Évènement

Un prophète ?

Publié le : 13/09/2009 23:00:00
Catégories : Cinéma

prophetDernièrement, à l’occasion d’une nouvelle déclaration scandaleuse qui-nous-ramène-aux-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire, Jean-Marie Le Pen nous affirmait que 90% des faits délictueux avait à son origine un immigré ou une personne d’origine immigré. Tollé immédiat dans la presse systémique qui ne se lasse jamais de s’indigner,  et qui à sa façon tartufienne sommera Le Pen de fournir ses sources. Las, le vieux cachalot leur proposera de constater par eux-mêmes la composition ethnique de n’importe quelle prison de l’hexagone. Gène passagère des contradicteurs, et fin de la polémique.

C’est justement dans l’univers carcéral que Jacques Audiard, incontestablement le plus talentueux réalisateur de sa génération (pour ne pas dire le seul), avait décidé de planter le décor de son nouveau film. Du point de vue cinématographique, tout le monde s’est accordé sur la virtuosité de la mise en scène, la force du scénario, la qualité des interprétations, autant de qualités conjuguées qui font du film un vrai petit chef d’œuvre.

En revanche, bien peu se sont attardés sur la dimension sociologique du film, le fait qu’elle rejoigne en grande partie les constats du leader de la droite nationale y sera sans doute pour quelque chose. Mais à y regarder de plus près, le plus grand intérêt du film est qu’il représente une magnifique métaphore de l’histoire de France des trente dernière années, avec une très explicite illustration du cataclysme de l’immigration, de la communautarisation du pays, avant sa disparition très subtilement prophétisée par Audiart.

Commençons par le profil du héros : un jeune criminel arabe arrive en prison pour purger une peine de 6 ans. On ne sait pas d’où il vient, ni la raison pour laquelle il a été condamné. Peu importe. Il ne sait ni écrire, ni lire le français. Il va s’efforcer de l’apprendre, tout comme le corse, pour mieux s’intégrer à son environnement, s’assimiler à la population locale. Il a clairement le profil de l’immigré des années soixante qui se déplaçait seul, sans la famille restée au bled, se contentant de prostitués avant de terminer son assimilation en se mariant avec une de-souche compatissante (et elles ne manquent pas en France).

Ensuite nous passons par son intégration sociale au sein du milieu corse. Notre jeune arabe passera par toutes les humiliations possibles, le mépris, l’absence de reconnaissance, la suspicion permanente, et surtout l’interdiction de créer son propre trafic, donc d’exister. Finalement, les corses se contentent d’utiliser une main d’oeuvre bon marché sans avoir à en supporter la moindre contrepartie sociale. Pas besoin de vous faire un dessin, vous avez tous reconnu dans le rôle de l’organisation mafieuse la figure dépourvue de scrupules du patronat.

Puis les choses changent, le jeune arabe apprend, il apprend vite, il se constitue seul un réseau de contrebande, commence à exister, mais toujours dans le dos de ses employeurs bien trop occupés à s’entre-déchirer entre eux. Les choses changent autour d’eux pourtant, la déferlante de l’immigration modifie le paysage de la prison,  sans même qu’ils s’en rendent compte, ou plutôt ils ne veulent pas voir, méthode coué, et puis ces arabes sont vraiment trop cons, n’est ce pas ? Alors ils retournent tranquillement à leurs affaires, et aux luttes internes, leur péché mignon.

Lorsque le vieux chef finira par s’en apercevoir, il sera trop tard, le jeune arabe n’aura plus qu’à porter le coup de grâce. Le meurtre du père est presque parfait. Audiart se complait dans cette posture (une constante chez lui, le rapport au paternel…), mais sans vraiment s’attarder sur l’environnement qu’il a dû créer pour rendre ce dénouement vraisemblable, il est pourtant d’une criante actualité :  On se retrouve dans la prison entièrement arabisée décrite par Le Pen, où le parrain corse, parfait symbole de l’ancienne France, ploie sous le nombre puis s’effondre, à genoux, seul, devant une foule homogène à 100% qui n’a même plus besoin de s’assimiler. Ce sera au vieux corse de le faire, ou de mourir.

Allah est grand, et Audiart est son prophète.

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