Évènement

Réponse à une réponse

Publié le : 18/08/2009 23:11:00
Catégories : Articles par intervenants

Choc

Un monsieur Cherif Mustapha a écrit à Scriptoblog. Ce monsieur est professeur d'université, spécialiste de l'islam et musulman lui-même. Il réagissait à l'article paru précédemment sur ce site, repris par divers sites : {ln:Réponse à un camarade}.

Sa contribution est intéressante, raison pour laquelle je la mets en ligne sur le blog. J'y répondrai dans un billet à venir, d'ici quelques jours.

Michel Drac

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La contribution de monsieur Mustapha :

Chers Messieurs David l’Epée et Michel Drac,

Vos articles ont retenus mon attention. Pour participer à votre passionnant débat, puisqu’il s‘agit d’Islam et de devenir géopolitique, je vous propose les réflexions suivantes, en tant que philosophe, citoyen du monde, de confession musulmane. C’est mon sujet, j’y travaille, depuis plus de trente ans, loin de ceux qui en ont fait un fond de commerce sur les plateaux de télés et autres soumissions aux industries de la sous culture. Un de mes derniers ouvrages à ce sujet, est une discussion avec Jacques Derrida, intitulé « Islam – Occident, paru en 2006, édition Odile Jacob.

Tout à fait, la question de l’islam est devenue un thème central en Europe occidentale. Mais, il faut se demander comment et pourquoi. Le comment : Cela se fait de la pire manière, dans la méconnaissance de cette religion, culture et civilisation, notamment depuis la chute du mur de Berlin, 1989, en s’inventant un nouvel ennemi. Après le péril dit rouge, le « vert » est mis en avant. Le pourquoi : La volonté d’hégémonie du système libéralo-fasciste a besoin d’un « épouvantail », de se construire un ennemi imaginaire, pour faire diversion aux problèmes politiques.

David L'Épée précise que nous assistons en Europe a un risque de substitution progressive de peuplement, c’est aller vite en besogne. Il ne s agit pas d`ethnie, mais de foi. De plus, même dans mille ans, la majorité des citoyens, attachée à l’individualisme étroit, à la jouissance à tout prix et au modèle dominant, n’a pas l’intention de se convertir. Même si David précise, à juste titre, qu’il n’y a rien de crédible à opposer à cette formidable espérance que représente l’Islam pour des millions et des millions d’individus à travers le monde. Il est vrai que l’Occident ne propose que l’économie de marché et le consumérisme hédoniste. Mais pourquoi dire : « nous avons déjà perdu » En quoi la possibilité de partager avec l`’islam des valeurs morales et un sens ouvert de la vie serait elle une défaite ? Les "convergences morales" et l’attachement à la justice sont une des voies possibles du renouveau. Les mouvements progressistes qui confondent islamisme (qui est indirectement au service de l'Empire) et islam (source inestimable de résistance vraie) et partant deviennent potentiellement anti-islam, d’une certaine manière, scient la branche sur laquelle ils sont assis. Ils se laissent piéger par les leurres de l’Empire qui divise pour régner. Comme vous le savez si bien, la stratégie de l'Empire est de cristalliser des lignes de clivage interdisant l'expression de la différence fondamentale, celle entre l'impérialisme et les peuples qui se veulent libres.

Michel, je ne crois pas que le temps de l’unilatéralisme triomphant et arrogant soit clos pour les USA, c’est loin d’être évident, malgré ses impasses actuelles, Ce n’est, hélas, pas encore la fin du mythe américain, ni le glas du mondialisme, nous sommes loin d’une réelle remise en cause de ce tragique faustien. Nous avons encore bien du chemin à faire, il y a lieu de travailler sans cesse à des convergences. Les résistances sont faibles et éparpillés. Il n’y a qu’à voir comment Israël, la tête de pont de ce système, colonise, discrimine, réprime et provoque, sans que le monde réagisse. Cette politique colonial est révélatrice des contradictions de la crise de la modernité selon la logique mercantile.

Mais, tout à fait d’accord pour dire, avec vous Michel, que l’opposition au mondialisme ne doit prendre aucune forme particulière, ni celle de l’islam, ni celle du socialisme, de l’écologie ou de toute autre doctrine. C’est premièrement irréaliste et, d’autre part, serait en contradiction avec le fait que le seul horizon fécond est celui de la diversité, de la pluralité, du droit à la différence, et non le remplacement d’une totalité par une autre. Je ne crois pas que David nie que la Pluralité de la résistance est le chemin valide, autour d’alliances objectives. D’autant que , aucun musulman sensé ne revendique le fait que l’opposition au libéralisme sauvage, lié à l’athéisme intolérant, au sionisme colonialiste et à l’extrémiste politico-religieux de tout bord, doit prendre une forme donnée. En effet, il y a plusieurs résistances au mondialisme « américanomorphe », et au culte du veau d’or. Mais, l’islam politique n’est pas seulement une de ces résistances, ni la seule, encore moins la plus importante, il est une contrefaçon, une réaction vouée à l’échec, car il trahit le vrai islam. D’où que l’Empire actuel américano-sioniste le manipule et amplifie ses effets.

Il est vrai David que le surgissement de l'Islamisme radical est le contrecoup des excès du cosmopolitisme de la modernité qui impose au monde entier le modèle de l'individualisme athée, le culte de la marchandise, la déspiritualisation des valeurs et la dictature du spectacle, entretenu par la pensée ultralibérale. David a raison de souligner qu’il n y a rien de commun entre l’islam et l’islamisme. Rien de commun avec l’Islam, les extrémistes islamistes ne sont en effet pas des musulmans– ce sont des produits du désordre mondial, des « occidentaux » mercantiles en puissance qui réagissent à l’envers. Il y a un abîme incommensurable qui sépare l’islam, qui fonde sa ligne sur la piété et la droiture, et le monde liberalo-pervers, jouisseur et cynique, comme le dit si bien David, d’un Occident abandonné aux ravages du libéralisme apatride, et qui produit des intégristes , qu’ils soient évangélistes, sionistes ou islamistes.

L’Islamisme, l’islam –politique c’est l’anti-islam. L’Islam, bien compris, est une autre version de l’humain qui résiste sur le fond, c'est-à-dire à la fois sur la question du sens, de la justice et de la logique ; par rapport à celle du système faustien fondé sur le tryptique : capitalisme, laïcisme, scientisme. Cette résistance là, n’est pas idéologique, conjoncturelle, ou partielle; elle est profonde, invisible, totale et fondamentale. D’où que, sans monopole de la résistance, et de surcroit à dissocier de celle fermée de l’islamisme, la résistance de l'islam face au mondialisme du veau d’or est décisive. D’où que, David perçoit la « force » de cette résistance pas comme les autres.

Nonobstant, ont doit tous comprendre qu’aujourd’hui les problèmes sont d’abord politiques et non religieux, en précisant que tous les niveaux se posent en même temps : politiques, économiques, éthiques, culturels. L’ensemble des peuples souffre des contradictions, dérives et errements de l’ordre dominant, et chacun d’eux a le droit d’y apporter sa réponse. La religion musulmane, comme toute donnée spirituelle, est certes d’abord religieuse, mais elle ne plane pas, elle n’est pas sur des nuages, son rôle n’est pas de consoler, ou de se limiter à promettre l’au-delà, elle vise aussi le concret de la vie, la question de la liberté, de la dignité et de la justice. Elle n’est pas politique que si on décide de mêler religion et politique, car elle ne les mêle pas, ne les confond pas, jamais, en tous les cas pas dans le Coran, ni chez le Prophète. Mais l’Islam est « politique » au sens noble, car il vise l’humain ici bas, confronté à l’épreuve de l’existence. Il refuse ainsi l’opposition entre la religion (le sens) et le politique (la liberté), distinguer et ne pas confondre c’est la ligne de l’islam, qui vise la cohérence, le lien. C’est une vision totale et équilibrée qui n’est pas totalitaire, d’où que l’islam est séculier, au sens de laïcité ouverte, depuis toujours. Il n’a pas d’Eglise, et laisse libre et responsable les citoyens de décider de leur présent et avenir. C’est tout cela sa singularité, qui est méconnue. Ce sont ceux qui le trahissent, l’instrumentalisent qui basculent dans la confusion.

Il faut savoir cher Michel, que nul musulman n’énoncera la nécessité d’une « unicité » de la résistance au mondialisme néolibéral, premièrement c’est nier la diversité prônée par le Coran, deuxièmement, c’est contre productif, et troisièmement la question est d’abord politique. Je constate que votre problème, à ce niveau, n'est pas avec les musulmans et que ce mot d’ordre : « tu ne me ressembles pas, mais nous allons nous défendre ensemble » est sage, porteur et intelligent. Tout à fait d’accord pour dire avec vous que : La résistance à une entreprise d’uniformisation ne saurait consister en la promotion d’une uniformisation contraire. Tout à fait d’accord pour dire aussi, avec vous, que La résistance au mondialisme, faux universalisme niveleur, réside justement dans ce constat : nous sommes divers, et cependant nous allons coopérer. C’est d’autant plus facile pour un musulman de le dire, que la revendication centrale de l’islam c’est de s’opposer à toutes les formes totalitaires, toutes les formes d’impérialisme, toutes les formes d’oppression, ce serait donc suicidaire et mortellement contradictoire que de vouloir prétendre remplacer un système hégémonique uniformisant par un autre ! Les islamismes, ne doivent pas servir de prétexte, à l’amalgame et à la diversion des graves problèmes que pose l’Empire.

Trois problèmes de fond, produits par l’Occident mercantiliste, interpellent tous les peuples et toutes les cultures : Sur le plan du sens, le fait est que le citoyen sujet du monde dit moderne n’a plus de lien avec la vie éthique, morale ou religieuse, à laquelle les cultures, les monothéismes en général et les musulmans en particulier sont attachés. Ce n’est pas la fin du monde, mais c’est la fin d’un monde. Et il nous faut le comprendre, pour tenter d’en inventer un autre qui échappe à toute fermeture et idolâtrie. La mondialisation du capitalisme sauvage produit une laïcité outrancière. Dans cette ambiance d’épuisement, sans racines, des groupes prétendument religieux prolifèrent, mais cela se fait de manière réactionnaire, dans une sorte de vide, ou de foire.


Sur le plan du savoir et de la connaissance, l’aspect inquiétant est la remise en cause de la possibilité de penser ou de penser autrement, une sorte de déraison. L’époque, qui se définit par son caractère techniciste vise à maîtriser toutes les choses de la vie par la raison instrumentale, l’exploitation des résultats des sciences exactes et la spéculation, appréhendées comme logique du développement. Le savoir moderne privilégie la technique, la mathématique et ses applications, soumises à la logique du marché. Cela aboutit à la marginalisation de la critique objective et de la pluralité. On assiste à la dévitalisation des sciences humaines et sociales, à la difficulté à assumer l’interculturel et l’interreligieux. Dans ce contexte, deux récits contradictoires de la culture moderne dominent, qui consistent à dire que la religion ou bien doit servir à consoler sans se mêler du monde, ou bien est aliénation.


Sur le plan politique, le problème réside dans le fait que la société est perçue comme un corps productif, soumis aux intérêts des détenteurs de capitaux. Cette dépolitisation de la vie est sans précédent ; elle remet en cause la possibilité d’être un peuple responsable, capable de décider, de résister, au nom de la liberté, d’avoir ses raisons et d’avoir raison, de donner force et réalité à un projet de société choisi après débat. En dépit de la légitimité des institutions, de la prédominance des droits de l’homme, de la libre entreprise, de la prolifération des normes juridiques, la possibilité d’exister en tant que citoyens participant à la recherche collective et publique du juste, du beau et du vrai, est hypothéquée.

Tout le jeu, cher Michel, comme vous dites, des petits soldats de l’Empire qui consiste à mêler politique et religion jusqu’à les confondre, aboutit en réalité à les neutraliser tous les deux, le politique et la religion. Du « tout est politique », ou « tout est religieux » (formes d’errance et de totalitarisme) on est passé à « rien n’est religieux, rien n’est politique tout est marchandise » ! Ainsi ils ne veulent pas seulement tuer la politique – qui consiste à sauvegarder la paix, le souverain bien, mais aussi le spirituel, le sens, le transcendant, qui humanise et donne la mesure. Humaniser, voilà ce qu’ils ne veulent pas, car cela signifie éveil et prise de conscience face à la déshumanisation. Donc d’accord aussi pour dire, avec vous, que Résister à cette entreprise confusionniste par un confusionnisme inverse, c’est préparer le terrain aux agents de l’Empire, mais à condition de savoir encore fois que l'islamisme, qui confond, n’est pas l’islam. Non seulement nous devons admettre qu’il y a plusieurs résistances, et qu’elles sont toutes légitimes, mais plus encore c’est le droit à la différence qui est en jeu.

Tout à fait, vous avez raison Michel de dire que « Les musulmans refusent la destruction de leur modèle anthropologique et de leur système de référence culturel au nom de ce qu’ils sont ». Tout comme tous les autres peuples ou courants qui « refusent de s’aplatir servilement devant les forces du mondialisme, le font au nom de leurs valeurs à eux ». Encore d’accord, pour dire avec vous que : « Ce qui donne sa légitimité à la résistance contre l’imposition forcée du modèle mondialiste étatsunien, ce n’est pas la promotion d’un modèle opposé, mais le refus de se soumettre à tout modèle, à tout programme, à toute détermination contrainte. » C’est exactement ce que vise l’Islam dont la profession de foi débute par la négation, le refus de tout ce qui soumet, enferme et détermine. L’islam est à des années lumières de l’islamisme faussaire. Reste à reconnaître, que les musulmans subissent deux fois, comme les autres peuples et comme nouveaux boucs émissaires.

C’est juste de dire que : « dans la lutte contre l’impérialisme, à l’ancien mouvement international d’opposition représenté par le communisme succède aujourd’hui une alliance de mouvements nationaux et civilisationnels, qui n’ont pas à se fondre en un mouvement unique, mais doivent tout simplement coopérer. » Tout aussi juste d’affirmer que : « Le reste, c'est-à-dire le mythe du grand méchant loup islamique : simple jeu d’acteurs – si les islamistes ont pignon sur rue à Londres, c’est parce que les mondialistes les voient comme leurs meilleurs ennemis. » Mais il faut se demander pourquoi ? A mon humble avis, par les chevaux de Troie de l’islamisme, l’Empire essaye d’affaiblir un des remparts profonds, insaisissables et incorruptibles, "Indéconstructibles" selon un terme de J Derrida, c'est-à-dire l’islam, en tant que valeur et doctrine qui sapent le modèle marchand, idolâtre, permissif et déshumanisant.

L’Islam libère l’humain, peut le rendre si fort, que cela rend fous ses opposants et les amène à fabriquer l’islamisme, une contre façon, un faux islam, qui confond, enferme et aliène. Mais, malgré les subterfuges utilisés, les complicités de régimes archaïques, l’ignorance, le désespoir dut aux injustices et l’aveuglement de nombre « musulmans », l’immense majorité des croyants qui suit le Prophète n’est pas dupe et reste attachée à la foi paisible qui ne confond pas. Ainsi non seulement l’islam n’est pas monolithique, et ses cultures sont plurielles, mais, malgré la propagande et la désinformation, ce qui domine ce sont des postures ouvertes au progrès et au vivre ensemble. Il ne s’agit pas seulement de distinction entre l’islam en tant que religion et l’islam en tant que doctrine politico-religieuse. Mais entre l’Islam ouvert, qui est religion et monde et entre une idéologie sectaire politico-extrémiste, surnommée islamisme.

La situation dramatique du monde musulman est comme vous le savez complexe, et hétérogène. La plupart des régimes archaïques et rétrogrades des pays musulmans, à quelques exceptions, sont coupés de leur peuple, avec des identités schizophrènes, oscillant entre la tentation du repli vers l'islamisme et la dérive de la dépersonnalisation vers ce que l'Occident peut produire de pire,
et enfin inféodés à des degrés divers à l’Empire. Mais cela ne change rien sur le fond, en effet, contrairement à ce que vous dites, chacun a votre manière, la distinction entre temporel et spirituel existe bel et bien en Islam. Tout comme le goulag n’est pas dans Marx, ni l’inquisition dans l’Evangile, ou le sionisme dans la Thora, la théocratie n’est pas dans le Coran. Reste à saisir une singularité : distinguer, ne pas confondre, ce n’est pas opposer les deux dimensions clefs de la vie. En conséquence, les musulmans d’Europe ou d’ailleurs n’ont pas besoin de l’inventer la sécularité dans leur vie, elle est vivante. Cher Michel, le salut ce n’est pas « sois comme moi ou je te hais, sois laïc, ou c’est la guerre perpétuelle, civile ou mondiale », c’est un immonde et faux dilemme européocentriste. L’émancipation de la politique à l’égard du religieux est un problème lié à l’histoire de la chrétienté. On ne sortira du piège que par la réhabilitation et du politique et du religieux, sans confusion, ni opposition.

C’est comme cela que nous touchons au fond du problème. Votre dictat, fais le jeu du système libéralo-fasciste dominant : « il n’y a plus aujourd’hui, en Europe occidentale et particulièrement en France, que deux possibilités : ou le retour à un modèle politique capable de maintenir la paix dans une population diverse, ou la guerre civile. Or, ce modèle politique existe : c’est la laïcité. Mais parce que la laïcité n’est possible que dans le cadre d’une stricte séparation du temporel et du spirituel, sur le chemin de la paix civile, aujourd’hui, en Europe, il y a l’islam. » C’est un faux débat. L’Islam, vrai, celui de l’interprétation, de la cohérence et de la responsabilité, est séculier, mais il refuse l’injustice, le scientisme, le laïcisme outrancier et déshumanisant. C’est une chance, pour critiquer la mondialisation laïcisante, capitaliste, celle qui nie éthique, justice et dignité, et folklorise la liberté.

A partir de là, le destin de l’Europe n’est évidemment pas seulement entre les mains des musulmans, mais entre tous ceux qui prennent conscience que nous sommes alliés, face à l’innommable mondialisation. L’immense majorité des musulmans, ne peut qu’être choquée par le fait de lire que le danger ce serait « appliquer le droit coranique …et cela, c’est précisément ce qu’on appelle une balkanisation. » C’est premièrement stigmatiser, confondre et faire le jeu des islamistes ignares, qui prétendent que le droit islamique c’est tout, alors qu’il représente 10% du Coran, de plus, le texte « révélé » laisse aux croyants la possibilité de l’adapter et de l’interpréter. Il est donc dommage que votre réflexion pertinente véhicule en même temps des clichés et des contre vérités sur le troisième rameau monothéiste

Même si je comprends que vous ne cautionnez pas les affabulations pathétiques et racistes des islamophobes, et que vous souhaitez voir surgir de manière plus affirmée des citoyens européens de confession musulmane ouverts, inutile de perdre votre temps à vouloir leur « mettre la pression ». Chaque jour l’immense majorité des musulmans prouve qu’elle est citoyenne, responsable et ouverte. Il serait insensé de votre part, non seulement de ne pas affirmer votre identité, qui n’est en vérité pas si différente de la leur, mais surtout de ne pas défendre la justice et le droit à la différence. Michel, votre façon de dire « notre terre. » est déplacée, absurde, nombre de citoyens musulmans en Europe est né sur cette même terre, et depuis plusieurs générations, convertis ou pas. C’est tous ensemble, qu’il faut sortir de la grave panne interne, inventer la spiritualité plurielle et la figure politique de l’Europe de demain. Les musulmans d’Europe, n’ont que peu à voir avec dar-el-Islam, qui n’existe plus, d’autant que l’Occident qui se mondialise n’est lui aussi plus localisable, l’orient et l’occident sont imbriqués. Ce qui n’est pas négociable c’est le droit à la différence, pour rechercher une nouvelle civilisation universelle.

De plus, Michel, ce n’est pas être clair que d’affirmer, avec légèreté, comme vous le faites, que : « nous, européens, avions jadis construit la plus haute culture de l’humanité. Le monde musulman a plusieurs siècles de retard sur nous. Depuis la fin des guerres de religion, en Europe, nous avons fait un progrès décisif : les hommes ont appris qu’ils doivent vivre avec le doute. Et ce progrès, pour l’instant, n’a pas été fait dans la plus grande partie du Dar-el-Islam. Là-bas, la Raison n’est licite que si elle sert le dogme. » En plus d’attaquer l’idée de dogme en agissant en dogmatique, vous dites trois contre vérités grossières, dans votre apologie de soi. 1- L’Occident n’est pas séparé de l’islam, il a été judéo-islamo-chrétien et gréco-romano-arabe, c'est-à-dire sans la contribution de l’islam, la modernité n’aurait pas été la même. 2- L’islam a orienté vers le vrai et a dominé durant au moins sept siècles sur la base de l’exercice de la raison. 3- Le monde musulman est en retard aujourd’hui économiquement et politiquement, mais humainement c’est l’Occident qui s éprouve en impasses. La civilisation occidentale a brillé à compter du XVIIe, mais l’ère dite moderne ensuite n’a pas su créer de civilisation, l’obscur a gagné les lumières. Auschwitz, Hiroshima, le Goulag, la colonisation féroce du monde, aujourd’hui en Irak, Palestine, et la volonté de totalité du Marché Monde rapace et d’autres folies deshumanisantes, en sont les tragiques aspects.

Quand vous dites : « Allons-nous consentir à ce recul de cinq siècles, abandonnant la cause de la Raison pour rallier un vaste troupeau auquel, n’en doutons pas, on prépare un choix pathétique entre faux protestantisme télévisuel et faux islam racaille ? » Vous dénoncer, sans énoncer l’alternative, sinon la crispation sur l’idée, en crise, de raison ! La question est bien plus complexe. La raison et la foi, toutes deux sont capables du pire et du meilleur. Michel, de mon point de vue, il est totalement injuste, et c’est faire preuve d’amalgame entre les dérives de groupes instrumentalisés et l’islam, que d’affirmer que vous n'accepterez jamais que le référent coranique serve de base à vos lois. Cette hypothèse impossible, que tant de propagandistes injectent comme un venin, est un immense écran de fumée, pour nourrir la peur et faire diversion. Le Coran, lui même ne s’oppose pas à votre souci : il respecte votre point de vue, car il considère que la liberté est le fondement de l’existence. Il est clair à ce sujet, même si ce Message se veut universel, ses valeurs ne concernent que les musulmans, de plus, surtout, elles sont ouvertes : durant des siècles elles ont permis à tant de peuples et d’individus de se libérer de tous les despotismes et autres formes d’aliénation. Il ne faut pas confondre ces quinze derniers années avec quinze siècles d’histoire. En conclusion, ce qui me déçoit Michel, malgré des remarques fortes à propos, c’est le fait que vous oscillez entre critique légitime de l’islamisme et dénigrement infondé de l’Islam. David, me semble plus proche de la sagesse, ou du bon sens, en reconnaissant que la résistance de musulmans est profonde, même s’il croit choisir le moindre mal. Il reste à tant d’amis, qui tentent de résister, de pratiquer le discernement, afin de voir que l’islam, et non pas l’islamisme, peut contribuer sur le fond à faire face aux impasses. C’est le travail commun, l’alliance autour de principes universels, qui est salutaire. Nul n’a le monopole de la vérité.

Bien cordialement

Mustapha Cherif

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