Évènement

Vers le village Potemkine global

Publié le : 28/04/2009 00:00:00
Catégories : Economie

jdgd2Travail rédigé dans le cadre de
Egalité & Réconciliation

Publication dans la continuité sur scriptoblog.com


1 – La situation générale en avril 2009

Nous vivons un moment extraordinaire : nous assistons à l’invention du village Potemkine global. Pour la première fois dans l’histoire du capitalisme, toute la planète vit dans un hologramme artificiellement construit.

Prenons l’exemple du G20 de Londres.

La communication officielle :

  • Les chefs d’Etat des puissances significatives se sont mis d’accord pour opérer une grande relance mondiale et réguler le capitalisme en attaquant les paradis fiscaux.
  • 1.000 milliards de dollars vont renforcer le FMI, qui pourra secourir les Etats en difficulté, 5.000 milliards suivent pour relancer l’économie mondiale.
  • Un « nouvel ordre mondial » (encore un) vient de voir le jour, la « tentation du protectionnisme » a été écartée, et la crise est, déjà, derrière nous !

La réalité...

  • Les occidentaux n’ont pas pu se mettre d’accord sur les conclusions du G20. Obama et Brown n’ont pas obtenu la grande relance inflationniste qu’ils souhaitent (seule méthode pour éviter le naufrage du capitalisme anglo-saxon), tandis que Merkel et Sarkozy (?) n’ont pas obtenu les engagements qu’ils souhaitaient concernant la régulation (comprendre : concernant le rôle de la City, et de ses annexes diverses) (1). Quant aux non-occidentaux, Chinois en particulier, ils n’étaient même pas d’accord avec la nature de la question posée (ils voulaient refonder le système monétaire international et sortir de l’étalon-dollar).
  • Les 1.000 milliards de dollars du FMI correspondent pour partie à des engagements antérieurs, pour partie à des ventes d’or, pour partie à des crédits dont le déblocage suppose une procédure longue (auprès du Congrès américain, en particulier). Bref, il s’agit pour l’essentiel d’un effet d’annonce.
  • Loin d’être derrière nous, la crise empire. La chute de la production industrielle un peu partout dans le monde, mais surtout dans les pays d’exportation (Allemagne, Japon, Chine) est impressionnante. En fait, l’effondrement du commerce international correspond à peu près à celui observé après 1929, en plus rapide. Presque tous les Etats ont commencé à prendre des mesures protectionnistes qui ne disent pas leur nom, à coups de durcissement des normes ou de complexification des procédures administratives.

Le plus curieux est que si dans l’économie réelle, la projection de cet hologramme n’a aucun effet, il semble bien que la finance globalisée soit dupe, ou en tout cas affecte de l’être. Les bourses du monde entier se sont effondrées de septembre à décembre 2008, au rythme des annonces faisant craindre la faillite en cascade des banques. Depuis décembre 2008, au fur et à mesure que les acteurs des marchés boursiers ont réalisé que les Etats voleraient toujours au secours des banques, les marchés se sont redressés, alors que depuis cette date, les annonces sur l’économie réelle démontrent que la dépression est beaucoup plus violente que les prévisionnistes, même les plus pessimistes, ne l’avaient anticipé. La déconnexion entre l’économie financiarisée et l’économie réelle n’a peut-être jamais été aussi grande. En fait, on pourrait comparer les bourses du monde à une sorte de gigantesque partie de Monopoly – et les joueurs continueront à s’échanger des billets de Monopoly, sans se soucier de leur contrepartie réelle, aussi longtemps qu’ils le pourront.

Il est intéressant, ici, de rappeler les chiffres de la crise en cours, les chiffres importants, et souvent peu médiatisés (moins, en tout cas, que les annonces du G20) :

- La récession a probablement commencé, aux USA, dès le 4° trimestre 2007. Elle a été masquée par des manipulations statistiques de très grande ampleur, en particulier au 2° trimestre 2008. Au total, entre septembre 2007 et septembre 2008, les « shadow statistics » américaines indiquent un recul du PIB en termes réels de l’ordre de – 4 %. Depuis, la récession s’est transformée en dépression. Le taux d’utilisation des capacités de production est tombé à 68%, un point bas sans précédent historique. Depuis, les chiffres réels de l’activité doivent impliquer un recul du PIB de l’ordre de 4 % de plus, sur 6 mois. Les spécialistes considèrent maintenant que le PIB américain, en termes réels, va reculer d’au moins 7 % sur un an, ce qui est caractéristique d’une situation de dépression violente, comparable à celle qui suivit le krach de 1929. Le chiffre officiel devrait avoisiner – 4,5 %, mais il s’agit, là encore, d’un effet d’affichage. Franchement, les statistiques officielles américaines n’ont plus guère de crédibilité.

- Dans le même temps, le déficit public américain semble avoir échappé à tout contrôle. Après l’échec de la première présentation du plan Geithner (trop modeste étant donné les risques à court terme, voir JDGD précédent), l’administration Obama a finalement cédé devant Wall Street. De semaine en semaine, la prévision de déficit public ne cesse de grandir, tandis que la FED rachète maintenant massivement les bons du Trésor, plus personne ne voulant prêter à l’Etat fédéral (la Chine a cessé de recycler ses excédents, eux-mêmes en forte contraction). On peut s’attendre à voir l’Etat fédéral américain confronté, fin 2009, avec un déficit public comparable au PIB français – et là, donc, on commence à parler des vrais montants, que j’évoquais dans le JDGD précédent.

- Seule consolation dans ce désastre financier, la chute très rapide de la consommation des ménages américains entraîne une forte réduction du déficit commercial. Pour le reste, on peut estimer raisonnablement que la Maison Blanche ne contrôle plus que la communication sur la crise. La crise financière elle-même est désormais largement hors contrôle, ce qui était tout à fait prévisible.

Cette récession américaine très violente est en train de mettre en péril la cohésion sociale du pays. Le taux de chômage officiel est passé, en un an, de 4,5 % à 8 %. Le taux de chômage officieux (shadow statistics, en réintégrant les catégories exclues artificiellement) évolue désormais entre 16 % et 19 %, selon les évaluations. On assiste, en conséquence, à des mouvements erratiques pour l’instant marginaux, mais très significatifs, en particulier la multiplication alarmante des tueries collectives et le dérapage de plus en plus incontrôlé de la situation à la frontière mexicaine (la guerre des cartels et la dislocation latente de l’Etat mexicain déteignent de plus en plus au nord de la frontière). Encore plus grave : des hommes politiques de premier plan ont évoqué la possibilité de voir des Etats fédérés faire sécession, au Texas en particulier. Comme on le voit, la distance entre la réalité de la première puissance mondiale et l’image qu’elle projette à travers les médias grand public est devenue absolument stupéfiante.

La crise américaine a rattrapé le monde beaucoup plus vite qu’en 1929. Curieusement, les pays développés les plus vertueux de la période récente, Allemagne, et Japon, sont aussi ceux qui souffrent le plus, parce qu’ils sont encore fortement industrialisés. A la limite, l’implosion des marchés solvables est moins douloureuses pour les économies désindustrialisées, parce qu’il n’y a plus grand-chose à détruire en elles. La récession industrielle frappe durement l’Allemagne (- 20 %, on prévoit 5 millions de chômeurs officiels en 2010), et par contrecoup toute l’UE (- 14 %). L’industrie japonaise a vu sa production s’effondrer littéralement (- 30 % en un an). Les exportations coréennes ont été divisées par 2 entre janvier 2008 et janvier 2009. Seule la Chine semble tirer son épingle du jeu : si les statistiques officielles sont fiables ( ?), la production industrielle, après avoir fortement baissé au quatrième trimestre 2008, est déjà stabilisée (2). Au lecteur de juger si on peut faire confiance à une statistique chinoise…

Au total, la production industrielle mondiale vient de se contracter, selon les estimations, de 13 % à 20 % sur un an. C’est caractéristique d’une situation de dépression : dans certaines industries, il n’y a pour ainsi dire plus de marché.

La situation est donc très claire :

- L’économie réelle est en train d’imploser partiellement, à l’échelle planétaire,

- Pendant ce temps, les dirigeants ont utilisé les outils dont ils disposaient (c'est-à-dire, pour l’essentiel, la nationalisation des pertes), pour sauver la Haute Banque en débâcle,

- Et ils n’ont quasiment rien fait pour gérer réellement, avec des moyens appropriés et dans un cadre mondial organisé, la deuxième grande dépression qui éclate sous leurs yeux, se contentant de répéter rituellement une sorte de mantra antiprotectionniste, et de multiplier les actes de communication sans portée réelle.

En d’autres termes, la classe dirigeante a préféré sauver la partie de Monopoly plutôt que l’économie réelle. Il faut bien dire que quand on considère le comportement collectif des dirigeants, en tout cas celui des dirigeants occidentaux, on frôle la négligence criminelle.

2 – La politique industrielle de Barack Obama : l’exemple de l’automobile

En complément de l’analyse de la situation américaine sur le plan monétaire et financier présentée dans le JDGD précédent, intéressons-nous à la politique industrielle d’Obama. Il est encore un peu tôt pour formuler un pronostic précis, parce qu’à vrai dire, Obama est en réalité arrivé à la Maison Blanche sans programme clair, mais nous avons au moins un exemple à nous mettre sous la dent, un domaine où l’urgence a obligé Obama à abattre ses cartes : l’automobile.

En effet, c’est officiel, aux USA, la politique industrielle est de retour. Obama a décidé de prendre en main la restructuration du secteur automobile américain (en coma dépassé, après être passé en 15 ans de 75 % à 45 % du marché intérieur). Pour la petite histoire, cela s’est traduit dans un premier temps par un sketch qui, à défaut de régler le problème sur le fond, aura au moins réchauffé le cœur des millions de travailleurs américains licenciés ces derniers mois : l’éviction avec perte et fracas du PDG de General Motors, sur le sort duquel nous ne pleurerons certes pas. On remarquera simplement qu’un président soutenu en sous-main par la Haute Banque aura donc « fait la peau » à un dirigeant de la grande industrie, et l’on observera au passage que certains signaux indiquent, de manière de plus en plus claire qu’en réaction à ce type de conflits, une étrange révolte silencieuse se propage au plus haut niveau de l’appareil d’Etat américain, au fur et à mesure que la crise approfondit les fossés entre les diverses composantes de l’oligarchie US. C’est une des raisons qui font qu’Obama ne pourra peut-être pas très longtemps activer des leviers hiérarchiques opératoires. On se souviendra à ce propos que l’implosion de l’URSS a été due, sur le plan organisationnel, à la multiplication des leviers qui, dans l’appareil d’Etat, ne « répondaient » plus…

Obama, qui a finalement cédé sur l’essentiel aux milieux bancaires, a donc été en revanche assez « dur » avec la haute industrie – du moins dans le seul domaine où, à ce stade, il a à notre connaissance effectivement agi, à savoir l’automobile. GM a reçu 60 jours pour prouver sa viabilité, après quoi la faillite serait constatée. Chrysler a reçu un mois pour boucler un projet d’alliance avec Fiat, faute de quoi l’aide de l’Etat serait suspendue. C’est clair et net : la politique d’Obama, dans l’automobile, sonne le glas du mythique marché autorégulé. Retour aux cartels organisé par l’Etat, et conservés sous sa tutelle. Techniquement, on peut dire en somme qu’Obama met l’Etat américain au service de la Haute Banque, en plaçant sous tutelle une industrie qu’il va piloter dans une optique de rentabilisation financière, coûte que coûte, en dépit du prévisible recul d’un marché devenu largement insolvable.

L’administration Obama analyse en effet les causes de la quasi-faillite de l’industrie américaine comme la conséquence d’erreurs de gestion, en particulier la production de véhicules polluants et gourmands en carburant – une politique absurde favorisée, soit dit en passant, par les règlementations de l’Etat fédéral lui-même. Sans nier la réalité de ces erreurs de gestion, il est frappant que le crédo Obama, à ce stade, semble minimiser délibérément ce qui est, évidemment, la cause principale : à savoir le différentiel de salaire entre les constructeurs américains et les constructeurs étrangers – différentiel observé y compris aux USA, où les travailleurs de l’automobile américaine bénéficiaient, jusqu’ici, de conventions collectives assez favorables. On remarquera qu’en l’occurrence, comme souvent décidément dans la vie « démocratique », la politique qu’Obama semble devoir déployer va donc à l’encontre de son discours de campagne, un discours qui faisait une large place au thème de la « fracture sociale ».

La politique impulsée par Obama risque en fait, plutôt, d’accentuer la crise, parce qu’elle correspond semble-t-il à une approche idéologique connotée. Idéologiquement, Obama n’a pas franchement rompu avec la période précédente. Les questions tabou de l’ère néolibérale resteront-elles, dans l’ère post-libérale Obama, tout aussi tabou ? On peut de plus en plus le craindre. Les causes de l’implosion de l’économie productive américaine sont principalement à rechercher du côté d’un libre-échange inéquitable, eu égard aux différentiels de salaires, et dans une répartition de la valeur ajoutée exagérément favorable au capital, qui a progressivement transformé le marché américain des particuliers en une sorte d’immense poche d’insolvabilité généralisée – tandis que des masses de capital formidables s’accumulaient dans l’économie virtuelle, entraînant un appétit toujours plus grand de retour sur investissement forcément virtuel, en l’absence de croissance réelle de la production.

Tout cela est vrai de l’ensemble de l’économie américaine, et c’est vrai aussi de l’industrie automobile. Le fait que la politique Obama ne traite pour l’instant pas ces problèmes centraux, libre-échange et répartition de la valeur ajoutée, implique que cette politique risque au mieux de ne faire qu’accompagner la crise, et qu’au pire elle pourrait l’accentuer. Nous n’entrerons pas dans le débat « Obama keynésien ou pas », parce que l’exégèse des œuvres de Keynes n’intéresse pas grand-monde. Mais disons que si Obama a lu Keynes, il n’en a apparemment retenu que les pires aspects – du moins si l’on en juge par la politique qu’il semble devoir déployer dans le secteur automobile.

Nous n’entendons pas parler d’une politique obligeant les constructeurs à s’aligner sur des conventions collectives favorables aux travailleurs, pas plus que d’une politique de protectionnisme raisonné. Nous voyons plutôt s’enclencher une nouvelle phase de la démolition systématique des avantages sociaux de la classe ouvrière américaine, au nom d’une « bataille de la compétitivité » à gagner absolument. Officiellement, il s’agit de faire cesser la chute de l’investissement en recherche et développement (avec l’argument écologique, en particulier, pour créer de nouveaux marchés), de corriger l’insuffisante régulation du crédit, de réformer la fiscalité pour en finir avec les distorsions dans la taxation des entreprises, et d’organiser des pôles de spécialisation économique. A aucun moment, il n’est question des vrais sujets qui sont, répétons-le, le libre-échange inéquitable et la répartition de la valeur ajoutée entre capital et travail.

3 – La politique industrielle de Barack Obama : le complexe militaro-industriel

Un détour par le complexe militaro-industriel, avant de conclure. Il se trouve en effet que nous avons là un autre « signal » tangible sur ce que sera la politique Obama.

Les Etats-Unis des années 2000 ressemblent un peu, sous certains angles, à l’URSS des années 1970. Il n’y a plus grand-chose qui marche bien, mais il reste tout de même un domaine où l’argent ne manque jamais, et où l’on produit toujours plus : le complexe militaro-industriel.

Le développement de ce complexe militaro-industriel hypertrophié n’est pas, contrairement à l’image que nous nous faisons en France, une spécificité républicaine. La croissance des dépenses militaires dans une logique ne correspondant plus aux exigences stratégiques date de Bill Clinton, qui développa sans relâche les ventes d’armes américaines à l’étranger, au moment même où il laissait se créer les conditions d’une implosion du reste de l’appareil productif US. Cette politique militaro-économique a été amplifiée encore sous George Bush, mais ce dernier ne l’a pas initiée.

Or, l’élection d’Obama ne devrait logiquement entraîner aucune modification dans cette politique, puisque pour la première fois dans l’histoire des Etats-Unis, un président nouvellement élu a conservé en poste le secrétaire à la Défense et à la Guerre de l’administration sortante, en l’occurrence Robert Gates. Une des raisons de la poursuite de cette politique « américano-brejnévienne » est, soit dit en passant, que de nombreux membres du Congrès ont investi dans le complexe militaro-industriel. Là encore, la ressemblance avec l’URSS corrompue de Brejnev est troublante.

Enfin, signalons que les industriels de l’armement ont investi, dans la campagne d’Obama, des sommes considérables, légèrement supérieures même, semble-t-il, à celles investies dans la candidature républicaine. C’est dire la probabilité pour qu’il révise le choix impérial des Etats-Unis, la politique militaro-industrielle qui l’accompagne…

… et la structure cible de l’économie américaine définie par ses prédécesseurs : une économie impériale fondée sur la prédation intérieure et extérieure.

4 – Les USA au bord de la révolution ?

Or, pour comprendre la gravité de la situation réelle aux Etats-Unis, pour mesurer le problème posé par l’absence d’une vraie politique de relance et de réforme de la part d’un président Obama dont la cote de popularité s’effrite déjà à vitesse grand V, il faut se reporter aux chiffres récents sur le désastre social. En mars, 130.000 foyers américains se sont déclarés en faillite personnelle, ce qui traduit une croissance de 40 % des cas de faillite personnelle sur un an. Le même mois, le nombre de maisons saisies pour défaut de paiement avoisine 340.000, en hausse par rapport aux mois précédents. Selon les sociétés de crédit, le taux de cartes de crédit irrécouvrables devrait rapidement s’établir à 10 % (ce qui veut dire en gros qu’un Américain sur 10 est ruiné, et que cela peut devenir encore pire). La crise, sur le terrain, s’accentue de mois en mois. Elle est en train de rattraper en violence les lointains souvenirs de la Grande Dépression.

Les Etats-Unis ne sortiront pas l’ornière sans « redistribuer les cartes ». Or, pour l’instant, c’est le contraire qui va se passer : 40 % des entreprises américaines ont bloqué ou révisé à la baisse les salaires de leurs employés, ou encore s’apprêtent à le faire. Le marché déjà insolvable va donc littéralement imploser, si rien n’est fait… et apparemment, pour l’instant, rien n’est fait. A ce stade, il n’y a aucun plan massif pour la refondation des relations sociales, ou pour une relance directe par l’injection de moyens aux ménages. Les Etats fédérés, presque tous au bord de la cessation de paiement (certains ruinés par les produits dérivés inventés par Wall Street), effectuent des coupes claires dans les budgets sociaux déjà sous-dimensionnés, et l’Etat fédéral ne les aide pas. L’équipe Obama a trouvé beaucoup d’argent pour sauver Wall Street, qui ne produit rien. Elle n’en a, apparemment, pas trouvé autant pour l’industrie, mal gérée mais productive – et elle n’en a pas trouvé du tout pour la population fragilisée.

Quand on se souvient que ceci arrive alors que Goldman Sachs, la banque dont est issu l’ancien secrétaire au Trésor Paulson, vient d’annoncer un bénéfice de 1,8 milliards de dollars, après avoir bénéficié du plan de stabilisation bancaire, on imagine ce que doivent penser les millions de travailleurs américains confrontés à cette violence sociale tout simplement inouïe (travailleurs victimes parmi lesquels on compte, signalons-le au passage, 400.000 employés du secteur bancaire – et ce sont justement ces licenciements massifs qui expliquent, avec quelques manipulations comptables, les profits inattendus du secteur bancaire US au premier trimestre 2009).

Le cynisme qui se déploie outre-Atlantique, à l’occasion de la crise en cours, est tout bonnement incroyable. Et les conséquences commencent à se faire sentir…

Un sondage est paru récemment aux USA sur les options politico-économiques des jeunes Américains. C’est peu de dire qu’il est étonnant. 36% des Américains de moins de 30 ans préfèrent le capitalisme, 33% le socialisme, 31% ne sont pas décidés. Aux Etats-Unis, ces résultats sont stupéfiants. Aussi stupéfiants que, disons, un Mur de Berlin s’écroulant pratiquement d’une heure sur l’autre…


NOTES :

(1) On remarquera l’hilarante analyse de la convergence franco-allemande par Nicolas Sarkozy : les Allemands, selon ses dires, auraient été « obligés » de se rallier à « ses » vues géniales, quand ils ont pris conscience de la fragilité de leurs banques (déclaration publique). Comme si le reste de nos ennuis ne nous suffisait pas, il faut en plus que notre pays soit dirigé par le remplaçant de Bush dans le rôle du benêt mondial !

(2) Rappelons aux lecteurs monétaristes qu’en principe, une crise est plus facile à surmonter quand on a des créances, des usines productives et un marché intérieur à développer, plutôt que quand on a des dettes, des usines en sous-investissement et un marché intérieur non solvable.

 

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