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Russophobie 2.0 de Giulietto Chiesa : L’ours revient !

Publié le : 10/05/2017 16:38:02
Catégories : Actualités des éditions Le Retour aux Sources , Auteurs , Giulietto Chiesa , Recensions

Ce livre revient sur la crise actuelle des rapports entre russes et occidentaux et sa genèse (qui prend forme dès la chute de l’URSS). Il est écrit par Giulietto Chiesa, journaliste italien spécialiste de la Russie où il fut correspondant pour la Stampa.



A travers différents chapitres, il cherche à montrer à quel point le monde occidental et surtout les États-Unis ont tenté de provoquer la Russie pour se construire un ennemi, fort pratique en ces temps de crise. Car c’est bien une fuite en avant sur fond d’effondrement des prétendues valeurs démocratiques auquel on assiste, une stratégie à la fois aveugle et rusée. En effet, le temps du triomphalisme occidental est passé et la fin de l’Histoire n’est plus qu’un mythe. Le centre de l’économie et du pouvoir mondial revient vers l’Asie et les anciens pays du « camp du Mal ». La chute du bloc de l’Est a privé l’Occident de son adversaire idéologique et l’a laissé seul et sans boussole, voilà pourquoi il a cherché a en fabriquer un nouveau, le péril vert islamique, en même temps qu’il cherchait à mettre ce qui restait de la puissance russe à genoux.

L’ouvrage a également le mérite montrer la source de cette pensée au travers des ouvrages des néo-conservateurs et de leur projet pour un « nouveau siècle américain » ainsi que les manipulations à l’œuvre derrière les prétendues révolutions « de couleur » encadrées par les fondations de Soros et l’action souterraine de Nulland à la tête de la diplomatie états-unienne. L’auteur en profite également pour démonter certaines des plus célèbres accusations anti-russes, comme l’affaire du vol MH17. Mais le problème vient aussi de la faiblesse de la pensée occidentale vis à vis de la Russie et la disparition des plus éminents soviétologues et des plus réalistes connaisseurs du pays : tout cela a mené de plus en plus les idéologues américains à s’intoxiquer eux-mêmes de leur propre propagande, relayés par un système médiatique extrêmement efficace et aux ordres.

La Russie est toujours pour eux un adversaire éternel de part sa nature même de barbarie mongole et leur but est sa destruction complète en temps que puissance, voir en temps que nation. L’auteur n’a pas épargné la russophobie russe qui illustre la puissance actuelle de cette idée et de la guerre de l’information menée contre le pays. Enfin l’auteur esquisse quelques solutions et espère voir la Russie se doter d’un message universaliste, en tout cas à même de construire un monde réellement multipolaire.

Pour autant l’ouvrage n’est pas exempt de défauts : le principal étant un certain nombre de digressions et une tendance à l’exagération lorsque que l’auteur suggère régulièrement la probabilité d’une guerre conventionnelle contre la Russie. Idem, malgré ses mérites indéniables, doit-on pour autant considérer le pays comme le seul possible rempart contre la catastrophe libérale ? Il faut dire que ce livre est aussi victime de sa nature même, ce qui est difficile de lui reprocher. Il est court et a le désavantage d’être centré sur les derniers développement de la crise à sa sortie (septembre 2016) : or vu la vitesse des événements et le psychodrame de la présidentielle américaine, tenter une analyse à chaud est un exercice compliqué.

Pour terminer, on ne peut qu’espérer que Giuletto Chiesa continuera ces analyses d’un conflit prévu pour durer.

Pierre Lucius
9 mai 2017
Pour la revue Rébellion

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