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Réponse à Laurent James

Publié le : 13/02/2012 01:33:54

reichstag

Dans un texte récemment publié sur le web, Laurent James, que je n’ai hélas pas l’heur de connaître personnellement, critique fortement la position adoptée par Alain Soral concernant Marc-Edouard Nabe – un monsieur que, d’ailleurs, je ne connais pas davantage. N’ayant aucune part aux éventuelles querelles de personnes, je me permettrai cependant ici une rapide réponse à Laurent James. Sur le fond.

On trouve en effet dans le texte de monsieur James le passage suivant :

« Il y a, derrière tout ceci, un certain « esprit Internet » qui me dégoûte… J’imagine parfois ce qui se serait passé, si le web avait existé à l’époque de Pearl Harbor. D’abord, tous les pro-nippons, et de manière générale, les anti-américains de la planète auraient applaudi des deux mains. Ensuite, apprenant l’entrée en guerre des Etats-Unis dès le lendemain, quelques bloggers « malins et à qui on ne la fait pas » se seraient demandé pourquoi les avions américains avaient été délibérément concentrés au début de décembre 1941 sur des plateformes de cuirassés US Navy facilement repérables, ou pourquoi la troisième vague d’attaques aériennes (qui aurait entièrement détruit la flottille américaine) n’a pas été ordonnée par l’amiral Nagumo, avant de dévoiler que certains fonctionnaires haut placés (jusqu’à Roosevelt lui-même) étaient au courant de l’agression bien avant qu’elle n’ait eu lieu. L’ensemble idéologique aurait pris corps, et peu à peu, des dizaines de spécialistes se seraient mis à démontrer que l’attaque était militairement et physiquement impossible, et que les pseudo-avions japonais étaient en réalité conduits par des chinois, en mission commandée pour permettre de justifier l’entrée en guerre des USA. Des internautes auraient ensuite écrit un livre collectif intitulé « L’attaque de Pearl Harbor n’a pas eu lieu ». Les pro-nippons de la première heure qui avaient salué le courage des soldats japonais auraient finalement passé pour d’infects collabos, faisant le jeu des rooseveltiens bellicistes et travaillant en secret pour la destruction atomique de Hiroshima et Nagasaki. En gros, si tu pars en guerre contre les Etats-Unis, tu es une salope car tu fais le jeu des Etats-Unis. Et ceci, même si tu te rends dans la région de Chûgoku au début du mois d’août 1945 pour exalter l’héroïsme du peuple nippon sous la forme d’un roman intitulé « Eté de Feu ». Je dis ça, c’est juste pour rappeler en passant que Nabe était présent à Bagdad en mars 2003 pour assister aux prémices de la troisième Guerre du Golfe. »

Il n’est pas difficile de reconnaître, derrière le drôlatique « L’attaque de Pearl Harbor n’a pas eu lieu » une référence à un ouvrage collectif auquel j’ai collaboré récemment : « Le 11 septembre n’a pas eu lieu ». On peut donc supposer que ce que monsieur James nous dit ici, c’est, en substance, que les auteurs de ce livre, dont ma modeste personne, auraient en quelque sorte déconsidéré l’héroïsme supposé des supposés terroristes islamiques du 11 septembre 2001 – faisant ainsi, d’une certaine manière, le jeu de l’impérialisme américain.

Soit. Répondons à la critique.

En premier lieu, on remarquera que le 11 septembre 2001 n’a objectivement pas du tout affaibli la puissance américaine. Le coût financier et humain des attentats, pour considérable qu’il ait été, est dérisoire par rapport aux moyens de la puissance états-unienne. Et l’état de choc où les attaques ont plongé la population américaine a, par contre, rendu possible une très sensible accentuation des tendances autoritaires du pouvoir fédéral – un pouvoir fédéral qui, on l’oublie trop souvent, est aussi en lutte contre sa propre population. Ces attaques ont justifié l’invasion de l’Afghanistan, position stratégique aussi importante que l’Irak, pour l’empire anglo-saxon.

Bref, il est manifeste que les attentats du 11 septembre 2001 ont beaucoup plus servi les intérêts bien compris de l’impérialisme que ceux de ses adversaires, et cela dit sans préjuger aucunement de l’héroïsme éventuel de leurs exécutants. Dans une guerre, ce qui compte, ce sont les résultats. Comme l'avait fort justement constaté le défunt général Patton, "aucun connard n'a jamais gagné une guerre en mourant pour son pays", mais quant à nous, dans l’ouvrage cité implicitement par monsieur James, nous n’avons porté aucun jugement sur les exécutants supposés.

En second lieu, on observera que la version officielle des attentats du 11 septembre 2001 ne tient pas la route. C’est un fait, et cela n'a rien à voir avec la situation beaucoup moins nette étudiée par les historiens concernant Pearl Harbor. Il suffit de se pencher sur le dossier quelques minutes pour se rendre compte que, manifestement, on nous a présenté, s'agissant du 11 septembre, un scénario absurde. Avions qui réussissent des manœuvres physiquement impossibles, immeuble qui s’effondre sans avoir été percuté par quoi que ce soit, invraisemblable absence de réaction de la chasse américaine, incohérence entre l’impact sur le Pentagone et les caractéristiques du moyen porteur supposément impliqué… Je renvoie les lecteurs à l’ouvrage « Le 11 septembre n’a pas eu lieu », ouvrage qui, d’ailleurs, ne propose pas de version « complotiste » alternative, et se borne à faire l’inventaire édifiant des absurdités de la version officielle.

En troisième lieu, on doit signaler qu’il existe un faisceau d’indices convergents plaidant pour une pré-connaissance des attentats par une partie de l’oligarchie impérialiste. C’est particulièrement net sur le plan financier : renégociation suspecte de l’assurance du WTC par son propriétaire juste avant les attentats, délits d’initiés certains sur United Air Line, délits d’initiés qui semblent impliquer un haut cadre de la CIA : n’en jetez plus. Cela ne prouve pas que ces gens aient organisé les attentats. Mais cela laisse penser, en tout cas, qu’ils en savaient long, et par avance. Ce n'est pas rien, là encore. On ne peut comparer cette situation avec celle qui existait au moment de Pearl Harbor. Comparaison, décidément, n'est pas raison.

En quatrième lieu, on doit rappeler à monsieur James que les contacts entre « Al Kaïda » et la CIA sont bien antérieurs au revirement récent, presque drôle d’ailleurs vu son obscénité, et qui nous vaut désormais l’apparition miraculeuse d’islamo-wahhabites « modérés » et « occidentalo-compatibles ». Dès les années 80, il y a collaboration entre les réseaux d’Oussama Ben Laden et les services américains. L’intitulé « Al Kaïda », « La base », vient lui-même de la CIA : il s’agit d’une base de données constituée par les Américains sur les extrémistes issus de la mouvance salafiste/wahhabite. Alors, n’est-ce pas, nous voulons bien croire que les terroristes  du 11 septembre, si terroristes il y eut, étaient de valeureux guerriers, mais en attendant, qu’on ne vienne pas nous dire que leur mouvance n’avait rien à voir avec les services américains.

En cinquième lieu, je ne puis que suggérer à monsieur James de lire un petit livre collectif publié par le même éditeur que celui du « 11 septembre n’a pas eu lieu ». Il s’agit d’un ouvrage intitulé « Choc et simulacre », qui décortique les techniques de manipulation utilisées dans le cadre de ce que les stratèges américains ont baptisé la « guerre de quatrième génération ». Monsieur James constatera que West Point, dès la fin des années 80, avait théorisé la nécessité, pour le camp « occidental », d’aider ses adversaires à s’organiser afin de pouvoir les attirer sur le terrain de l’affrontement direct. Pour ma part, j’en ai déduit que l’hypothèse d’une instrumentalisation des réseaux islamo-terroristes par les services américains, britanniques ou israéliens, avait de bonnes chances de recouvrir quelques réalités, entre autres s’agissant du 11 septembre 2001.

Enfin, nous pourrions peut-être objecter à monsieur James que jusqu’à plus ample informé, l’islam est une religion, et qu’à ce titre, il possède un corpus doctrinaire, incluant un volet éthique.  Il n’y est pas écrit, pour autant que nous le sachions, que « si tu zigouilles les enfants des infidèles, ton âme va directement au Paradis avec ses claouis empaquetés dans sept couches de slip », chose, apparemment, qu’on trouvait dans les paraît-il manuels des terroristes complaisamment oubliés par les valeureux guerriers wahhabites derrière eux, avant d’aller commettre, toujours dit-on, les attentats du 11 septembre 2001. Et il ne nous apparaît pas qu’entretenir la confusion entre la Sunna et ce « manuel des terroristes » soit un service à rendre aux musulmans d’une manière générale, et à nos compatriotes pratiquant cette religion, en particulier.

Tout ceci pour dire, en synthèse, que je crois pouvoir parler au nom des auteurs du « 11 septembre n’a pas eu lieu » en disant que nous sommes indifférents à la querelle entre monsieur Soral et monsieur Nabe. Mais que nous n’aimons pas beaucoup être pris à partie à l’occasion de cette querelle, surtout pour nous amalgamer à un certain « esprit Internet » que, pour tout dire, nous détestons autant que monsieur James.

Bien cordialement, malgré tout.

 

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