Something Big

Publié le : 21/07/2008 00:00:00
Catégories : Archives Scriptoblog (2007-2013) , Articles par thèmes , Economie

Dollar Hitler

Le représentant Ron Paul, dont il a été dit ici qu’il était, dans le chaos qui croît en Amérique, un homme à suivre, a récemment prononcé un discours au Congrès – discours dont on trouvera la traduction ci-dessous.

Ce discours pourra surprendre le lecteur français, tant il révèle un attachement quasiment mystique au capitalisme et aux vertus de l’économie libérale. Mais, au-delà des limites évidentes d’une analyse qui reste enclose dans le champ du libéralisme, ce discours dit un certain nombre de vérités fondamentales.

Par la voix d’un homme politique américain, et pas n’importe lequel, nous avons confirmation de plusieurs choses :

- d’abord, que l’Amérique est réellement en faillite (cette fois, ce n’est plus une hypothèse, c’est une certitude),

- ensuite, que des évènements gigantesques sont probables à court ou moyen terme,

- ensuite, que le choix offert aux Américains est simple : un recul de niveau de vie jamais vu depuis la Grande Dépression, ou une fuite en avant impérialiste sauvage et illimitée,

- enfin que le remède apporté par l’Etat américain aux conséquences de sa propre politique impérialiste et irréfléchie pourrait être le passage à la dictature – purement et simplement.

Même si notre tradition française (culte de l’Etat, lutte collective, conscience de classe) nous empêche souvent de comprendre le discours de ce type d’Américains, en l’occurrence, il faut écouter attentivement ce qu’il dit. Il faut prêter attention en particulier à sa mise en garde concernant le recours à l’Etat, qui peut être, dans l’Amérique post-11 septembre, la porte ouverte à n’importe quoi.

Relisez les pages américaines d’Eurocalypse.

Welcome to Amerika ?


Discours prononcé par le sénateur Ron Paul,
le 9 juillet 2008, devant le Congrès

[ Version originale : Something Big is Happening ]

Ces 35 dernières années, j’ai exprimé mes très sérieuses inquiétudes pour l’avenir de l’Amérique. Les choix effectués lors du siècle dernier ont mis en péril nos libertés, notre sécurité et notre prospérité. En dépit de ces inquiétudes longtemps retenues, il y a maintenant des jours, de plus en plus fréquents, où je suis convaincu que de grands évènements sont sur le point de survenir. Ces évènements maintenant rapprochés ne passeront pas inaperçus. Ils vont affecter nos vies à tous. Ils ne toucheront pas simplement certaines zones de notre pays. L’économie mondiale et le système politique auront leur part du chaos bientôt déchaîné.

Certes, le monde souffre depuis longtemps de guerres absurdes qui pourraient être évitées. Mais ma grande crainte, c’est que notre trajectoire actuelle nous amène à un conflit encore plus grand que ceux du passé, et à des souffrances économiques encore pires pour les gens innocents à travers le monde – à moins que nous ne changions rapidement nos méthodes.

L’Amérique, avec ses traditions de marché libre et de droits de propriété, a ouvert la voie à une grande richesse et au progrès pour le monde entier, comme pour elle-même. Puisque nous avons perdu notre confiance en nos principes de liberté, d’autonomie, de travail dur et de frugalité, et à la place entrepris la construction d’un empire financé par l’inflation et la dette, tout cela est changé. C’est terrifiant, c’est un évènement historique.

Le problème que nous affrontons n’est pas nouveau dans notre histoire. L’autoritarisme nous hante depuis longtemps. Depuis des siècles, l’inflation et la dette ont été utilisées par des tyrans pour s’approprier le pouvoir, promouvoir les politiques d’agression, et fournir « du pain et des jeux » au peuple. L’idée que le pays peut se payer « des canons et du beurre » sans en payer le prix existait même avant les années 60, époque où cela devint un slogan populaire. C’est alors, cependant, qu’on nous dit que la guerre du Vietnam et l’extension massive de l’Etat providence n’étaient pas un problème. Les années 70 ont démontré que cette assertion était fausse.

Aujourd’hui, la situation est différente de celle qui prévalait dans les lointaines années 70. Il faut bien admettre que nous sommes dans une nouvelle économie, une économie globale. Le monde est plus peuplé, plus intégré grâce aux nouvelles technologies de communication et de transport. Si la technologie contemporaine avait été utilisée pour promouvoir des idées de liberté, de marché libre, de finance saine et de commerce sain, nous entrerions dans un nouvel âge d’or – un mondialisme que nous pourrions accepter.

Au lieu de cela, la richesse et la liberté ne cessent de rétrécir pour nous, et l’une et l’autre ne tiennent plus que sur une infrastructure philosophique fragile. Notre système de guerre et d’assistanat nous a caché l’évolution de notre propre pays.

Je crains que mes inquiétudes n’aient été légitimes et que les choses ne soient encore pires que ce que je craignais initialement. La catastrophe est maintenant à notre porte. Nous avons peu de temps pour changer de cap avant que la grande expérience de la liberté n’entre pour longtemps en hibernation.

Il y a des raisons de penser la crise à venir différente et plus grande que n’importe quelle autre crise jamais affrontée par le monde. Au lieu d’utiliser le mondialisme de manière positive, il a été utilisé pour mondialiser toutes les erreurs des politiciens, des bureaucrates et des banquiers centraux.

Nous trouver en situation d’hyperpuissance n’a jamais été accepté par nous avec un minimum d’humilité et de respect pour le reste de la planète. Notre arrogance et notre agressivité ont été utilisées pour promouvoir un empire mondial soutenu par l’armée la plus puissante de l’histoire. Ce type d’interventionnisme mondialiste crée des problèmes pour tous les citoyens du monde et échoue à développer le bien-être de la population mondiale. Regardez tout bêtement comment nos libertés personnelles ont été salies, ici, au pays, pendant la dernière décennie.

La crise financière, encore au berceau, est déjà apparente pour tout le monde : le prix de l’essence au-dessus de 4 dollars le gallon, les frais d’éducation et les dépenses de santé grimpant comme des fusées, l’implosion de la bulle immobilière, l’explosion de la bulle du NASDAQ, le plongeon des marchés, la hausse du chômage, le sous-emploi massif, la dette publique excessive, les dettes privées ingérables. Peu de doute là-dessus : nous allons vers la stagflation. La question sera bientôt : quand cette stagflation se transformera-t-elle en dépression inflationniste ?

Il y a plusieurs raisons qui expliquent d’abord la construction de l’économie mondialisée, ensuite la dimension planétaire des problèmes que cela pose. Nous ne pouvons pas comprendre ce que nous affrontons sans comprendre d’abord la création monétaire et la bulle du dollar, qui se développe depuis si longtemps.

Il y a plusieurs étages. Dès les débuts de la FED, entre 1913 et 1933, la banque centrale s’est établie gestionnaire du dollar. A partir de 1933, les Américains ne pouvaient plus posséder de l’or, ce qui a supprimé tout frein aux tendances inflationnistes de la banque centrale, qui a pu ainsi financer la guerre et l’Etat providence.

A partir de 1945, d’autres freins furent supprimés avec le système monétaire de Bretton-Woods, qui a fait du dollar la monnaie de réserve mondiale. Ce système a duré jusqu’en 1971. Pendant la période qui va de 1945 à 1971, quelques freins continuaient à s’imposer à la FED. Les étrangers, mais pas les Américains, pouvaient convertir les dollars en or à 35 dollars l’once. A cause de la création monétaire excessive, ce système prit fin en 1971.

C’est le système post-Bretton-Woods qui entraîna la mondialisation de l’inflation et des marchés et ainsi, la création d’une gigantesque bulle du dollar. Cette bulle est maintenant en train d’exploser, et nous allons maintenant savoir l’effet que ça fait, de subir d’un coup les conséquences de tant d’erreurs économiques accumulées.

Ironie de l’histoire, ce système de faillite nous a profité en apparences pendant 35 ans. Etant donné que le monde acceptait les dollars comme s’ils étaient de l’or, nous avons contrefait toujours plus de dollars, nous les avons répandus à l’étranger (ce qui a induit indirectement la délocalisation simultanée de nos emplois), et nous avons ainsi bénéficié d’une prospérité imméritée. Ceux qui prenaient nos dollars et nous donnaient des biens et des services en échange ne demandaient qu’à nous prêter en retour ces mêmes dollars. Ainsi, nous avons pu exporter l’inflation et retarder les conséquences qu’à présent, nous commençons à percevoir.

Ce genre de système ne peut pas durer éternellement, et maintenant, il va falloir régler l’addition. Notre gigantesque dette extérieure doit être payée ou liquidée. Nos droits sont arrivés à expiration exactement à l’instant où le monde a cessé d’accepter nos dollars sans rechigner. Les conséquences de cette décision collective sont l’inflation dans notre pays – et c’est ce que nous voyons aujourd’hui. Et déjà, l’inflation est plus haute à l’étranger qu’ici, conséquence de la volonté des banques centrales de monétiser notre dette.

Imprimer des dollars pendant une si longue période peut ne pas immédiatement faire monter les prix – mais tôt ou tard, les prix montent. Maintenant, nous assistons au rattrapage d’années de surplus monétaire inflationniste. C’est dur aujourd’hui, avec un gallon à 4 dollars, mais ce n’est que le début. Tout cela n’est qu’une ruse grossière pour nous faire avaler le forage tous azimuts comme une solution à la crise du dollar et du pétrole. D’accord, on va laisser le marché accroître l’offre et les forages, mais cette histoire n’est qu’une ruse pour masquer la culpabilité de la FED dans les déficits.

Cette bulle est différente et plus grosse pour une autre raison. Les banques centrales du monde se sont secrètement mises d’accord pour centraliser la planification de l’économie mondiale. Je suis convaincu que des accords existent depuis 15 ans entre les banques centrales pour « monétiser » la dette US, des accords secrets pour tout le monde, y compris le Congrès, qui d’ailleurs n’y entend rien. Comme ce « cadeau » arrive à expiration, nos problèmes s’aggravent. Les banques centrales et les divers gouvernements sont très puissants, mais en fin de compte, les marchés les surpassent quand les gens se retrouvent coincés avec un paquet de (mauvais) dollars et les dépensent avec un zèle proportionnel à leur émotion, enclenchant ainsi la spirale inflationniste.

Cette fois, puisqu’il y a tant de dollars dans le circuit et tant de pays impliqués, la FED va avoir un problème. Jusqu’ici, elle a pu couvrir toute crise menaçante, depuis 15 ans, surtout avec Alan Greenspan comme président, l’homme qui a rendu possible la constitution de la plus grosse bulle de l’histoire. Les erreurs faites à coup de crédit excessif à un taux artificiellement bas sont énormes, et le marché demande une correction. Ceci implique la dette excessive, les investissements non rentables, les surinvestissements, et tous les problèmes créés par le gouvernement quand il dépense un argent qu’il n’a pas. Le militarisme à l’étranger, les allocations de l’Etat providence et 80.000 milliards de dollars de titres infondés, c’est fini tout ça. Nous n’avons ni l’argent, ni la capacité à créer des richesses pour traiter tous les besoins qui existent maintenant, parce que nous avons rejeté l’économie de marché, la monnaie solide, l’autonomie et nos principes de liberté.

Puisque la correction pour cette mauvaise allocation des ressources est nécessaire et doit venir, il faut regarder si on ne trouve pas quelque chose de bon dans ce « grand évènement » à venir.

Les gens peuvent faire deux choix. Le choix qui n’est désormais plus disponible, c’est de continuer comme si de rien n’était, et de relancer le système avec encore plus de dette, d’inflation et de mensonge. Ceci n’arrivera pas.

Un des deux choix possibles, souvent celui des gouvernements par le passé, est de rejeter les principes de liberté et de renforcer encore le gouvernement, en taille et en autorité. Certains prétendent que donner des pouvoirs dictatoriaux au président, exactement comme nous l’avons autorisé à conduire un empire américain, voilà ce qu’il nous faut ! C’est un grand danger, car dans l’atmosphère post-11 septembre, beaucoup d’Américains recherchent la sécurité plus que la liberté. Nous avons déjà perdu trop de nos libertés individuelles. La peur maintenant réelle de l’implosion économique pourrait pousser les planificateurs centraux à agir de telle manière, que le New Deal des années 30 ressemblerait soudain à la Déclaration d’Indépendance.

Plus le gouvernement est autorisé à se saisir des leviers de commande de l’économie, et pire la dépression, et plus longtemps elle dure. Ce fut l’histoire des années 30 et du début des années 40, et les mêmes erreurs risquent d’être commises si nous ne nous réveillons pas.

Mais la bonne nouvelle est que tout n’ira pas si mal, à condition que nous fassions ce qu’il faut. J’ai vu quelque chose d’important se produire pendant les 18 mois de campagne. Je suis encouragé de voir que nous pouvons nous réveiller et faire ce qu’il faut. J’ai rencontré des milliers d’élèves et d’étudiants qui sont prêts à accepter le défi et la responsabilité d’une société libre, et prêts à rejeter l’assistanat du berceau à la tombe, qui leur est promis par tant de politiciens bien intentionnés.

Si toujours plus de gens entendent le message de la liberté, toujours plus de gens se joindront à notre action. L’échec de notre politique étrangère, de notre Etat providence, de nos politiques monétaires et virtuellement de toutes les solutions gouvernementales est devenu si évident, qu’il n’est pas très difficile d’en convaincre les gens. Un message positif, celui qui explique comment la liberté fonctionne et pourquoi elle est possible, voilà ce qu’il nous faut de toute urgence !

Un des côtés les plus intéressants dans l’acceptation de l’autonomie dans une société libre est qu’une véritable satisfaction personnelle peut être atteinte par l’individu dans sa propre vie. Ceci n’est pas possible quand un gouvernement assume un rôle de gardien, parent et fournisseur, parce que tout cela élimine le sens de la fierté. Mais le vrai problème est que le gouvernement ne peut pas fournir la sécurité économique qu’il promet. Le soi-disant bien que ce gouvernement-là prétend accomplir pour un individu donné est toujours payé par la liberté de quelqu’un d’autre. C’est un système failli, et la jeune génération le sait.

Restaurer une société de liberté ne nous dispensera pas de remettre notre maison en ordre et d’avoir à payer pour nos dépenses extravagantes. Mais la douleur ne sera pas si longue si nous faisons ce qu’il faut, et ce qui est encore mieux, c’est que notre empire devra disparaître parce que nous ne pourrons plus le financer. Nos guerres cesseront, les attaques contre les libertés civiles cesseront, et la prospérité reviendra. Les choix sont simples : ce ne devrait pas être difficile de trancher, le grand évènement en train de commencer devrait nous donner l’opportunité de renverser la vapeur et de poursuivre la véritable, la grande révolution américaine commencée en 1776. Une grande occasion se présente, en dépit de l’urgence et des dangers que nous avons à affronter.

Faisons que ce « quelque chose d’énorme arrive » soit la découverte que la liberté fonctionne, qu’elle est populaire, et que ce grand évènement politique et économique, dont nous sommes témoins, soit en fait une bénédiction déguisée.

Partager ce contenu