Évènement

Recension de « Retour sur Maïdan » de Lucien Cerise sur Boulevard Voltaire

Publié le : 18/09/2017 21:46:07
Catégories : Actualités des éditions Le Retour aux Sources , Auteurs , Lucien Cerise , Recensions

Maïdan, nous dit Lucien Cerise, c’est le prologue au pré-positionnement des armées occidentales sur tout le front russe.


Lucien Cerise sur la place Maïdan à Kiev (Ukraine) en novembre 2016. (Photo : Le retour aux sources éditeur).

Epistémologue et spécialiste du langage, Lucien Cerise accède à la notoriété avec son livre Gouverner par le chaos, révélant les coulisses de la manipulation de l’opinion dans le contexte de la mondialisation. Il revient, dans son dernier ouvrage Retour sur Maidan, sur les événements du Maidan de l’hiver 2013-2014 et s’efforce de mettre en lumière les méthodes d’ingéniérie sociale qui les ont rendus possibles.

Du changement de régime à la guerre

L’industrie du changement de régime a bien changé depuis les temps rustiques des pronunciamientos. Nul besoin, désormais, de généraux à face de carême. L’ingérence et le coup d’État postmoderne se doivent d’être festifs et compassionnels, bariolés et télégéniques, calibrés pour la société du spectacle.
Mais si le général Tapioca se repose, c’est pour mieux préparer le terrain au docteur Folamour : Maidan, nous dit Lucien Cerise, c’est le prologue au pré-positionnement des armées occidentales sur tout le front russe. Le projet hégémonique du capitalisme mondialisé actualise le plan antirusse de l’Intermarium – continuum politique de la « fédération entre les mers » entre la Baltique et la mer Noire – jadis théorisé par Józef Piłsudski.
Forte et unie, la Russie incarne une alternative civilisationnelle au modèle occidental ; faible et désintégrée, son immense espace peut être mis au service du capitalisme occidental.
Demeure la difficulté de faire adhérer les masses à la rhétorique guerrière.

Management des perceptions

La « révolution » du Maidan est le parangon d’une guerre hybride utilisant toute la gamme des moyens non linéaires : opérations psychologiques, clandestines, cybernétiques ; l’ouvrage de Lucien Cerise, très documenté, abonde d’illustrations de cette forme furtive d’ingérence étrangère.
Les médias ont créé de toutes pièces la légende d’une Russie ennemie héréditaire de l’Ukraine.
Puis ils ont fabriqué une illusion de soulèvement de masse : plans serrés sur le village de tentes, figurants recrutés par petites annonces.
Pour les services de tutelle (CIA et MI6) de cette « révolution de la dignité », les idées n’ont aucune importance en elles-mêmes : elles sont de simples déclencheurs comportementaux à destination des troupes de procuration.
N’importe quelle alliance est acceptable et le pragmatisme commande de s’appuyer sur les forces locales du chaos (néonazis, supporters de foot,…), idiots utiles d’une opération de changement de régime maquillée en révolution.
De la réactivation des réseaux Gladio de la guerre froide par leur mentor anglo-saxon point un bug important dans la narration du gros média cosmopolite : les insignes et tatouages des armées du Bien évoquent plus aisément la division das Reich que l’esprit Charlie.
Cette « révolution de la dignité » n’a pas été le fait de sans-culottes dépenaillés mais de groupes équipés et entraînés de longue main.

Virtualisme et pensée magique dans un monde post-factuel

Le projet du capitalisme mondialisé américain est un irénisme qui piétine les cultures (« Je me fous de votre culture », Joe Biden dixit) au nom de droits abstraits ciselés pour certaines minorités.
Islamistes, gauchistes, fascistes, antifas, LGBT, immigrés clandestins : tout fait ventre pour déboussoler des populations au conservatisme spontanément antinomique de la société ouverte rêvée par Soros.
Cette hégémonie atlantiste en formation sur le monde révèle sa vraie nature : une dictature du néant vomissant du spectacle, de la consommation et de la dette pour des populations hystériques et déracinées.
L’obstacle qui doit disparaître est l’État-nation protecteur ; c’est chose faite dans toutes les banlieues de la planète où viennent se déverser les pathologies sociales de l’Occident.
Plongées « dans un bain quotidien de déréalisation », les foules finissent par accepter l’inacceptable (ici la guerre) sans tenir compte du monde réel.
Transhumanisme et marchandisation illimitée sont le nouveau credo de la corporatocratie américaine.
Tout ce qui se mettra sur son chemin verra sortir de l’ombre les armées de procuration de l’Oncle Sam.

Thierry Thodinor
Fonctionnaire international
Pour Boulevard Voltaire.

Articles en relation

Partager ce contenu