Évènement

The postmodern Coup (W. Tarpley)

Publié le : 02/10/2009 23:00:00
Catégories : Politique

reichstag

Le but de Tarpley est de critiquer Obama d’un point de vue « de gauche ». Pour résumer : Tarpley veut expliquer à l’Amérique « de gauche » (comprendre : plutôt démocrate) qu’Obama est un leurre, et qu’en réalité, en mimant les attitudes que l’opinion américaine attendait du Pouvoir après le Krach de 2008, il a capté le mécontentement pour poursuivre fondamentalement, sous des formes renouvelées, les politiques qui avaient mené au Krach.

Il est difficile de résumer le travail de Tarpley. Son livre est un recueil d’articles (pas tous de Tarpley lui-même), il est donc analytique et manque de synthèse. C’est un ouvrage de combat, écrit au fil des évènements pendant la campagne Obama. Pour autant, ce fourre-tout fourmille d’anecdotes, il est très documenté, et c’est l’accumulation des anecdotes qui finit par emporter l’adhésion. Nous renvoyons donc le lecteur à l’ouvrage source pour plus de détail (attention : disponible en Anglais uniquement, semble-t-il).

Mais voici, tout de même, les grandes lignes de la thèse…


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Obama, menace de guerre

Obama, contrairement à ce que prétendent les bellicistes de droite (néoconservateurs) n’est pas un pacifiste. Au contraire : élève (pour ne pas dire homme de paille) de Z. Brzezinski, il est plus belliciste que les néoconservateurs eux-mêmes, en ceci qu’à la différence d’un Cheney, il ne va pas poursuivre comme stratégie fondamentale de mettre la main sur les ressources pétrolières pour faire chanter la Chine. Son objectif stratégique sera d’enclencher une montée de la tension directe avec la Chine et la Russie, en vue d’un clash direct, potentiellement apocalyptique, soit contre ces deux puissances (si nécessaire), soit entre elles (en les manipulant l’une contre l’autre). C'est-à-dire qu’Obama est encore plus éloigné d’Huntington que ne le furent les néoconservateurs : eux voulaient une guerre indirecte contre la Russie (alors qu’Huntington préconisait une alliance USA-Russie pour neutraliser la Chine) ; Obama, homme de Brzezinski, voudra l’affrontement pur et simple avec la Russie, au besoin, ou à défaut la « fabrication » d’un conflit sino-russe.

Derrière l’administration Obama, au niveau de la politique internationale, on retrouve systématiquement des affidés de la Trilatérale (le groupe d’influence très puissant, dont Brzezinski est l’agent numéro un). Brzezinski a fait Obama, exactement comme, dans les années 70, il avait déjà fait Carter. L’objectif avoué de ce groupe est de faire exploser la Russie (y compris la Russie d’Europe), et si possible les grands Etats européens, pour fabriquer une Eurasie totalement divisée contre elle-même. L’idéal pour cette école de guerre ultra-impérialiste US étant que la Russie, menacée d’explosion, se retourne contre la Chine, économisant à l’Amérique d’avoir à faire la guerre (ces deux rivaux potentiels s’affrontant pour le plus grand profit de Washington). C’est la raison pour laquelle une administration Obama sera moins belliqueuse au Moyen-Orient (à l’égard de l’Iran, en particulier) : attaquer l’Iran serait, pour cette école US « super-neocon » le meilleur moyen de souder une coalition russo-chinoise (la déstabilisation de l’Iran sera en revanche poursuivie, mais uniquement pour y installer un pouvoir pro-US).

La stratégie Obama sera plus probablement de déstabiliser la Russie de l’intérieur, la Chine de l’intérieur, et d’agir sur leurs périphéries pour créer des motifs de conflit entre ces deux puissances (ce qui, soit dit en passant, va poser le problème des relations entre USA et Israël, la carte israélienne devenant encombrante, dans cette perspective : éclatement possible de l’axe « atlanto-sioniste » ?).

Cette politique de déstabilisation anti-russe est la stratégie permanente proposée par Brzezinski depuis trente ans. On lui doit l’entrée de la CIA en Afghanistan (avant l’armée rouge, en 1978) et le financement du terrorisme tchétchenne (Tarpley donne de nombreux indices des liens structurels très forts entre les islamistes tchétchennes et les réseaux Brzezinski).

Obama, le libéralisme change de couleur

Obama, contrairement à ce que prétendent les centristes de gauche, n’incarne nullement la réalité d’un changement socioéconomique. Tarpley analyse l’élection d’Obama comme une « révolution colorée » à l’intérieur des USA : c'est-à-dire une fausse révolution, financée par le grand capital et soutenue par les médias, visant à accélérer les évolutions désastreuses en cours, au nom de la lutte contre leurs conséquences dramatiques. Moteur de l’opération : l’aile gauche de la CIA, c'est-à-dire une fraction de l’oligarchie américaine qui propose de s’appuyer sur la réaction anticonservatrice induite par la « moral majority » pour poursuivre la politique de « libéralisation » (comprendre : féodalisation).

Au niveau de la politique économique, derrière Obama, on retrouve systématiquement des affidés de l’école de Chicago, des membres du « Skull and Bones » de Yale, etc. Il ne faut donc pas s’étonner que, sous couvert de réformer le système de sécurité sociale, Obama s’apprête à le privatiser, détruisant ainsi le seul (petit) bastion que l’Etat-nation avait conservé dans la vie économique des USA. En l’occurrence, Obama s’est livré, pendant et après sa campagne, à un exercice virtuose de « double-talk » (double discours) : il a présenté son programme comme une extension du périmètre de la sécurité sociale… mais il a juste oublié de préciser que le pouvoir, à l’intérieur de la sécurité sociale US, allait basculer au privé.

On ne s’étonnera pas davantage que les modalités de gestion des plans de relance des infrastructures soient telles, sous Obama, que les bénéfices de ces plans de relance seront à coup sûr systématiquement captés par les banques. En l’occurrence, le coup de génie, si l’on ose dire, de l’équipe Obama, est d’avoir annoncé à grand renfort de publicité un retour à la politique interventionniste du « New Deal », en oubliant juste de préciser que l’argent public, avant d’être investi… transiterait par les banques et leur permettrait de se renflouer ! Comme l’explique Tarpley (de manière hélas trop succincte, son livre est meilleur sur la politique internationale que sur l’économie), il faut rentrer dans le détail des montages techniques pour comprendre comment un effet d’annonce « à la Roosevelt » peut dissimuler une accélération des processus enclenchées à l’époque du néolibéralisme affiché.

Tout cela porte un nom : cela s’appelle utiliser un faux socialisme pour encadrer et ainsi faire perdurer le capitalisme le plus dur – cela s’appelle le fascisme.

Obama, le fascisme New Look

Ce « coup d’Etat » a été réalisé en plusieurs phases.

La première a été la marginalisation progressive d’Hillary Clinton au sein du parti démocrate, les médias appuyant systématiquement la campagne Obama, en particulier en manipulant les résultats des primaires pour créer une dynamique favorable à « leur » candidat. « Leur » candidat, car si Clinton est tout sauf un ange, elle était malgré tout moins bien « prise en main » qu’Obama, dont le staff a été entièrement façonné (« shaped ») par Brzezinski (qui a, en particulier, truffé l’entourage d’Obama de membres de sa famille). Un Obama qui, d’après Tarpley (nombreux indices convergents) a été « recruté » par Brzezinski au début des années 80, à l’époque où il fréquentait l’université de Columbia… ce qui expliquerait que par la suite, Obama ait pu faire une très brillante carrière politicienne pratiquement sans jamais affronter de réel adversaire électoral (les réseaux d’influence qui l’utilisent ayant fait le ménage devant lui, en écartant tout adversaire sérieux). Soit dit en passant, on comprend mieux ce recrutement précoce quand on s’intéresse à la famille d’Obama, qui n’est pas précisément un black issu du ghetto : sa mère avait travaillé pour la fondation Ford, par exemple…

Le coup de génie, en l’occurrence, a donc été d’utiliser un Noir, plutôt marqué à gauche, pour conserver au pouvoir, en réalité, la même oligarchie – mais agissant dans l’ombre. Prendre une sorte de faux Allende noir, pour gouverner à la manière de Pinochet : pour l’oligarchie, le scénario idéal. Et bien préférable à une présidence Clinton, avec en ligne de mire la gestion de l’ingérable Hillary…

La deuxième phase a été le déploiement des stratégies que l’oligarchie avait testées lors des « révolutions colorées » dans l’ex-bloc soviétique : utilisation des médias pour promouvoir une figure télégénique (Obama), création et pilotage fin de masses de personnes manipulables (jeunes – à ce propos, Tarpley cite des rapports de l’institut de Tavistock où il est dit, en toutes lettres, que les effets hypnotiques des médias de masse pourraient, vers la fin du XX° siècle, être utilisés afin de détruire les structures politiques traditionnelles de manière brutales) et souvent instables (utilisation de la drogue, qui se mit toujours à couler à flot au moment des révolutions colorées), fraude électorale (si nécessaire) et corruption (financement pratiquement illimité). L’ensemble, explique Tarpley, constitue la recette d’un nouveau fascisme, un fascisme « cool » (en apparence), mais qui obéit en fait exactement aux mêmes dynamiques que l’ancien fascisme : des hordes de jeunes extatiques devant leur leader, et de grandes kermesses collectives financées par les grandes banques, le tout dissimulé derrière les apparences d’une lutte « de gauche » et « anti-establishment ». Formule-clef : proposer de l’espoir (« Hope ») à des gens que l’on a plongés dans le désespoir (cf. la crise économique – à ce sujet, Tarpley cite des rapports du Council of Foreign Relations absolument stupéfiants, où il est dit textuellement, dès les années 1980, que l’objectif de la politique macro-économique à déployer dans les décennies suivantes serait de créer un « désordre contrôlé », en particulier sur le plan monétaire). Piment dans la sauce : l’obsession raciale (qui, chez Obama, prend la forme non du racisme, mais de l’antiracisme – la même figure en réalité, mais retournée).

La troisième phase, qui ne commença historiquement qu’après la prise de pouvoir (et débute donc à présent aux USA) est la confiscation de la révolte des classes productives, à travers l’appareil d’Etat de plus en plus autoritaire, soutenu par les masses endoctrinées que la deuxième phase a créées (des masses qui développent, à l’égard de leur leader, une identification compensatoire à leur propre humiliation). Une fois la confiscation effectuée, la mobilisation totale de la population en vue du soutien à l’impérialisme, dans une fuite en avant qui, seule, permettra de résorber la crise du capitalisme (cf. 1929/2008) par la guerre.

 

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