Survivre aux crises (J. Attali)

Publié le : 05/12/2009 23:00:00
Catégories : Sociologie

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Il faut reconnaître à Jacques Attali qu’à la différence de la majorité de nos élites, il ne se fout pas de notre gueule. Il reconnaît d’emblée que la crise actuelle n’est pas finie, qu’elle va probablement empirer, et que les communiqués de victoire émanant des classes dirigeantes ne sont que rideau de fumée. Il en tire, ô surprise, en partie les mêmes conclusions que nous : à savoir que non seulement on ne peut pas compter sur les pouvoirs en place pour nous protéger du désastre, mais qu’en outre, il est à craindre qu’ils ne l’aggravent par leur politique à courte vue.

Face à cette réalité, il recommande une stratégie proactive, fondée sur la mobilité et la flexibilité à tous les niveaux. Plus intéressant encore : il nous explique pourquoi, dans un contexte de crise aigue, la paranoïa devient une force (parce qu’elle pousse à identifier les ennemis plus rapidement), l’hypocondrie un dispositif de sauvegarde (parce qu’elle oblige à s’inspecter soi-même constamment), la mégalomanie un atout (parce qu’elle oblige à se fixer des objectifs ambitieux) et le pessimisme une condition de survie (parce qu’il pousse à se préparer au pire). En d’autres termes, Attali est sur les grandes lignes d’accord avec notre diagnostic (ça va faire mal) et notre remède (préparons-nous sans compter sur personne, et renforçons nos défenses par principe, toujours plus). Tout arrive, même Attali (ou son nègre ?) sur une ligne quasi-scriptoblog.

Evidemment, dès qu’on entre dans le détail, ça se gâte. En effet, Attali ne nous explique pas comment s’organiser pour survivre en remettant en cause le système, mais comment survivre à l’intérieur d’un cataclysme réputé inéluctable, dans le cadre du système (la conclusion de son bouquin est que l’ultime pensée révolutionnaire serait la mise en place d’une police mondiale s’imposant aux Etats – il oublie juste de nous dire qui commandera cette police…).

Fondamentalement, « Survivre aux crise » n’est donc que la reprise survivalisteBrève histoire de l’avenir », avec cette nuance qu’après nous avoir expliqué que nous allions en Enfer, mister Attali nous donne le mode d’emploi pour être des damnés heureux ! de la «

Avec Jacquot, on n’est jamais déçu…

Mais baste. Si « Survivre aux crises » est objectivement un bouquin assez faible (Attali a fait mieux), voyons quand même ce que l’ancien conseiller de Mitterrand nous conseille, pour nous en sortir.

Attali détaille sept principes (numérologie, quand tu nous tiens) qui, selon lui, permettront de mettre en œuvre l’indispensable renforcement des défenses :

-          Le respect de soi-même, qui consiste d’abord à se doter d’une identité forte (ne pas renoncer à soi-même). Une évolution qu’Attali situe à l’intérieur du cadre défini par la sacralisation de la liberté individuelle (ce qui revient qu’il ne pense pas la constitution de l’identité comme collective – Attali n’est, évidemment, pas fractionnaire). Il nous promet un monde où « chacun se sentira libre de se montrer déloyal ».

-          L’intensité, c'est-à-dire la capacité à conserver une relation dynamique et réactive à un environnement changeant (ne pas renoncer au monde). Ce qui peut inclure des choses aussi variées que s’entretenir physiquement, développer un réseau informationnel autonome, se doter d’objectifs à long terme même quand on doit réagir dans l’urgence (pour toujours penser, automatiquement, en fonction des exigences longues).

-          L’empathie, qu’il ne faut pas comprendre ici comme une qualité morale, mais comme une stratégie d’analyse de l’environnement. La capacité à se mettre à la place des autres permet en effet d’anticiper sur leur comportement.

-          La résilience, qui suppose qu’en toute circonstance, on se dote d’un « plan B » (parce que dans un environnement devenu incertain à l’extrême, le « plan A » peut s’avérer caduc à tout moment).

-          La créativité, qui poussera les individus à réinventer leur pratique constamment, pour s’adapter au lieu d’attendre que l’environnement s’adapte (ne pas compter sur les autres). Cela suppose aussi de se doter d’une psychologie adaptée aux temps de crise, une psychologie fondée sur l’exigence permanente du dépassement. Alors, tout instant dans la crise devient une opportunité de refondation.

-          L’ubiquité, qui consiste, si toutes les stratégies précédentes ont échoué, à se tenir prêt à remodeler sa propre identité, pour s’adapter, malgré tout. C'est-à-dire que, nous dit Jacques Attali, seuls survivront les nomades intégraux, ceux qui peuvent à tout moment bouger, y compris au niveau de ce qu’ils sont. Sur ce plan, le fait d’avoir plusieurs identités sera évidemment un atout. Et il n’est pas interdit d’y voir un appel à l’imitation de ce qui, pour un type comme Jacquot, défini une identité juive coupée de sa racine religieuse (chez Attali, c’est un peu comme le « si do ré mi do » de Mozart : la signature).

-          La pensée révolutionnaire, c'est-à-dire la capacité, si toutes les stratégies précédentes ont échoué, à renverser les règles, à ignorer les lois, pour imposer de nouvelles règles, de nouvelles lois, au besoin par la force.

Tel est le message de « Survivre aux crises », un bouquin qui vaut dans les 15 euros en librairie. 15 euros que, très honnêtement, vous pouvez vous économiser.

Sauf si ça vous amuse de comparer les « sept principes » d’Attali aux « sept esprits » de l’Apocalypse. Comme quoi, il n’y a pas que le Collectif Solon qui s’amuse…

 

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