Rigolez pas, c'est avec vos sous !

Publié le : 10/06/2008 00:00:00
Catégories : Actualité , Archives Scriptoblog (2007-2013) , Articles par thèmes

halde

L’AFP vient de nous informer que des pratiques discriminatoires portant sur l'origine et l'âge ont été relevées par la Halde dans trois entreprises : Accor, Crédit agricole et Mercuri Urval.

Soyons honnêtes, on s’en fout.

Ce qui est intéressant, en revanche, c’est ce que la dépêche AFP nous apprend sur le coût de l’opération.

La méthode employée : l'audit par couple, préconisée par le bureau international du travail. Pour chaque offre d'emploi sélectionnée, le prestataire a proposé une ou plusieurs séries de candidatures. Chaque série comportait une candidature discriminable (à l'origine et à l'âge) et une candidature de référence (blanc, âge moyen).

5.620 CV ont été envoyés pour répondre à 1.469 offres d'emplois émises par une vingtaine d’entreprises testées.

Donc la prestation fut, sous réserve d’informations complémentaires, à peu près la suivante : éplucher les petites annonces. Ecrire 5.620 lettres de motivation et 5.620 CV bidon. Les envoyer. Attendre les réponses après avoir ouvert une feuille de calcul EXCEL, avec deux colonnes : une « oui » et une « non », et 5.620 lignes, une par CV. Puis mettre une croix dans la colonne « oui » pour chaque réponse positive, une croix dans la colonne « non » pour chaque réponse négative, en regard du CV concerné. Faire la somme, analyser par employeur, catégorie d’offres, etc.

Le coût de l’opération ?

Un petit budget base zéro rapide, pour commencer. Ça met toujours les idées en place.

En comptant large, pour récupérer les offres d’emploi et construire le tableau de suivi, disons trois mois.homme d'assistant débutant, soit à tout casser 15 à 20.000 euros charges sociales et patronales incluses (on compte très large). Nous rajouterons un mois.homme de consultant senior (10 à 15.000 euros) pour border la méthodologie (faut pas pousser, c’est pas le sondage du siècle). Le tout, y compris le matériel et la couverture des frais généraux, va chercher dans les 35.000 euros. En comptant très, très large. Ça fait presque 7 euros pour sélectionner une annonce dans le journal et l’inscrire dans un tableau de suivi. Franchement, c'est bien payé.

Après, il y a la rédaction des lettres de motivations (à la main, sans doute sur la base d’un modèle prédéfini) et taper les CV (à l’ordi), disons une grosse demi-heure par lettre, main d’œuvre peu qualifiée. Allez, on va arrondir à 5.620 x 20 euros charges incluses (recrutement, encadrement), en supposant que la MO peu qualifiée est bien payée (on est dans le consulting, tout de même). Arrondissons encore à 120.000 euros, un peu de gras ça rend confortable.

Ajoutons encore , soyons méthodiques, le coût des envois postaux, peut-être aussi un peu de relance téléphonique. Arrondissons encore par excès, à 10.000 euros pour l’ensemble, c’est la semaine de bonté.

Encore après, il y a l’interprétation. Bon, il faut compter 2 ou 3 statisticiens un peu trapus, disons 2 mois.homme de consultant junior. Plus un mois.homme de senior pour piloter tout ça. Franchement, c’est plus que suffisant pour une petite étude. Ça refait 35.000 euros, comme les travaux préparatoires.

Alors on fait la somme : 35.000 + 120.000 + 10.000 + 35.000 = 200.000 euros, budget base zéro à vue de pif relativement généreux, du moins il semble.

Or, combien la HALDE a-t-elle payé cette prestation ?

Réponse, si l'on en croit la dépêche de l’AFP : 570.000 euros.

Question complémentaire : comment a-t-on choisi le prestataire ?

Réponse : nous n’en savons rien, mais la dépêche AFP nous annonce qu’il s’agit d’une société Arirs, dirigée par un monsieur Jean-François Amadieu, sociologue de son état… et membre du comité consultatif de la HALDE.

Donc, on a quoi ?

On a une institution publique qui vient de banquer un prestataire en lui accordant, par rapport à un BBZ certes approximatifs mais a priori généreux, un taux de marge de presque 200 %. Et par là-dessus, le prestataire en question est dirigé par un monsieur qui semble vaguement en conflit d’intérêt, quand même il nous semble…

Nous ne sommes pas contrôleurs de gestion à la Halde, chez Scripto. Mais enfin, en tant que contribuables, nous éprouvons une certaine inquiétude. Nos impôts sont-ils bien utilisés ?

Enfin, nous attendons avec impatience les informations complémentaires de la Halde qui nous permettront de conclure que notre inquiétude était infondée. Informations que, bien entendu, nous nous ferons un devoir de publier, avec nos plus plates excluses ça-va-de-soi...

Partager ce contenu