupes qui l’effectuèrent. Les nationalistes qui renversèrent le pouvoir corrompu ne souhaitaient certainement pas qu’une certaine oligarchie mette la main sur différents secteurs de l’économie, que la politique extérieure ne s’aligne sur Israël et l’Union européenne ou que le pays s’ouvre soudainement aux demandes de la communauté LGBT. Ils ont lutté pour une Ukraine nationaliste et, aujourd’hui, c’est une Ukraine mondialisée qui a émergé.

Le modèle occidental, avec son multiculturalisme mortifère et son libéralisme tyrannique, y a été implanté sauvagement par les commanditaires de cette prise de pouvoir. L’ingénierie sociale développée à l’Ouest pour faire gober le Grand remplacement et le cosmopolitisme déraciné est désormais à l’œuvre dans ce pays qui paradoxalement en avait été préservé par le régime communiste.

Ces événements ne se sont pas déroulés à l’autre bout du monde, mais bien au cœur de l’Europe. Une question légitime s’impose : les pays occidentaux sont-ils à l’abri d’une « révolution colorée » comme celle d’Ukraine mais aussi celles des pays de l’Est et du Maghreb ?

Dans tous ces cas, on retrouve toujours le même modus operandi : des groupes contestataires d’extrême-gauche, d’extrême-droite ou djihadistes qui se retrouvent manipulés souvent malgré eux par des puissances les surpassant qui n’ont que faire de leurs revendications. Ce qui leur importe c’est d’avancer leur agenda géopolitique dans le « Grand jeu » qui se joue en ce moment au mépris des peuples et de leurs aspirations légitimes.

L’Oncle Sam qui tente tant bien que mal de conserver son hégémonie sur la planète, un monopole de plus en plus ouvertement contesté par des puissances qui émergent à l’Orient, n’a pas d’amis, il n’a que des intérêts. En ce sens, il n’hésite pas à lancer des guerres hybrides (polymorphes) contre quiconque menace ses intérêts. Hier le Maghreb, aujourd’hui l’Ukraine et demain notre pays s’il devait sortir du rang.

La façon de faire est plus insidieuse qu’auparavant. Les sanctions économiques, les renversements « démocratiques » de régime et les frappes ciblées ont remplacé le déploiement traditionnel des armées d’hier. Et tout cela appuyé par une pléthore d’ONG plus ou moins indépendantes souvent téléguidées par des amis comme George Soros. Ce sont ces ONG qui préparent le terrain, qui fomentent des manifestations qui n’ont rien de spontanées et qui financent et équipent les opposants locaux. Les manifs sont alors mises en scène pour s’assurer une médiatisation maximale.

Alors la désinformation peut débuter ; la machine de propagande part au quart de tour. Un monde factice dans lequel mensonges et illusions deviennent la norme est créé et il est impossible pour l’observateur de savoir ce qui est réel, à moins de creuser et fouiller – ce qu’a fait Lucien Cerise pour nous. La force de cet ouvrage est d’ailleurs de ne pas se cantonner à l’Ukraine, mais d’observer comment les mêmes techniques ont été employées dans divers pays qui n’avaient qu’une chose en commun : ne pas être dans la zone d’influence américaine. Et inversement, les opposants soient-ils l’État islamique, le Secteur droit ou les antifas ont aussi leur dénominateur commun : ne pas remettre en question le statu quo géopolitique actuel. Ce qui compte désormais aux yeux de l’Oncle Sam ce n’est plus l’idéologie, mais bien l’adhésion à l’idée d’un monde unipolaire dirigé par Washington ou son refus. Le reste n’est plus pertinent.

Par Rémi Tremblay, rédacteur en chef du Harfang.
Sommaire du n°5, vol. 5, juin/juillet 2017.

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