Évènement

USA : une nouvelle Argentine ?

Publié le : 01/09/2008 00:00:00
Catégories : Archives Scriptoblog (2007-2013) , Articles par intervenants , Articles par thèmes , Economie , Scriptomaniak

chute_libre

Le blog Reflecting light est intéressant en lui-même, mais c'est aussi une fenêtre sur les opinions du public cultivé aux USA. Il est donc à noter que Mister USA commence à réaliser que la puissance de son pays est en réalité adossée à une incroyable montagne de dettes, et qu'en dernière analyse, la capacité de l'Amérique à maintenir son statut dépendra de son aptitude à faire effacer ces dettes himalayesques. L'attaché-case vide dans une main, et le shotgun plein dans l'autre : la puissance américaine en une image.

D'où la petite traduction ci-dessous, un exemple du sentiment dominant chez les Américains lucides. Un sentiment qu'on pourrait résumer ainsi : 'nous sommes au bord du gouffre et nous allons faire un pas en avant...'

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Traduit de "Reflecting Light "

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Les Américains scotchés devant le cirque des Démocrates cette semaine, et peut-être le mois prochain devant celui des Républicains, perdent leur temps à des fariboles ; tous les slogans déclencheurs d’applaudissements frénétiques et orchestrés, toutes les promesses, toutes les annonces de changement lancées sur les ondes, tout cela n’a rien à voir avec la réalité de la crise que traverse le pays. Aucun des deux Partis ne l’évoque, car en parler provoquerait une panique. Les « ténors » (NDT : en fait, le mot anglais fait plutôt penser à un « bourrin » !) des partis sont soit ignorants eux-mêmes, soit convaincus que l’ignorance est une bénédiction pour le Peuple…

Le danger le plus pressant, ce n’est pas l’Islam (oh pardon ! le « terrorisme »), ni l’invasion mexicaine. Sans nier l’importance de ces deux problèmes, il faut reconnaître qu’un autre serpent va nous attaquer et que sa morsure nous laissera encore plus faibles et incapables de les affronter. Ce « serpent », c’est selon toute vraisemblance le très prochain effondrement du système financier mondial, appuyé sur le dollar, c'est-à-dire sur une monnaie de singe.

Depuis des années, bien des pays, mais surtout les USA, se comportent comme si le crédit était en lui-même de l’argent ; et le premier fournisseur de cartes de crédit est le gouvernement américain qui a le pouvoir de créer du crédit en émettant des dollars, et en faisant croire à tout le monde que la monnaie représente la vraie richesse, alors qu’en réalité depuis 1971 le dollar n’est adossé sur rien, sauf la parole de la Réserve Fédérale. C’est là ce que les économistes appellent une « devise fiat ».

Cela a plutôt bien marché pendant longtemps, parce que le monde avait confiance en la parole de la FED. Néanmoins, récemment, les « rats des champs » ont rattrapé les « rats des villes ».

Darryl Schoon a écrit sur le site « économie alternative » www.financialsense.com:

« Alors que les banquiers contrôlent l’émission du crédit, ils ne peuvent s’autocontrôler ; ils sont le défaut mortel dans le système qu’ils ont créé, système opaque et tortueux, qui a remplacé l’argent par du crédit et l’épargne par des dettes. Les banquiers ont répandu dans le monde entier ce système fondé sur le crédit, en s’intéressant aux besoins humains élémentaires ET à l’ambition et la cupidité ; or si on peut satisfaire les besoins élémentaires, il n’en va pas de même pour l’ambition et la cupidité – surtout celles des banquiers. »

J’ai un mauvais pressentiment quant à ce qui est imminent. La Grande Dépression (29/30) est la première référence qui vient à l’esprit. Comme beaucoup d’entre vous, je n’étais pas né quand elle s’est produite ; néanmoins, on disait la craindre en privé, maintenant on en discute en public ; ça va aller mal.

Prédire un « sturm und drang », c’est bien sûr attirer facilement l’attention. Le site « financialsense » et ses semblables sont friands de cette sorte de discours apocalyptiques, et beaucoup trouveront cela exagéré ; peut-être ! J’ai lu ce qu’a écrit le financier Kon Fisher dans « les trois seuls points qui importent ». Il s’esclafferait sans doute devant les prédictions de Schoon.

Ce qui m’a le plus impressionné dans le livre de Fisher, c’est un tableau où il fait le relevé de tous les chocs et toutes les crises, année par année, que notre pays a connus depuis 1935 , une période qui compte environ 70% d’années où le marché était à la hausse, voire au plus haut. Fisher est certes un type brillant, mais force m’est de me demander s’il n’a pas acquis ses connaissances du marché quand les règles du jeu étaient différentes.

Schoon fait remarquer : « En 2006, dans un memo publié par la Banque Fédérale de Saint-Louis, le Professeur Laurence Kotlikoff affirmait que les Etats-Unis étaient « techniquement en faillite » puisqu’ils ne trouveraient jamais de quoi rembourser leur dette de 65,9 .10exp12 (65900 milliards) de dollars. »

Il paraît évident que Kotlikoff avait sous-estimé la dette, ou bien que nous sommes sur une pente plus raide qu’il ne l’avait prévu : il y a juste trois mois , le 28 Mai 2008, Richard W. Fisher, Président et CEO ( ??) de la Banque Fédérale de Dallas, estimait la dette des Etats-Unis à 99,2.10.exp12 (99200 milliards) de dollars, soit 50% de plus que l’estimation de Kotlikoff.

Quand il passe aux accusations politiques de collusion entre la CIA et le Monde Bancaire, quand il évoque des complots visant à maintenir les pays pauvres en état de dette permanente, il est certain que Schoon s’aventure en terrain dangereux ; qu’il ait tort ou raison, ou un peu des deux (je n’ai aucun moyen de le savoir), j’aurais préféré qu’il n’en arrivât pas là, parce que pour une large part ce qu’il écrit sur notre présente situation vaut que vous vous y arrêtiez, avec toute l’attention nécessaire.

La déconfiture annoncée frappera et la banque et l’emprunteur de la même façon ; le système des banquiers s’écroule maintenant sous le poids de la dette qu’ils ont créée, avec leur dollar appuyé sur du crédit.

Les banques sont de plus en plus nombreuses à faire faillite, tout comme les gouvernements que ces banques ont utilisés dans leur stratégie de dépréciation des devises. Cette fois-ci, ce n’est pas seulement l’Argentine qui connaîtra une grave crise : les Etats-Unis, son bailleur, seront aussi frappés, tout comme nombre de banques américaines qui ont créé la dette.

Il y a trois ans, quand j’ai ouvert ce blog, je ne m’attendais pas à tellement traiter de politique, et l’idée d’écrire sur l’économie ne m’avait jamais effleuré. Mais maintenant je sens que dans ces deux domaines notre avenir est en danger et que, nonobstant mon manque de compétence, les négliger serait faire preuve d’un manque de sens de la responsabilité envers mes lecteurs, y compris ceux que ne connais pas du tout, ou qui ne m’ont jamais contacté.

Espérons que ça n’ira pas aussi mal que je le crains, mais je suis loin d’être le seul à avoir peur. Sur Internet, ou ailleurs, des tas d’idées et d’informations circulent. Apprenez tout ce que vous pouvez. Agissez en conséquence.

Traduction d'un article de Rick Darby, paru sur Reflecting Light.

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