Reconnaître un totalitarisme en 10 leçons

Publié le : 06/02/2008 00:00:00
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adolf_hillary_croquis

1) Le totalitarisme abolit les frontières, toutes les frontières, même à l’intérieur des vies. Notamment entre le privé et le politique (public). En URSS, le Parti régissait le privé en l’abolissant. Aujourd’hui, c’est le contraire : le pouvoir dissout le public dans le privé.

2) Le totalitarisme promet l'unicité de l'humanité. Soit par une société sans classes, donc sans conflit. Soit par la création d'une nouvelle race, aryenne hier, métis aujourd'hui.

3) Le totalitarisme annonce la fin de l'histoire. Simulacre du paradis biblique, il a l'ambition de créer, par la seule volonté humaine, les conditions d'un nouvel Eden. Patrie des travailleurs hier. Race des seigneurs hier. Mondialisation heureuse aujourd'hui. Evidemment, ça ne marche pas. Mais c’est toujours parce qu’on n’en a pas fait assez…

4) Le totalitarisme réduit l'homme à une seule dimension. Pour réaliser l'unicité de l'humanité, le totalitarisme ne peut que la réduire à une dimension. Hier le producteur, l’homme racial, aujourd'hui les deux à la fois mais inversés : le consommateur métissé.

5) le totalitarisme ment et tient un double discours. Entre la réalité et sa doxa, un gouffre. Pourquoi ? Le totalitarisme est basé sur un mensonge, ou plutôt sur une promesse mensongère, celle du point 3. Donc il faut fabriquer une réalité fictive pour que le réel colle à la théorie. Pravda hier. Goebbels hier. Le JT aujourd’hui.

6) Le totalitarisme est dual. L'unicité ne pouvant être réalisée alors que la réduction de l’homme à une dimension est sans cesse renforcée, il y a découplage entre la masse, unidimensionnelle, et l’élite, qui se réserve mécaniquement le principe d’humanité, dans sa complexité. Hier l'avant-garde éclairée des prolétaires. Hier, les SS, fondateurs de la nouvelle race hitlérienne. Aujourd'hui, l'hyperclasse mondialisée attalienne.

7) Le totalitarisme est anti-autoritaire. Il abolit toutes les hiérarchies, au profit d'une seule : la dualité précitée. Il abolit toutes les autorités, au profit d'une seule : l'élite autoproclamée inscrite dans cette dualité. Hier, le Parti Communiste Russe tente anéantir l’Eglise orthodoxe, puis la rachète faute de mieux. Hier, le NSDAP tente de racheter l’Eglise catholique, et l’aurait détruite s’il avait eu le temps. Aujourd'hui, le capital dirigeant le monde anéantit méthodiquement les élites politiques extérieures à la sphère économique.

8) Le totalitarisme est impérialiste. Il ne peut exister que comme mouvement, puisqu’il promet des choses irréalisables. S’il cesse d’avancer, il tombe, il implose, il est confronté à ses échecs. Le pacte de Varsovie hier. L'Anschluss hier. L'étrange impérialisme de la faiblesse de l’EU d’aujourd'hui, qui veut absorber la Turquie.

9) Le totalitarisme n’aime pas la France, parce que l’esprit français consiste à poser des limites. Les Français votent communiste en 1945, mais ils ne sont pas communistes. Pas assez sérieux pour ça. Hier occupés, ils collaborent avec l'Allemagne nazie, et en même temps ils résistent. Les Allemands n’ont toujours pas compris comment on pouvait à ce point saboter intelligemment. Normal : chez nous, c’est instinctif, on n’a pas eu besoin de bosser pour ça. Aujourd'hui, La France s'oppose à la guerre en Irak, non à l’impérialisme neocon, et vote la loi contre les signes religieux, non à l’impérialisme islamique.

10) Quand le totalitarisme s’écroule, les gens qui le servaient se demandent comment ils ont pu se laisser embrigader là-dedans. Tête des Allemands découvrant les camps de la mort en 1945. Incapacité des soviétiques à expliquer eux-mêmes comment ils ont pu supporter trois quarts de siècle de bolchevisme.

Et demain ?

Quand le totalitarisme mondialiste et néolibéral s’écroulera, les Européens enfin unis, vraiment cette fois, se gratteront la tête en se demandant : mais qu’est-ce que je faisais quand on organisait l’implosion de l’Europe et la destruction de la liberté ? Et ils ne sauront pas quoi répondre.

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