Évènement

Rwanda, l'autre version

Publié le : 17/10/2009 23:00:00

afriq

Relevé sur le blog du Local : compte rendu de la conférence donnée le jeudi 15 octobre par un ancien ambassadeur du Rwanda. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on est loin de la version officielle, tendance Kagamé, compatible Kouchner...

On en est même tellement loin qu'on peut se demander, après avoir pris connaissance du contenu de cette conférence, si les tenants de la version officielle ne doivent pas être regardés comme des génocidaires, coupables de contestation de crime contre l'humanité.

Singulier renversement. Renversement justifié ? A chacun de se faire une opinion...

Ce jeudi nous eûmes le privilège de recevoir l'ancien ambassadeur et ministre des affaires étrangères du Rwanda, Jean-Marie Ndagijimana. Vivant actuellement en France, en exil, il tente de faire connaître la vérité sur le génocide rwandais, en réalité un double génocide. Favorable à l’intervention de la France, d’un parent Hutu et d’un autre Tutsi, il expose que notre pays n’est en rien coupable des maux dont on l’accable, mais que son engagement fut constructif et permit au contraire de sauver le Rwanda entre juin et août 1994. Pour notre intervenant, les patriotes Français ne doivent pas laisser salir l’honneur de la France, car dans le cas contraire la France serait complice de génocide. Un débat doit être ouvert pour refuser la repentance.

I) Histoire

Le Rwanda est en 1896 un pays d’unité politique et institutionnelle autour d’un roi (pouvoir monarchique Tutsi depuis le XIVème siècle). Avec l’épopée coloniale, les Allemands y restent jusqu’en 1916, jusqu’à la Première Guerre Mondiale, où s’affrontant aux Belges ils sont forcés de se replier en Tanzanie. Le Rwanda passe alors sous dépendance belge, néanmoins le pays reste toujours francophone, les premiers missionnaires étant venus d’Alsace-Lorraine, et de ce fait les Français présents dans l’enseignement. Après le départ des Allemands, les Belges laissent le roi en place, issu de l’ethnie minoritaire Tutsi qui constitue également la classe dirigeante (14% de la population). Cette division du pouvoir fut toujours acceptée par les Hutus, ethnie de la classe laborieuse, dont les récoltes étaient partagées entre roi et noblesse. La Belgique a permis le développement culturel du Rwanda, a construit des écoles, des églises et quelques routes, mais a toutefois maintenu le système féodal et travaillé avec la minorité au pouvoir, les Tutsis composant en outre l’administration coutumière et moderne.

De 1916 à 1959 peu de réformes sont accomplies. Les Hutus sont des citoyens de seconde zone, les Tutsis possèdent des écoles pour eux-mêmes. Cependant, l’avènement de la modernité voit l’apparition de jeunes hutus aux séminaires. Leur lecture de l’histoire de la Révolution Française leur fait envisager comme nécessaire, après l’indépendance de 1962, l’idée d’égalité et les idées de la Révolution Française comme un modèle à suivre et à établir au Rwanda. La distribution traditionnelle est remise en cause, l’idéal se propage très rapidement, le Rwanda étant un pays de collines où l’information se diffuse sans délai.

Avec la Révolution de 1959, les Tutsis et la noblesse ont été chassés, et le roi Tutsi a fui. L’indépendance, reconnue internationalement, consacre une nouvelle direction politique Hutu. La France noue les premiers contacts. Mais entre 1962 et 1970, les Tutsis essayent de revenir en force, et leurs attaques entraînent au Rwanda des représailles sur leurs soutiens supposés au sein de la population. En 1962 le Rwanda est une république démocratique avec un Président élu, mais en 1973 le régime bascule avec un coup d’Etat, le pays passe sous coupe militaire, entraînant un changement de régime. Des Hutus se mettent à chasser d’autres Hutus, les anciens révolutionnaires se divisent.

II) Tensions et affrontements

Le 1er octobre 1990 se prépare un système démocratique et multi-partiste. Les exilés Tutsis attaquent depuis l’Ouganda, au nord ; les Hutus se demandent ce qu’ils vont devenir. L’offensive est dirigée par Paul Kagamé et les siens depuis des postes militaires ougandais avec l’aide de l’état-major de l’armée ougandaise. Pour contrer cette agression, le Rwanda reçoit l’aide de la Belgique, du Congo de Mobutu et de la France de Mitterand (ce dernier suggère de négocier avec la rébellion), qui équipe le pays en armes, munitions et vivres, France et Rwanda ayant notamment en vigueur à cette époque des accords de coopération militaire. Le FPR (Front Patriotique Rwandais) de Paul Kagamé attaque le pays. A ce moment la situation n’est ni la paix ni la guerre, bien qu’elle tende davantage vers la guerre, le nombre de morts en territoire contrôlé par les rebelles est important.

De 1990 à 1993, la présence française est faite à la demande du gouvernement légal rwandais. Le seul pays à aider le Rwanda à négocier – secrètement – entre 1991 et 1992 est la France. De juillet 1992 à 1993 un ambassadeur et une délégation français restent pour modérer les tensions. En août 1993, un accord de paix est signé à Arusha, au Nord de la Tanzanie. Il prévoit un dispositif destiné au partage du pouvoir politique et militaire. Le gouvernement Hutu disposerait de 60% des effectifs militaires, contre 40% pour les Tutsis qui ne représentent au demeurant que 15% de la population. Une des conditions est le départ des troupes étrangères hors du Rwanda, ce qui devient effectif fin 1993. En avril 1994 ne subsistent que quelques coopérants, et à la même date le gouvernement d’union nationale n’est pas encore en place. Cependant, alors que l’armée rwandaise est entièrement dépendante des aides étrangères, le FPR ne subit pas de pression, l’embargo n’est supporté que par les troupes gouvernementales. Le déséquilibre permet à la rébellion de Kagamé de prendre le pouvoir.

Le 6 avril, le chef du MDR (Mouvement Démocratique République), parti d’opposition, annonce que le gouvernement sera formé le 8. Mais le FPR de Paul Kagamé s’y oppose, car après la période de transition de deux ans, des élections se tiendraient et Kagamé, représentant moins de 5% de la population (élections ethniques), n’aurait aucune chance d’être élu face aux Hutus. Le 6 avril, le Président Rwandais Habyarimana est donc assassiné en revenant de Tanzanie : son avion est abattu par des missiles sol/air. Cet attentat tue également le Président du Burundi ainsi que trois techniciens français.

III) Une version qui dérange

En 2006, l’enquête dirigée par le juge Bruguière prouve que l’arsenal utilisé appartient au FPR, les numéros de débris de missiles étant relevés, ainsi que les numéros de référence et les bordereaux retrouvés : les armes du FPR proviennent d’un stock ougandais. Ce rapport entraîne de la part du Rwanda de Kagamé une rupture des relations avec la France. A noter qu’en France certains responsables prennent fait et cause pour Kagamé, comme Bernard Kouchner (qui déclare les Hutus génocidaires), ceci alors même que les milieux proches du FPR reconnaissent la culpabilité de Kagamé. Durant le génocide, le nord du pays était contrôlé par les troupes de Kagamé, tandis que le reste l’était par les troupes gouvernementales, seul endroit d’où purent être prises des images. Les rapports confirment notamment que Kagamé a massacré les Hutus jusqu’à juin 1994, avant que ne reviennent la France et des pays francophones africains avec la mission Turquoise de l’ONU. La partie contrôlée par la France reste calme, les survivants rejoignent cette zone. Après le départ de notre pays, les populations ne veulent pas rester au Rwanda, et en une semaine, 2,5 millions de Rwandais s’exilent au Congo, où l’action française se poursuit dans les camps de réfugiés, en raison des nombreuses maladies. Après la stabilisation, la mission Turquoise se retire.

Pour Jean-Marie Ndagijimana, si l’ONU était intervenue en avril 1994, il n’y aurait pas eu de morts, et sans le veto anglo-américain le nombre de morts aurait été minoré. Les minutes retranscrivant les débats durant cette période montrent que la France voulait intervenir, contrairement aux autres pays. Cependant, le système mondial est dominé par la puissance américaine, protégée, qui a de ce fait pu fournir des armes à Paul Kagamé en refusant l’intervention de la France. Cette intervention française a permis de lancer un processus de paix, notre pays a financé les négociations et s’est montré favorable à des négociations ouvertes.

IV) Etat des lieux en 2009

Aujourd’hui de nouvelles tensions rendent le climat propice à un nouveau génocide. La dernière décision prise par Kagamé a été de supprimer la langue française des écoles et administrations, ôtant ainsi à 90% de la population de s’exprimer, le Français étant la langue la mieux maîtrisée. Le licenciement de nombreux enseignants suite à cette décision a vu leur remplacement par des Ougandais anglophones, et des missionnaires anglo-saxons remplacent les Français, expulsés.

Le Rwanda est aujourd’hui près d’accéder au Commonwealth, grâce aux influences internationales. Tony Blair est conseiller « bénévole » de Paul Kagamé. En raison d’une version officielle unilatérale qui perdure, le Tribunal Pénal Rwandais institué en 1994 dénie aux Hutus le droit de porter plainte, ce qui pour M. Ndagijimana est une pratique d’apartheid. Enfin, ancien procureur du Tribunal Pénal Rwandais, Carla Del Ponte, empêchée de poursuivre son enquête par les Etats-Unis, rejoint aujourd’hui Bernard Lugan et Jean-Marie Ndagijimana sur la responsabilité de Paul Kagamé et la critique de la version officielle du génocide. La chape de plomb entourant l’affaire et la volonté de discrédit voient les contestataires qualifiés de « négationnistes ».

Annexe : quelques chiffres

Il n’y a aucun recensement du nombre officiel de victimes. Néanmoins :

- Entre 1996 et 1997, 300 000 Hutus ont été massacrés au Zaïre, selon les rapports officiels du Haut Commissariat aux réfugiés.

- De juillet à septembre 1994, quelques 30 000 Hutus ont disparu sur seulement quelques collines.

- En réalité, plus de 500 000 hutus ont été tués durant le génocide.

- Il ne peut pas y avoir eu 800 000 Tutsis tués, car ils ne sont pas aussi nombreux.

- Les prisons rwandaises comprennent 100 000 détenus, certains accusés de génocide alors qu’ils étaient âgés de 5 ans en 1994.

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