Évènement

Un Etat dans l'Etat (Sophie Coignard)

Publié le : 07/05/2009 00:00:00
Catégories : Sociologie

FM

La franc-maçonnerie passe généralement pour un réseau d’influence en déclin, et les francs-maçons eux-mêmes font tout pour accréditer cette thèse. C’est faux, nous explique Sophie Coignard.

150.000 initiés à jour de cotisation, 150.000 « pas à jour, mais toujours maçons » : 300.000, ce serait le nombre total des FM en France. Un réseau d’influence énorme, structuré par un système de loges (des « petites familles » qui regroupent les gens sur une base essentiellement géographique) et de fraternelles (des regroupements par métier, moteur de l’influence), qui sait aussi fonctionner comme un réseau des réseaux (avec les Corses et les homosexuels, en particulier), et qui a profité de l’affaiblissement de l’autorité de l’Etat pour étendre son pouvoir bien au-delà de ce que les non-initiés imaginent – jusqu’à cette affaire typique du sarkozysme, la fameuse « signature trois points » apposée par Sarko au bas de certains courriers. Un réseau d’influence, aussi, appuyé sur une doctrine philosophique ambitieuse : le perfectionnement de l’Homme, avec un grand « H » (ce qui lui aurait permis, semble-t-il, de militer pour le droit à l’avortement ou l’abolition de la peine de mort, comprenne qui peut). Un réseau d’influence qui, au nom des valeurs de solidarité, organise surtout une solidarité préférentielle, qui peut aller très loin, jusqu’à couvrir des délinquants de droit commun au nom de la « fraternité ». Un réseau d’influence, enfin, caractérisé par un véritable culte du secret (les FM parlent de « discrétion ») – un secret, fait peu connu, qui est protégé par la justice, la FM ayant obtenu que la magistrature considère que l’appartenance maçonnique relève de la vie privée.

Les places fortes de l’influence maçonnique, selon Sophie Coignard, sont :

  • Les institutions elles-mêmes, pour commencer, en particulier le Sénat (un sénateur du cinq serait FM), dont la présidence elle-même serait un fief maçonnique notoire (notoire dans le milieu politique, du moins) et le ministère de l’Intérieur (la FM fonctionnerait presque comme un syndicat non officiel des commissaires, tandis que la haute hiérarchie du ministère, et parfois le ministre, se retrouve en Loge). Autre fief, plus inattendu : le renseignement. Une bonne partie des agents français sont FM. L’influence sur l’Elysée, en revanche, est en général indirecte, via le personnel proche du chef de l’Etat. Sarkozy, pour Coignard, n’est probablement pas lui-même maçon – juste « maçonno-compatible ». Au final, un véritable « Etat maçonnique » logé au cœur de la République, et l’influençant de manière souvent décisive.
  • Les partis politiques, en particulier l’UMP (où le soutien des « Frères » est utile pour qui veut se placer). Il est vrai qu’étant donné le poids de la maçonnerie au MEDEF, il eut été surprenant que son pseudopode politique ne soit pas sous influence maçonnique… Le Parti Socialiste également a ses maçons, mais l’influence y serait nettement moins forte (Julien Dray, DSK et Fabius ont dû veiller au grain pour le compte d’un autre réseau, mais de cela, Sophie Coignard ne souffle mot…)
  • Le secteur public et parapublic, au sens large, avec des places fortes à la Caisse des Dépôts et Consignations (qui a financé directement la construction du siège de la Grande Loge Nationale de France), la plupart des mutuelles, les chambres de commerce, La Poste (où la FM fonctionnerait comme une sorte de DRH bis), le Crédit Agricole, bref à peu près toutes les entreprises publiques ou l’ayant été.
  • Certaines professions, noyautées par des fraternelles particulièrement efficace (agents immobiliers, par exemple, mais aussi la magistrature, ce qui pose un très gros problème de conflit d’intérêt).
  • Enfin de très nombreuses entreprises, où l’influence maçonnique est parfois assez prégnante (EDF par exemple). Dans ce cas, l’influence se traduit souvent par des carrières fulgurantes, voire, dans quelques cas, par des « petits arrangements », y compris entre frères relevant de plusieurs entreprises, concurrentes éventuellement – un réseau transversal aux entreprises.

Voici, en quelques mots, la synthèse de « Un Etat dans l’Etat », le livre qui n’apprend rien mais qui confirme tout. Le bouquin fourmille d’anecdotes permettant d’étayer les grandes lignes exposées ci-dessus, et qui suffisent amplement à démontrer l’exactitude de la thèse : la FM est puissante, dangereuse et, dans une certaine mesure, on peut se demander si la République Française, sans le contrepoids d’autres réseaux d’influence du même tonneau, ne serait pas tout bonnement une dictature maçonnique.

Pas grand-chose à reprocher au bouquin de Sophie Coignard, donc. C’est un point détaillé sur l’influence d’un des réseaux les plus forts dans le pays. Merci, donc, pour cette somme d’informations largement connues, mais qu’il est toujours utile de synthétiser.

Une seule remarque : madame Coignard, si par hasard vous me lisez et si vous voulez vraiment nous impressionner, il vous reste un truc à faire… écrivez le même bouquin sur le lobby sioniste.

Alors là, nous serons vraiment impressionnés.

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