Tout, tout, tout, vous saurez tout sur BHL !

Publié le : 06/11/2007 00:00:00
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Ce qui caractérise la littérature française contemporaine – enfin plutôt : ce qui caractérise son cadavre… - c’est l’incroyable déconnection qui s’est progressivement établie entre le discours général dont elle est porteuse et la réalité du monde dans lequel elle s’insère. Jamais peut-être dans l’Histoire l’écrit n’avait été à ce point vidé de son sens, c'est-à-dire de ce qui le relie à l’Etre. Objectivement, c’est prodigieux. Le jour où la réalité sera sue de ce que furent les années 1968-2008 en France, immense sera la stupeur de beaucoup de citoyens français – nourris qu’ils ont été, ou plutôt gavés, depuis quarante ans par notre presse merdique qu’inspire une intelligentsia merdique. Je pèse mes mots : immense sera le choc qu’éprouveront les Français en découvrant la nature de la Françafrique, ou certains aspects de la politique extérieure française sous Mitterrand ou sous Chirac, ou même tout simplement la réalité des zones de relégation sociales présente désormais sur le territoire français. Nos compatriotes sous-informés éprouveront, ce jour-là, à peu près ce que durent éprouver les civils allemands, quand les autorités militaires américaines leur firent nettoyer les camps de la mort. Et encore une fois, je pèse mes mots.

Véritable figure archétypique de cette déconnection parfaite entre le Verbe et l’Etre : Bernard-Henri Lévy, le philosophe médiatique à la Française dans toute sa splendeur. C’est de lui que nous devons maintenant parler, pour comprendre ce qu’il y a derrière l’incroyable vacuité de la pensée française contemporaine, car nul, mieux que « BHL », ne peut illustrer cette vacuité et en dénoncer les causes.

Qui est BHL ?

Ce n’est évidemment pas un philosophe. Il n’a apporté aucun concept fondateur au débat. Ses principaux ouvrages ont été démontés par les quelques plumes de poids qui daignèrent se pencher sur le personnage. Aron incendia « L’idéologie française », médiocre pamphlet francophobe. Castoriadis et Vidal-Nacquet ont établi ce qu’il fallait penser du « Testament de Dieu » - car figurez-vous que BHL a écrit un « testament de Dieu », ça ne s’invente pas.

Dixit Aron sur « L’idéologie Française » : « Bernard-Henri Lévy viole toutes les règles de l'interprétation honnête et de la méthode historique. Le voilà maintenant Fouquier-Tinville, lui qui prêche la démocratie. Il oublie que la démocratie devient aisément, elle aussi, inquisitoire, sinon totalitaire. »

Dixit Vidal-Nacquet sur « Le testament de Dieu » : « Il suffit, en effet, de jeter un rapide coup d’œil sur ce livre pour s’apercevoir que loin d’être un ouvrage majeur de philosophie politique, il fourmille littéralement d’erreurs grossières, d’à-peu-près, de citations fausses, ou d’affirmations délirantes ». Et Cornelius Castoriadis d’enfoncer le clou avec jubilation : « Dans la « République des Lettres », il y a – il y avait avant la montée des imposteurs – des mœurs, des règles et des standards. Si quelqu’un ne les respecte pas, c’est aux autres de le rappeler à l’ordre et de mettre en garde le public. Si cela n’est pas fait, on le sait de longue date, la démagogie incontrôlée conduit à la tyrannie. Elle engendre la destruction – qui progresse devant nos yeux – des normes et des comportements effectifs, publics sociaux que présuppose la recherche en commun de la vérité. Ce dont nous sommes tous responsables, en tant que sujets politiques précisément, ce n’est pas de la vérité intemporelle, transcendantale, des mathématiques ou de la psychanalyse ; si elle existe, celle-ci est soustraite à tout risque. Ce dont nous sommes responsables, c’est de la présence effective de cette vérité dans et pour la société où nous vivons. Et c’est elle que ruinent aussi bien le totalitarisme que l’imposture publicitaire. Ne pas se dresser contre l’imposture, ne pas la dénoncer, c’est se rendre coresponsable de son éventuelle victoire. Plus insidieuse, l’imposture publicitaire n’est pas, à la longue, moins dangereuse que l’imposture totalitaire. Par des moyens différents, l’une et l’autre détruisent l’existence d’un espace public de pensée, de confrontation, de critique réciproque. »

La cause est entendue : BHL n’est pas un philosophe. C’est tout au plus un journaliste de la philosophie relativement doué. Et encore : il est doué surtout pour faire sa propre pub…

Alors d’où vient que cet auteur de deuxième, voire de troisième zone, bénéficie depuis trente ans d’une couverture médiatique exceptionnelle ?

Tout simplement du fait que BHL est un homme de réseau. BHL a des amis partout. Chez Paris Match, au Figaro, au Point. Pourquoi a-t-il des amis dans ces quotidiens et hebdomadaires ? Parce qu’il est intime des gens qui les possèdent.

BHL, c’est l’ami de Jean-Luc Lagardère. Comme le groupe Lagardère possède une bonne part des éditions françaises, BHL reçoit automatiquement le soutien de tous ceux qui travaillent dans les maisons d’éditions. Comme par ailleurs BHL a également l’oreille de François Pinault, comme il a su entretenir des relations avec la famille Dassault et la famille Bouygues, BHL est intouchable. Ces copains possèdent à peu près tout ce qui reste de médias en France : personne ne peut attaquer BHL. Personne.

Dès lors, tout s’explique. Par exemple, quand Yann Moix, sous-Houellebecq de chez Grasset, entreprend l’éloge de BHL, ce que nous avons, c’est tout simplement un écrivaillon médiocre qui, pour continuer à vivre grassement de sa plume mercenaire, cherche à se concilier les bonnes grâces d’un copain du type qui possède la boîte où il bosse – d’autant plus que le copain en question est éditeur dans la boîte en question, raison de plus pour lui cirer les pompes… Prenez les animateurs de télé. Disons Guillaume Durand, ou Ruquier, ou Fogiel, ou n’importe quel autre d’ailleurs à quelques rares exceptions près… Quand un animateur de télé, donc, lèche les bottes de BHL en public, c’est parce que cet animateur sait que BHL peut le faire virer. Ou qu’en tout cas, il peut lui nuire gravement (même sur la télé publique, puisque celle-ci est désormais poreuse aux intérêts privés).

Et ainsi de suite. Tout le petit monde des éditorialistes à la mode, toute la clique des connards patentés qui donnent des leçons dans les journaux et à la téloche, toute cette fange pseudo-intellectuelle qui ne vaut même pas un crachat, toute cette merde procède de la même logique : c’est la conjuration des vendus. Point barre, ne cherchez pas plus loin. Ce sont des putes. Donc ils donnent leur cul à BHL parce que BHL a du pognon. Voilà, toute l’Histoire de France pour en arriver là.

BHL a une pensée vide. Ses bouquins sont nuls. Mais comme il est l’ami des gens qui possèdent les médias, les porcs répugnants qui peuplent ces médias n’ont d’yeux que pour lui. CQFD. Rien de plus logique.

Rien de plus logique, mais le mystère reste entier.

Vous me direz, en effet : pourquoi BHL est-il l’ami des puissants ?

Bonne question.

Essayons de répondre…

BHL est l’ami des puissants pour deux raisons.

La première raison, c’est tout simplement qu’il est l’un d’entre eux. BHL est riche. Pas autant que ses amis Lagardère ou Pinault, non. Mais riche à milliards, tout de même.

Qui est en réalité cet ex-maoïste de chez Fauchon et des années 70 réunies, grand bourgeois parisianiste qui commença sa carrière en glosant sur la révolution en milieu paysan ? Qui est ce gauchiste en chemise blanche ? Qui est cet idéaliste à la bouche d’or ? Eh bien, c’est tout bonnement l’héritier d’une très importante fortune, construire par son père, André Lévy.

Voilà pourquoi BHL est BHL. Parce que c’est un fils à papa.

Allez-vous étonner, après ça, qu’Arnaud Lagardère l’ait à la bonne !

La deuxième raison du pouvoir d’attraction exercé par cette idole pourrie sur les puissants, et là nous touchons au fond du mystère, c’est que BHL propose un type de discours, une manière de penser, ou plutôt de ne pas penser, enfin bref, disons, un contenu médiatique, qui répond à une véritable demande de la part de ces gens-là. BHL, parce qu’il est riche et puissant, trouve spontanément, depuis trente ans, le positionnement qui entre en résonnance avec ce dont ces gens-là, les riches, les puissants, ont besoin pour continuer à se sentir justifiés – même quand leur conduite est injustifiable. BHL entre en isomorphie avec ce milieu-là, le milieu des salauds, des assassins de la France et de l’Afrique, des exploiteurs du peuple et des pilleurs du monde. Il n’a même pas besoin de se forcer. Tout son mode de pensée est articulé autour d’une exigence unique : combler ce besoin qu’ont les puissants salauds qui nous gouvernent – c'est-à-dire se sentir nobles, pour oublier à quel point ils sont ignobles.

Pour prendre la mesure de cette dénégation de leur nature par nos élites profondément corrompues, et pour comprendre le rôle que BHL peut tenir dans ce mécanisme pervers, il faut se représenter les relations entre Lévy et ses divers mentors – au premier rang desquels, bien sûr, le machiavélique François Mitterrand, de loin le plus répugnant des dirigeants français du XX° siècle. Comment Mitterrand n’aurait-il pas ressenti une communion d’esprit avec BHL ?

Prenez les années 90.

C’était l’époque où la cellule africaine de l’Elysée organisait le Hutu Power, manip cynique qui allait déboucher sur l’atroce génocide rwandais. Et voici justement BHL. BHL qui a hérité de la fortune amassée par son père en Côte d’Ivoire, grâce à la déforestation massive dont ce pays surexploité va bientôt crever. Et BHL, qui cependant se pose en caution morale universelle avec cette assurance qui, en tout temps et en tout lieu, caractérise les escrocs. BHL, ce « nouveau philosophe » qui parle beau, et dénonce le totalitarisme avec une pose vertueuse, est une aubaine pour Mitterrand. Si BHL riche de la Côte d’Ivoire pillée sans vergogne par son père, peut néanmoins jouer au moraliste, alors Mitterrand est racheté de ses saloperies africaines. Grâce à BHL, Mitterrand peut tranquillement préparer un crime contre l’humanité, tout en se rangeant paisiblement dans le camp de ceux qui dénoncent les crimes contre l’humanité.

Mais ce n’est pas tout. Les années 90, c’est aussi l’époque où le Parti Socialiste abdique de toute velléité réformiste, où il aligne la France ni vu ni connu sur une construction européenne d’inspiration mondialiste, donc néolibérale. Et voici BHL, qui explique haut et fort que le fascisme vient du peuple, qu’il est consubstantiel au peuple de France (cf. « L’idéologie française »). Moralité, avec BHL, Mitterrand peut trahir la gauche tout en continuant à se poser en juge d’un petit peuple qu’il est en train de vendre au capitalisme mondialisé.

Mais ce n’est pas tout. BHL est un « intellectuel engagé », n’est-ce pas ? Engagé pour la Bosnie, même. Noble cause… Mitterrand est coupable d’avoir en 1991-1992 cautionné la politique d’épuration ethnique serbe, coupable même de l’avoir en partie provoquée, faute d’avoir pris la mesure de la détermination allemande sur la Croatie. Une faute politique majeure, qu’il veut faire oublier… BHL lui organisera un voyage très médiatique là-bas, au pays des massacres. Le temps de prendre une photo, avant de retourner en France trinquer avec les marchands d’armes du groupe Lagardère, qui s’engraissent à la même époque grâce au conflit bosniaque…

Mais là encore, la mesure n’est pas pleine. Il y a plus ignoble, et plus décisif peut-être. BHL, pour Mitterrand l’ami de Bousquet, décoré de la Francisque par Pétain lui-même, est aussi une manière de caution juive. Sa judéité est discutable, certes, mais elle est acquise symboliquement dans l’univers médiatique, et cela seul compte. Pour Mitterrand l’ancien pétainiste, l’amitié du juif BHL est la preuve d’un rachat, immérité donc particulièrement jouissif.

C’est que BHL qui donne tant de leçons, n’a pas de leçons à donner. BHL se proclame universaliste, mais il défend le droit d’Israël à pratiquer l’apartheid (à l’égard des Arabes israéliens) et même de procéder à une épuration ethnique hypocrite (dans les territoires occupés). Devant cet escroc incohérent, Mitterrand le « républicain pétainiste » se sent absout. Sous cet angle et sur le plan symbolique, BHL, c’est un peu le Juif retourné, c’est à dire retourné contre le principe même de la judéité – telle qu’elle fut construite historiquement par la Diaspora. C’est là peut-être que réside au fond la source cachée de sa capacité à plaire aux ignobles, aux escrocs, aux traîtres. Il leur annonce que la figure qui les poursuivait le plus assidument a renoncé à être elle-même.

Au temps des Derniers Hommes, BHL est le Dernier Juif. C’est le mauvais Juif de Cour qui, en adorant le Veau d’Or, conforte le mauvais Roi Franc. BHL est à l’idéal républicain français ce que les Jésuites de Cour furent à l’Ancien Régime. Avec lui, la Bête peut faire l’Ange. Mitterrand n’est pas dupe, bien sûr. Mais politiquement, tout cela l’arrange bien. BHL, c’est la marque, le logo, qui colle avec la « génération morale » - nom donné, à l’époque, aux jeunes crétins assez naïfs pour gober la manip « SOS Racisme ».

Ce mécanisme par lequel BHL devint dès les années 70 une des cautions de Mitterrand, on peut le retrouver à l’œuvre en permanence dans sa carrière, et à tous les niveaux. Parce que sa crasse morale est cachée derrière la pose du moraliste, il excuse les saloperies de ses amis puissants, dans la politique ou dans la finance. Avec son discours mou, qui permet aux cuistres de se réconforter dans une indignation commode, il est le penseur qui colle à un certain lectorat merdeux, celui des cadres débiles qui lisent un livre par an, et encore une page sur deux. Avec sa chemise blanche et son décolleté légendaire, il offre une image d’intellectuel dans une société qui n’a plus rien à penser.

Telle est la vraie nature de BHL. Telle est la source de son pouvoir. Spontanément, parce que c’est dans sa nature de fils à papa habité par la dénégation du Mal dont sa richesse fut tissée, ce sous-penseur du pauvre entre en isomorphie avec son époque. On dit qu’il est l’intellectuel français de référence. Et c’est vrai : il est la référence qu’il faut à notre France pourrie, gangrénée jusqu’à la moelle par ses élites ignobles. BHL est l’homme qu’il faut à la France des magouilles mitterrando-chiraquienne pour parler de l’Afrique avec de grands mots vertueux. BHL est l’homme qu’il faut à la France moribonde, vendue au capitalisme mondialisée, pour cracher sur le peuple qui l’a faite et qui refuse de crever avec elle. BHL est une merde, et c’est pour ça qu’il est à sa place dans la fosse septique qui nous sert de pays.

Avant de devenir le porte-parole de la classe dirigeante la plus répugnante de l’Histoire, ce cuistre commença sa carrière par un bouquin convenu : « La Barbarie à visage humain ». Oserai-je dire que ce titre prémonitoire révélait a contrario la nature de la cause qu’il s’apprêtait à servir ? - A savoir, nous en avons maintenant l’effet sous les yeux, une culture inhumaine.

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